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Ta place, ils la prendront ceux qui viennent de naître Tes fils jeunes et forts, les sens-tu, triomphants, T écarter, comme toi jadis, enivrés d'être : « Va-t'en, me dit la zMort, tu gènes tes enfants ! yy
Je hais, je hais, je suis parfois ivre de haine, Et /invoque devant l'universel forfait Un despote écrasant cette vermine humaine : • — Tuis j'ai honte du vœu sinistre que j'ai fait.
6o LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI
Qudiid. sourd même à la voix des livres, tes amis. Tu sens trop ramerrume ou la douleur de vivre. Quand, blesse par la vie et dolent, tu gémis. Songe à tout Vinfini des temps qui la doit suivre.
Les mondes eno'louris en ton éternité,
Évanouis en Toi. qu auront-ils donc été?
Un rêve, la lueur d'un éclair bleu qui passe?
— Tour quoi ce trouble vain un moment par l espace?
LE DOUTE 6l
Oh ! tous ceux qui sont nés de matrices infimes, La bête aveugle et morne en la nuit des abîmes^ Se traînant sous la mer pesante et sans soleil; Les êtres de néant abrutis de sommeil!
Le mâle primitif] oAllah, prit pour esclave La zMatière, et l'aimant, il la fit mère un jour : cMais n est-il pas resté, lui quelle enlace et brave. Trop pris dans les liens de cet étrange amour ?
Ton âme inapparair. oAllah, dans le soleil. Caressante parfois, et plus souvent brûlante; Oh ! comment certains soirs, dans le couchant vermeil. Semble-t-elle souffrir, et palpiter sanglante?
Ta passion divine est pareille à la nôtre: Tour quoi dans ton cerveau courent ces astres fous? Et ton âme infinie, oAllah. n'est donc pas autre Que celle qui s'agite et se tourmente en nous?
L E DOUTE 6
Du jour miraculeux, oAdam, de ta naissance, Dans l'homme et le soleil la même flamme a lui; zMon être et l'univers sont de la même essence, zMon âme et ses tourments, je les retrouve en lui.
cAnimal monstrueux qu agite une âme obscure, zMonstre muer, comment, à ma mère, à [Nature, Suis-je ta conscience et ton verbe, et pourquoi Sembles-tu ne penser et ne parler qu'en moi?
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Èrernellemenr jeune, cTernellement mère, 0 courtisane impure et sacrée à la fois, Double d'aspect toujours, U^iure, je te vois Tendre autant que cruelle et douce autant quamère.
J'ai mieux compris mon âme en observant la tienne . cAu cœur de tes enfants, obscènes et mauvais, zAfère, c'est toi toujours qu'ainsi je retrouvais : CN^il péché n'est en eux qui de toi ne leur vienne.
LEDOUTE 6^
0 nuit, consolatrice et berceuse de l' homme, 0 nuit, trêve et repos pour la bére de somme, D^uit calme, qui mets fin à tous les lourds travaux, Lac noir, tombe apaisante oii sombrent nos cerveaux
Vivant, tu t'engraissais et vivais de la mort. Des âmes et du sang éteints de tes ancêtres; %emets ce que tu pris, et rentre sans effort, Comme un fleuve en la mer, dans V océan des êtres.
66 LES QUATRAINS d'a I.-G H A Z A L I
Dans ce fol univers, œuvre de la z^Taya"^; Ceux que l'oAniour. le beau thaumaturge, envoya, Vont roulant a travers les choses, et par elles Sont troubles sans raison, les estimant réelles.
!7^es-tu pas effrayé du néant plein de nuit Ou ta pensée, en trop rêvant. ï évanouit? T{emonte du néant : seul ïoAmour en délivre. Et te prenant la main, qu'il t'appelle à revivre.
LEDOUTE 67
zMdlgré r effroi, malgré la douleur qui nous mord, Il est de doux moments au voyage du monde. Et le calme est au bout, la grande paix profonde Que t'offre en son abri la tente de la c^ort.
Certains soirs ou les sens s'exaltent, F univers Tarait une œuvre encor divine et magnifique ; Et les soupirs du vent ont la douceur des vers. Et les lueurs du ciel semblent une musique.
Dans mon cœur J'ai garde la langueur de tes yeux, Si pareils à ces fleurs dont Vâme nous pénètre; J'ai gardé dans mon cœur le parfum de ton être, Et ta douceur m'a fait miséricordieux.
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Tu sais le dénouement et la scène dernière : Tlus de dents, de regards, de paroles, — plus rien. Une minute encor goûte et bois la lumière, zMédite ou rêve, agis surtout, et fais le bien.
La Pitié du Renoncement
Le cœur mal satisfait des douceurs de lafenwie, Cherche au delà, plus loin, mets plus haut tes plaisirs. Demande à la nature entière pour ton âme T)e plus larges amours, dignes de tes désirs.
Qu'une nouvelle vie aimante en toi commence; zMultipliant en toi la joie et les douleurs, Vois dans l'humanité comme ton être immense. Et fais tiens ses espoirs, son ivresse et ses pleurs >
"jl LES QUATRAINS DAL-GHAZaLI
Dans le calme des sens et la sérénité Le sage sait braver Vinfluence maligne Que sur nous prend parfois V effrayante beauté. Tar l'accord pur de la couleur et de la ligne.
Consacrant tout ton être à l'idéal suprême. Combats sans nul espoir, ni souci de toi-même; Vaincu, garde toujours la fierté de tes yeux ^ Car tu fais œuvre sainte et remplaces les Dieux,
LA PITIÉ DU RENONCEMENT
Quarante SoUmans ont régné tour à tour,
&lvant quoAdam naquit, sur des races sans nombre
D'animaux monstrueux, ignorant tout amour :
— Les temps d'alors étaient submergés dans plus d'ombr
Or la race d'cAdam apparut moins grossière zMais bestiale encor, ayant eu ces aïeux : Et sa fange à bon droit redevenait poussière; Tuis tout à coup sublime, elle créa ses Vieux,
En force et majesté surpassant les ancêtres, Fière et haute, malgré sa fange et son néant. Qu'elle soit digne un jour de régir tous les êtres, qA V image de ses "Dieux purs se recréant.
Le sage voit sortir de la même matrice c4bel avec Gain, la vertu près du vice, Et le sage, étonné de ce mystère obscur, zMalgré r impureté du monde, reste pur.
LA PITIÉ DU RENONCEMENT J
Ou le repos ? Chacun des soleils par l'espace Vun vertige éternel est lui-même emporté; Et ces trombes d'amour, de force et de clarté T{oulent, semant la vie où leur tourbillon passe.
L'air et l'eau, le roc dur ou l'être plus vivant,
La plante et l'animal : des vapeurs condensées;
zMais d'oii vient l'âme en nous ? d'où viennent mes pensées ?
Ces vapeurs du soleil pensaient-elles avant?
y6 LES QUATRAINS D ' A l.-G H A Z A L I
in lien, la pitié, r'unir à routes choses^ Lien frêle et divin quil ne faut point briser : Excuse le péché, comprenant mieux ses causes, Et qu'aux tristes ton âme apporte son baiser.
Qui renonce à sa vie étroite et sait mourir c4ux royautés du monde, est le T{oi que /envie; Qui; pour aimer plus for r, accepte de souffrir, Conquiert, amant heureux, le secret de la vie.
LA PITIÉ DU RENONCEMENT
Votre exrase en la morr, je V enviai toujours, Croyants, impatients d'aimer jusqu'aux supplices. Et qui sûtes goûter les amer es délices Vétre les confesseurs sanglants de vos amours.
éMêle ton âme émue à la création; Toursuis partout la vie, au profond des abîmes. Ou lumineuse et pure et calme sur les cimes : Tuis plonge-toi, tranquille et fort, dans l'action!
yS LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI
Honore le faqir, ce roi des indigents^ Vêtre pauvre, et de tout détaché, qui mendie Sa nourriture après celle des pauvres gens, zMais de qui Vàme aimante est comme un incendie.
HàvC; maigre, songeant à V éternel secret, La brûlure des jours d'été sur le visage, Tlus quun rajah, F ascète, au sein de la for et, Teut resplendir, étant le voyant et le sage.
La PITIE DU RENONCEMENT
Il est des pénitents pareils à des lions;
Il est des pénitents dont les fureurs rassemblent
Les colères du monde et ses rebellions ;
Il est des pénitents devant qui les T{ois tremblent.
Que peux-tu désirer, cœur plus grand que le monde, Hors d'aimer, d'être fou d'amour, et de sans fin (Aider en ta pitié la misère qui gronde T)e ceux dont l'âme a soif et dont le corps a faim ?
8o LES QUATRAINS d'aL-GHAZALI
Si la rovauré vraie est dans la connaissance. Si le sage est armé d'une telle puissance Que. maitre de son âme, il l'est des éléments, Le vrai trésor roval est au cœur des amants.
// faut donner ses yeux, il faut donner son âme, Ses lèvres et son sang, sa passion, sa flamme, Tout entier se donner comme fait le soleil, — cAvant d'aller s'éteindre en l'éternel sommeil.
LA PITIÉ DU RENONCEMENT
^Reconnaissant chei tous le désir d'être heureux, Et dans leurs maux souvent le péché des ancêtres, Tendre, aimant, le soûfi, plein de pitié pour eux, Distribuera ses dons d'amour à tous les êtres.
oAprès tes voluptés il te reste une joie : Tauvre, vil, fou d'amour, aller vers les souffrants. Et de ton âme au cœur les baiser, ces mourants, Grelottants en la nuit si froide qui les noie.
T^enJs familier ton rêve avec l'érerniré; c4ccourume tes veux au gouffre de l'espace^ cA tour cet effroyable inconnu qui dépasse L'habituel couraee humain si limite.
La Substance s'écoule ainsi qu'un fleuve énorme. Tout change, rien ne meurt : en Y abime profond Les causes, les effets, tout roule et se transforme. Et les choses sans fin se font et se défont.
LA PITIÉ DU RENONCEMENT 8
Tour le contemplanf de la vie éternelle Terdu dans la Substance et comme éteint en elle, T)emain n'est pas. non plus qu'hier ni qu aujourd'hui , Et les mots vie ou mort n'ont plus de sens pour lui.
Des légendes musulmanes parlent de Sultans préadamites, qu'elles nomment Solimans, en souvenir de Soliman-ben-Daoud, ou de Salomon, qui, d'après elles, investi d'une autorité sans limite sur tous les Esprits, tous les êtres, fut un monarque universel, et comme le Sultan du monde. Ces Sultans préadamites ont régné sur d'innombrables races, très différentes de la lignée d'Adam, et certains de nos animaux d'aujourd'hui seraient les survivants et les représentants, dégénérés sans doute, de ces races du passé.
Les mêmes légendes assurent qu'après les fils d'Adam une race d'hommes naîtra, aussi supérieure à l'humanité présente que celle-ci peut l'être aux humanités ou animalités d'autrefois; et cette race, dont nous ne pouvons nous imaginer les vertus, les énergies, la beauté, cette race surhumaine, presque surnaturelle, en ce sens qu'elle dépasserait toutes les manifestations antérieures de la nature et de l'humanité, serait la dernière qui apparaîtrait en ce monde.