‹ Les qualités morales du bon militaire [microforme]Chapitre 24 sur 50 · DE L'AMOUR DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR DE LA PATRIE

Mourir pour la patrie c'est l'immortalité !!!

Silvio Pellico.

On entend par PATRIE, le sol qui nous à vu naître et grandir: c’est le théâtre des jeux de notre enfance, le témoin de nos joies et de nos peines; c'est le séjour de nos familles, de nos amis, le berceau et le tombeau de nos ancêtres, l’objet de toutes nos affections et de tous nos respects.

La communauté d’origine, de langage, de principes et d'intérêts, unit les habitants et en forme une nation.

La nation peut être régie par des gouvernements de formes différentes, dont les chefs peuvent aussi avoir des tîtres et des pouvoirs différents. Pour que le xouvernement ait les sympathies de la nation, il faut que les lois qui la régissent soient appropriées à l'esprit national,

Si la nation veut être forte et puissante il faut qu’elle aime et respecte la forme de son gouvernement. Toutes les formes de gouvernement peuvent être bonnes, quand jes rênes de l'Etat sont tenues par des mains fermes, et que le chef, juste et équitable, se montre jaloux jusqu’à l'excès, de l’honneur et des intérêts de la patrie.

88 LES QYALITÉS MORALES

Mettre l'intérêt général au-dessus de l'intérêt particulier ; déposer toutes les haines, tous les ressentiments sur l’autel de la patrie en danger; à toute affection préférer l'honneur, la gloire de son pavillon, pour l'Etat ; sacrifier avec empressement sa fortune et ses plaisirs, pour sa grandeur et son indépendance ; affronter avec joie les plus grands dangers, endurer patiemment les privations les plus grandes; mourir plutôt que de subir le joug d’un insolant étranger: voilà l’amour de la patrie.

Aristide et Themistocle, animés l’un contre l’autre d’une haine extrême, vivaient dans une division qui paraissait sans remède. Mais quand le roi des Perses fut passé dans la Grèce, ils sortirent tous deux de la ville, et s'étant donné la main droite l’un à l’autre, et en ayant entrelacé les doigts ensemble, ils s’écrièrent: ‘ Mettons bas ici notre haine réciproque, jusqu’à ce que nous ayons vaincu les Perses.” Ensuite, séparant les mains et les élevant, comme pour précipiter quelque chose dans une fosse qu'ils comblèrent, ils reprirent le chemin de la ville et firent la guerre de concert. Ce fut cette concorde des chefs, qui fut la principale cause de la victoire que la Grèce remporta sur les barbares.

Pour devenir libre, et surtout pour conserver sa liberté, il ne s’agit pas de le vouloir, il faut s’en rendre digne. Une des principales conditions est l’amour de la patrie. Qui ne connaît pas l'amour de la patrie, ne sut jamais ce que renferme d’affection le cœur d’un fils pour sa mère ; l'amour de la patrie est un feu qui échauffe, enflamme et dévore; mourir pour la patrie............mais ce n'est pas mourir; mourir pour la patrie c'est l’immortalité ! ! !

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C’est cette vertu qui animait les Grecs contemporains de Miltiade et Thémistocle, et qui anéantit les armées du grand Roi, c’est à ce feu sacré, sans lequel il n’y a pas de citoyens, que les pêcheurs de la Hollande durent de conserver leur liberté, et les pâtres de la Suisse d’avoir recouvré la leur. C’est cet amour qu'il faut inculquer à l’homme dès son enfance ; il faut lui enseigner qu’au dessus de la patrie 1l n’est rien, rien. Il faut surtout lui apprendre à ne jamais séparer de la patrie le chef de l'Etat. Quelque soit le parti qui se forme, quelque soit le drapeau qui s'élève contre l'Etat, quelque soit sa couleur, il n’a pas à balancer.

À côté des plus illustres généraux, l’histoire se plaît à inscrire le nom du simple soldat; elle n'oublie ni ses paroles généreuses, ni ses actes de dévouement ; ses pages s'ouvrent au plus modeste courage, comme au plus brillant génie; et la patrie reconnaissante tresse également ses couronnes de laurier pour le grenadier dévoué qui se distingue ou meurt en combattant pour elle, comme pour le chef habile qui le conduit et le dirige dans le chemin de l’honneur.

Frix, grenadier au premier bataillon du Gers, fut atteint d’une balle à l'épaule gauche, au camp de Savre: il soutint encore pendant plus de trois quart d'heure, l’attacue de la cavalerie ennemie, et à la fin du combat, il arracha la balle avec son tire-bourre; trois mois après, quoiqu'il eut reçu un coup de feu à la tête, 1l tua six Espagnols à l'arme blanche, Dans une autre affaire qui suivit de près sa deuxième guérison, un boulet de canon, tombe à ses pieds, et le couvre de terre, tandis qu’un autre lui enlève la

moitié de sa giberne, et qu'une balle lui crève un œil, Transporté de nouveau à l’hopital, il y arrive dans un

état tel, que le chirurgien le croyant mort, veut qu'on

l'enterre ; il entend ect ordre, sort de son assoupissement,

malheureux tu veux donc m’enterrer tout

et s'écrie :

vivant! J'ai encore du sang à verser pour la patrie!” Il guérit; mais jugé hors d'état de continuer son service, on lui délivre son congé qu'on veut l’obliser à accepter : La gloire seul m'a enrôlé, dit-il, la mort seule peut me congédier ; ?” en même temps il déchire son congé, et le lendemain, à l'attaque d’une place, il monta le premier sur la brèche. (vict: et conq: Josling.)

L'amour de la patrie, seul peut donner un tel courage et inspirer cette exaltation héroïque, qui élevant le soldat au dessus de l’homme, le porte aux actions les plus nobles, les plus généreuses, et lui fait envisager avec mépris la mort et les souffrances les plus inouics.

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