EUGENE BLOCH
nelle, il y avait lieu de chercher si les phénomènes de coodensalioi ne présentaient pas, eux aussi, une différence avec les phénomêiifs oiVels par les ions ordinaires. J'ai constaté de suite le fait suivant: Tair très sec qui a passé sur le phosphore renferme loujours des poussières très ténues, visibles dans la lumière d*un arc suffisamment intense, mais invisibles à la lumière diffuse. Si on le fait passer dans une atmosphère de vapeur d'eau simplement saturante^ ilsepit»duit dans le gaz une condensation abondante et très visible à la lumière diffuse, alors que les gaz ionisés ordinaires exigent une forl« sursaturation de la vapeur pour provoquer la condensatioo (sursaloration égale au moins à 4- Cf, les travaux de C.-T.-R. Wilsoni. J'ai du reste pu démontrer directement et rigoureusement : i" (^ue les centres chargés ou ions présents dans le g*i2 étaient pour une grande partie au moins confondus avec les poussières ténaes visibles dans le gaz; 9." que la condensation se produit surtout sur les ions fonctionnant comme centres de condensation. L'appareil qui m a servi se compose d'une cuve en verre renfermant trois plateaux métalliques parallèles et identiques A, B, C, séparés par des inter^-alles de 6™"'. On peut introduire dans cette cuve le gaz qui a passé sur le phosphore et observer le nuage qu'il contient en éclairant vivement le gaz par la lumière d'un arc électrique et observant sur fond noir. On constate ainsi que, quand les trois plateaux A, B, C sont au même potentiel, des traînées blanchâtres apparaissent entre eux, manifestant la présence de poussières dans le gaz. Si, A etB restant au même potentiel, on établit entre B et C un champ électrique intense et uniforme avec une batterie de .'^00 accumulateurs, la traînée disparaît du coté où existe le champ, et de celui-là seulement. L'expérience réussit aussi bien, que le gaz soit bien sec ou ait barboté dans Teaii. Seulement, dans le second cas, le phénomène est plus facile à observer par suite de l'abondante condensation produite dans le gaz. Cette double expérience établit nettement les deux points énonrtfs plus haut, et elle est à rapprocher d'une expérience différentielle analogue par laquelle C.-ï.-R. Wilsona montré la dissymétrie qui existe entre les ions ordinaires positifs et négatifs au point de vue de la condensation.
La conception à laquelle on est conduit est dès lors la suivante : les ions, formés au moment de l'oxydation du phosphore par un mécanisme inconnu, s'accolent à une masse matérielle relativement considérable (bien plus forte que dans les cas d'ionisation ordinaires) qui les alourdit, leur donne une très faible mobilité et un très petit coef-
îcienl de recombinaison. De plus elle les rend visibles dans la lumière d'un arc. En présence de vapeur d'eau simplement saturante, probablement par suite d'un phénomène chimique ( * ), le centre chargé s'entoure d'une goutte d'eau, provoquant ainsi une condensation intense dans le gaz. Les deux phénomènes de faible mobilité et de facile condensation se trouvent ainsi réunis sur le même centre, quoiqu'ils paraissent dus à des phénomènes en quelque sorte indépendants.
Les ions de faible mobilité et les gaz récemment préparés . — Ayant établi que les ions du phosphore étaient exceptionnels au double point de vue de la mobilité et de la condensation, on pouvait se demander si ce cas d'ionisation était absolument isolé, ou s'il existait des exemples analogues.
Or Townsend (^), qui, en 1898, a étudié les gaz préparés par voie éleclroly tique (H,0 et Cl) a montré qu'ils étaient toujours chargés et que leur conductibilité, fort appréciable, était due à des ions très analogues aux précédents : ils ont une très faible mobilité, du même ordre que celle des ions du phosphore, et possèdent également la propriété de condenser la vapeur d'eau simplement saturante. Il n'y a aucun doute sur ces résultats, quoique l'élégante méthode par laquelle Townsend a réussi à mesurer les mobilités suppose essentiellement que le gaz ne renferme que des charges d'un seul signe, et ne donne par suite que des ordres de grandeur. Les ions contenus dans ces gaz paraissent donc se comporter en tout comme ceux du phosphore.
Lenard, dans l'étude de l'ionisation de l'air par l'ultra-violet extrême, Rœhler, dans l'étude de l'ionisation de l'air par une chute d'eau salée, ont signalé aussi des ions positifs très peu mobiles, leur mobilité étant encore du même ordre de grandeur que les précédentes : dans le premier cas, la vapeur d'eau saturante produit également une condensation. Enfin, Mac Clelland, qui a mesuré les mo- Inlités des ions dans les gaz issus d'une flamme, a trouvé que la mobilité diminuait jusqu'à o"*",4 quand la température était ramenée * io5"; il n'a pas pu malheureusement descendre jusqu'à la température ordinaire. Pour les gaz avoisinant un arc électrique ou un fil le platine incandescent, les résultats sont analogues.
(') Il est naturel pour le moment d'admettre que la matière en question est constilée par des oxydes du phospliore, qui, avec Thumidité, donnent des acides solubles ins Teau et abaissent sa tension de vapeur. (-) Pkil. Mag.y t. XL\, 1898, p. 125. Traduit dans ce Volume.