‹ Les quarante eingChapitre 19 sur 25 · LES GUISE · texte numérisé non relu

LES GUISE

Le soir môme du jour où Chicot partait pour la Navarre, nous retrouverons dans la grande chambre de l'hôtel de Guise, où nous avons déjà, dans nos précédents récits, conduit plus d'une fois nos lecteurs, nous retrouverons, disons-nous, dans la grande chambre de l'hôtel de Guise, ce petit jeune homme à l'œil vif que nous avons vu entrer dans Paris en croupe sur le cheval de Carmainges, et qui n'était .autre, nous le savons déjà, que la belle pénitente de dom Gorenflot.

Cette fois elle n'avait pris aucune précaution pour dissimuler sa personne ou son sexe.

Madame de Montpensier, vôtue d'une robe élégante, le col évasé, les cheveux tout constellés d'étoiles de pierreries, comme c'était la mode à cette époque, attendait avec

impatience, debout dans l'embrasure d'une fenêtre, quek qu'un qui tardait à venir

L'ombro commençait à s'épaissir, la duchesse ne distinguait plus qu'à grand'peine la porte de l'hôtel, sur laquelle ses yeux étaient constamment attachés*

Enfin le pas d'un cheval se fit entendre, et dix minutes après la voix de l'huissier annonçait mystérieusement chez la duchesse M. le duc de Mayenne.

Madame de Montpensier se leva et courut au-devant de son frère avec une telle précipitation qu'elle oublia de marcher sur la pointe du pied droit, comme c'était son habitude lorsqu'elle tenait à ne pas boiter.

— Seul, mon frère? dit-elle, vous êtes seul?

— Oui, ma sœur, dit le duc eji s'asseyant après avoir baisé la main de la duchesse.

— Mais Henri, où donc est Henri? Savez-vous bien que tout le monde l'attend ici l

— Henri, ma sœur, n'a que faire encore à Paris, tandis qu'au contraire il a encore fort à faire dans les villes, de Flandre et de Picardie. Notre travail est lent et souterrain; nous avons de l'ouvrage là-bas, pourquoi quitterions-nous cet ouvrage pour venir à Paris, où tout est. foit?

— * Oui, mais où tout se défera si vous ne vous hâtez»

— Bah!

— Eahi tant que vous voudrez* mon, frère. Je vous dis, moi, que les bourgeois ne se contentent plus de toutes ces raisons, qu'ils veulent vok leur duc Henri, que voilà leur soif, leur délire.

— Ils le verront au bon moment, M*yneyiUe ne leur a-t-il donc point expliqué tout cela? .

— Sans contredit ; mais, vous le savez, sa voix ne vaut pft& les vôtres.

— Au plus pressé, ma sœur» Et Salcède?

— Mort.

—- Sans parler?

LES QUARANT.B-CIjNQ. ?G ;

' — Sans souffler une parole.

— Bien. Et l'armement?

— Achevée

— Paris?

— Divisé en seize quartiers.

— Et chaque quartier a le chef que nous ayons désigné.?

— Oui.

— Vivons donc en repos, Pâque-Dieu ! c'est, ce que je. viens dire à nos bons bourgeois..

— Ils ne vous écouteront pas. '

— Bah !

— Je vous dis qu'ils sont endiablés,

— Ma sœur, vous avez un peu trop l'h&bitude de juger la précipitation d'autrui d'après vos propros impatiences,

— m'en ferez-vous.un reproche sérieux?

— A Dieu ne plaise 1 mais ce que dit mon frère. Henri doit ^tre exécuté. Or, mon frère Henri veut qu'on, ne sç, h$te aucunement.

— Une faire, alors? demanda la duchesse avec impatience.

— Quelque. chose presse-t-il, ma, seaux?

— Tout, si l'on veut.

«— Par qui commencer, à votre avis ?

— Par prendre le roi.

— C'est votre idée fixe; je ne dis pas qu'elle soit mau-» vaise, si l'on pouvait la mettre à exécution; mais projeter et faire, sont deux : rappelez-vous combien de fois nous avons échoué déjà.

— Les temps sont changés; le roi n'a. plus personne pour le défendre.

— Non, excepté les Suisses, les Écpssais, les gardes françaises.

— Mon frère, quand vous voudrez, moi, moi qui vous parle, je vous le montrerai, sur une grande route, escorté. de deux laquais seulement.

— On m'a dit cela cent fois, çt je ne l'ai pas vu une seule.

— Vous le verrez donc si vous restez seulement à Paris trois jours.

— Encore un projet l N

— Un plan, voulez-vous dire?

—Veuillez me le communiquer, en ce cas.

— Oh ! c'est une idée de femme, et par conséquent elle vous fera rire.

— A Dieu ne plaise que je blesse votre amour-propre d'auteur I Voyons le plan.

— Vous vous moquez de moi, Mayenne?

— Non, je vous écoute.

— Eh bienl en quatre mots, voici...

En ce moment l'huissier souleva la tapisserie.

— Plaît-il à Leurs Altesses de recevoir M. de Mayneville? demanda-t-il.

— Mon complice? dit la duchesse, qu'il entre.

M. de Mayneville entra en effet, et vint baiser la main du duc de Mayenne.

— Un seul mot, Monseigneur, dit-il; j'arrive du Louvre.

— Eh bien? s'écrièrent à la fois Mayenne et la duchesse.

— On se doute de votre arrivée.

■*— Gomment cela?

— Je causais avec le chef du poste de Saint-Germainl'Auxerrois, deux Gascons passèrent.

— Les connaissez-vous?

— Non ; ils étaient tout flambants neufs. « Gap de bious ! dit l'un, vous avez là un pourpoint qui est magnifique, mais qui, dans l'occasion, ne vous rendrait pas les mômes services que votre cuirasse d'hier.

« — Bah 1 bah! si solide que soitl'épée de M. de Mayenne, dit l'autre, gageons qu'elle n'entamera pas plus ce satin qu'elle n'eût entamé la cuirasse. » Et là-dessus le Gascon se répandit en bravades qui indiquaient que l'on Vous savait proche*

— Et à qui appartiennent ces Gascons?

— Je n'en sais rien.

— Et ils se sont retirés?

— Oh I pas ainsi, ils criaient haut ; le nom de Votre Altesse fut entendu ; quelques passants s'arrêtèrent et demandèrent si effectivement vous arriviez. Ils allaient répondre à la question, quand tout à coup un homme s'approcha du Gascon et lui toucha l'épaule. Ou je me trompe bien, Monseigneur, ou cet homme c'était Loignac.

— Après? demanda la duchesse.

— A quelques mots dits tout bas, le Gascon ne répondit que par un geste de soumission, et suivit son interrupteur.

— De sorte que...

— De "sorte que je n'ai pas pu en savoir davantage; mais, en attendant, délez-vous.

— Vous ne les avez pas suivis?

— Si fait, mais de loin; je craignais d'être reconnu, comme gentilhomme de Votre Altesse. Ils se sont dirigés du côté du Louvre, et ont disparu derrière l'hôtel des Meubles. Mais après eux, toute une traînée de voix répétait : Mayenne l Mayenne 1

— J'ai un moyen tout simple de répondre, dit le duc. — ■ Lequel ? demanda sa sœur.

— C'est d'aller saluer le roi ce soir.

— Saluer le roi?

— Sans doute; je viens à Paris, je lui donne des nouvelles de ses bonnes villes de Picardie, il n'y a rien à dire.

— Le moyen est bon, dit Mayneville.

— Il est imprudent, dit la duchesse.

— 11 est indispensable, ma sœur, si, en effet, on se doute de mon arrivée à Paris. C'étajt d'ailleurs l'opinion de notre frère Henri, que je descendisse tout botté devant le Louvre, pour présenter au roi les hommages de toute la famille. Une fois ce devoir accompli, je suis libre, et je puis recevoir qui bon me semble.

266 LES QUÀBANTE-CIN&

— Les membres du comité , par exenapl ; ils vous attendent.

— Je les recevrai à l'hôtel Saint-Denis „ k mon retour du Louvre, dit Mayenne. Donc, Mayneville, qu'on me rende mon cheval tel qu'il est, sans le bouchon er« Vous viendra avec moi au Louvre. Vous, ma sœur, attendez-nous, s'il tous plaît.

— Ici, mon frère?

— Non, à l'hôtel Saint-Denis, où j'ai laissé mes équ**» pages et 01) l'on me croit couché* Noua y serons dass deux .heures»

Page 1