‹ Les quantités élémentaires d'électricité: ions, électrons, corpusculesChapitre 21 sur 108 · EUGÈNE BLOCH · texte numérisé non relu

EUGÈNE BLOCH

Tout nVenimeiil, M. Lanjçevin (') a signal»' un nou\eau cas de ce genre, au cours d'une étude sur la condnclibilit/' propre de l'air atmosphérique. Celui-ci renferme une proportion considêralJe de gros ions, cVsl-à-dire d'îons dont la mobilité < j^ de millimètre) est très voisine de celle que j'ai trouvée pour les ions du phosphore.

Tous ces faits montrent que le cas du phosphore n'est pas isolé.

J'ai réussi à augmenter encore notablement le nombre de ces cas singuliers, en étudiant les gaz récemment préparés par voie chimique. Ces gaz sont, en général, conducteurs de réleclricilé, et renfermenl le plus sou\ent un grand excès d'ions d'un certain signe; c'est ce qu'avaient déjà montré Enright (^) et Townsend \ ' ). Malgré l'irrégularité considérable des phénomènes, on peut arriver cependant à se faire une idée de la mobilité des ions dans ces gaz en se serxanl delà méthode de zéro indiquée ci-dessus et qui s'adapte tout spécialement à ces cas. On charge le tube C de la figure 3 à un potentiel fixe, on envoie dans le tube le gaz ionisé qui sort de lappareil où on le prépare, et l'on suit simultanément la marche de l'électromètre et du manomètre où l'on mesure la vitesse du gaz. On arrive ainsi aisément à connaître la vitesse du gaz au moment précis où l'équilibre électrométrique est atteint par suite du ralentissement progressif et spontané du courant gazeux. I^a mobilité se calcule dès lors parla formule déjà indiquée. L'hydrogène, l'oxygène et l'acide carbonique préparés par divers moyens ont été ainsi étudiés et m'ont conduit au résultat suivant : Les mobilités des ions qu'ils renferment sont encore du même ordre de grandeur que celles des ions du phosphore.

Les phénomènes de condensation sont aussi les mêmes : la condensation de la vapeur d'eau se produit quand celle-ci est simplement saturante, et Ton peut démontrer, a\ec le même appareil q»n* pour le phosphore, que les ions sont ici encore des es[>èces de |)Oii>' sières chargées, relativeineni très lounles, sur lesquelles la \u|)eur vient se condenser probablement par suite d'un phénomène chimique. On s'explique ainsi, en particulier, rap])arition de nuages épais dans les flacons laxeurs où l'on fait barboter en Chimie certains gaz que Ton vient de préparer.

La cause de la conductibilité est encore plus obscure pour les j;az récemment préparés (]ue pour le phosphore. On sait, en elVet. que

P I Séances de la S«»riélc française Ho Pli\si«]ue. <iéceinbre i9o'|.

(=) Phit. Ma^., l. \\I\. 1S9M. p. 5ô.

(*) Proceed. of Cambridge. Vol. I\. p. 3.

RECHERCHES SUR LES IONS DE FAIBLE MOBILITÉ. qB

les <;az qui ont barboté sous forme de bulles très fines à travers un liquide sont assez fortement ionisés. Et l'on peut se demander, tout d\i moins dans le cas où le gaz est préparé au sein d^un milieu liquide, si c'est le barbotage qui joue le vCAe essentiel ou bien si c'est l'action chimique. Les expériences faites dans cette voie n'ont pas encore «lonné de résultats certains. On peut signaler aussi que dans plusieurs cas la charge du gaz produite au sein d\in liquide change de grandeur avec le temps et peut même changer de sens. 11 y a là tout un ensemble de phénomènes complicjués (|ui restent à débrouiller et, sur ce point, je n'ai fait (ju'indiquer les résultats fondamentaux.

Conclusions. — Bien que cette étude soit encore sommaire, et ijue beaucoup de difficultés accessoires qui se présentent inévitablement dans des phénomènes aussi complexes, n'aient pas encore été l'claircies, il y a lieu, à ce qu'il semble, d'admettre l'existence d'une classe nouvelle de gaz ionisés, dont feraient partie l'air ionisé par le phosphore et les gaz récemment préparés par voie chimique. Elle se caractérise par une propriété remarcjuable : c'est la très faible mobilité des ions. De plus, les ions condensent généralement la vapeur d'eau simplement saturante. Cette classe semble actuellement nettement séparée de la classe des ions ordinaires. On n'a pas jusqu'ici trouvé d'intermédiaires permettant de passer de l'une à l'autre d'une manière à peu près continue. Certaines raisons théoriques, qu'il !>tTail trop long d'exposer ici, permettent même de croire que cette séparation en deux classes, est fondée sur des causes profondes, et <ju*il ny a pas lieu d'espérer trouver dans l'avenir la transition qui manque dans le présent.

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