DE LA BONNE FOI
‘# Si la bonne foi et la justice étaient bannis de tout le reste de la terre, elles devraient se retrouver dans le cœur et dans la bouche des rois.”
Jean le Bon, roi de France.
On entend par bonne foi le respect à la foi jurée, la sainteté du serment, la fidélité à la parole donnée librement, l'horreur du mensonge et de toute tromperie,
Le soldat ne doit jamais engager sa parole lésèrement ; mais, quand il a fait une promesse, quand il a donné sa parole, il faut qu’il la tienne, dût-il y aller de la perte de sa fortune, de ses affections et même de sa vie.
Il n’existe rien au monde de plus détestable et de plus odieux, que le parjure et la perfidie. L’homme sans foi et sans parole est toujours privé de grandeur d'âme et du véritable courage: car la véritable grandeur d'âme ne consiste pas dans l’étendu du pouvoir, mais dans le bon usage qu'on en fait; aussi, Jean, roi de France, sollicité de violer un traité : ‘ si la bonne foi et la justice dit-il, évaient bannis de tout le reste de la terre, elles devraient se retrouver dans la bouche des rois.” La bonne foi est une de ces vertus antiques que nos ancûtres pratiquaient avec religion et qui, malheureusement, tend de plus en plus à disparaître de la société moderne.
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Les anciens romains fesaient rarement usage du serment et même de témoins et de signatures dans les conventions particulières, parcequ’à peine trouvait-on un seul homme qui manquât à sa parole. Une parole donnée n'était jamais violée impunément ; le coupable trouvait sa punition dans le mépris de ses concitoyens, et souvent aussi dans l'obligation où on le mettait d'accomplir sa pro. messe, ou de tenir un serment dont il se croyait délié par la ruse et la fourberie.
Après la bataille de Cannes, huit mille Romains furent fait prisonniers par les Carthaginois. Annibal leur ayant accordé la faculté de se racheter, ils choisirent dix d’entre eux, pour aller à Rome, vers le sénat. Les Carthaginois n’exigèrent d'autre gage, que leur foi, que leur promesse par serment de revenir au camp, si le sénat ne consentait pas à racheter les prisonniers. Lorsqu'ils furent hors du camp, l’un d’enx, qui n'était rien moins que Romain de caractère, y retourna quelques moments après, sous prétexte de chercher quelque chose qu'il feignait d’avoir oublié, et alla rejoindre ses camarades avant la nuit. Il croyait être quitte, par ce stratagème, de son serment; il en était quitte selon la lettre, il ne était nullement dans le fait.
Les députés ayant été introduits dans le sénat, Marcus Junius, leur chef, exposa les motifs qui devaient engager la république à racheter les prisonniers, et il r’oublia rien de ce qui était propre à émouvoir la compassion des sénateurs. À peine avait-il cessé de parler, qu’il s’éleva tout-à-coup un cri lamentable, poussé par une foule d'hommes et de femmes qui se trouvaient à la porte du
palais, les mains jointes, priant, en cette position, qu'on leur rendit leurs pères, leurs enfants, leurs époux, leurs frères et leurs parents.
Les suffrages ayant été recueillis par ordre, les sénateurs décrétèrent qu'il ne fallait pas racheter les prisonniers, quoiqu'on put en être quitte pour une somme trèsmodique, afin, sans doute, d'imprimer plus avant dans les esprits des soldats, qu'il faut vaincre ou mourir, quand on combat pour la patrie.
Dès que cette triste réponse eut été rendue au peuple, on vit une multitude de toute espèce et de toutes conditions, accompagner les députés jusqu'aux portes de la ville, au milieu des larmes et des gémissements. Celui d’entre eux qui se croyait délié de son serment, par son faux retour dans le camp, se rendit chez lui; mais Je sénat ayant été informé de sa fourberie, il fut décidé, d’une voix unanime que cet imposteur serait arrêté et reconduit à Annibal sous escorte.
Cette façon de se dégager d’un serment n’est que de la supercherie, et indigne d’un homme de cœur.
À toutes les conventions, en les prenant trop à la lettre, on peut denner une interprétation artificieuse qui n’est autre chose que la violation de la foi jurée. Aussi l’on ne peut que trop blamer la conduite de ce général qui, ayant conclu avec l'ennemi une trève de trente jours, ravageait la campagne toutes les nuits, sous prétexte disait-il, que par les termes de la trève, elle n'était que pour le jour, et non pas pour la nuit,
Elle n’est pas plus louable, l’action de Quintus Labeo,
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vainqueur d'Antiochus, qui s'étant engagé par un traité à rendre à ce roi la moitié de sa flotte, fit couper, dit-on, tous ses vaisseaux par le milieu, pour rendre au roi toute sa flotte inutile.
Les ruses sont sans doute aussi anciennes que la guerre, et y ont toujours été admises ; elles sont surtout la ressource du plus faible; par l'adresse et l’habileté de l'esprit on remporte plus de gloire que par la force ouverte. Il faut cependant prendre garde à la nature des stratagèmes, surtout dans le cas ou la parole est engagée ; on trouve des exemples de délicatesse que l’on ne peut que trop admirer et qui malheureusement n’ont pas toujours été suivies.
Milord Peterboroug, commandait les troupes anglaises au siége de Barcelonne, 1705. Le gouverneur voyant les dehors emportés, se rendit à la ville pour capituler avec lui. Pendant le pour-parler, les troupes du prince de Darmsdat entrèrent par un autre côté. Le général anglais dit au gouverneur qui se plaignait de cette infraction, que ce ne pouvait être que les Allemands ; qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que de le laisser entrer avec ses anglais dans la place, pour empêcher le désordre; qu’ensuite il reviendrait achever la capitulation. Le gouverneur y consentit, et Lord Peterborough, ayant fait retirer les Allemands, revint à la même porte comme il l'avait promis. Exemple mémorable du respect que l’on doit à sa parole |
Celui qui ment cherche, autant qu'il peut, à tromper ; le mensonge n’a pas d'autre but, aussi les Perses enseignaient-ils trois choses à leurs enfants, depuis l’âge de
5 ans jusqu’à 20 ; savoir, à monter à cheval, tirer de l'arc et ne pas mentir. Rien chez eux n'était plus honteux que le mensonge. La dette ensuite était ce qui passait pour le plus déshonorant, parce qu’un homme endetté est sujet à mentir, et à se laisser aller à de criminelles inspirations pour se tirer du fâcheux état où il se trouve.
Si l’on doit tenir une parole donnée librement à un ennemi, à plus forte raison, doit-on la tenir lorsqu'elle est donnée à un concitoyen et surtout à un ami. Manquer à sa parole, c’est manquer de délicatesse et souvent de probité ; et le militaire qui contracte des dettes qu’il sait ne pouvoir payer, se met dans cette honteuse position.
Manquer à ses engagements pour faire tort à celui qui souvent, nous à rendu service, a toujours eu confiance en notre loyauté, est done indigne d’un militaire, lequel, quelquefois, n’a que l’honneur à léguer pour héritage à sa famille. On en a vu pourtant, à la honte de l’uniforme, contracter des dettes pour se livrer à l’ivrognerie, et s'écrier avec satisfaction; ‘“ un coup de trompette paiera tout cela l”” On ne pourrait trop blamer de telles paroles et flétrir de telles actions.
Henri IV voyant un jour un de ses capitaines fort en colère parce qu'un de ses créanciers avait fait saisir tous ses biens, et même son cheval, lui dit: “Il faut payer ses dettes, je paie bien les miennes, et je vends pour cela tout ce que j'ai de meilleur.” Puis le prenant à l'écart, il lui donna ses pierreries pour l'aider à remplir un engagement qu’il regardait comme sacré.
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Napoléon parlant du comte de Cornwalis, disait qu'il n'avait jamais manqué à sa parole, et de lui, il raconte le fait suivant, qui fait honneur à la mémoire de l'illustre comte :
‘© À Amiens, le traité était prôt, et il devait le signer à neuf heures à l’hôtel-de-ville. Quelque chose survint qui l'empêcha d'y aller, mais il fit dire aux ministres français, qu'ils pouvaient considérer le traité comme signé, et qu'il donnerait le lendemain sa signature. Il arriva le soir, un courrier d'Angleterre, qui lui portait l’ordre de refuser son consentement à certains articles et de ne pas signer le traité. Quoique Cornwalis ne l’eut pas signé, et eût put facilement se prévaloir de cet ordre, il eut assez de loyauté pour dire qu’il considérait sa promesse comme équivalent à sa signature, et 1l écrivit à son gouvernement qu'il avait promis et qu’il tiendrait sa parole ; que si l’on n’était pas content on pouvait ratifier le traité. Voilà un homme d'honneur, un véritable anglais.”