‹ Les quadrilles à la cour de Napoléon 1erChapitre 2 sur 2 · TA LES QUADRILLES · texte numérisé non relu

TA LES QUADRILLES

«niourée des Prétresses du Soleil, la duchesse de Bellune, la belle comtesse Dalauloy, M"® Delaborde, M"« Rampon, M»« Harel, M"« Wattier-Saint -Alphonse , M"** Mole, M°*® Octave de Ségur, la baronne de Brehan et M"® de Montalîvet. Leur robe de mousseline, garnie de frange effilée d'or, est retenue , par une <5einture croisée en chef, sur une robe de dessous en satin blanc. Sur la robe de mousseline, brodée à la poitrine d'un soleil d'or, est passée une étole de satin brodée d'or, avec soleil et frange d'or. Leur <;oiffure est un diadème de paillon à pointes sur lequel tombe un grand voile de mousseline brodée d'or.

Gela coûte 450 francs. La Reine a un costume presque semblable mais beaucoup plus riche, tout couvert de diamants et de perles. Les Prêtresses portent religieusement l'image du Dieu qu'elles servent. C'est le Soleil. Sur la bannière où il est figuré, on lit ces vers :

Le Soleil, roi des Cieuz, de splendeur couronné Gouverne en l'éclairant TUnivert étonné.

De son vaste regard embrasse toute chose, Ne s'égare jameds, jamais ne se repose.

U est l'image et It rival des Dieux.

Ici nous l'adorons, il doit l'être en tous lieux.

Le jeune Alonzo tombe aux pieds de la Reine pour obtenir la vie de son père. La Reine Taccorde à con-

dition que Alonzo,pèreet fils, rendront hommage au Soleil. Us y consentent de fort bonne grâce et se prosternent devant la bannière. La Reine témoigne son contentement de cette conversion spontanée par un pas qu'elle danse avec les Prêtresses. Les Péruviens et les Péruviennes se mêlent à la ronde et tout le monde s'en va fort satisfait.

Il est certain que le quadrille de la reine Hortense, infiniment moins compliqué que celui de la reine Caroline, moins coûteux aussi, car il ne revient à la reine qu'à i 3.566 francs tout compris, échappe à bien des ridicules que l'autre s'est donnés volontairement. On peut

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être péruvien, même péruvien d'Opéra, à la façon de Marmonlel , on n'est point Apollon et Zéphir, Rome et la France, Un ballet épique tourne facilement au grotesque même dansé par des danseurs de profession, mais, dansé par des reines, des chambellans, des colonels, des écuyers, avec cet appareil mylhologique et cet imbroglio de flatteries bonbonnières, il aurait sans doute fort diverti les spectateurs des loges, s'il n*y avait point été question de S. M. l'Empereur et Roi et de la naissance de son auguste fils. C'étaient là des points réservés, à propos desquels le rire était interdit et qu'on devait envisager

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avec le sérieux d'un enthousiasme dynastique.

On ne rit qu'en sortant, — et encore, — car les pauvres spectateurs des loges, qui n'avaient eu que des glaces pour les réconforter, eurent une sortie malencontreuse. Les carrosses des dignitaires, des ministres, des dames de la Cour, obstruant toutes les rues et garnissant toute la première cour des Tuileries entre les grilles, ils durent, sous une pluie torrentielle, aller chercher leurs voitures sur la place. Les femmes furent trempées ; les toilettes furent perdues, et, dans la ville toute entière, lemécontentementfutextréme.

Mieux eût valu mille fois ne point

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convier la bourgeoisie que de la placer ainsi en condition d'infériorité et en attitude presque forcée d'opposition. Vingt années avant, cette même bourgeoisie avait renversé un trône et bouleversé l'Etat pour se mettre de pair avec la Noblesse et le Clergé, et voilà que, à présent, elle se trouvait invitée à regarder danser une nouvelle noblesse, une caste nouvelle formée de tous les éléments qu'elle haïssait le plus : Taristocratie de naissance et Taristocratie de courage.

Et pourtant^ au carnaval de 1813, l'Empereur, bien qu'il eût dû être informé du mauvais effet produit en ville par ce genre d'invitalions,voulut

les renouveler. Bien des danseurs manquaient à Tappel, ils étaient restés en Russie, d'autres plus nombreux dans les hôpitaux d'Allemagne morts, blessés, prisonniers. Les femmes non plus n'étaient guère en train de danser : mais l'Empereur entendait qu'on s'amusât, que les marchands de Paris eussent des toilettes à fournir, et que le carnaval se passât comme si Ton ne revenait point de Moscou. Par ordre, on dansa donc chez la reine Hortense, la seule princesse qui se trouvât à Paris, Caroline étant dans ses Etats et Pauline passant l'hiver dans le Midi. Puis, pour le Mardi Gras 2 Mars, on prépara un grand bal masque auxTui-

leries. Même disposition de tous points que l'année précédente : la grande salle de spectacle illuminée, fleurie, enrubannée, le bal ouvert seulementauxpersonnes présentées^ les loges réservées aux personnes de la Ville, nulle communication entre les unes et les autres. Napoléon avait demandé à Hortense de faire danser de nouveau le quadrille des Péruviens : mais, six des Péruviennes de 1812 et deux des Prêtresses se trouvant en grand deuil, il fallut aviser et les remplacer : ce furent Mesdames de Tanlay, d'Audenarde, de Braga, de Sainte Aulaire, d'Hermanstadt, Legrand et Régnier qui acceptèrent les successions des Péruviennes

absentes et Mesdames Regnaud et de Léry celles des Prêtresses du Soleil. La reine Hortense n'eut à payer pour les remplacements de costumes que 2856 francs 50 centimes. Mais comme, à défaut des sœurs de FEmpereur, il convenait qu'elle se multipliât, elle organisa outre le quadrille des Péruviens, une Mascarade suisse, beaucoup moins nombreuse, semble-t-il, mais d'un goût charmant. Le costume de ta reineconsiste en une robe de dessous en velours nacarat, une jupe de dessus de taffetas bleu Marie-Louise ; un corset de velours noir^ à plusieurs rangées de dentelle d'or et de point d'Espagne, avec une guimpe et des

manches en percale d'Ecosse plissée à très petits plis ; au cou, un collier de velours et d'or, des bracelets semblables aux poignets ; un tablier court en mousseline sur la jupe et, pour coiffure, un chapeau de paille orné d'une demi-guirlande de fleurs, avec nœuds de velours en diadème.

Les autres costumes sont semblables comme forme, mais en couleurs difiérentes : chacun coûte 650 francs et chaque chapeau 80 francs.

Marie-Louise, elle, a inventé un quadrille napolitain : dix femmes seulement : elle, en costume de la province d'Ultro ; la jupe en gros de.Naples gros jaune, avec le bord en velours plein gros bleu ; le corset

en velours gros bleu avec des manches lamées en or, et une guimpe de percale d'Ecosse. Sur la tête, coiffée en nœuds de rubans rouges et or, un voile long de mousseline lamée. Cela coûte 1.400 francs. La duchesse de Montebello a le même costume avec des couleurs inversées. Les huit autres dames sont en paysannes des environs de Naples ; la duchesse de Bassano, jupe jaune, corset gros bleu, tablier lilas ; la duchesse de Castiglione, jupe bleu de ciel, corset chamois ; la princesse Aldobrandini, jupe mauve, corset bleu Marie-Louise; la comtesse de Mortemart, jupe verte, corset velours plein immor-

telle ; la duchesse de Frioul, jupe bleu de ciel, corset nacarat; la comtesse de Lauristou; jupe nacarat« corset gros jaune et argent ; la comtesse de Croix, jupe amaranthe, corset de velours noir ; la comtesse Villain XIIII, jupe bîeu Marie-Louise, corset bleu Marie-Louise et orange; chacun de ces huit costumes coûte 850 francs. C'est TEmpereur qui paye la facture : 9.600 francs.

Qu'on ne croie pas au moins qu'il paye moins cher que les autres. Les costumes de la mascarade de l'Impératrice sont entre les plus riches que Leroy ait fournis pour ce bal du 2 mars. Les autres femmes de la Cour ne paient guère d'ordi-

naire leur toilette que Irois ou quatre cents francs : si celle de M™® de Savoie-Carignan, un costume de paysanne prusienne,revient à 454 francs, c*est une exception qui tient à la dentelle de point autour de la chemisette de mousseline, à la blonde autour du bonnet de velours nacarat, car le costume en soi, comprenant la jupe en velours jaune plein avec soufflets de satin nacarat, le corset en velours bleu Marie-Louise et le tablier nacarat brodé en ruban, ne monte qu'à 254 francs, et M"« la comtesse Duchatel est fort élégamment costumée à la Charles VU, avec jupe de satin blanc et or, corset à manches bouffantes avec aiguillettes

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•en or fin et nœuds de satin avec point turc en or et fichu monté avec ruches et point turc pour 278 francs, à quoi il faut joindre le masque de 6 francs.

S'amuse-t-on au moins pour son argent ? Il est permis d'en douter.

On sait le départ de TEmpereup tout proche et Ton écoute, dans les silences de Torcheslre, le bruit de ces multitudes armées s'avançant au pas militaire contre les frontières de France.

L'année suivante, le mardi gras, 22 février 1814, l'Empereur, vainqueur deux jours avant àMontereau, assistait désespéré à l'incendie allumé par les Russes à Méry, pour arrêter le

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passage de son armée. Sept années plus tard, à la veille d'expirer, le souvenir de ce mardi gras de 1814 était si présent à sa pensée que, disposant de son domaine privé en faveur de ses anciens soldats et des villes et campagnes qui avaient le plus souffert de rinvasion, il ordonnait que, de la somme totale, un million fût prélevé pour la ville de Méry. De sa pensée, tout a disparu des temps joyeux, des carnavals folâtres, des fêtes somptueuses : il ne se rappelle, des mardis gras anciens, ni les Tuileries illuminées, ni Ténivrement des musiques, ni la pompe des cortèges, ni la beauté des danseuses, ni l'agrément des quadrilles à sa

gloire ; il ne voit plus que cette ville en flammes^ ces femmes désolées, ces paysans que les Cosaques ont massacrés. C'est le seul mardi gras dont il se souvienne.

ACHEVÉ DIMPRIMER

le 23 mars 4904.

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