‹ Les qualités morales du bon militaire [microforme]Chapitre 17 sur 50 · DE LA GÉNÉROSITÉ · texte numérisé non relu

DE LA GÉNÉROSITÉ

Garde son argent quiconque l'estime plus que son honneur, tant que j'aurai une goute de sang et un arpent de terre, je l'emploirai pour la défense de la patrie.

De la Note.

La grandeur d'âme consiste à faire de grandes et nobles actions; mais la générosité les fait par un désintéressement sublime.

Quelqu'un a dit que pour être généreux, il fallait être riche; nous croyons que c’est une erreur. On aurait pu employer avec plus de justice le mot fustueux.

Le riche seul, peut étaler son luxe, jeter son or à pleines maïns; mais ce n’est pas là de la générosité, ce n'est souvent qu'une prodigalité sans intelligence, plus souvent encore, de la vanité et un désir de briller, d’éblouir et d’aveugler la multitude par son faste, ne pouvant la dominer par ses vertus.

La vraie générosité consiste, non a donner beaucouv, mais à donner à propos. Le propre d’une âme généreuse et élevée, c'est de rechercher les occasions de faire plaisir et d’être utile à ses semblables.

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Simon, l’Athénien, ayant mérité par ses vertus d'être mis à la tête du gouvernement, donna dans cette position de si grandes marques de libéralité, qu'il ne mettait aucun gardien pour veiller à la conservation des fruits de plusieurs jardins et des biens de campagne qu'il avait en différents endroits. Il se fesait toujours suivre par des valets qui portaient sur eux de l'argent, afin de pouvoir aider sur l’heure, ceux qui pouvaient être dans le besoin ; et, de crainte qu’en retardant, il ne parut leur refuser des secours. Souvent, quand il trouvait un pauvre mal vêtu, il lui donnait son manteau.

La générosité consistant dans le désir d’être utile peut être l'apanage du pauvre comme du riche. Il est vrai que, pour que cette vertu soit profitable à l'humanité, pour que l’honneur généreux puisse donner un libre essor à cette noble inclination, il faut que la fortune vienne en aide à celui qui se croit né pour secourir son semblable dans l’adversité,

Aussi cette qualité dans les personnes riches et haut placées, est regardée comme un recours assuré pour tous ceux qui peuvent être dans le besoin.

Le grand Turenne était d'une générosité et d’une délicatesse sans exemple. Père de ses soldats, on le vit en une occasion vendre sa vaisselle pour les habiller. Il donnait sans cesse, et quand il n'avait pas d'argent sur

Jui, il en empruntait du premier officier qu’il rencontrait,

le renvoyant ensuite à son intendant. (Celui-ci soupçonnant un jour qu'on demandait quelquefois plus qu’on n'avait prêté à son maître, le pria un jour, de signer à

l'avenir des billets pour ce qu’il empruntait. Non, non, dit Turenne, donnez tout ce qu’on vous demandera ; il n’est pas possible qu’un officier vous demande une somme

qu'il n’a point prêtée, à moins qu'il ne soit dans un extrême besoin, et dans ce cas, il est juste de l’assister.

Un jour, ayant touché beaucoup d'argent d'une chârge dont la cour lui avait permis de disposer, il assembla cinq à six colonels, dont les régiments étaient delabrés ; leur laissant croire que l'argent venait du roi, il le leur distribua à proportion de leurs besoins.

C'était par de si nobles procédés, que ce grand homme, quoique sans fortune, trouvait le moyen de répandre des bienfaits dont, par modestie, 1l fesait remonter tout le mérite jusqu’au trône, ne se réservant que la satisfaction de s’être rendu utile aux : raves compagnons de sa gloire.

L'homme généreux ne sait mettre aucune borne à sa libéralité, lorsqu'il s’agit du salut ou des besoins de la patrie ; c’est surtout dans ces circonstances, que l’élément se produit dans toute sa noblesse et que la générosité brille dans toute sa purcté.

Autant est admirable l’homme qui se laisse aller aux inspirations de son âme, autant est digne de mépris celui qui, jouissant de grandes richesses, enfouit son or dans des coffres-forts et ne se laisse attendrir, ni par les prières du malheureux, ni à la vue des misères de l’indigent.

Si la générosité est, sans contredit, la vertu la plus utile et la plus désirable chez les riches et les puissants qu'elle fait paraître sur cette terre, comme les envoyés du ciel destinés à soulager les infortunes et à calmer les

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douleurs de la misère ; comment qualifier cette vertu lorsqu'on la rencontre chez le soldat, qui, quoique privé de fortune, sait, en s'imposant une privation, trouver, dans sa médiocrité, l’occasion d’une bonne et généreuse action ?

C'était en face du débarcadère du chemin de fer, un pauvre diable de saltimbanque trainant à sa suite deux enfants, s'était arrêté devant une marchande de pommes, de poires et de raisins que les pauvres petits dévoraient des yeux.—Papa, j'ai faim, dit le plus jeune des enfants.— Le père ne répondait pas, mais sa figure s’attristait.— Papa j'ai bien faim, repéta le pauvre petit.—Vous n’entendez donc pas ce que dit cet enfant ? dit un militaire qui partait en congé et qui fesait sa provision de fruits.— Je ne l'entends que trop répondit le père, mais que faire sans le sou ?—Ce qu’il faut faire, vous allez le voir.

Et le brave mettant bas son sac, en detacha une courroie et prit un énorme morceau de pain qu'il mit dans la main du saltimbanque en disant, 1l faut donner à manger à ces miochos.—Et comme le pauvre père remerciait avec effusion, le digne militaire. ‘“ Pas de phrases, fit celui-ci. Seulement, un jour que vous serez en fonds, vous rendrez ça à quelqu'un qui aura faim.”

Une telle action, doiten effet, porter avec elle sa récompense.

N'oubliez jamais, soldats, que la générosité est la sœur et la compagne inséparable de la valeur et de la gloire ; et qu'après l’honneur de verser son sang pour la patrie, il n'existe pas de plus douce satisfaction que celle de sécher les larmes et d'adoucir les infortunes !

ARTICLE VI

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