‹ Les qualités morales du bon militaire [microforme]Chapitre 23 sur 50 · DU DÉVOUEMENT · texte numérisé non relu

DU DÉVOUEMENT

Le dévouement est une vertu sublime, qui porte le soldat qui en est susceptible, à braver avec joie, une mort certaine, pour le salut de la patrie, de son chef, de ses camarics, où même des personnes qui lui sont étrangères.

> dévovemeüt tire son origine de l'honneur du drapeau ei de l'&ruour de la patrie.

Cette vertu er essivement rare, exige tant de conditions, tant de qualités, qu'on a peine à s'en rendre compte, et

que certaines âmes ne comprennent pas. [l est des personnes qui seraient tentés de traiter de folie une des plus belles vertus militaires, à laquelle les nations doivent toujours leur grandeur, leur gloire et leur indépendance ; d’autres, sans la comprendre davantage, l’admirent sans pouvoir l’imiter ; c’est que, pour en être susceptible, il faut, au désintéressement, au mépris de la mort et des souffrances, allier l'amour de la patrie, l'honneur du drapeau, l'attachement pour ses chefs et ses camarades, et souvent un amour excessif de la gloire.

En effet, comment une âme vulgaire, ou égoïste comprendrait-elle un sentiment qui porte l’homme qui en est doué, à sacrifier aux intérêts de la patrie, non-seulement sa vie, mais encore le repos, le bonheur de sa familie et de tout ce qu’on a de plus cher au monde ? Comment comprendrait-elle la force de cette vertu, qui tient plus du ciel que de la terre, et qui porte un soldat de cette trempe à affronter les plus grands périls, pour arracher ses compagnons d'armes à une perte certaine ; à braver les tortures, les supplices les plus atroces, plutôt que de livrer un secret qui pourrait compromettre la sûreté de l’armée dont il fait partie ? Et cependant, tous ces sacrifices sont dans la nature, dans l’essence du soldat dévoué.

Qui ne lit avec admiration le dévouement de Zéonidas le lacédémonien, chargé de disputer avec 300 Spartiates le passage des Thermopyles à Xerxès, lequel à la tête d’une armée innombrable, se disposait à faire irruption dans la Grèce ? Ce général aima mieux mourir que d’abandonner le poste que la patrie lui avait confié. Il exhortait avec tant de joie ses soldats à combattre quoi-

qu'ils dussent périr, qu’il leur disait : “ Dinez, mes amis, nous souperons ensemble, ce soir, chez Pluton.” On avait expressément annoncé la mort à ces 300 Spartiates ; ils étaient sans espérance de vaincre ni de se sauver ; ils regardaient le champ de bataille comme leur tombeau ; néanmoins, Léonidas leur avait tellement inspiré le sentiment qui l’animait lui même, qu'ils obéirent à leur général, avec autant d’intrépidité que si la victoire eût été assurée. Avant que de mourir, ces héroïques défenseurs de la liberté grecque, gravèrent ces paroles sublimes sur le rocher qui devait être témoin de leur gloire : € Passant, va dire à Sparte que nous somines morts ici

pour obéir à ses lois.”

Le dévouement de l’armée est la sauvegarde de l'Etat ; il est à craindre que le matérialisme, en détruisant l'esprit de patriotisme, ne tue le dévouement.

Vous, soldats, qui savez que le dévouement est le salut de l'Etat, et qui ne voulez pas que la patrie meure ; vous, pour qui l'égoisme est le plus dangereux, et le plus hideux des vices, n'oubliez pas que si le dévouement est la plus pénible des vertus militaires, elle est aussi la plus brillante, et ceile qui conduit le plus vite, le plus sûrement à la gloire et lirimortalité.

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