PRODUITS PAR LES RATONS DE RÔNT6EN
Par a. RIGHI.
Comptes rendus de l'Académie des Sciences, séance du 17 février i8g6.
Dans le Compte rendu de la séance du 3 février, je trouve une Communication de MM. Benoist et Hurmuzescu, sur la dispersion des. charges électriques obtenue par les rayons deRôntgen. Comme j^ai fait, en même temps que ces physiciens, des recherches semblables, que j'ai communiquées à l'Académie des Sciences de Bologne dans sa dernière séance, et que mes résultats ne sont pas tout à fait identiques, je demande la permission d'en donner ici un résumé.
J'ai employé un électromètre de Mascart comme appareil de mesure. Il est en communication avec les corps sur lesquels on fait arriver les rayons X, qui proviennent d'un tube de Crookes, renfermé, avec les appareils fournissant les décharges, dans une grande caisse métallique en communication avec le sol. La partie de la caisse qui est voisine du tube est formée par une épaisse lame de plomb, ayant au milieu une fenêtre ronde, de 10*^" de diamètre, recouverte par une lame mince d'aluminium, d'où partent les rayons.
J'ai reconnu qu'un disque métallique communiquant avec l'électromètre perd rapidement sa charge, qu'elle soit positive ou négative. La durée d'action nécessaire pour que le potentiel descende de 7 volts à 3,5 a été sensiblement la même pour un potentiel positif et pour un potentiel négatif.
Avec une charge initiale positive, la décharge n'est pas complète; avec une négative, non seulement le corps se décharge, mais il se forme une charge positive.
Si je fais tomber les rayons de Rontgen sur un de mes couples photoélectriques, qui sont formés par une toile métallique en communication avec le sol, parallèle et très voisine d'un disque métallique en
6r6 niGHi. — phénomènes électriques produits par les rayons de rôntgrn.
communication avec réiectromètre, j'obtiens une déviation positive ou négative suivant la nature des métaux du couple, comme avec les rayons ultra-violets.
Enfin, un disque à l'état naturel se charge positivement lorsqu'on l'expose à la nouvelle radiation (ce qui a lieu aussi, comme je l'ai démontré autrefois, en employant les rayons ultra-violets). Avec ce même disque, le potentiel positif final est le même, quelle que soit la valeur initiale, positive, négative ou nulle, du potentiel du disque. Ce potentiel final a été plus élevé pour le cuivre que pour le zinc, et encore plus élevé pour le charbon de cornue ( * ).
Je trouve, en outre, qu'une lame de verre ayant presque i*^"* d'épaisseur, placée sur le chemin des rayons X, ne détruit pas leur action, mais seulement l'afiaiblit. De même, l'interposition d'une lame épaisse d'aluminium, d'une planche épaisse de sapin, ou même de la main placée de manière à masquer complètement la fenêtre, ne fait qu'affaiblir plus ou moins Faction des rayons.
Je m'attendais à ce que des résultats, semblables à ceux que j'ai décrits, seraient obtenus, en même temps que par moi, par d'autres physiciens, vu que de toutes parts on s'occupe actuellement des nouveaux rayons; je suis heureux de constater l'accord qui existe, au moins sur les points fondamentaux, entre mes résultats et ceux qui m'ont fourni l'occasion de cette Communication.
(') L'Auteur a reconnu plus tard, que cette charge positive clait due, au moins partiellement, à la différence de potentiel de contact entre le disque et les corps environnants, comme dans l'expérience précédente; mais il a éliminé cette cause d'erreurs par de nouvelles expériences dans le vide. La charge posiiive ainsi obtenue s*explique aujourd'hui comme conséquence de l'émission de rayons secondaires (constitués d'électrons négatifs) provoquée par les rayons X. {Note de Vauteur.)
SUR
Li COXVECTION ÉLECTRIQUE SUIVANT LES LIGNES DE FORCE,
PRODUITE PAR LES RAYONS DE RÔNTGEN, Par Auguste RIGHI.
Comptes rendus de l* Académie des Sciences, séance du 24 août 1896.
Dans mes publications diverses sur les phénomènes électriques produits par les rayons de Rontgen, j'ai toujours interprété les faits observés comme s'il était démontré que le mécanisme de la propagation de Télectricité est le même que lors de la dispersion par les pointes aiguës, ou de la dispersion à la surface des conducteurs chauffés au rouge, ou de la dispersion produite par les rayons ultra-violets. Je me réservais de montrer, dans un Mémoire comprenant l'ensemble de mes recherches sur ces phénomènes, de quelle manière l'électricité se propage dans les gaz traversés par ces rayons; je crois I)on cependant (le faire connaître, dès à présent, quelques expériences qui me paraissent démonstratives.
Lne boule métallique est placée à quelques centimètres d'une lame d'ébonite qui porte, sur la face extérieure, une armature métalli(|ue. Entre la lame et la boule, on place une petite croix d'ébonite. La boule et l'armature sont maintenues chargées d'électricités contraires, au moyen d'une petite machine électrique.
Si. la boule étant négative, on fait tomber sur sa surface des rayons ultra-violets, on obtient sur l'ébonite, après un temps suffisant, y ombre électrique de la croix. Il suffit de prendre la lame d'ébonite et de projeter sur elle le mélange de soufre et minium, pour voir^ apparaître une croix jaune sur fond rouge.
Au lieu des rayons ultra-violets faisons agir les rayons X. Dans ce l)ut, on emploie un tube de Crookes placé de manière que les rayons X qui en émanent traversent l'air qui se trouve entre la boule et la lame, n est bon de placer, entre le tube et les autres appareils, une grande
6l8 KIGHl. — LA CONVBCTION KLBCTEIQUE SUIVANT LES LIGNES DE FORCE.
lame mince d'aluminium (ou mieux de renfermer le tube dans une enceinte métallique) communiquant avec le sol. Le résultat de l'expérience est le même que précédemment.
La forme de Tombre et la place qu'elle occupe indiquent qu'elle est projetée par les lignes de force. La croix arrête mécaniquement celles des particules électrisées qui se meuvent suivant lesdites lignes, qui la rencontrent, de manière qu'elles ne peuvent pas aller déposer leur charge sur l'ébonite.
La poudre jaune qui adhère dans l'ombre y est attirée parla charge d'influence de l'armature.
Pour juger jusqu'à quel point les trajectoires des particules électrisées coïncident avec les lignes de force, j'ai eu recours aux systèmes cylindriques, comme j'avais fait déjà lors de mes recherches sur les autres cas de dispersion.*
Au lieu de la boule, on emploie un long cylindre et, au lieu de la croix, une bande rectangulaire d'ébonite. Les lignes de force sont alors des arcs de cercle, et il est aisé de calculer d'avance la place que l'ombre de la bande doit occuper. Après l'expérience, on vérifie que l'ombre occupe sensiblement la place prévue.
Il me semble que ces expériences montrent bien l'existence d'une convection suivant les lignes de force et viennent ainsi confirmer mes vues anciennes sur le mécanisme de la propagation de l'électricité dans les gaz.
Je suis heureux de constater l'accord entre ma manière de voir et celle qu'a formulée récemment M. Villari (*). Ce physicien conclut, de ses ingénieuses expériences, que la dispersion produite par les rayons X est une convection : mes expériences précisent davantage le mécanisme du phénomène, en indiquant quelles sont les trajectoires parcourues.
(*) Comptes rendus f i3 juillet 1896.