M. VIENNE
M. VIENXET
Le premier de tous à l'Académie. Le véritable Académicien. Que dis-je ? C'est vraiment l'homme-Académie ! Il a été engendré de toute éternité pour elle. S'il m'était permis de donner mes idées sur cette auguste institution, je voudrais qu'on inventât pour M. Viennet un fauteuil de présidence perpétuelle, tant il représente bien l'Académie ! tant il s'adapte bien à cette vieille chose du passé qui n'a plus de raison pour être I M* Viennet, c'est le classique
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pur, la borne immuable. C'est le d'Arlincourt du classique, comme d'Arlincourt était le Vieniiet du romantisme. Il a fait des tragédies comme La Fosse, des comédies comme Rochon de Chavannes, des fables... pas comme La Fontaine, à la lecture desquelles on rit, à l'Académie, de ce rire sans dents qu'on y a, parce qu'il coud à la queue de ses fables, d'une main qui ne manque pas de frénésie, des malices orléanistes. On peut le nommer Campenon, Campistron, autant que Viennet... Dernièrement, il a publié, comme d'Arlincourt, un poëme épique, et ce n'est point l'épopée dont il avait le génie. Cela ne s'appelle point la Louis-Philtppiade , mais la Franciadê, ce qui est bien différent! Aussi a-t-il raté net son affaire. Poëme de douze mille vers, il faudrait vingt-quatre mille hommes pour l'avaler I
XXIÏ M. VICTOR HUGO
C'est bien derrière M. Viennet qu'il faut placer M. Hugo, le chef de parti littéraire, l'homme du romantisme et de la préface de Cronucell, pour avoir une idée juste de cette énormité : M. Victor Hugo à l'Académie 1 Au moins, le duc de Guise fut assassiné par Henri III, et quand il fut tombé dagué par les Quarante-Cinq, le roi dit, tout pâle : « Je ne le croyais pas si grand ! » ce que M. Viennet n'a pas, certes! dit, quand il a vu M. Hugo, qu'aucun des Qua-
rante n'était de force à tuer, humiMé à terre devant lui sur le parquet ciré de l'Académie. Ce jour-là, où était la fierté de la Muse romantique ? Ce jour-là, l'homme qui s'est tant moqué des ailes de pigeon en a mis. M. Victor Hugo a démoralisé, par son exemple, cet enfant d'Alfred de Musset, qui, lui aussi, a accepté le caparaçon académique, sous lequel nous l'avons vu si tristement baisser la tète. C'était un bAt sur le dos d'Ariel ! Comme il y a en littérature des questions d'honneur autant que partout, quelle réponse fera l'histoire littéraire de l'avenir à la question de savoir pourquoi M. Victor Hugo a sollicité d'être académicien, et a fait trente-neuf visites à des gens dont il méprisait littérairement pour le moins trente-sept? Si sévère qu'on soit pour un grand talent qui a ses défauts et même ses vices, il n'est pas moins certain qu'il y a disproportion du contenu au contenant quand on voit M. Hugo à l'Académie, et que la racine d'un chêne n'est pas
de taille à tenir dans un vieux pot à cornichons!... Quel motif a donc pu décider M. Hugo?... Est-ce la vanité, plus forte que l'orgueil, ce jour-là?... Est-ce l'amour du costume, de ce costume qu'avait porté le grand empereur ? En le voyant sur ses épaules, M. Victor Hugo, qui n'était pas républicain alors, se croyait peut-être un peu Bonaparte... Sont-ce les douze cents francs de jetons de présence ? Enfin , quoi?... Du reste, quand on n'a que soi pour tout principe, on fait toutes les fautes sans en avoir conscience. César de décadence en littérature, M. Victor Hugo, comme les Césars de la décadence, se croit dieu. Il ne pense donc pas qu'il puisse compromettre jamais son essence divine.
Cela l'innocente, mais à quel prix?
M. PONSAHD 63