DU VOL
Tu ne déroberas pas !
Loi de Dieu.
Le vol est une action basse et honteuse, inspirée par un sentiment injuste qui pousse certains hommes à s'approprier le bien d'autrui. C’est un de ces vices qui entachent le plus l’habit militaire, et qui méritent le
moins d’indulgence.
Le vol, dénote la bassesse des sentiments, l'absence de toute idée d’horineur, et est généralement une des conséquences de l’ivrognerie et de l’inconduite.
On conçoit aisément l’horreur et les craintes que doit
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inspirer un voleur dans un régiment qui n’est autre chose qu’une famille, ou tout est sous la protection de la bonne foi. Le soldat n'a ni coffre-fort, ni serrures pour mettre son argent ou ses effets à l'abri des attaques ou de la convoitise d’un mauvais camarade. Dans un quartier, la probité est la seule garantie de ceux qui l’occupent. Du moment qu'un homme indélicat s’y est introduit, le vol y est très-facile ; on n’a qu’à étendre la main pour s'emparer du bien de ses voisins. Dès lors la confiance disparait ; la fraternité d'armes, la camaraderie, ce lien de la famille militaire, qui aide à supporter l'absence de la famille laissée au village, fait place à la méfiance et à des soupçons souvent injustes.
Voler son camarade, lui enlever des effets qu’il met tous ses soins À conserver est un acte de bassesse; lui dérober les quelques sous que sa famille lui a envoyés souvent en s'imposant de très-ora ds sacrifices, pour adoucir sa position, ou que lui même aura économisée à force de privations sur sa faible solde, pour des temps plus durs encore, est sans doute une action honteuse ; un voleur de chambrée enfin, est digne du mépris de tous les honnêtes gens et de toutes les rigueurs de la discipline militaire. Mais on se demande, si le misérable qui accueillis souvent comme un fils chez son hôte, trompe la confiance qu’un honnête habitant a dans la loyauté proverbiale du bon militaire, et s’oublie jusqu’à dérober
ce qu’on a eu la pudeur de croire en sureté devant son uniforme, on se demande si un tel misérable n'est pas
encore mille fois plus coupable !
Le voleur de chambrée est sans doute un être dange.
reux, un être à chasser de l’armée; mais, au moins, l’habit du coupable seul est flétri ; car ses camarades en font justice, et prouvent ainsi combien leur est odieuse cette malheureuse inclination.
Mais voler chez son hôte, c'est faire rejaillir la honte de sa faute non seulement sur l’escadron, sur le régiment auquel appartient ce misérable, mais encore sur toute l'armée, sur tout homme qui a l'honneur de porter l'uniforme ; l'habitant au préjudice duquel le délit aura été commis, sera persuadé, sans plus ample renseignement, que tous les soldats se ressemblent ; et que, là ou il a un uniforme, il n’y # plus de sureté pour la fortune. Que deviendrait alors l’honneur du soldat, qui est souvent sa seule richesse ?
Comment la main qui s’avance pour dérober l'effet ou l'argent de son voisin ne se désèche-t-elle pas ? Comment la main gauche, si la droite est coupable, ne saisit-elle pas un couperet et ne tranche-t-elle pas ce membre nuisible ? Comment ce malheureux, si l’honneur n'a aucune influence sur lui, comment ne songe-t-il pas au châtiment qui l’attend, si sa mauvaise action est découverte, et elle le sera? Flétri par les lois, flétri par l'opinion publique, sortant de la prison à laquelle il aura été condamné, dans quel lieu osera-t-il se présenter ? dans son village ? mais sa famille le repoussera, et ne voudra plus reçevoir dans son sein celui qui aura flétri un nom jusqu'alors respectable, ni donner asile au misérable dont la honte est devenu la sienne!!! Ses concitoyens aussi l’éloigneront de lui et, le montrant du doigt, l'on dira: “ Voilà Jacques le voleur! Voilà Pierre le
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voleur! voleur ! voleur ! Ce titre infâme semble écrit en lettres de feu sur le front du coupable. Repoussé par sa famille, repoussé par ses concitoyens, à qui s’adressera-til ? à des étrangers ? mais une telle faute ne peut rester cachée; et, dès lors, qui pourrait dormir tranquille sous le toit habité par un voleur ? qui oserait quitter son domicile pour aller vaquer à ses occupations, et y laisser celui qui, pour une telle action, aura été frappé par la loi ? repoussé par tout le monde, réduit à l'isolement le plus complet, quel parti lui restera-t-il ? recommencer à voler et ensuite assassiner, pour pourvoir à son existence ; et au bout de tout cela, une détention perpétuelle, le bagne ou l’échafaud.
® Voilà la conséquence inévitable d’une première faute ; voilà, pour quelques misérables pièces de monnaie, l’avevenir qu'on se réserve, Ce n’est certe pas une histoire nouvelle que celle dont nous retraçons ici le tableau, mais c’est toujours un spectacle digne de méditation, et portant en soi son enseignement, que celui d’un malheureux frappé dans sa jeunesse d’une condamnation infammante et faisant, après sa libération, de pénibles et louables, mais inutiles efforts pour réparer son passé. C'est en vain qu’on veut se réhabiliter et retrouver une place dans la société, c’est presque tenter l'impossible.
Le volcur de grand chemin est moins méprisable que le soldat qui vole son hôte ou ses camarades, Car, au moins, celui là vole à ses risques et périls et peut trouver la mort là où il cherche la fortune, et quelquefois seulement, des moyens d'existence. Mais le soldat coupable de ce délit, n’a même pas pour lui cette dernière excuse.
Son action est une action de lâche, car il ne vole que
parce qu'on à confiance en sa probité, parce qu'on a foi : en son honneur, parce qu’il compte sur l'impunité, Il s ne court aucun danger, lui, le hasard seul, est dénonciateur ; il n’a pas pour prétexte la nécessité de pourvoir à son existence; l'Etat se charge de se soin, et ne lui de- " mande en échange qui de se souvenir qu'il est le défen- de seur de la patrie. Mais non, le plus fréquemment c’est ri pour satisfaire à l’ivrognerie ou à d’autres passions aussi ir ignobles, qu'il oubli les vertus du soldat, la probité et le désintéressement. | [ Interrogez le malheureux, qui se sera ainsi rendu hot coupable, demandez lui les angoises qu'avant même qu’ d’être découvert il a du éprouvé ; il vous dira que, du ré
jour où il a eu la faiblesse de céder à son malheureux penchant, il n’y a plus eu pour lui, de nuit de repos. Constamment en proie à des rêves affreux, il ne voit que gendarmes, que prisons, qu'échafauds ! Quand son nom venait à être prononcé, il croyait son infamie découverte; quand il se trouvait en face d’un honnête homme, il n’osait ni lui serrer la main, ni même soutenir son regard. Une in- | sulte, il n'avait plus le courage de la repousser; le vol | l'avait abaissé, abattu, avili, au point qu’il se méprisait |
lui-même,
I] s’éloignait de toute réunion, dans la crainte de lire sa honte dans tous les regards. Îla cessé d’être un homme ce n’est plus qu’un lâche voleur ! Et, n’ayant pas le courage de s’arracher la vie, qui lui est cependant insupportable, il s’adonne, avec une force nouvelle, à l'ivrognerie pour s’étourdir sur son passé, sur son avenir,
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Voilà le voleur, voilà le soit inévitable qu'il se réserve !
Du temps de Caton, dans les armées romaines on coupait la main droite à ceux qui étaient surpris à dérober. Quand on voulait les punir avec moins de
rigueur, on leur tirait du sang, devant le front des troupes.
Chez les Celtibériens, le vol était puni de mort.
Sous le premier empire, les soldats avaient une telle horreur pour les voleurs, et un tel respect pour leur habit, qu'ils se rendaient justice eux-mêmes. Après s'être emparé du misérable qui avait déshonoré le régiment auquel il appartenait, il lui admistraient une punition corporelle équivalant à la bastonade d'Alexandre Sévère ; ils le dégradait ensuite, lui arrachant les boutons qui portaient le numéro du Régiment, et le chassaient ignominieuse-
ment comme un être indigne d'occuper de lui le conseil de guerre.
ARTICLE V