‹ Les QuarantainesChapitre 6 sur 19 · P: GC · texte numérisé non relu

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Selon toute vraisemblance, les Romains avaient déjà à Saint-Alban un æénodochium pour recevoir les malades venant d'Italie ou du Compendium de Venise, avant leur entrée en ville’. Une chapelle dédiée plus tard à Saint-Alban, remplaça cet hospice, et on y vouait les enfants malades en donnant une offrande d’un coupon de seigle.

À parür de 542 jusqu'à 600, la peste sévissait avec rage en Europe, et on compte pendant cette période des épidémies importantes, dont celle de 571 fut particulièrement meurtrière à Lyon. C'est de cette époque que datent divers hôpitaux disposés aux portes de la ville et destinés à recevoir les voyageurs suspects. On sait que les transactions commerciales étaient acüves et que Lyon était resté l'Emporium de la France naissante. On y recevait toutes les épices de l'Inde, du gingembre, la canella, les qiroflos, les peyvros et autres especerti, des dattes d'Afrique, etc., et naturellement les caravanes amenaient les maladies épidémiques.

Les hôpitaux établis, vers cette époque ou peu après, aux entrées de la ville, étaient ceux des Deux Amants, à Vaise, de Saint-Georges, au sud, plus tard remplacé par l'hôpital des pestiférés ; l'hôpital de Trion ou de Saint-Just, sans doute l’un des plus anciens et qui était annexé au cloître de Saint-Just, créé par sant Patient, au 1v° siècle. Cet hospice, d'après un manuscrit des Génovéfains, conservé à la bibliothèque Sainte-Gene-

* Archives historiques et nationales du département du Rhône, tome I, p. 83.

Ep

viève, était fait de quatre maisons qui furent détruites ainsi que le cloître par les huguenots. Il ne faut pas le confondre avec celui de Saint-Irénée, situé plus près de la place actuelle de Trion.

On croit qu’un ancien xénodochium romain existait à l'entrée du pont du Rhône, situé à l’époque romaine, juste en face de l'Université. Ce Xénodochium devint la récluserie de Saint-Hélène, dans la rue de ce nom. quand le pont disparut.

Il fut remplacé en 542 par l'Hôtel-Dieu actuel à l'entrée du nouveau pont, et qui fut non un hôpital mais, un vrai æenodochium ou lazaret pour recevoir les voyageurs ; ainsi qu'il résulte du Concile d'Orléans ‘.

Un autre xenodochium existait alors sur l’emplacement de l’ancienne douane, près le pont de la Saône, et je rappelle que quelques érudits ? ont cru qu'il s’agissait là du grand Hôtel-Dieu lui-même, ce qui est peu probable.

On peut donc dire qu'au v‘ siècle toutes les entrées de la ville étaient barrées par un hôpital destiné à recevoir les voyageurs malades.

. Lorsque la lèpre apparut dans notre pays dès 585, les précautions les plus rigoureuses furent prises contre ce redoutable fléau et la France entière se couvrit d'un réseau de léproseries admirablement placées {si l’on en juge par celle que l’on connaît encore), tant au point de vue de l'isolement que de la surveillance des

roules.

! 15 canons du 5° Concile, présidé par saint Sacerdos, 549.

? Guigue entre autres.

fo —

Sous Charles VIII, vers 1229, le nombre des lépro-

series dépassait en France 2000, Lyon en avait quatre, c’est-à-dire une à chaque entrée : celle de la Madeleine ou de Saint-Lazare pour les voyageurs venant d'Italie et de Vienne ; celle de la montée des Balmonts à Vaise : celle de Saint-Irénée ou de Griffol (Griffon) et enfin celle de Sainte-Foy. !

1 A propos des léproseries, nous citons un passage extrait d'un

ancien rituel du diocèse de Vienne où l’on décrit les cérémonies

qui accompagnaient la séquestration d’un lépreux.

« On allait prendre le lépreux en procession chez lui, avec la croix et l’eau benite ; il précédait la croix, on le conduisait à l'église et il entendait la messe assis dans la nef. La messe finie, le curé avec les paroissiens s'approchaient de lui et lui adressaient cette exhortation :

« Mon ami il plaist à nostre Seigneur que tu soyes infect de cette maladie, et te faist nostre Seigneur une grant grâce, quant il te veult punir de tes maux que tu as faict en ce monde. Pourquoi aye pacience en ta maladie: car nostre Seigneur pour ta maladie ne te deprise point, ne te sépare point de sa compagnie, mais si te as bonne pacience, tu seras sauvé comme fust le ladre qui mourut devant l’ostel du mauvais riche et fut porté tout droit en paradis.

« Le prêtre bénit ensuite son habit ou son manteau, et le lui remet en disant :

« Vois-tu la robe que l'église te baille, en toi défendant que Jamais tu ne portes robe d'autre façon, afin que chaseun puisse cognoistre que tu es infect de cette maladie, et afin que l’on te donne plutost l’aumosne pour l'amour de nostre Seigneur. « Le prètre bénit les gants et les lui donne en disant.

« Vois-tu les gants que l'église te baille, en toi défendant que quant tu iras par les voies ou aultre part, que tu ne touches à main nue auculne chose, mais tu ayes mis tes gants, afin que lesquels ne sont point infeets de cette maladie ne toulchent aucune chose après toi, et que par le moyen du touchement que l’on ferait après toi, l'on ne fust infect de ta maladie.

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