QU’EST-CE QUE LE SOLDAT
Dans le sens général du mot, le soldat est l’homme investi par la société d'attaquer et de défendre. Dans l'acceptation moderne que lui ont faites nos mœurs, nos besoins et notre civilisation, c'est l’homme placé en dehors du droit commun et soldé par le pays pour protéger les intérêts généraux et particuliers, quand les sociétés ou les individus en appellent à la force contre une aggression quelconque.
Nous trouvons le soldat à l’origine des premières sociétés. Chez les anciens, les armées furent rarement permanentes, et le soldat n’était point au milieu de la société cet être exceptionnel, qui de nos jours semble distrait de la grande famille humaine, pour accomplir pendant une partie de sa vie, un pélérinage armé; le soldat, c'était le citoyen quittant ses foyers au jour du péril, pour aller combattre les ennemis de la patrie, et redevenant après la campagne, l’homme de la cité, et l'orateur du forum. Le service militaire n'était point un impot, mais un droit exercé, comme celui d'élection et de votes dans les assemblées publiques; à Rome, pour
être soldat, et se voir appelé à l'honneur de défendre la république, il fallait être de condition libre.
La nécessité obligea quelquefois à déroger à cet usage ; des affranchis, et même des esclaves furent admis pour la première fois sous les enseignes après la déroute de Cannes. Durant le règne des empereurs et surtout lors de l'invasion des barbares, le service militaire devint une profession, le soldat, un type nouveau, une existence à part; chez lui ont complètement disparu tous les traits du citoyen et de l’homme mêlé aux intérêts de la chose publique ; le soldat, c'est l'habitant des camps et des garnisons, c’est le disciple d'une foi dont les dogmes ne sont que les vertus du champ de bataille. Avant que l'invasion, s’arrêtant sur le sol, ait revêtu la forme féodale, tout ce qui a la force de porter les armes est appelé à combattre. Les nations sont des armées, les villes des camps, le seul droit des peuples est la force ; vous trouvez le soldat partout, dans chacun des hommes de la race conquérante. Quand l'invasion s'est arrêtée et que le régime féodale, dans l’organisation qu’il donne à la société, a créé des classes, des professions, des rangs divers, c’est au sein de la chevalerie, cette institution si gucrricre dans son esprit et ses développements, qu’on retrouve le soldat.
Préparé au métier des armes par une éducation toute militaire, esclave des nobles préjugés, qui sont encore dans les armées modernes des conditions de leur force et de leur existence, toujours prêt à combattre, quand le pays appelait aux armes ses défenseurs, et que se déployait la bannière royale, l’homme de guerre de la cavalerie
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fut le soldat du moyen âge. Il apparait encore dans ces corps de mercenaires qui allaient offrir leurs services aux différents souverains de l’Europe, et pour qui la guerre était un moyen de gloire, d'activité et de richesse. L’établissement des armées permanentes amena de grands changements dans la vie du soldat et dans son caractère. Cette œuvre si grande dans ses résultats, établit d’une manière régulière et générale l'existence de l’homme de guerre et ses rapports avec la société. Son existence se partagca alors en deux phases bien distinctes, les jours de guerre, et ccux passés dans l'oisiveté de la paix. Les villes de garnison devinrent des .camps permanents, où vivaient au milieu d’une cité paisible, une population toute militaire ; là, les occupations ingrates de la caserne, les exigences d’une discipline de fer, les humiliations de l’obéissance passive, apprirent au soldat, que pendant la paix comme au milieu des travaux de la guerre sa destinée est de se dévouer.
Il devint bientôt le représentant de la force, mis aux mains du pouvoir royal; aussi tous les monarques l’appelèrent autour de leur trône, quand le sceptre tremblait dans leurs mains, ou que des pensées de grandeur et de conquête venaient s'emparer de leur esprit. On lui jeta dans ces moments de peril les mots de (foire, Fidelité et d'Honneur militaire ; on lui enseigna qu'ils résumaient toute sa vie et qu'eux seul pouvaient entourer son uniforme d’une auréole pure et éclatante. Martyr de cette religion nouvelle, il apprit au monde à l’admirer en mourant pour son culte sur mille champs de bataille.
Les guerres de la révolution française, de l'Empire, de
Crimée et d'Italie, ont fait le soldat si grand que les plus incrédules et les plus froids s’inclinèrent devant tant de gloire, il fut à ces grandes époques si brave, si intelligent, si dévoué, qu’à chacune de ses étapes victorieuses à travers ces campagnes, il trouvait encore plus de gens pour l’admirer que d’ennemis pour le combattre. Les événements l'avaient mis sur un piédestal si élevé que pendant un instant tous les regards du monde se tournèrent vers lui: on eut dit qu’ii était dans l’humanité, l'étoile brillante qui venait conduire les peuples vers leurs destinées nouvelles.
Aujourd’hui, le soldat déchu de ce haut rang, voit tous les jours s’éloigner de lui le prestige dont, pendant si longtemps, il fut entouré. Objet de crainte pour beaucoup, de haine pour quelques uns, d’indifférence pour le plus grand nombre, il sent sa position mauvaise, et demande en vain comment elle pourrait devenir meilleure ; il voit chaque jour sa condition s’isoler des autres conditions humaines; car il est inactif et immobile au milieu d’une époque d'activité et de progrès.
Pendant longtemps encore, le soldat sera dans le monde le représentant des généreuses pensées de dévouement et d'abnégation, le défenseur du sol, et l'appui de tous les principes d'ordre et de conservation.
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