QU1LS TRAVERSENT
Par J.-J. THOMSON.
Société Royale de Londres ^ i3 février 1896, Journal de Physique, 3* série, t. V, p. i65.
Les rayons de Rontgen, tombant sur des corps électrlsés, leur font perdre rapidement leur charge, qu'elle soit positive ou négative. La disposition que j'ai employée pour étudier cet effet est la suivante : la bobine de Ruhmkorff et le tube à vide qui servent à produire les rayons sont placés à l'intérieur d'une grande caisse d'emballage, qu'on a recouverte d'une feuille d'étain pour protéger, par un écran, l'élec- Iromètre de toute perturbation électrostatique que pourrait causer l'action de la bobine. L'aiguille de l'électromètre est suspendue à un fil de quartz; comme il n'y a aucune force magnétique antagoniste, celte aiguille n'est pas influencée par des variations dans l'aimantation du noyau de la bobine.
Le tube à vide est placé de telle façon que la partie phosphorescente soit à environ i,5 pouce du couvercle de la boîte ; un trou d'environ • pouce de diamètre permet aux rayons de sortir de la boîte; une feuille d'aluminium ou d'étain mince recouvre le trou. La lame élecirisée, qui est un peu plus grande que le trou, est placée hors de la koîte, environ à 2 pouces au-dessus, et les rayons tombent sur elle après avoir traversé l'ouverture. La lame est maintenue en communication constante avec un des quadrants d'un électromètre; on isole les quadrants et la lame avec le plus grand soin. L'isolement était assez bon pour qu'il n'y eût aucune perte appréciable quand la bobine ne fonctionnait pas. Voici maintenant comment on opérait : les deux paires de quadrants sont réunies, et l'on charge la lame à un potentiel ^levé, par un électrophore, ou en la mettant en communication, pen-
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dant quelque temps. a\er une ;:rande haUerie de pelits accu mu la leurs. I^s quatre quadrants de lélectromèlre sont alors au même potentiel. On sépare les deux paires de quadrants: si l'isolement est bon, les potentiels resteront les mêmes, et il n*v aura pas de dé\iation de réleclromètre; dans nos expériences, la perte est si faillie que, dans ces conditions, le mouvement de la tache lumineuse est à peine perceptilile. Si maintenant on dirige les rayons de Rontgen sur la lame, il se produit une déperdition brusque d'électricité, le potentiel des quadrants reliés à la lame varie et, en quelques secondes, la tache lumineuse renvoyée par le miroir de Télectromètre est projetée au delà de l'échelle. Cette déperdition d'électricité se produit quel que soitic signe de Télectrisation; quand la plaque est sans charge au début, il il m'a été impossible de mettre en évidence une charge quelconque qu'elle aurait acquise par l'exposition à ces rayons. Quand on porte la lame à un potentiel élevé, la déperdition est un moyen extrêmement délicat de déceler ces rayons, beaucoup plus sensible qu'aucune plaque photographique que je connaisse. J'ai observé que ces rayons produisent des effets distinctement perceptibles sur une lame chaînée après avoir traversé une lame de zinc d'un quart de pouce d'épaisseur. L'emploi de la lame chargée et de l'électromètre est beaucoup plus expéditif que celui de la jdaque photographique, et se prête beaucoup plus aisément aux mesures quantitatives.
Pour déterminer comment l'émission des rayons de Rontgen dépend du degré de vide du tube, on a relié le tube à la pompe et l'on a observé la perte a divers degrés de vide; aucune déperdition ne s'est manifestée tant que la pression n'a pas été assez basse pour que des lueurs phosphorescentes apparaissent sur le verre, et, même après l'apparition de ces lueurs, la perte est restée faible, tant que l'éclat de la bande positive a été considérable ; ce n'est qu'après la disparition de cette bande que la décharge de la lame est devenue rapide.
Pour obtenir le maximum de sensibilité, il faut évidemment charger la lame à un potentiel aussi haut que possible. La perte due aux rayons se produit cependant quand le potentiel de la plaque ne dépasse pas celui de la lame d'étain, de plus de 3 ou 4 volts, et je n'ai jusqu'ici observé aucun phénomène qui puisse laisser croire à l'existence d'une limite inférieure de la différence de potentiel au-dessous de laquelle la déperdition cesserait de se produire.
Cette déperdition diffère de celle qu'occasionnent les rayons ultraviolets, dont MM. Elster et Geilel ont démêlé les lois, par plusieurs caractères essentiels; d'abord la lumière ultra-violette ne décharge
DECBIBGB DE L*ÉLECTfiICITÉ PRODUITE PAR LES RAYONS DE RÔ.NTGEN. jGS
que les corps éleclrisés négativement, tandis que les rayons de Rôntgen agissent quel que soit le signe de la charge. De plus, reflfet de la lumière ultra- violette n'est considérable que quand le corps éleclrisé est un métal fortement électropositif, avec une surface propre. Les effets des rayons de Rontgen sont, au contraire, très marqués, qael que soit le métal, et se produisent quand la lame est plongée dans un diélectrique solide ou liquide, aussi bien que quand elle est dans l'air. J'ai recouvert la lame métallique de paraffine solide, de soufre solide, je l'ai mise à l'intérieur d'une masse d'ébonite, je l'ai placée entre deux lames de mica, je l'ai plongée dans un bain d'huile de paraffine : dans tous ces cas et bien que l'isolement f lit pratiquement parfait, quand l'isolant n'était pas traversé parles rayons de Rontgen, el que la différence de potentiel entre la lame et le métal qui recounuit la bojte ne fût que de lo à i5 volts, la charge de la lame métallique se perdait néanmoins dès que les rayons de Rontgen pénétraient dans l'isolant. J'ai trouvé que l'électricité s'écoule delà lame, même quand Tespace qui la sépare des conducteurs les plus voisins mis à la terre, est entièrement rempli de paraffine solide; il faut en conclure que, quand les rayons de Rontgen traversent un diélectrique, ils le rendent conducteur pendant la durée de leur passage et que tous les corps deviennent conducteurs, quand ces rayons les traversent. Le passage de ces rayons à travers un corps semble donc être accompagné d'une décomposition de ses molécules, qui permet le mouvement de réiectricité, par un mécanisme analogue à celui du passage du courant dans un électrolyte. En employant un bloc de paraffine solide, dans laquelle étaient plongés deux couples d'électrodes, les unes parallèles, les autres perpendiculaires aux rayons de Rontgen, j'ai rouvé qu'il n'y a que très peu de différence entre les vitesses de déerdition, parallèlement et perpendiculairement aux rayons.
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