M. PONSARD
Oh ! lui, lui, il est à sa place ù. l'Académie. 11 est de la race des Viennet. Comme M. Viennet, il peut s'appeler La Fosse, Saurin, du Belloy, La Touche, c'est-à-dire du nom de tous les gens de lettres qui ont bâti des tragédies !
La première de ces choses qui l'a posé, comme on dit, et sur le souvenir de laquelle il vit toujours, fut Lucrèce, imitation grossière et faible, dans le détail et dans le style, de Corneille et d'André Chénier. Il est
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des mains qui ne respectent rien. Les «lains lourdes et gourdes de M. Ponsard traînant sur la pourpre romaine du vieux Corneille et sur les diaphanes albâtres grecs d'André Chénier, c'était à faire crier « à bas! » à tous ceux qui ont le respect des belles choses ! Eh bien, cela n'indigna personne dans les maisons où, pendant dix-huit mois, Vadius triomphant et pudibond, M. Ponsard alla lire sa tragédie tous les soirs ! Le comité de l'Odéon, composé de têtes si fortes, fut séduit par ce succès de société, qui était aussi un succès de réaction. On était las des excès du romantisme, et la vieille rengaine classique parut neuve. M. Ponsard fut proclamé le poète du bon sens, parce qu'il était le poète de la vulgarité, ces deux choses qu en France nous confondons toujours... Mais il ne retrouva jamais son succès de Lucrèce. Il fit Agnès de Méranie, Charlotte Corday, et toujours on voyait Lwcrèce à travers. Sa pièce de l'Honneur et l'Argent n'a dû ses nombreuses représentations qu'à la
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politique, ce qui, selon moi, est une honte pour une œuvre littéraire. Les bourgeois orléanistes y voyaient des allusions contre l'Euipire, et y battaient des mains avec l'esprit qu'on leur connaît. Depuis ce tempslà, ]\I. Ponsard, qui ressemble un peu au paysan du Danube, endimanché dans un habit bleu barbeau (image de sa poésie), a écrit Horace et Lydie, et a voulu jouer à l'Horace comme il avait joué au Corneille. Chez les femmes, qui ne savent pas le latin, on croit qu'Horace avait cette élégance, et voilà deux poètes bien heureux !
06 yi. VICTOR DE LAPRADE