‹ Les Quarante médaillons de l'AcadémieChapitre 3 sur 22 · M. LE COMTE DE CARNÉ · texte numérisé non relu

M. LE COMTE DE CARNÉ

Ah ! lui, c'est le roi des cordiers ! Depuis trente ans, il fait son câble, sans s'interrompre, dans la Revue des Deux-Mondes, où il a trouvé le moyen d'être le plus ennuyeux des ennuyeux de céans. M. Charles Lenormand, qui n'était pas amusant non plus, comme on sait, et qui n'avait pas le droit de se montrer bien difficile, disait partout et de lout : « Ennuyeux comme Carné. » Un jour, ne le connaissant pas, il le dit devant lui. On éclata de rire, et

M. LE cr^ïTE DE CARNE

c'est le seul succès de gaieté qu'il ait jamais eu. Il dut trouver que c'était bon ! Comme MM. de Broglie, M. de Carné est un fusion niste fusionnant de fusionnerie, comme dirait Rabelais. Il met des rallonges entre la vieille monarchie française et 89. Laborieux terrible, fouillant, fouillant... c'est la taupe de l'histoire de France ; mais chez les bénédictins, qui donnent encore des hommes comme le cardinal Pitra, on n'en voudrait pas pour frère coupe-chou ! Il est tellement gris et effacé, qu'on perd de vue même le titre de ses livres. Je porte le défi d'en citer un... On ne les reconnaît qu'à la pesanteur. Depuis des années, on n'en voit plus que de non coupés. M. de Carné est le pourvoyeur du quai Malaquais, — côté des parapets.

Il commande au lecteur le respect et la fuite !

M. COUSIN

M. COUSIN

Marionnette effrénée, aux grands gestes télégraphiques, à la parole emphatique et vibrante, qui met tout sens dessus dessous à l'Académie. C'est un chauffeur. 11 chauffe au profit de l'Orléanisme, et pourrait bien un jour, l'imprudent! faire sauter la chaudière. Rappelez-vous ces cris de paon sur les toits, dans la cour de l'Institut, lors de la triste élection de Lacordaire : « Nommons Lacordaire ! — criait-il. — On sait ici que je ne suis pas fou de l'Église, mais nom-

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mons Lacordaire, puisque nous ne pouvons pas nommer le Pape, pour faire pièce à l'Empereur ! » (Textuel.) En philosophie, c'est un pauvre qui a escroqué des habits. En littérature, c'est une perruque, mais une grande perruque du XVII® siècle. On cherche là-dessous... De tète, point ! Majesté vide ! En philosophie, M. Cousin est la fable et le mépris de l'Allemagne. 11 est allé demander l'aumône à la porte de Hegel, qui lui a donné, et il est revenu faire, avec les quelques sous de Hegel, de la fausse monnaie à Paris. Dans l'impossibilité, qu'il sent très bien, de faire, en philosophie, même un bâtard, il s'est jeté sur les drôlesses du XVIP siècle, pour faire quelque chose en littérature. Son vice, devenu célèbre, c'est madame de Longueville. J. Barbey d'Aurevilly, dans ses Œuvres et ses Hommes; Taine, dans ses Philosophes français, n'ont eu que des lueurs sur M. Cousin. Le livre à fond sur cet homme et sa bande (car il a une bande !) est de M. Ferrari

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et s'appelle Les Philosophes salariés. Il faut lire cela si on veut s'exercer au dédain salutaire des baladins solennels! M. Sainte- Beuve, .dont la conversation est le contraire de SCS livres, flatte dans ses livres M. Coilsin, qu'il abîme dans la conversation. Mais nous aurons un jour la vérité. M. Sainte- Beuve attend la mort de M. Cousin pour aller, selon son usage, lever la jambe contre son tombeau, et faire ainsi la seule oraison funèbre qui convienne à cet homme de la grande pirouette, qui balance son trapèze entre le déisme — cet athéisme déguisé — et ses récentes mamours aux prêtres, et qui, reniant l'Église dans les cours de l'Institut, met, ailleurs, la main sur son cœur... absent, tout en assurant le catholicisme de son respect !

MONSEIGNEUR DUPANLOLP

Un lettré mi-parti de Séminaire et d'Université ; un directeur de théûtre, comme les Jésuites, qui ont été tout, même chansonniers, le furent autrefois, s'amusant à faire jouer des pièces grecques, en grec, aux jeunes gens de son séminaire. Occupation peu épiscopale ! Manière de répondre à la question des classiques ! M-"" Dupanloup est un phraseur plutôt qu'un orateur ; un rhétoricien plutôt qu'un écrivain. Médiocrité violente, dont on ne parlerait pas sans

la grande cause qu'il a épousée. Pauvre, non pas comme M. Cousin, qui a volé la philosophie allemande, mais pauvre enrichi par l'Église, et orné des dons de cette magnifique... Si M*^'^ Dupanloup n'avait pas l'honneur d'être prêtre, et l'honneur plus grand encore d'être évêque, que serait-il?... Peut-être un écrivain du Journal des Débats. Son orthodoxie fait sa force, mais sa force manque de prudence. Il augmente probablement le personnel du Siècle, sans le vouloir. C'est la mouche du coche de l'Église... Qui sait si M-'" Dupanloup ne se croit pas le saint Ambroise des derniers temps? — le saint Ambroise... sans Théodose ! Polémiste qui donne trop, — la Vieille Garde ne donnait pas tous les jours, mais quand elle donnait, elle écrasait tout ! — M-'' Dupanloup descend de sa chaire épiscopale jusqu'au journalisme contemporain. Bossuet avait Jurieu; mais où est Jurieu ? Un évêque doit respecter sa crosse, même quand il en frappe ! Il est des gens

qu'on n'honore pas des coups de ce sceptre des âmes. On ne les crosse point, on les fouaille. Laissez-nous celte besogne, monseigneur ! Quand M. Quinet a osé dire : « Étouffons le catholicisme dans laf boue, » un évêque ne se commet pas à répondre à cet insulteur ; et si, par générosité d'indignation, il est entraîné à lui répondre, il n'ajoute pas à sa lettre un posl-saiptum comme celui-ci : « Je viens de relire ma lettre, et je crains d'avoir été trop loin. » Non! l'évèque la brûle alors, cette lettre inquiétante pour sa charité... Mais M?'' Dupanloup n'a pas voulu perdre sa copie, et le voilà peint par ce seul trait !

ii M. SAINT-MARC GIRARDIN

M. SAINT-MARC GIRARDIN

Il fait son cours le chapeau sur la tête. Est-ce que, par hasard, il se croirait un grand d'Espagne, en littérature? Non! c'est de peur des vents coulis. Depuis la marquise du Deffand, qui fit matelasser un tonneau dans lequel cette Diogène femelle s'abritait, personne ne craint plus de s'enrhumer que ce gros homme, au col de chemise préservateur. On disait du duc de Lévis : « C'est le plus sentimental des hommes gras. » M. Saint-Marc Girardin

M. SAINT-MARC GIRARDIN

est le plus douillet et le plus tremblant d'être malade des hommes robustes. Il rêve -des rhumes en regardant son mouchoir de poche, comme le lièvre rêvait des cornes, en regardant ses oreilles. Gros homme à l'esprit gringalet, qu'Armand Bertin, après dîner, quand les truffes avaient été bonnes, croyait spirituel comme Voltaire, il avait autrefois la petite ironie suffisante et gourmée du Journal des Débats, de cette maison de parvenus qui, de flûte en flûte et de sifflet en sifflet, finit aujourd'hui par la guimbarde de M. John Lemoinne; mais les dadas de la question des Capitales et de la question d'Orient l'ont perdu. M. Saint- Marc Girardin est, dit-on, chrétien comme M. de Sacy ; — mais s'il l'est, ce que je veux croire et ce dont je le félicite, qu'on me dise comment il arrive qu'il y ait des chrétiens au Journal des Débats?... Comment peut-on les y souffrir?... Comment s'y prennent -ils pour qu'on ne les jette pas à la porte de ce chenil de Renans? car

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M. Renan y a grandi comme le petit de la lice, et il sera le plus fort demain... Sans doute, ces chrétiens, pleins d'audace, boutonnent soigneusement leur habit de librepenseur par-dessus un christianisme qu'ils engloutissent dans leurs poches. Ils prennent des précautions... contre les vents coulis de leur conscience. Ils font des politesses aux philosophes et aux juifs dans le genre de celles de M. de Sacy — ce Polyeucte ! — à M. Salvador, auquel il trouvait dernièrement, ma foi ! presque autant d'esprit qu'à saint Paul... Tartuffes... de la libre-pensée, en supposant que leur christianisme soit sincère 1

M. DE MONTA I.EMBEUT

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