‹ Les Quarante médaillons de l'AcadémieChapitre 2 sur 22 · DEDICACE · texte numérisé non relu

DEDICACE

Nous aurons beau dire, mon cher ami, les académies nous vaincront ; et si, par hasard, un second faiseur de Médaillons, épris comme moi de vérité, refaisait ce que j'ai voulu faire ici, il ne trouverait peut-être i^lus ni un éditeur ciui osât les publier, ni un aini comme vous à qui il pût en offrir la dédicace.

Ab Jove principium. Le duc de Broglie est, en effet, comme le Jupin de l'Olympe académique. C'est une espèce de président moral de la docte corporation, ayant pour assesseurs MM. Guizot, Cousin et Villemain, les seules tètes décidantes de l'Académie, les seules grues (sans calembour)

qui enlèvent les opinions et les volontés de leurs confrères. M. le duc de Broglie, ministre et président du conseil sous Louis- Philippe et gendre de madame de Staël, doit ajouter aux haines de sa belle-mère contre l'Empire. Il est l'ami de M. Guizot, et il rend à M. Guizot le service de le faire paraître coloré. Il fut un des fondateurs de cette revue depuis longtemps défunte, la Revue française, ainsi nommée parce qu'on n'y parlait qu'anglais et allemand. Il y faisait des compotes de philosophie et de législation, tellement mêlées, qu'on ne savait plus ce que c'était... La plus goûtée, dans le temps, de ces confitures philanthropiques, fut une dissertation sur l'abolition de la peine de mort, demandée avec un faux air ^Vilberforce. Quaker par la philanthropie, M. de Broglie mêlait alors le quaker au dandy; car il a été dandy, mais comme un doctrinaire peut l'être I Je l'ai vu en habit pensée (la seule pensée que je lui aie jamais connue), et guêtre presque élégam-

ment de nankin. 11 n'avait point à demander pardon pour cela à sa grave coterie. Les doctrinaires aimaient la guêtre, et ils la portaient pour avoir l'air plus Anglais. C'était bien la peine 1 Le plus grave d'entre tous, le plus rengorgé, disant les mêmes choses, M. le duc de Broglie a élé le perroquet-roi des doctrinaires et du pédantisme solennel. Maintenant, il se tait sur son bâton académique. Si l'on s'informe encore de sa littérature, qu'on sache qu'il n'a guères écrit que des articles... que disje,' écrit I il les a cordés plutôt. — 11 les a cordés péniblement, longs, secs, gris, filandreux comme chanvre, et en tournant le dos au talent, toute sa vie. — 11 ne s'est jamais retourné.

M. LE PRINCE DE BROGLIE

M. LE PRINCE DE BROGLIE

Le jeune docteur Thomas Diafoirus, très digne de son père. 11 fait, en histoire, des pensums avec plaisir, et le lecteur seul est puni. Talent de la couleur de celle de papa, Fusionnisle politique, fusionniste en tout, qui fait fusionner la religion et la philosophie. N'étant, en rien, que pour les quasichoses, comme son père pour la quasilégitimité, et n'ayant qu'un quasi-talent. C'est aussi un cordier ; mais Dieu lui a fait la grûce de lui envoyer un critique encore

M. LE PRINCE DE BROGLIE

plus ennuyeux et plus cordier que lui : c'est le P. Guéranger, un bénédictin que Dieu bénisse ! qui fuit vingt-deux articles du Monde pour dire un petit mot... Seulement, la longue corde du P. Guéranger n'a pas étranglé le prince de Broglie. — Il va recommencer, un de ces jours, ses histoires. La puce, foudroyée par l'érudition, a échappé...

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