Genèse, I
17. Cette strophe et les deux qui suivent sont la paraphrase des versets 6-9 du Psaume xxxiii.
19. Bref, ce qui est, qui fut, et qui peut estre, En terre, en mer, au plus caché des cieux, Si tost que Dieu l'a voulu [lour le mieux. Tout aussi tost il a receu son estre.
20. Ne va suiuant le troupeau d'Epicure, Troupeau vilain qui blasphème en tout lieu. Et, mescroyant, ne cognoist autre Dieu Que le fatal ordre de la Nature.
21. Et ce pendant il se veautre et patouille Dans vn bourbier puant de tous costez.
Et du limon des sales voluptez
Il se repaist, comme vne orde grenouille.
22. Heureux qui met en Dieu son espérance, Et qui l'inuoque en sa prospérité Autant ou plus qu'en son aduersitè,
Et ne se fie en humaine asseurauce.
23. Voudrois tu bien mettre espérance seure En ce qui est imbecille et mortel?
Le plus grand Roy du monde n'est que tel. Et a besoin plus que toy qu'on l'asseure.
20. A en juger par ce passage, Pibrac connaissait mal les Epicuriens. L'expression dont il se sert au second vers de la strophe semble un souvenir d'Horace {Ep., I, iv, 16), mais il eût été plus équitable de ne pas prendre trop au sérieux la boutade de ce poète, et de se rappeler que Sénèque — un stoïcien 1 — a défendu la morale d'Epicure et protesté contre une tradition qu'entretenaient ou les ignorants ou ceux qui avaient intérêt à présenter le plaisir comme une forme de la sagesse. [Vie heureuse, XII-XIII, pp. 17a-3 ; A Lucilius, XXXIII.)
21. Les Tablettes nous offrent (II, 42) une comparaison toute semblable. « ... Ainsi vit la grenouille | Dans le sale bourbier qu'elle estime un ruisseaii. »
22-23. Prov. de Salomon, III, 5. — Ps. cxlvi, 3. — Jérémie, XVII, 5. — Stobée, Ser. CXLVIII, p. 237, 5; CXLIX, p. 239, 1; CLXV. pp. 268-270; CLXVI, pp. 270-1. — Aux deux derniers vers du Quatrain 23 comparez cette phrase de Boèce : i.^ 0 praeclara potentia [il s'agit
24. De l'homme droict Dieu est la sauuegarde : Lors que de tous il est abandonné,
C'est lors que moins il se trouue estonné, Car il sçait bien que Dieu lors plus le garde.
25. Les biens du corps et ceux de la fortune Ne sont pas biens, à parler proprement : Ils sont subiects au moindre changement, Mais la vertu demeure tousiours vne.
26. Vertu qui gist entre les deux extrêmes, Entre le plus et le moins qu'il ne fault, N'excède en rien, et rien ne luy default, D'autruy n'emprunte, et suffit à soymesmes.
27. Qui te pourroit, Vertu, voir toute nue, 0 qu'ardemment de toy seroit espris, Puis qu'en tout temps les plus rares esprits T'ont faict l'amour au trauers d'vne nue!
28. Le sage fils est du père la ioye : Or si tu veux ce sage fils auoir, Dresse le ieune au chemin du deuoir :
Mais ton exemple est la plus courte voye.
29. Si tu es né, enfant, d'vn sage père, Que ne suis tu le chemin ia battu?
S'il n'est pas tel, que ne t'esforces tu, En bien faisant, couurir ce vitupère?
des rois] quae nec tid conservationem quidem sui satis efficax invenitur I » (ConsoL, III, V, 5.;
25. Stobée, Sermo CXLVII, pp. 233-5, De vitae inaequalitate. — Trésor de sentences, p. 29. « Bien de fortune passe comme la lune. » — Tablettes, III, 37. « Le temps emporte tout, et rien ne luy résiste | Que la seule vertu... »