DE LA LACHETÉ
Mort au lâche !
Ney.
Par la lâcheté, nous entendons absence de tout sentiment généreux, défiance de ses forces et de son courage,
La lâcheté, comme la bravoure est innée chez l’homme ; l'une et l’autre peuvent se modifier par l'éducation et par l'exemple ; autant l’une honore, autant l’autre avilit et dégrade. $i la bravoure et la loyauté sont au nombre des premières vertus du soldat, la lâcheté est le vice le plus rare, et celui qui inspire le plus de répulsion dans l’armée.
Les lâches furent toujours traités avec mépris chez toute les nations.
Le lâche ne comprend ni l'honneur militaire, ni l'amour du drapeau ; il n’a pas de patrie. Il ne faut attendre de cet homme, ni dévouement, ni aucun sentiment généreux, La lâcheté est ordinairement peinte sur sa
figure ; il n’ose jamais regarder en face, et frappe toujours
par derrière. La délation, la bassesse des sentiments, l'envie contre les gens de cœur, sont les compagnes habituelles de la lâcheté.
Il suffit d’un homme entaché de ce vice, dans un régiment, pour en ternir l'éclat, Il devient fréquemment une cause principale de querelles de corps ; pour lui, il faudra souvent se battre ; lui, ne se battra jamais.
L'homme lâche est connu et cité dans l’armée pour être voué au mépris, comme le brave est citée avec éloges et respecté partout.
L'armée est une famille dont les braves se connaissent. Quand le lâche se présente dans une réunion, tout le monde lui tourne le dos, et le fuit ; on craint son contact ; le brave, au contraire, est toujours vénéré, même par ses ennemis,
omimne ; 1 et par avilit et nombre
vice le n dans
is chez
aire, ni faut atntiment sur sa
toujours
timents,
es habi-
un régiemment ir lui, il $,
1ée pour c éloges
aissent.
tout le son con- , même
Lorsque la mort vint frapper le brave Marceau, l'armée ennemie voulut se réunir à l'armée française, pour lui rendre les derniers devoirs, et le canon autrichien, de concert avec l'artillerie française, salua sa dépouille mortelle, le jour des funérailles de ce héros.
Un brave n'est étranger dans aucun régiment de l’armée, partout où il arrive, il est fêté et choyé ; pour lui les rangs de la hiérarchie s'effacent, il est, si non aimé, du moins estimé de tous. Ses chefs Je traitent en camarade ; car ils savent qu'il remplira toujours ses devoirs et ne s'écartera jamais des égards dus au commandement.
Le lâche, au contraire, petit avec ses égaux, qui le méprisent, et qu'il craint, est aussi méprisé de ses chefs, qui le subissent, et avec lesquels il fait parfois le rodomont. Il sait que, pour ses impertinences il ne peut lui revenir que quelques jours de punition; c'est un petit dédommagement qu'il se donne, pour se venger de l’état de sujétion dans lequel il se trouve visà-vis de ses camarades.
Quelquefois il se fait fanfaron ou faux brave. S'il arrive dans un régiment où il n'est pas connu, il criera beaucoup, il fera des embarras, pour faire croire qu'il ne manque pas de ce que tout militaire a habitu ‘lement, du cœur. À l'entendre, il aura eu vingt ducis; il se fera maître d'armes, se dira de première force au pistolet, pour éloigner le danger de sa personne; maïs on ne le tiendra jamais dans une salle d’escrime, ni dans un tir, encore moins sur le terrain. À sa jactance, on le reconnaît toujours ; jusqu'à ce qu’il soit démasqué, il fera
blanc de son épée, il fera même l'imprrtinent. Mais s’il rencontre quelqu'un, qui, las de ses rcdomontädes, lui montre les dents, il fera volte-face, et reprendra sa première nature basse et rampante.
Si deux de ses camarades ont quelques difficultés ensemble, quelque légères qu’elles soient, ils les poussera à se battre ; quand à lui, quelque affront qu’il ait reçu, il ne se battra jamais. On peut le souffleter impunément, sa face paraît destinée à cette usage, il conviendra toujours qu’il a mérité la correction, et fera toutes les excuses qu'on exigera de lui.
Quand son général commande “ En avant,” il crie : Sauve qui peut.
A un tel homme, ne confiez jamais un secret, il le trahirait; ne le mettez jamais dans un poste périlleux, il l’abandonnerait ; en face du danger, il passera à l'ennemi, dont il se fera l'espion.
Ses camarades, il les déteste, parcequ'il les craint. Il pe faut pas hésiter à chasser un tel homme d’un régiment qu'il salit et déshonore.
Le criminel inspire de l'horreur ; pour l’homme lâche on n’éprouve que du mépris et du dégoût.
En résumé, une armée sans discipline, est une cohue ingouvernable, de laquelle il ne faut rien attendre de bon, et avec laquelle on ne peut rien faire de grand. La force n'est pas tant dans le nombre que dans la discipline ; aussi Marius ayant le choix de deux armées qui avaient été commandées par divers généraux, choisit la moins nombreuse, parcequ’elle était la mieux disciplinée. Xerxès
ais s’il es, lui sa pre-
tés enssera à 1, ilne ent, sa ujours XCuses
I] crie :
t, il le leux, il -nnemi,
int. Il Sgiment
1e lâche
e cohue de bon, La force cipline ; avaient 1 moins Xerxès
arrêté au pas des Thermopyles qu'il ent de la peine à vaincre, se plaignit de ce qu'il avait beaucoup d'hommes mais peu de soldats,
La discipline, en un mot, consiste dans la stricte xécution et surtout dans la juste application des réglements militaires. Pour obtenir un bon résultat, l’on doit toujours tenir la punition suspendue au-dessus de la tête des hommèës d’une nature ingrate et perverse, les maintenir dans le devoir par la crainte du châtiment que l'on doit toujours infliger avec sagesse et fermeté ; offrir constamment, en perspective, aux soldats d’une nature privilégiée, les réconipenses réservées au mérite, à la b:ne conduite, au zèle dans l’accomplissement de ses devoirs, et surtout les distribuer avec justice et discernement.
Pour établir, pour consolider la discipline, pour en resserrer les liens, les officiers ne doivent jamais perdre de vue qu'ils ne sont que J?s exécuteurs de la loi. Par une coupable faiblesse, ils se rendraient complices de ceux que l'impunité porterait à violer la discipline ; par une sévérité sans mesure et sans intelligence, poussée jusqu'à la dureté, ils deviendraient responsables du découragement ou de l’exaspération que des punitions, infligées par boutades et par acoups, font naître habituellement, parmi la troupe la plus soumise et la mieux disciplinée.