‹ Les QuarantainesChapitre 7 sur 19 · RAT ES · texte numérisé non relu

RAT ES

L'isolement des lépreux ne se faisait d'ailleurs pas que

dans la région lyonnaise. Toutes les villes avaient leurs

léproseries; par exemple, on lit dans les Archives de

Belleville : « L’an que dessus (1578) et le dimanche

1111 jour du moys de may, à deux heures après midy a esté reçeu et rendu ladres en la maladière de ceste ville, Barthelmi Perrichon, natif d'Amberz

« Ensuite il bénit des langues de bois et les lui remet en disant :

« Vois-tu ici la langue que l'église te baille, en toi défendant que tu ne demandes jamais l’aumosne, sinon à cet instrument. « Et aussi te défend l'église que jamais tu ne parles à personne se l’on ne te faict parler.

« Îtem. L'église te commande que quand iras par les voyes et que tu rencontreras une personne saine que tu lui faces place.

« Îlem. Que tu ne converses jamais avec ceux qui ne sont point infects de ceste maladie tant en maison comme aultre part.

« /tem. Que jamais tu n’entres en l’église jusques à la mort, afin que par la conversation que feroys avec les sains, qu'ils ne fussent infects de ta maladie.

« ltem. L'on te commande que quand tu seras en ta maladrerie, que devant quarante jours tu n'en sortes point, ou au moins du pourpris d’icelle.

« Îtem. Je le prie que tu prennes en pacience et en gré ta maladie, et en remercies nostre Seigneur : car si ainsi le fais, tu feras ta pénitence en ce monde et combien que tu soyes séparé de l'Eglise et de la compagnie des sains, pourtant tu n'es pas séparé de la grâce de Dieu, ne aussi des biens que l’on fait en nostre mere sainte église.

« Le prêtre l'accompagne ensuite avec la croix jusques au lieu des infirmes, en l'avertissant de garder toujours sa pacience par laquelle il puisse obtenir la vie éternelle.

«. Item, Si sa maison est neuve, le prêtre doit la bénir.

« llem. De même qu'il bénisse son lit, son feu et sa fon-

taine, »

« en Auvergne, au son des cloches, avec la procession « du couvent. » |

D'après un autre paragraphe de ces mêmes Archives on trouve qu'en 580 il y eut un fils qui fut baptisé «le vendredi XXIX dud. moys (juillet 1580) a esté « baptisé un filz au dit ladre, appelé Barthelemy. et « l'a porté Claude du Fourt, de Saint-Germain d'Am- « bérieu, lequel luy a imposé nom Claude et luy-même « l'a retourné ». On voit donc qu’à cette époque les ladres mariés pouvaient vivre en famille et que leurs enfants pouvaient être baptisés à l'Eglise ; mais aussitôt après l'enfant était sequestré avec ses parents.

Le mal des ardents souvent appelé peste noire, feu de Saint-Antoine, ignis sacer, fut distingué de la peste ordinaire dans nos pays dès le x° siècle ; c’est alors que furent fondés par les autorités des hôpitaux spéciaux d'isolement. J'ignore à quelle époque fut fondé l'hôpital d'isolement, mais un acte de l'archevêque Aiman, daté de 1279, remit du consentement du Chapitre, au maître de l'hôpital de Vienne, l’église de Saint-André, l'hôpital et le cimetière en dépendant appelé la contracterie avec les maisons et fonds y attachés silués tant dans la ville de Lyon qu'en tout autre lieu, à la condition principale de recevoir tous les malades alleints des maladies de Saint-Antoine et Saint- André. On avait done un hôpital spécial pour recevoir les malades atteints de la peste noire. Ceux qui avaient la peste à bubon élaient séparés de foute ancienneté, dit un texte 1539, à Sant-Laurent-des-Vignes !. Or,

* La police de l'Aulmone de Lyon, Lyon, 1539, chez Sébastien Gryphe.

CRT CURE l'auteur n'aurait pas employé celte expression si avant 1474 (c'est-à-dire soixante-cinq ans seulement auparavant), époque où Jacques Caille et sa femme Huguette fondent l'hôpital des pestiférés, on n'y avait déjà retiré ces malades.

Telles sont les mesures prophylactiques prises dans la région lyonnaise contre les épidémies jusqu'en 1539.

Nous ne sommes pas remontés aussi loin dans l’histoire pour ce qui est des quarantaines en général, et notre historique commencera seulement en 1348, date de la création des provéditeurs de la santé à Venise.

L'histoire des lazarets remonte à 1403; à cette époque, Venise ayant étendu son commerce avec Alexandrie, le Levant et la Méditerrannée et se sentant menacée par les maladies venant d'Orient, créa son premier lazaret. Bien avant, dès 1348, les provéditeurs de la santé se chargeaient d’inspecter les bâtiments à leur arrivée au port, mais les mesures sanitaires étant très rudimentaires, consistaient notamment à proscrire la vente et à brûler les effets des morts ou même des gens atteints de la maladie, aussi le Bureau de Santé qui faisait les lois et les donnait à exécuter aux provéditeurs créèrent-ils un lazaret, asile dans lequel on 1isolait les pestiférés.

L'exemple donné, Gênes, dès 1467, crée aussiun lazaret. Marseille qui avait déjà des établissements d'isolement et quelques lois sanitaires dictées par le Conseil municipal et exécutées par le pouvoir de l'Intendance, se décide, en 1526 ou 1527, à faire construire son lazaret. Bientôt les règlements sanitaires appliqués dans cette ville sont en honneur dans toute la France, notamment

Da us sur les côtes de l'Océan. Remarquons cependant que sur l'Océan l'exécution en est moins sévère, et c'est ce qui permit plus tard l’arrivée des épidémies de choléra en France : à Paris par Saint-Nazaire et en Espagne en Catalogne.

Pendant près d’un siècle aucune mesure sanctionnée par le pouvoir central n’est encore prise. Louis XIV, le premier, le 15 août 1653, fait un règlement qu étend à toute la France les mesures sanitaires prises à Marseille.

Nous allons dire en quelques lignes quelles étaient les anciennes quarantaines et les mesures desiinées à arrêter le épidémies :

En 1510, le 16 novembre, un décret ordonne « de « mettre à l'une des fenêtres ou autre lieux plus appa- « rents une botte de paille et de l’y laisser encore pen- « dant deux mois après que la maladie aura cessé ».

Le 14 avril 1519, pendant la peste à Paris, « inter- « diction de la représentation des Mystères de Notre « Seigneur ».

Le 26 août 1531. Ordonnance du Parlement. « Les « maisons infectées auront aux fenêtres, à la prinei- « pale entrée, une croix en bois blanc. Toute personne « qui aura été malade, ou tout habitant de sa maison, « circulera en ville avec un bâton de couleur blanche. « Interdiction aux manants de séjourner dans les « églises. »

Dès 1631, les mesures sanitaires deviennent plus rigoureuses.

Un arrêt du Parlement enjoint aux médecins de déclarer les cas de peste.

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Le 9 juillet 1668, un autre arrêt ordonne séquestration des gens qui ont été en relation avec les personnes accusées d’avoir apporté la peste. On commence les quarantaines des villes entières et de certaines maisons dans ces villes.

Les cordons sanitaires deviennent d'une sévérité atroce. En Franche-Comié notamment, il est dit que « en cas que ceux qui sont bloqués veuillent sortir par « force, le commandant les menacera de les passer au « fil de l'épée : s'ils s’échappent on lesramènera au lieu « dont ils se sont échappés et on leur cassera la tête « en présence de leurs compatriotes pour servir d’ex- « emple. »

Ces mesures barbares ne s’appliquaient d’ailleurs pas seulement à la peste. Nous citons ci-dessous un fait qui montre l'énergie des mesures pophylactiques que l’on prenait vis-à-vis de la rage par exemple.

Cejourd'hui, 15 du mois d'avril 1700, sur l’heure de 6 heures après mydi, le nommé Gabriel Dubost, agé de 4 ou 25 ans, natif de la paroisse de Valsonne, demeurant actuellement valet dans la maison et blancherie de la Rippe, à Chervinge, a été enseveli et enterré dans le cimetière de la paroisse du dit Chervinge, en présence de Jean-Claude Dubost, üisseran et Jean Dubost, cordonnier, ses frères, de la paroisse de Valsonne, François et Pierre, Tonnelier, Etienne Bonafay et Sébastien Moloyas, le grand Jean Ferni, tous laboureurs rendans a Chervinge, tesmoins qui n’ont signé pour ne scavoir écrire, de ce enquis. Le sus-nommé Gabriel Dubost fust mordu par un loup

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enragé, à deux heures après minuit, dans le pré de la Blancherie avec deux.ou trois valets, la nuit du 24 de mars dernier. Le 13 de ce mois, saint Jour de Pâques, il vint recevoir le saint sacrement de l'Eucharistie dans la même paroissiale à Chervinge ; le 12 jai reçu sa confession et ce jourd'hui ilest mort du coup de fusil que lui a été donné comme enragé par le sus dit Jean Ferni, son maistre. En foi de quoiy, j'ai signé. Dusois, curé, 24 mars ou 13 avril!!t

Au xvint siècle, les mesures sont plus inhumaines encore, la peur est tellement grande que l’on n’approche pas les malades et qu'aucun soin utile ne leur est prodigué. Tout le monde connaît le costume des médecins à Marseille en 1720 pour approcher les malades. En 1784 dans la même ville les isolés du lazaret ne doivent pas dépasser l’enclos Saint-Roch pour se faire voir au médecin; plus tard, on administra les secours par les fenêtres, on jette les bistouris aux malades pour qu’ils crèvent eux-mêmes leurs bubons.

Outre ces mesures, on brülait les gens et même les villages. En un mot, c'était le régime de la Terreur.

Dans les ports, les quarantaines étaient d’une durée excessive ; on a cité des quarantaines de deux mois; de plus, les bâtiments étaient gardés sans même qu'aucun cas de maladie ne se soit déclaré ; il suffisait qu'il vienne d'un pays contaminé. Chaque port avait ses mesures sanitaires ; elles étaient variables et au gré de

‘ Ce passage et quelques autres nous ont été communiqués

par le professeur Florence, qui les a extraits de son ouvrage en préparation : l'Histoire des sciences médicales à Lyon.

l'administration, sans le contrôle du pouvoir central, de sorte que les navires de commerce ne savaient jamais la date de leur arrivée.

Jusqu'au jour où la navigation à vapeur parut, les plaintes des marins étaient rares, car ils profitaient des quarantaines pour se reposer et les capitaines faisaient de nouvelles provisions pour l'équipage; mais, au xix* siècle, on attaque les quarantaines : elles deviennent trop préjudiciables au commerce et, au lieu de contenter les capitaines et marins, elles les gênent. C’est alors que s'établit la contrebande. Nous n'en citerons qu'un seul cas rapporté par Chervin en 1829. À Cadix, un négociant offre à ses amis des cigares que lui apporte, de la Havane, un bateau soumis le matin même à une quarantaine des plus rigoureuses.

Les plaintes contre ces mesures rigoureuses, la diversité de ces mesures, la lutte des contagionnistes et anticontagionnistes décide la France à créer des médecins sanitaires (1846) en Orient, chargés d'étudier et de donner les renseignements sur les mesures hygiéniques et sanitaires de ces pays. Ce sont toutes ces causes et la demande de quelques médecins qui donnent naissance à la Conférence de Paris.

En France, la lutte fut chaude. Chervin, anticontagionniste fervent, déposa plusieurs rapports. Dans l’un d'eux, ilest dit: « Les établissements sanitaires dont « le gouvernement avait ordonné la formation dans la « vue de mettre la France à l’abri du terrible fléau, « sont non seulement inutiles, mais encore dangereux, « en ce qu'ils tendent à consacrer une erreur funeste à « la société, » La Commission du budget « reconnaît en

« principe que les lazarets dans les ports de l’Océan « sont tout à fait inutiles et que, par conséquent, les « sommes très considérables qu'on avait déjà employées « à leur fondation et qu’on demandait encore pour les « achever avaient été et seraient dépensées en pure « perte (Moniteur du 19 juin 1828) ». Aussi, la Cham- « bre réduit de 116.000 francs l’allocation demandée et n’ordonne de finir que les « bâtiments très avancés ». Le 11 juillet 1828, la Chambre adopte ces mesures.”

Devant les satisfactions données aux anticontagionnistes, les contagionnistes font une enquête et leurs rapports amènent d'abord la création de médecins sanitaires en Orient, puis l'ouverture des négociations pour la Conférence de Venise.

Nous donnerons en passant quelques aperçus de ces rapports publiés par le D' Prus, en 1846, dansson livre Rapport à l'Académie royale de médecine sur la peste et les quarantaines et quelles y étaient les mesures en vigueur.

20 janvier 1835. — M. de Lesseps, gérant du Consulat de France à Alexandrie, chargé de la Commission consulaire de santé, ordonne de parfumer et exposer ensuite sur les terrasses ou dans les cours les effets existant dans les maisons de chaque habitant :

Enlever les ordures :

Blanchir les maisons ;

Transporter au lazaret les familles suspectes ;

Mettre en quarantaine les maisons infectées et isoler les établissements publics.

Le D' Perron, 1841, directeur de l'Ecole de médecine du Care, regrette ces quarantaines de maisons isolées ;

Lot

il demande qu’elles soient limitées, car « la prudence « sage et calme indique d’après les résultats de l'expé- « rience » que la limite maxima ne doit pas excéder huit jours en général. Il insiste encore sur ce fait qu'il ne faut pas de mesures restrictives quand il n’y a nulle part de cas de peste, c’est une « anomalie nuisible au commerce et à l’industrie. »

Cette opinion est partagée par Le D' Guani, 1845 ; il est comme Perron ennemi des longues quarantaines. ce qu'il faut, c'est veiller à l'organisation et au bon fonctionnement des lazarets, y avoir des infirmiers éclairés, consciencieux, ne cédant pas aux instances des contrebandiers :

adopter un code général que toutes les puissances

ainsi constitués, 1l suffirait d'y

européennes mettraient à exécution, les navires ne choisiront plus tel ou tel port pour leurs quarantaines et le résultat serait un progrès considérable pour le commerce et l’industrie.

Avant de citer les résultats qu'ont donnés les mesures sanitaires en Orient, nous dirons quelques mots de la quarantaine de Jaffa, rapportée par le D' Lesperanza. Après avoir délivré la Bulgarie de la peste, en 1841, Lesperanza appelé à Constantinople en 1845, rétablit le lazaret et constitue ainsi la quarantaine de la ville.

Il crée un personnel choisi, établit des gardes de santé à la porte de la ville, chargés de surveiller l’entrée des voyageurs et de les examiner, fait construire des canaux emmenant l'eau des marais à la mer ; nettoyer les égouts et ordonne d'inhumer les morts dans des cimetières éloignés de la ville. On isole au lazaret les nouveaux contaminés, les provenances brutes ou

hobr suspectes y sont en observation, on les désinfecte ainsi que les bâtiments. :

On peut voir que déjà les mesures sanitaires sont moins restrictives et plus accommodées aux idées du jour; les résultats en sont bons, en voici quelques exemples :

Communication de M. Lachèze à l’Académie royale de médecine, 28 décembre 1844. M. Lachèze rapporte le récit du capitaine Varin, le 15 mai 1835: «515 indi- « vidus renfermés dans une enceinte déterminée su- « birent une quarantaine. Je donnais les ordres les « plus sévères. Non seulement j'ai conservé les « cinq cent quinze personnes, mais Je dois dire, que « pendant les quatre mois de quarantaine je n’ai eu « aucune maladie grave. »

Le général Maillaud arrête quatre épidémies de peste à Malte, en isolant les pestiférés un à un (26 février 1845, séance à l’Académie).

En 1838, le sultan Mahmoud fait organiser des lazarets pour préserver les habitants de la peste. Constanünople, Erzeroum, Trebizonde sont soumis aux règles sanitaires, la peste ne se montra plus jusqu'en 1846.

Le D' Mapurgo cite le cas d'une épidémie à Smyrne el raconte qu'une caserne située dans un quartier très insalubre, près de l’abouchement des égouts, est épargnée par isolement.

Après avoir pris connaissance des rapports, le Gouvernement français comprit les avantages de quarantaines bien établies ; mais il se rendit compte des inconvénients des mesures sanitaires variant d'un pays à l’autre et surtout des mesures restrictives; aussi une

ni entente se fit avec les puissances et la conférence de Paris se réunit.

Cette conférence n'eut pas de résultats, d’abord seuls la Sardaigne et le Portugal donnent leurs signatures aux vœux exprimés ; cependant on peut dire qu’elle fut la base du système sanitaire jusqu'en 1876. L'œuvre finale qui en résulte porte l'empreinte d’un vif désir de conciliation ; elle fait disparaître plusieurs opinions erronées sur les conditions sanitaires de l'Orient et tend à diminuer les mesures quarantenaires trop excessives prises dans la Méditerranée surtout. Le plus grand progrès consiste en ce que chaque pays ne prend plus de mesures sanitaires pour lui seul sans s'occuper des pays voisins ; les mesures seront prises dans l'intérêt de toutes les puissances. C’est, en somme, la création de l'hygiène internationale. Cette conférence, comme nous venons de le dire, n’eut pas de résultat, seuls le Portugal et la Sardaigne la signent ; l’insuccès est dü à ce que le règlement assujetissait les autres Etats à un système administratif uniforme contrariant les habitudes propres à chaque pays.

En 1859 eut lieu une conférence entre les diplomates pour faire aboutir les desiderata de la Conférence de 1852. Malheureusement, la guerre d’Italie interrompit les relations et les puissances se séparèrent cette fois encore sans résultat.

Cinq ans après, en 1865, l'épidémie de choléra importée par le pèlerinage de La Mecque, crée la conférence de Constantinople. Tous les Etats de l'Europe, la Perse et l'Egypte y sont représentés. Notons en passant que c'est encore le Gouvernement français

Mu qui en prend l'initiative pour protéger le Midi qui souffrait du choléra. C’est à cette conférence que prennent naissance les quarantaines. On supprime les quarantaines réglementées par des lois spéciales, comme à Marseille, Gênes et Venise et on leur donne comme base des lois uniques pour tous les pays.

Un point sur lequel insiste la conférence, c’est qu'au lieu d’attendre l’arrivée des bâtiments pour les mettre en quarantaine, mieux vaut les constituer près du mal ou de l’origine du mal; aussi demande-t-elle à ce que l'on précise les points de la mer Rouge où 1l faut installer des ports sanitaires. Cette conférence dura huit mois; elle ne fut pas approuvée par une convention diplomatique, mais eut un résultat pratique: c'est que tous les Etats qui y étaient représentés, et en plus la Turquie dans la Méditerranée et la mer Rouge et l'Angleterre dans l'Inde, exécutent en grande partie les mesures sanitaires qui y furent votées. L’Angleterre chez elle prend les mêmes mesures contre le choléra (Gazette London, 1866).

La Conférence de Vienne, réunie en 1874, expose deux projets, l’un relatif aux mesures prophylactiques contre le choléra et la création d’une Commission permanente des épidémies.

Nous ne citerons que pour mémoire la conférence de Washington 1881 contre la fièvre jaune ; les résolutions de la conférence devaient être consacrées par une convention internationale, mais l'entente ne s'établit pas. |

La conférence de Rome, en 1885, n'eut pas plus de succès el la tentative que fit l'Italie en 1890 (12 août)

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pour ouvrir une conférence ne trouva qu'un seul pays acceptant la proposition : ce fut la France.

Nous avons vu que ces six conférences n’eurent que de faibles résultats et ne furent sanctionnées par aucune convention diplomatique ; malgré cela, elles aboutirent à la disparition des mesures excessives, absurdes et même barbares usitées jusqu'alors. Il faut arriver à 1892 pour voir les représentants des gouvernements amener les plénipotentiaires à signer une convention.

La conférence de Venise, en 1892, eut pour but la surveillance du canal de Suez. À Rome, il était interdit de s'occuper des questions sanitaires touchant l'Egypte, cependant, comme le disait Fauvel, il fallait empêcher les communications directes des navires

provenant des régions contaminées de l'Inde et de « l’Extrème-Orient avec l'Egypte, la Méditerranée et « l’Europe ». Telle fut la première question à examuner. Proust prend alors à sa charge les entrevues avec les puissances et prépare ainsi la conférence.

Notons, en passant, le récit de quelques incidents survenus dans le canal de Suez et l’on verra que les mesures sanitaires y étaient très mal exécutées et la surveillance très mal exercée : le 18 juillet 1883, le Govino, arrivant de Bombay, arrive en rade de Suez ; l'agent sanitaire s’en allait après avoir donné libre pratique au bâtiment, quand il apprend qu'il y avait à bord un individu mort depuis deux heures, le capitaine lui-même avait dissimulé le fait.

En 1891, une barque-citerne s’approche du Sahel pour y apporter de l’eau, les pèlerins descendent dans la barque, ce qui n'empêche pas ce même bateau-

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