‹ Les qualités morales du bon militaire [microforme]Chapitre 26 sur 50 · PB LE · texte numérisé non relu

PB LE

La discipline c’est la règle, la discipline c’est l’ordre; la discipline c’est le devoir.

L'observation de la discipline est donc le respect de la règle de l’ordre, ls sentiment et l’accomplissement da devoir; c'est la vie, c’est la force des armées.

L'obéissance aux règlements militaires, l’obéissance sans restriction, est la partie essentielle de la discipline et la condition indispensable des succès et de la gloire des armées. Supprimer, ou même chercher à éluder l’obéissance, C’est renverser, c’est détruire la discipline, dont elle est la bâse, et l’on sait que, sans discipline il n’est pas d'armée possible. L’obéissance est donc le plus saint des devoirs du soldat, et ne doit plier devant aucune considération, ni devant aucun intérêt de personnes ou de parti. L’obéissance de l’armée est la sécurité et le salut de la patrie.

Une bonne discipline consiste non-seulement dans l'exacte observation de toutes les règles, mais encore dans l'application intelligente, et éclairée de toutes ies parties qui la compcsent. “ Les membres de la hiérarchie militaire, à quelques dégrés qu'ils y soient placés, doivent traiter leurs inférieurs avec bonté ; être pour eux des guides bienveillants, leur porter tout l'intérêt, et avoir envers eux tous les égards dus à des hommes dont la valeur et le dévouement procurent leurs succès et préparent leur gloire.” Ordonnance du Roi sur le service intérieur des troupes à cheval. (2 novembre 1833.)

On entend par devoir les obligations prescrites par la discipline.

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Etre soumis et dévoué à ses chefs, respectueux sans servilité ; brave, intrépide sur le champ de bataille ; dans toutes les circonstances, supporter avec courage les fatigues de la marche et les privations du bivouac : exécuter les ordres sans murmure, hésitation ni commentaire; savoir faire à propos le sacrifice de sa vie à son pays; ne jamais abandonner son poste, ni déposer les armes en face de l’ennemi ; fidèle à la patrie, soutenir toujours, partout et quand même, l’honneur du drapeau ; sur un geste, sur un signe de son chef, se précipiter à la mort ou contenir son ardeur impatiente; n'avoir en vue que le bonheur et la gloire de la patrie, voilà les devoirs que la discipline impose aux soldats.

Faire son devoir en campagne, c’est contribuer à la réussite des combinaisons du chef de l’armée.

Faire moins que son devoir, c’est souvent de la lâcheté ; c’est vouloir s’attirer les reproches de ses chefs, le mépris de ses camarades et de tous les hommes de cœur.

Le sénat romain voulut que les Légions qui n’avaient pas fait leur devoir pendant la guerre d’Annibal fussent réléguées en Sicile ; et là, qu’on les nourrit d'orge‘au lieu du froment, l’espace de 7 ans.

Faire le mieux son devoir, c’est se distinguer, c'est la noble ambition d’une grande âme qui, sans violer les règles de la discinline, sait se dévouer à propos et affronter les plus grands périls pour le service du pays, et l’exécution des ordres de ses chefs.

Vouloir faire plus que son devoir, peut être l’élan d’un grand courage, mais un élan presque toujours irréfléchi,

c'est parfois de l’indiscipline; c’est ordinairement un manque de discernement; c’est contrarier, et souvent compromettre le succès d’une opération.

La discipline tempére la fougue de la jeunesse, qui, souvent par gloire, sacrifie l'intérêt public à sa vanité, au lieu de sacrifier le désir de briller, à l'intérêt de la patrie.

Un soldat, vraiment digne de ce nom, ne craint pas plus les rigueurs de la discipline qu'un honnête homme, dans la vie civile, ne craint la sévérité du code criminel.

Les soldats qu’atteint la rigueur de la discipline, sont toujours ceux qui ne se distinguent que par leur négligence à remplir leurs devoirs, par leurs mauvais penchants, leur mauvaise volonté et par leur insubordination ; ce sont ceux qui murmurent au moindre ordre qu'ils reçoivent et pour lesquels la moindre sujétion est un supplice. L'éloisnement de ces hommes de l’armée n’est qu'un bien, lorsque leur incorrigibilité est bien constatée et la discipline ne saurait être trop sévère pour de pareils sujets.

La discipline doit être forte et sévère sans cesser d’être juste et paternelle. Lorsqu'un officier se trouve dans la nécessité de punir, à doit paraître infliger la punition avec peine, et quand il a l’occasion de récompenser, il doit paraître le faire avec plaisir.

Lorsque le soldat, par sa conduite, s’est attiré une réprimande ou une punition, il doit la recevoir avec soumission et se montrer reconnaissant du soin que son chef prend de le corriger de ses défauts, et de le maintenir dans la ligne de ses devoirs. Cette ligne, pour un

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militaire, est toujours le chemin de l'honneur. Et s’en écartant, le soldat se réserve dans l'avenir, des regrets, qu'il s'épargnera toujours en écoutant la voix de ses officiers. Etranger à tout esprit de parti, en dehors de tout espèce de cabale, un militaire ne doit songer qu'à la gloire de son drapeau.

On ne saurait trop dans l’armée, se pénétrer de ces paroles d’un brave “ Camarades, disait-il, ne nous occupons pas de politique ; tout ce que nous devons connaître, c'est la position de l'ennemi, pour l'y aller chercher et vaincre, et repousser l'invasion étrangère.”

Si une discipline sévère, mais juste, est utile en temps de paix, elle est indispensable en temps de guerre, où les moycns ordinaires de répression deviennent à peu près nuls. Comment en pays ennemi et même sur son propre terri. ‘re, mettre les populations à l'abri du pill:ge, des vexations de toute espèce, et des outrages d’une troupe indisciplinée ? Ne doit-on pas profiter de la paix pour affermir la discipline pour le temps de guerre, si l’on ne veut s'exposer à voir les armées se livrer, en ca:1pagne, à des actes de barbarie, de brigandage et de lâcheté souvent désastreux, et toujours déshonorant pour une nation.

Les Romains avaient bien compris cette vérité, aussi, étaient-ils sans pitié pour ceux qui s'oubliaient au point de violer la discipline, et ils ne reculaient devant aucun

A L LL ,° # châtiment, quelque rigoureux qu’il fût, pour en assurer l> maintien.

Bertrand Duguesclin, cette fleur des chevaliers bretons,

surnommé le Bon Connétable, disait, en parlant des compagnies: “ Les troupes indisciplinées voltigent à l'arrière ou à l'avant-garde de l'armée, comme les corbeaux et les vautours, pour s'engraisser du meilleur butin, pendant que les troupes disciplinées engraissent les plaines de leur sang et de leurs os.”

La discipline est ce qu’il y a de plus difficile à établir dans les corps, et cependant, sans discipline pas d'armée, puisqu'elle sert à maintenir, par la crainte, ceux que l'amour de la vertu ne pourrait retenir dans les bornes du devoir.

Bonaparte, convaincu de la nécessité de la discipline, surtout pour une petite armée, tenait, dans sa première campagne d'Italie, à ce qu'elle fut exercée parmi ses soldat avec sévérité. Ïl l'avait même affermie par son caractère et par ses manières ; et cette discipline, en les rendant plus formidables, leur concilia bientôt l’estime et la confiance des habitants du pays, où ils fesaient la guerre. Nous donnerons une preuve convaincante de cette sévérité, que Bonaparte apportait à défendre le pillage, et du soin qu’il avait d'épouvanter les malfaiteurs en les faisant juger. Pour faire connaître l'esprit qui régnait à cette époque, nous citerons le trait suivant :

Un Sapeur du 5me Bataillon, nommée Latouche avait, été condamné à être fusillé pour crime de maraude, Près d'être conduit au lieu de supplice, il écrivit à ses camarades cette lettre touchante : ‘“ Vous voyez mes camarades, à quel sort je suis reduit !......et toi, commandant du détachement, si tu m'avais défendu d'aller à

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la maraude, je ne serais pas exposé à la mort que je vais subir : adieu camarades ; Latouche, les larmes aux yeux, ne regrette, en quittant la vie, que de ne pas mourir en défendant la patrie, et ne se console que dans l'espoir que sa mort servira d'exemple à ses défenseurs. (Vict. et Conq.)

La discipline romaine était scrupuleusement observée ; Scaurus écrit, qu’un arbre tout chargé de fruits murs» s'étant trouvé renfermé dans l'enceinte de son camp, il reconnut, le lendemain, à son départ, qu’on n’en avait pas cueilli un seul. (Frontin.)

Il est, à la guerre, des circonstances critiques, où la crainte des châtiments r'a aucun effet sur la troupe, et où l'attachement pour les officiers, décide. Dans ce cas, un acte de vigueur, quelquefois un geste, un mot dit à propos, suffit pour ranimer le courage, et changer la face des affaires.

À Munda, César voyant ses troupes plier, met pied à terre, et faisant emmener son cheval, marche devant eux, droit à l'ennemi ; les soldats eurent honte d'abandonner leur général et retournèrent au combat.

Quand Napoléon, disait ; en parcourant les rangs de son armée, au milieu du feu : ‘“ Déployez ces drapeaux, le moment est enfin arrivé ! ” Le geste, l’action, le mouvement, fesaient trépigner le soldat français. (Mémoires)

Plus un officier est calme, plus il a de pouvoir sur la troupe. Un officier aui ne sait pas se commander luimême, prouve qu'il est peu propre à commander les autres.

Il est des choses qu’un officier ne doit jamais entendre, surtout ne jamais punir, et qu’il doit toujours oublier.

Le soldat grogne par nature, mais obéit de même. Grogner, ce n’est pas de l’indiscipline, c’est un besoin d'expansion nécessaire au soldat, dans sa carrière d’abnégation. Il n’y a que le vieux soldat qui grogne, et qui a pour ainsi dire son franc-parler. Il ne dépassera jamais certaines limites ; il ressemble au vieux serviteur, et comme lui il est fidèle et dévoué ; tout en grognant de la témérité de son jeune officier, il exposera, sans hésitation, sa vie pour le tirer du danger.

Les grenadicrs de la vieille garde, qu’on avait surnommés les VIEUX GROGNARDS, critiquaient les plans et les opérations de Napoléon; mais ils les exécutaient à merveille. L'empereur riait de cette opposition familière et n’en fesait, bien entendu, qu’à sa tête. Il n'ignorait pas que les grognards se fussent plaints bien autrement s’il les eut écoutés. Aussi, Napoléon disait, à St. Hélène, en parlant de ses fidèles soldats: “ Les braves gens ! ils grognaient toujours, maïs ils marchaient de même, et mouraient au cri de Vive l’Empcreur ! ”

“ Les bons et fidèles serviteurs, écrit le marquis de Villairs dans ses mémoires, grondent souvent, les mauvais et ceux qui ne songent qu’à plaire, pour leurs propres intérêts, approuvent toujours.”

La politesse et ia bonne tenue dans un corps, sont l'indice certain d’une bonne discipline.

. Nous avons dit plus haut, que l’obéissance immédiate et sans hésitation, du subordonné, aux ordres son. chef,

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est la partie essentielle de la discipline; mais dans certains cas, le refus d’obéissance est aussi de le discipline, lorsque ces ordres sont contraires, au bien du service, à l'honneur du drapeau, aux réglements militaires, et aux intérêts de la patrie. ( *)

Il arrive quelquefois, très rarement il est vrai, que, dans les troubles civiles, ou dans l:, vuerre étrangère, des officiers, soit poussés per un #sprit de vertige, soit par faiblesse ou par intérêt mal entendu pour leur troupe, s’oublient au point de pactiser avec la révolte, ou de faire déposer les armes en face de l'ennemi, sans combattre. Ici doit se montrer la force de la discipline, par une intelligente résistance à des ordres déshonorants. Il n’y a pas deux manières d'interpréter l’honneur militaire: l'officier qui manque à son devoir, dans de pareilles circonstances, déshonore l’habit qu'il porte, trahit son pays, le maadat qui lui est confié, et perd les droits que son grade lui donne au commandement. Le soldat déiié de son serment, chasse le chef indigne, ou le met

(*) T'art. 4 du titre ler du réglement sur le service intérieur des troupes (24 juin 1792) dit : Il (le gouvernement) veut que le superieur trouve toujours dans l'inférieur une obéissance passive, et que tous les ordres soient exécutés littéralement et sans retard. Mais en prescrivant ce genre d'obéissance, il entend que les ordres soient conformes à la loi, ou fondés en raison.

Nous ne connaissons que deux cas où l’obéissance soit un crime: rendre les armes quand on peut les defendre; abandonner ou trahir son drapeau. Le soldat obéissant à un tel ordre serait aussi coupable que le chef qui aurait la faiblesse ou l’infamie de le donner. | |

en état d’arrestation, continue sa mission avec le dévouement que tout bon citoyen doit à sa patrie, et ne dépose les armes qu’elle lui a confiées, qu’à la dernière extrémité, et après avoir tout fait pour les conserver.

Le 24 mai 1796, Pavie venait de se révolter : cette ville de trente mille âmes n'avait qu’une garnison française de 300 hommes parmi lesquels on comptait beaucoup de malades. Ils furent contraints de se renfermer dans le fort pour se soustraire à un massacre imminent, Le général français, Haquin, étant venu à traverser la ville, la population s'en empara, et le contraignit, le poignard sur la gorge, à signer l’ordre à la garnison d'ouvrir les portes. L'ordre fut signé et éxécuté.

Il y avait à peine deux heures que le général en chef Bonaparte se trouvait à Lodi lorsque la nouvelle de cette révolte lui parvint. Une légère commotion s'était même fait sentir à Milan. Il repartit aussitôt pour cette capitale ; arrivé le soir même, et y trouvant l’ordre retabli, il continue sa route sur Pavie, point central de l'insurrection, avec un détachement de trois cents chevaux, un bataillon d'infanterie et 6 pièces d'artillerie. Arrivé devant la ville, à 4 heures du soir, le 26 mai, le même jour il est maître de la place.

Les 300 prisonniers de la citadelle ont profité du tumulte pour se réunir aux vainqueurs : “ Lâches, leur dit le général en chef, je vous avais confié un poste essentiel au salut de l’armée; vous l’avez abandonné à de misérables paysans sans opposer la moindre résistance! Son premier mouvement fut de les faire décimer,

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mais le capitaine, qui sur l’ordre du général Haquin, avait rendu la citadelle, devint seul responsable de la conduite de ses soldats. Il fut traduit au conseil de guerre, condamné à mort et fusillé. (Norvins.)

La discipline ne se maintient pas seulement par les punitions et par la crainte; elle doit toujours être paternelle et jamais tracassière. Ses liens se resserrent par l’attachement que le soldat prend pour le chef qui le traite avec bonté, emploie tous ses moyens à lui inculquer des principes d'honneur, et à développer en lui tous les bons sentiments qui engendrent le dévouement et l’amour de la patrie, sou ce de tant de succès et de toute gloire militaire.

Henri IV, encore populaire aujourd'hui, après une période de 250 ans, et malgré les révolutions qui ont bouleversé notre pays, était très facile à approcher, et pardonnait volontier les libertés qu'on prenaient avec lui, pourvu cependant qu'elles ne passassent pas de justes bornes, et qu’elles fussent accompagnées des sentiments d'amour et de fidélité convenables.

Ami des officiers et père des soldats, il dit un jour à l'embassadeur d’Espagne, surpris de le voir familièrement entouré d’une foule de gentilshommes: Si vous voyiez un jour de bataille, ils me pressent hien d’avantage.

Ce bon roi savait, au besoin, alliée la fermeté à la douceur. Des soldats avaient commis des excès dans la campagne et pillé les paysans. ‘ Partez dit-il aux

capitaines qui étaient encore à Paris, mettez-y ordre,

vous m'en répondez. Vive Dieu! s’en prendre à mon peuple, c’est s'en prendre à moi-même.”

Un officier aimé et estimé de ses soldats, peut tout entreprendre ; celui qui n’a su employer que les menaces ou les chatiments ne réussira jamais.

L'Empereur Napoléon, sut toujours gagner l'affection et mériter l’estime de ses troupes.

Dès la première campagne d'Italie, n’étant encore que général, il parvint à faire de son armée, une famille que nul autre que lui, ne pouvait plus commander avec un égal succès. On raconte qu’à dater de la victoire de Lodi, Il s'était établi à l’armée, un singulier usage. Après chaque victoire, les plus vieux soldats, se réunissaient en conseil, et donnaient à leur général en chef, un nouveau grade. C’est de cette manière qu'il fut nommé caporal à Lodi ; plus tard, sergent à Castiglione, et ainsi de suite. De là vient le surnom de petit caporal, qui depuis est resté à Napoléon, et qui, dans la bouche de ses soldats, était une marque d'affection et d’admiration. (*)

Un général qui a su inspirer à ses troupes, un tel attachement, était et devait être invincible. Dieu seul, pouvait mettre un terme à ses victoires |

Stimuler l’amour-propre, est un moyen de discipline,

(*) Mes soldats étaient fort libres avec moi. J'en ai vu souvent me tutoyer. C'est qu’ils avaient l'instinct de la sympatie: ils me savaient leur protecteur, et au besoin leur vengeur. (Mémorial)

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qui réussit toujours avec le soldat français. Idolûtres de la gloire, les guerriers de cette nation, obéissent avc. plaisir au chef qui a le talent de leur montrer en perspective, la reconnaissance de leurs concitoyens, et l’admira. tion du monde entier, pour récompense de leur valeur, de leurs travaux et de leur dévouement à la patrie,

Après le combat de la Chiusella, Bonaparte se rendit à Chivasso, pour y passer en revue, les troupes de l’avantgarde, qui s'étaient si bien conduites dans cette affaire. Toujours habile à saisir l’à-propos du moment, pour entretenir parmi ses troupes, une émulation continuelle, le premier Consul témoigna à la 6me demi-brigade légère, sa satisfaction de la vigueur qu'elle avait montrée au passage de la Chiusella, loua les 22e et 40e demie-brigades du sang-froid, et de l’intrépidité qu'elles avaient montrés sur le champ de bataille de Romano, et ordonna au chef de brigade Fournier, du 12me Hussards, qui s'était surtout distingué au combat de Chîtillon, d’annoncer aux braves qu'il commandait, que la cavalerie allait être rérni en corps, et qu’à la première bataille, i] voulait qu’elle chargeñt la cavalerie autrichienne, pour rabaisser la langue et les prétentions de cette troupe ; enfin il dit au 28e de ligne :

“ Il y a deux ans, soldats, que vous vous battez dans les montagnes ; souvent privés de tout, vous avez fait votre devoir sans murmurer : c’est la première qualité du vrai guerrier. Je sais encore qu’il vous était dû, il y a quelques jours, huit mois de paye, et que vous marchez, à l'ennemi sans proférer une seule plainte.

Je récompenserai votre conduite, et pour vous prouver ma satisfaction, je veux qu'à la première affaire vous marchiez en tête de l'avant-garde. (Vict. et Conq.)

Ces paroles, ce moyen de stimuler le courage produisirent un effet magique sur l'esprit du soldat: Bonaparte connaissait l'esprit national. En effet, tous les corps briguèrent l'honneur de marcher à l'avant-garde.

La mutinerie est toujours un acte fâcheux d’indiscipline et peut avoir les plus déplorables résultats. Les soldats portés à se mutiner devraient réfléchir que lorsque leurs chefs donnent des ordres, quelque pénible qu’en soit l'exécution, c’est qu’ils y sont réduits par des circonstances dont ils ne leur doivent pas compte. Il y aurait d’ailleurs peu de glc:re à faire la guerre en amateurs, toujours à côté d’un bon feu et d’une bonne table et d’un lit. Quand les soldats couchent sur la dure, leurs officiers leurs généraux, dorment-ils donc sur un lit de roses ? Notre gloire à nous, soldats, n'est que dans le courage à supporter les privations, à donner, sans regret, notre santé et notre vie pour le service et le salut du pays. (C’est ainsi que le soldat se grandit et s'élève audessus de ses concitoyens dont il acquiert l'estime et l'admiration. En supprimant tous ces sacrifices, le soldat n'est plus qu’un homme ordinaire. Il perd tout son prestige; il tombe au niveau des autres citoyens, qui, jusqu'ici habitués à compter sur son courage et son dévouement, le regardent comme le plus ferme défenseur de l'indépendance et de l’honneur de la patrie.

À l'exemple de la 28e de ligne, tout soldat doit exécuter les ordres, supporter les fatigues, endurer les

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Un des premiers devoirs d’un officier, c’est de connaître nominativement les hommes qu'il a sous ses ordres. Un soldat se sachant ainsi connu de son chef n’osera pas, devant lui, faire à la guerre, une action honteuse convaincu que la punition et souvent le déshonneur la suivraient de près. Interpellé par son officier, le soldat est susceptible de tous les actes de dévouement et d’intrépidité qu’il sait ne pouvoir demeurer dans l'oubli.

César, dont la mémoire était prodigieuse avait pour habitude, dans les moments critiques de parcourir les rangs, interpellant les officiers et souvent les soldats, et leur rappelant leurs anciens hauts faits et leur ancienne gloire.

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