‹ Les Quatrains d'al-GhazaliChapitre 1 sur 2 · PASSAGE CHOISEUL, 23-3I NEW-YORK, II27 BROADWAY · texte numérisé non relu

PASSAGE CHOISEUL, 23-3I NEW-YORK, II27 BROADWAY

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Aboû-Hâmid- Mohammed -ibn -Ahmed al-GhazaH naquit à Thous dans le Khorasân, l'an 450 de l'hégire (1058 de l'ère chrétienne) et y mourut en 503, à l'âge de cinquante-trois ans.

D'Ame aimante et d'esprit inquiet, il erra toute sa vie à la recherche de la vérité, de pays en pays, d'un système à l'autre, mais s'arrêta surtout aux enivrantes rêveries du panthéisme musulman. Il fut longtemps soûfi, c'est-à-dire panthéiste, comme le fut Kheyam, le poète persan, son contemporain.

N'ayant trouvé nulle part, pas même en cette doctrine, la satisfaction ni le calme, excepté, comme il l'avoue lui-même, « à de rares heures isolées », il revint vers la fin de sa vie à des études pratiques, surtout de morale, et « se réjouit des progrès utiles et bienfaisants de la science humaine* ».

Al-Ghazali a écrit des traités religieux, philosophiques et moraux ; il n'a jamais écrit ou n'a pas laissé de vers. Au cas où il s'y fût essayé, peut-être eùt-il pris la forme du quatrain, immortalisée par Kheyam, qui vécut au même siècle que lui et près de lui, dans le Khorasân. J'ignore s'ils se sont connus.

* Paul Ravaisse. Grande Encyclopédie.

in 2011 witii funding from

University of Ottawa

http://www.archive.org/details/lesquatrainsdalgOOcaza

Les Amours

L(zAmour de la Femme LcAmour mystique

A Kheyam, au sage divin Dont les quatrains versent à l'âme L'ivresse extatique et sans fin D'Allah, du vin et de la femme.

L'Amour de la Femme

Prélude.

Oh! le lotus, la fleur fermée, Où donc peut-elle être, l aimée, Vers qui je dois aller un jour cAvec mes pleurs et mon amour?

Est-elle blonde? est-elle brune?

Sous le magique clair de lune Que rêve-t-elle en ce moment, — Si loin de son futur amant?

0 mon âme, écoute: c'est l'heure^ Ou la lune à travers les deux Soupire un chant délicieu?:, Comme un chant de flûte qui pleure.

cArant que la zMort lève, inquiétant mystère, Le rideau des secrets que Dieu cache à la terre, cAime, et ne cherche pas d'où ton être est venu, VXj <-'^ ^7"^' '^^l^ r attendre au fond de l'inconnu.

Et dans l'extase des nuits calmes, Vans leur chaleur et leur langueur, Sous la lune argentant les palmes, Un lotus entr ouvrit son cœur.

'Hecevei mon baiser de la bouche des fleurs ; Ces fleurs, vers votre lèvre en fleur je les envoie Vous dire mes chagrins mêlés d'un peu de joie, — Et buve- leur rosée en songeant à des pleurs.

Offre tes seins, ta Joue enflamme cAux souflles de la nuit d'été :

TDans la nuit J'ai versé mon âme Tour la mêler à ta beauté.

// n'esr nulle douceur comme celle d'aimer, C^Jîèvre dévorante égalant cette fièvre, D^ fruit délicieux qui sache alors calmer zMa lèvre, en s'y fondant comme le fait ta lèvre.

Le clair de lune est comme un soupir de la nuit : Que de soupirs aussi dans tout mon cœur qui tremble Et dans le tien, goûtant V extase d'être ensemble, Sous l'infini soupir de ce grand ciel qui luit!

lO LES QUATRAINS D AL-GHAZALI

c4imons-nous et rêvons, nous n aurons pas toujours Ce ciel devant nos yeux, doux comme une soierie : Les morts ne la voient plus, la belle nuit fleurie Qui nous caresse et fait plus tendres nos amours.

Les perles de tes dents, les saphirs de tes veux tMe font bénir encor. quand s' entr ouvrent tes voiles, Le divin Joaillier qui sema par les deux Ces diamants vivants et brûlants, les étoiles.

Une coupe de vin, quelques fruits, et pour table Une prairie en fleurs^ et la bouche adorable De Vamie, et ses yeux mi-fermés de langueur : — cAlors je sens, oAllah. ton baiser sur mon cœur.

\il> ^

Kheyam, en ma chambre fermée qA tous les bruits de V univers, Oh ! quil est doux, près de l'aimée.

Le clair de lune de tes vers!

Fraternise, o mon âme. avec les astres d'or, oAmes aussi, brûlant par la nuit infinie. 'Brûle comme eux. palpite, aime et souffre, aime encor cAvec l'aube et les soirs sublimes communie.

La mélodie aimante et calme de la nuit S'écoule sur la ville apaisée; et tout bruit cAuprès de nous s'éteint pour la laisser entendre; • — Et le chant de tes yeux se fait aussi plus tendre.

Tois. à lune d'amour, à la coupe vermeille; Car la lune du ciel; après nous, très longtemps. Luira sur ces vergers des milliers de printemps. éMais sans nous retrouver par une nuit pareille.

Ton doux corps imprégné d^essences précieuses Vient d'alanguir mon cœur en un bain de parfums ; Etfai bu Fàme en toi des calices défunts, Ves fleurs mortes pour alanguir nos nuits heureuses.

c4srreS; musiciens célestes^ votre cham, Fait de vibrations prises pour du silence, S'unit à ma pensée, en rêves s'épanchant Sur les Jlots où la lune émerge et se balance.

Songes-tu, quand tes pieds marchent dans la poussière. Qu'ils foulent bien souvent ce qui fut autrefois Les yeux noirs d'une amante où riait la lumière Et la bouche fleurie ou tremblait une voix?

Ton crâne, la demeure où siégeaient fièrement Tes passions, ta foi, l orgueil de ta pensée, Teut-ètre un jour sera heurté par un amant, Et ta bouche par lui de dégoût repoussée.

Tuisque tu dois bientôt pourrir parmi les morts, Fais ivres de beauté ta Jeune âme et ton corps; Et viens voir frissonner la naissante verdure, c4vanr que ne F engraisse un jour ta pourriture.

l6 LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Heure pâle ou se meurt tour hruii !

Le monde est comme une féerie.

La robe noire de la nuit Tar le clair de lune est fleurie.

0 femmes qui. domptant l'orgueil des plus rebelles. C^ous arrache^ des pleurs à force d'être belles. Quels mystères en vous nous font ainsi pâlir, Et pourquoi, vous aimant, a-t-on soif de mourir?

LESA M OURS I7

Tes jeux s'ouvrent pour moi comme un paradis noir, Un lointain paradis oit mon rêve, le soir, Va se perdant parmi des fleurs et des étoiles, zMais sans y pénétrer le secret que tu voiles.

zMon âme est un sultan, et mon corps est sa tente; Et le sultan sans peur, bien qu'il soit dans V attente T)u meurtrier qui doit le frapper quelque jour, Écoute en souriant des musiques d'amour.

Les clairs de lune bleus d'autrefois, que d'amants Ils ont extasiés déjà de leur mystère!

Oh! que de nuits encore, et sur nos ossements Ces mêmes clairs de lune extasieront la terre!

Ta chevelure d'or, lourde, épaisse, musquée.

En nappes sur tes pieds d'ivoire s' épanchant.

Fait ton corps lisse et blanc, plus blanc que la mosquée,

Le soir, sur un ciel d'or teint des feux du couchant.

Sons^ lignes ou couleurs, tour rythme est une fête Je suis r âme pourtant que peut endolorir La douceur d'un regard, et qui se sent mourir c4 l'éclat meurtrier de la beauté parfaite.

Le grand Jardin d'ajur, la nuit, va se rouvrir; zMon amour, allons voir loin de la foule humaine Venir à nous la Lune en sa robe de reine. Et dans ce jardin bleu les étoiles fleurir.

Les chers veux de celle que faime, Tleins de songes pour leur amant ^ Et qui lui rient si tendrement, Tourriront aussi, les yeux même!

"ii

Tous sur le dos. les morts funèbres, Lentement ronges par les vers, De leurs yeux clos ou grands ouverts Lis boivent L horreur des ténèbres!...

Ves hommes sont très deux, ayant gardé dans Vàme La douceur qu'y laissa le baiser d'une femme; Et de rares amants sont à ce point heureux, Que ce clair crépuscule est demeuré sur eux.

Un rossignol gémit dans l'ombre de mon âme. Il pleure au souvenir d'anciennes nuits d'été, Et d'une rose aussi dont V ardente beauté qAu milieu du jardin jetait comme une flamme.

'Bien que su?' roi la zMort ait refermé sa porte, Je te revois sans cesse et partout tu me suis : Comme d'un astre mort vient la pâleur des nuits, Jai pour clarté sur moi les grands veux d'une morte.

^ii

Que de temps après nous oii fleuriront encore Les Ixs blancs de la nuit, les roses de l'aurore! U^ manquant pas au monde avant d'être venu. Lui manquerai-je, étant rentré dans l'inconnu ?

LES AMOURS 2'j

Oui, Tout est vain, étant mortel et périssable;

Le château de ce monde est bâti sur du sable.

Le passé, l'avenir, gouffres de toutes parts.

Et ce rêve aux voyants fait leurs grands yeux hagards.

La méditation est parfois importune.

Et parfois nous fait suivre un chemin périlleux. Contemple avec amour un visage de lune, Tu donneras du moins une fête à tes yeux.

Ces mensonges qui nous consolent de la vie, Et nous font pardonner à ce fol univers, cAime-les, aime ainsi la musique et les vers, Et V amour, ce ciel tendre en qui F âme est ravie.

qA mon âme, à mes yeux redonne un peu de joie; Ouvre tes voiles blancs, et laisse reposer zMon esprit douloureux qui se veut apaiser Sur tes seins, dont moelleuse et si pâle est la soie.

LES AMOURS 2f

Ton corps lisse est d'argent, tes yeux sont deux opales, Le parfum du jasmin sort de tes lèvres pâles, Quand tu chantes le Chant des éMages dans la nuit : Une étoile se cache en ta beauté qui luit.

'Bien que ton corps ressemble au long corps du cyprès. Ton œil pur au matin, aux tulipes ta joue, Je cherche encor pourquoi le T)estin, qui se joue Des êtres, ni a fait vivre et me détruit après.

26 LES QUATRAINS d'aL-G H AZALI

z^es yeux sont éblouis pa?- les Ivs de ta face, Les astres de tes yeux, les roses de ta chair. Le néant est peut-être aussi sous la surface : Qii importe; si le corps est pur et s'il ni est cher?

La lune, tendre luth d'argent.

Vont les rayons blancs sont les cordes, oAvec mon cœur triste et changeant, T)oucement, oAllah. tu l'accordes.

Lorsque la grande C^^it déroulera sur nous Ses longs cheveux semés de saphirs et d'étoiles, l{épands les tiens comme elle, écarte aussi tes voiles, Et garde, sans parler, mon front sur tes genoux.

Von peut encore aimer sans croire en qui l'on aime.

J'adore des beautés dont je sais le néant,

Dont j'ai tôt reconnu la vanité suprême,

— Et que j'adorais mieux d'abord, en les créant.

Ta perfide beaurc. je la compare aux plaines Qui cachent des poisons aux douceurs de leur chair; Comme en des étangs bleus pleins de bêtes rampantes^ Vinquictants désirs rôdent dans ton œil clair.

Tlongeant parfois les yeux en elle, Je songe à la mer criminelle T^ulant des monstres et des morts, Et qui rit splendide au dehors!

Tour dissoudre ton corps ec pour tuer ton âme, La zMort sait ainsi prendre un visage de femme oivec de grands yeux purs et pareils à des fleurs, — Et tu baises les yeux infâmes dont tu meurs.

Lune, tète de morte illuminant les nuits, Tu nous viens enseigner comme tout est mensonge, Lune, qui fais les deux plus tendres, quand tu luis Sur nos amours, et fais plus divin notre songe.

Toute ferme en ce monde est sans réalité;

Ses agrégations ne sont pas éternelles :

En pénétrant ton cœur de cette vérité,

Tu l'auras affranchi du tourment qui vient d'elles.

L'Amour mystique

Le dialogue d'Allah et du poète.

Triste de leur ignominie, Quitte tes amours, il est temps :

Viens vers mon âme, Je t'attends, T{eviens à la source infinie.

Oh! mourir à moi-même, au monde, être a jamais Une âme submergée en ta clarté divine; (Ayant fui jus qu à Toi le néant que J'aimais, éM' abreuver de l'amour sans fin sur ta poitrine!

cAu sein de F Océan la e. outre d'eau 2:émit: V Océan lui répond : a S'il est quelque distance Entre nous deux encor. c'est ton cœur qui la mit : zMeurs. et tu seras Vieu. rentrée en ma substance.

Je suis le rossignol des jardins du mystère

Qui gémit, pleure et meurt aux pieds de l'Eternel^

Je suis le rossignol envolé de la terre

Tour n aimer plus jamais que les roses du ciel.

LESAMOURS "^f

d'JÎ

Vis d' adoration; vis d'extase et d'amour! (Aime, désire et souffre, et fais que chaque jour Ton cœur s' ouvre plus large à des amours plus grandes ! Trends sa joie au Soleil pour qu'à tous tu la rendes!

qAu sein des mers, au fond du ciel, partout Je vois La végétation de ta vie infinie

Soumise au rythme, au nombre, à la loi d'harmonie : — Et c'est pour t' imiter que je scande ma vois.

Les asnes. enflammés d'une crernelle exrase. Tournent, tournent sans fin. en adorant leur Vieu; T)erviche. tourne aussi : la même ardeur t'embrase. Qui donne le vertige a tout le ciel en feu.

Tous les astres sont fous par leur amour pour Toi; La mer est soulevée et proclame ta gloire. Le mont dresse vers Toi t'adore en la nuit noire; La lune est d'amour pale et soupire avec moi.

Féerique et remplissant l'espace d'étincelles, Le Ciel est un oiseau d'aïur qui bat des ailes Sur la route, Seigneur, que lui montra ta main. Quel but poursuit son vol? Ou sera-t-il demain?

Ton âme est le rayon qui, perçant V ombre noire, c4 des atomes vils prête un instant sa gloire : zMais au néant, c4llah, retire ta clarté. Et que restera-t'il de sa réalité?

c4vec sa housse bleue où rient les diamants, La ^7\jiit est ton cheval, réclair est ton épée; Jaune à ta selle, d T{ol des épouvantenients, La lune pend ainsi qu'une tête coupée.

zMon âme est Flnfrii qui Jouit et qui souffre, Je suis la vie ardente et suis la sombre mort, Je suis r abîme ou tout s'éveille et se rendort : Et le vertige prend qui regarde mon gouffre.

Ta pensée, éclairant un jour cet univers, Un moment fit briller ses poussières d'atomes; Et tout ce monde, oAllah, tourbillon de fantômes, C^est qu'un rêve ou qu'un Jeu reflété par mes vers.

L'espace est infini, vu de ce mont géant!... éMais j'admire à la fols et méprise ce monde, Qu'oillah ne volt aussi que comme un pur néant, — 'Bulle d'air misérable en la mer qui l'Inonde!

40 LES QUATRAINS DAL-GHAZALl

Comme un nuage d'cr en la pourpre du soir, cAllah. l univers roule au fond de ta pensée: Tel que la mer en feu du couchant caressée, Tar Toi transfigure, mon rêve est ton miroir

Je suis ITnfini vague et suis le Temps sans homes; éMon rêve a fait fleurir les éternités mornes; Je suis la zMort et suis VoAmour, le gouffre aimant, D'où le néant prend l'être et surgit lentement.

Le nuage sait-il la force qui le pousse, Force terrible un jour, un autre calme et douce? T)e vous maudit une heure, une autre heure béni, tMe connaissei'vous mieux, éMoi, le Soujfle infini

Le Doute

J'avais la foi Jadis et n ai plus que le doute; Je me sens pour agir moins allègre et moins fort. Uarbre de la science est V arbre de la mort. Et ses fruits sont amers à l'âme qui les goûte.

Cette chaude lumière en ce grand ciel si bleu Semble être le regard et le baiser d'un Dieu; L'hiver, oii donc est-il? où donc cette tendresse Vu Dieu brûlant d'amour qui, Vété, nous caresse?

Towquoi, Teinrre diviri; qui dans Veterniié Sur le fond du néant as parfait les peintures T)es deux, des fleurs, de tous les êtres de beauté, oAs-tu négligé V homme entre tes créatures?

Tour quoi lame souvent par le doute abattue, Et les meilleurs de nous écrasés par le sort? Ce qu'a formé l'amour est dé fait par la mort : Quel ami nous créa? quel ennemi nous tue?

LEDOUTE 47

Oh ! qu'est ce pauvre corps bientôt rongé des vers. Et ï amour dont nous ment la caresse trop brève? Quand tu pouvais, oAllah, recréer l'univers^ Comment inachevé laisser ainsi ton rêve ?

Comme un fleuve rassemble et disperse le sable, Le Temps unit, puis il sépare tour à tour, V^ formant rien jamais qui ne soit périssable. Ceux qu avait évoqués et rapprochés loAmour.

Le Ciel semble Jaloux des heureux dans la vie; Je n'ai rêvé Jamais de durer trop longtemps. Voit-on les vieillards rire et s'avouer contents? Et leur soir sans clarté ne me fait pas envie.

Le grand roi Feridoun eut l'horreur de survivre cA. ses trois fils frappés au combat, lui. très vieux. Il mit leurs chefs tranchés sur un plateau de cuivre. Et fou. jusqu'à la mort, les garda sous ses yeux.

Sans mon assentiment, oAllah. tu m'as fait naître, Et Je vais redescendre en l'inconnu béant oAvant d'avoir compris le secret de mon être, TDont la grandeur m'étonne autant que le néant.

Le rêve que tu crois réel quand tu sommeilles. En s' évanouissant, à l'heure ou tu t'éveilles, Tour ton esprit perdra toute réalité :

• — Les morts doutent aussi d'avoir jamais été.

fO - LES QUATRAINS DAL-CHAZALI

C^ous marchons éperdus, semblables à des fous, ^T^ous einre-déchlranT parfois pendant la route. Quel jeu te plais-tu donc à jouer avec nous? ^Pourquoi le mal en Toi, qui nous condamne au doute ?

La bataille finie et les morts couchés là, Tous les cris se sont tus de douleur ou de haine : Et comme il montre bien quel néant est cela, Le silence qui suit toute tempête humaine!

LEDOUTE 5-1

cAu Ciel indiffèrent qui fait naine et mourir, Qu importe que Von souffre ou cesse de souffrir T)ans le gouffre infini du temps et de l'espace, Que compte la douleur de F atome qui passe?

'Résigné par avance à ce peu qu'est ton être, Lorsque la éMort viendra, ne va pas t' écrier; — La terre est un tombeau qui nous sert d'oreiller, Tour rêver un moment avant de disparaître.

5*2 LES QUATRAINS DaL-GHAZALI

La brique faire un jour peur-érre avec la cendre V^Omar, de Ferldoun ou du grand (Alexandre, Servit à rebâtir des palais aux vivants, Dont la poussière aussi fut dispersée aux vents.

Vans les doigts du Vestln nous semblons des poupées, De mots, de gestes vains gravement occupées, Se mêlant; s'agitant, tournant, faisant leur bruit : — Tuls le silence au fond d'une boite et la nuit!

LEDOUTE 49

Lien mystérieux du néant et de Vètre,

cAmour. oh! pourquoi donc in as-tu fait apparat tr

Fantôme aussi parmi ces fantômes divers.

Et comme eux étonné par ce vague univers ?

Le secret du grand Tout, il est en chaque atome; Et le granit recèle au fond de son sommeil, Comme la nuit en son silence de fantôme, Ce secret qua nos yeux garde aussi le Soleil.

Quand nous aurons quitté ce clair palais du monde. Demain, après-demain, le sais-Je? nous serons Contemporains obscurs, en la cendre infécond e^ De tous ceux dont la zMort a nivelé les fronts.

La terre, les rochers, les mers, et radieux Ces astres même, et fàme humaine avec ses Dieux, Ses rêves, son génie étrange ou sa démence. Tout doit s'évanouir au sein du ciel immense.

LE DOUTE 5-

cMofi rêve fait lui seul si radieux et beau Le soleil d'or saignant qui descend au tombeau : zMais quand aura vécu la conscience humaine, Splendide, il peut brûler, sa splendeur sera vaine.

[Nourrir son ventre, emplir sa bourse et, plaisir fin, Terpétuer l'espèce et la douleur sans fin : Oh! quest tout ce néant, et quappelle-t-on vivre? Vienne plutôt la zMort absurde qui délivre.

f6 LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI

Un sage a révélé la genèse des Vieux:

oAvant la nuit première et la première aurore, c4vanr le premier homme ils n étaient pas encore; Et la peur ou l'amour ont peuplé tous les deux.

Le dégoût ou l'horreur, la nausée ou la haine, Ou le simple mépris de la bassesse humaine (A certains jours sont tels, et nous font tant souffrir, Que Von craint moins la mort, qui saura tout guérir.

LE DOUTE

Soliman-ben-Vacud , dont le rrone d'ivoire

Tour dais splendide avait un tourbillon d'oiseaux,

Commandait aux Esprits de la terre et des eaux;

zMais l'ennui, dur aux grands, le rongeait dans sa gloire !

zMourant, il proclama que tout est vanité,

éMème l'amour humain, et le divin peut-être,

Et pensa qu'il vaut mieux n'avoir jamais été :

— Que pensait donc l'esclave, alors Jouet du maître?

c4vec la mort et son ordure Tour se repare. — er cela dure, La plante, la fleur. F animal^ Et le bien trop rare, et le mal.

Le bestial besoin de vivre est trop en toi; Tuisque rien désormais n'éveille ton émoi. Que plus rien ne t'est rien ni ne te fait envie, Sans regrets et sans peur laisse là cette vie.

LE DOUTE

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