DU DÉSINTÉRESSEMENT
Disons-le hautement : ce sont les grands principes, les nobles passions, telle que la loyauté et le désintéressement qui sauvent les sociétés et non les spéculations de la force et du hasard.
(Ls. Nap. Bonoparte, banquet de l’Hôtel-de-Ville, 10 Déc. 1850.
Le désintéressement, est un sentiment de l’âme qui vous porte au mépris des richesses et des grandeurs.
On a mis un doute si Æpaminondas n'était pas plus homme de bien que grand capitaine. Il n’ambitionna j
jamais le pouvoir pour lui ; maïs il employa toujours son
génie à la grandeur de sa patrie. Il porta le désintéres. : sement si loin, qu'il ne laissa pas en mourant de quoi à fournir aux frais de ses funérailles. Il ne fut pas plus f avide de gloire que d'argent, acceptant toujours malgré É lui les commandements dont on le chargeait, et s’en
acquittant avec tant de talent et de probité, qu’il semblait honorer les emplois qu’il remplissait au lieu de recevoir lui-même de l'éclat des hautes dignités qu’on lui confiait.
Si l'on dit que pour être généreux, il faut être riche,
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on peut dire avec plus de justesse, que le désintéressement est la richesse du pauvre.
L'homme désintéressé est toujours assez riche, quoique privé d'argent ; car il ne fait pas consister l’opulence à posséder beaucoup, maïs à se contenter de peu.
Socrate disait qu’un homme s’approchait d'autant plus de la Divinité, qu’il savait se contenter de peu.
Qu'il est sage s’écriait Cicéron, “ l’homme qui se contente d'une médiocre fortune, et que la pauvreté l’effraie peu ! ”
L'homme désintéressé est non seulement incapable de ricn détourner à son profit, mais encore, il oublie ses propres besoins, pour ne s'occuper que des besoins ou des intérêts des malheureux.
Cette vertu est d'autant plus précieuse, que l’homme qui en est doué, est au dessus de toute espèce de corruption.
L'avantage de l’homme désintéressé, c'est de n'avoir jamais besoin de rien, tandis que celui qui aime les richesses n’en a jamais assez. Aussi, Bias l’un des sept sages de la Grèce, ne mit jamais au nombre de ses biens, ces hochets de la fortune, que ses compatriotes recueillaient avec tant d'empressement. L'’ennemi s'étant emparé de sa patrie, et ses concitoyens emportant avec eux tout ce qu’ils pouvaient prendre de leurs effets, il répondit à l’un deux, qui lui disait d’en faire autant : ‘ Je le fais aussi, car je porte avec moi tout ce qui m'appartiens ; — ne regardant comme sa propriété que ce qu’il portait en lui-même : la science et la vertu.
Il n’y a pas de vice plus dégradant, surtout pour les personnes élevées en dignité, que l'avarice; rien ne dénote davantage la petitesse et la bassesse d'esprit, que d'aimer les richesses ; rien au contraire, n’est plus grand ni plus généreux que de les mépriser.
Le chevalier Bayard fut l’ho:ume du monde qui sût le mieux se contenter de peu ; ce preux, sans peur et sans reproche, montra toujours une souveraine indifférence pour les richesses.
Quand Buscia fut pris d'assaut sur les Vénitiens (1512) le même chevalier sauva du pillage une maison où il s'était retiré pour se faire panser d’une blessure grave qu'il avait reçue au siége, et prit sous sa sauve-carde la dame du logis et ses deux filles qui s’y étaient cachées.
À son départ, cette dame, pour lui témoigner sa reconnaissance, lui offrit une boîte dans laquelle il y avait 2,500 ducats qu’il refusa constamment. Voyant que son refus l’affigeait d'une manière sensible, et ne voulant pas laisser son hôtesse mécontente de lui, il consentit à recevoir son présent, mais ayant fait venir les deux jeunes filles pour leur dire adieux, il leur donna à chacune mille ducats, pour aider à les marier, et laissa les cinq cents qui restaient pour les communautés qui avaient été pillées,
Nous ne sommes plus au temps où les personnages les plus distingués de la Grêce et de Rome vivaient dans une extrême pauvreté, non seulement sans porter envie à ceux qui possédaient des richesses, maïs aussi, sans se laisser corrompre ni éblouir par l'éclat de l'or. Dans
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notre siècle, l’amour des richesses est poussé à un dégré tel, qu’il a corrompu nos mœurs.
La magnificence, les beaux équipages, la somptuosité de la table sont aujourd’hui à peu près les seuls tîtres à considération.
Le désintéressement de l’armée fait la gloire d’une nation, de même que la cupidite en fait le déshonneur.
Le soldat désintéressé ne se livrera jamais au pillage, ni aux autres désordres qui accompagnent que trop souvent la guerre, il saisira, au contraire, toutes les occasions de s’abandonner aux généreuses inspirations de son âme.
L'homme désintéressé fait tourner au profit de la patrie, les biens qu’un homme cupide, accapare dans son intérêt personnel.
Afin de stimuler l’ardeur des troupes, Bonaparte avait promis une prime de mille francs par canon, ammené avec son affut sur le sommet de la montagne, et descendu jusqu’à St. Remy, village situé au pied du versant méridional du St. Bernard. Lorsqu'arrivé à Etroubles il fut question de distribuer cette juste récompense du zèle et de la fatigue des soldats, ious d'un commun accord, la refusèrent, montrant ainsi que la gloire et l’honneur d’avoir bien mérité de la patrie, était le seul prix qu'ils enviassent. N'est-ce pas là, en effet, le but que doit se proposer tout soldat ? Que faut-il donc au soldat de plus qu’un coin de terre pour y vivre, lorsque le ciel ne lui a pas accordé le bonheur de mourir pour la patrie ?
Est-ce donc, dans l'espoir d’une récompense qu’il s'expose aux plus grands perils, qu’il supporte les privations les plus dures? Non, sans doute; sa seule ambition est de contribuer à la grandeur de la patrie, d’ajouter une page à son livre de gloire, un laurier à sa couronne déjà si belle, et de se réserver un souvenir dans la postérité!!!