‹ Les quatrains de PibracChapitre 18 sur 24 · Caton, p. 361. « Nemo sine crimine vivit · texte numérisé non relu

Caton, p. 361. « Nemo sine crimine vivit

50. Pour l'aisné des Catons... comprenez pou)- un modèle de vertu. Il s'agit ici des hommes « qui Curios simulant, et Bacchanalia vivunt w. Ainsi les définit Juvénal (Sat. II, 8), qui s'écrie ironiquement en parlant

51. Cacher son vice est vne peine extrême, Et peine en vain : fay ce que tu voudras, A toy au moins cacher ne te pourras, Car nul ne peut se cacher à soymesme.

52. Aye de toy plus que des autres honte. Nul plus que toy par toy n'est offensé : Tu dois premier, si bien y as pensé, Rendre de toy à toymesme le compte.

53. Point ne te chaille estre bon d'apparence, Mais bien de l'estre à preuue et par effect. Contre vn faulx bruit que le vulgaire faict. Il n'est rampart tel que la conscience.

54. A l'indigent monstre toy secourable, Luy faisant part de tes biens à foison, Car Dieu bénit et accroit la maison Qui a pitié du panure misérable.

de l'un de ces personnages à l'austérité menteuse : « Un troisième Caton est tombé du ciel! » {Ibid., 40.)

51. Sénèque, A Lucilius, XLIII, ad fin., p. 96. — Tablettes, III, 90.

52. Fragm. phil. graec, p. 347, n» 100. « Ne magis liomines alios revereare quamte ipsum. » — Stobée, Sermo LXXIX, p. 137, 58. — Caton, p. 369. — Tablettes, II, 22.

53. Première partie du quatrain, cf. Baïf, Mimes, p. 167. « Mets soing et diligence d'estre | Chaste et iuste, non de parestre. » — Faure, Quatrains, XXV, p. 33. « Ne cherche point de ressembler, mais d'estre | Tel que tu veux de tous estre estimé. » — Seconde partie, cf. saint Paul, Cor., II, I, 12. — Publius Syrus, p. 773, col. 2, v. 2; p. 797, col. 1, V. 2. ce Plus conscientiae quam famae attenderis. » — Stobée, Sermo LXXXII, p. 141, 16. — Trésor de sentences, p. 36. — Baïf, Mimes, p. 84. «Innocence est tresseure targe. » — Montaigne a développé la même idée dans le chapitre V du livre II des Essais, et elle se trouve aussi chez La Bruyère : « Ceux qui , sans nous connoître assez, pensent mal de nous, ne nous font pas de tort. » (Jugements, 35.)

54. Prov. de Salomon, XIX, 17, 22; XXI, 13; XXII, 9; XXVIII, 27, et passim. — Phocylide, XX. [Moralistes anciens, p. 84.)

55. Las! (]ue te sert tant d'or dedans ta bourse, Au cabinet maint riche vestement,

Dans tes greniers tant d'orbe et de froment, Et de bon vin dans la cauo vne source,

56. Si ce pendant le pauure nud frissonne Deuant ton huys, et, languissant de faim. Pour tout en fin n'a qu'vn morceau de pain, Ou s'en reua sans que rien on luy donne?

57. As tu, cruel, le cueur de telle sorte, De mespriser le pauure infortuné, Qui, comme toy, est en ce monde né, Et, comme toy, de Dieu l'image porte?

58. Le malheur est commun à tous les hommes, Et mesmement aux Princes et aux Roys : Le sage seul est exempt de ses loix,

Mais oh est il, las, au siècle où nous sommes?

59. Le sage est libre enferré de cent chaînes. Il est seul riche et iamais estranger.

Seul asseuré au milieu du danger.

Et le vray Roy des fortunes humaines.

60. Le menasser du Tyran ne l'estonne : Plus se roidit quand plus est agité :

Il cognoist seul ce qu'il a mérité.

Et ne l'attend, hors de soy, de personne.

58-60. Voici un portrait du sage selon la doctrine du Portique. Les sources de ces trois strophes sont nombreuses et riches, en sorte que la concision de Pibrac mérite d'être louée, car, s'il l'avait voulu, il lui eût été facile d'ajouter à la peinture qu'il a faite un grand nombre de détails. Mais il s'est contenté de choisir, chez les auteurs dont il s'inspire, les traits caractéristiques. Je renvoie le lecteur au livre de Diogène Laërce (VII, 1, Zenon, 64) et à Oicéron, qui nous a laissé, d'une part, l'image fidèle du stoïcien (De fin. bon. et mal., TU, 23), de l'autre, sa ca-

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61. Vertu es mœurs ne s'acquiert par l'estude, Ne par argent, ne par faueur des Roys, Ne par vn acte, ou par deux, ou par trois, Ains par constante et par longue liabitude.

63. Qui lit beaucoup, et iamais ne médite, Semble à celuy qui mange auidement, Et de tous mets surcharge tellement ' Son estomach, que rien ne luy profite.

63. Maint vn pouuoit par temps deuenir sage, S'il n'eust cuidé l'estre ia tout à faict. Quel artisant fut onc maistre parfaict.

Du premier iour de son apprentissage?

64. Petite source ont les grosses riuieres. Qui bruit si haut à son commencement N'a pas long cours, non plus que le torrent Qui perd son nom es prochaines fondrières.

ricature. (Pro Murena, XXIX, 61.) Au contraire, Sénèque semble croire que la figure du sage ne sera jamais représentée avec des couleurs assez flatteuses, et il ne se lasse point de nous la metti'e sous les yeux. [A Lucilius, LXXXV, p. 253; XCII, p. 301; CIV, pp. 373-374; Tranquillité de l'âme, XI, p. 253; XIV, p. 257.) Et combien de passages on pourrait encore signaler I Le traité De la constance du sage serait à citer entièrement. C'est ainsi que la louange des âmes impassibles est devenue un lieu commun, et qu'elle est entrée dans le domaine de la poésie. Pibrac n'a pas été le premier à embellir ses vers des maximes de Zenon. Voyez, par exemple, Horace, 0., III, m, 1-8, et Boèce, Consol., I, iv.

62. Sénèque, A Lucilius, II. « Sed modo, inquis, hune librum evolvere vola, modo illum. Fastidientis stomachi est multa degustare, quae, ubi varia sunt et diversa, inquinant, non alunt. » — Montaigne est d'un avis semblable : « Nous prenons en garde... le sçavoir d'aultruy, et puis c'est tout... Que nous sert-il d'avoir la panse pleine de viande, si elle ne se digère?... » {Essais, I, xxiv, p. 57.)

64. Publius Syrus, p. 786, col. 1, v. 3. « Magnarum aquarum transiliri fons potest. »

65. Maudit celuy qui fraude la semence, Ou qui retient le salaire promis

Au mercenaire, ou qui de ses amis Ne se souuient sinon en leur présence!

66. Ne te pariure en aucune manière, Et si tu es contrai net faire serment,

Le ciel ne iure, ou l'homme, ou l'élément, Ains par le nom de la cause première.

67. Car Dieu qui hait le pariure exécrable, Et le punit comme il a mérité,

Ne veult que l'on tesmoigne vérité Par ce qui est mensonger ou muable.

68. Vn art sans plus : en luy seul t'exercite, Et du métier d'autruy ne t'empeschant.

Va dans le tien le parfaict recherchant, Car exceller n'est pas gloire petite.

69. Plus n'embrasser que l'on ne peut estraindre : Aux grands honneurs, conuoiteux, n'aspirer : Vser des bieos, et ne les désirer :

Ne souhaiter la mort, et ne la craindre.

65. Première partie du quatrain (Semence), cf. Pliocylide, XII. [Moralistes anciens, p. 82.) — Secotide partie (Salaire), cf. Lévitique, XIX, 13.

— Deutér., XXIV, 14-15. — Phocylide, XIII. (Moralistes anciens, p. 82.)

— Saint Paul, Rom., IV, 4. — Stobée, Sernto CXXI, p. 194, 3. — Trésor de sentences, p. 159. « Peine et labeur requièrent guerdon. » — Troisième partie (Amitié), cf. Théognis, X. (Moralistes anciens, p. 23.)

66. Phocylide, XI. {Moralistes anciens, p. 82.) — Pytliagore, Vers dorés. (Ibid., p. 165.) — Caton, p. 360. — Baïf, Mimes, p. 272, str. 2.

68. On connaît l'adage populaire : A chacun son métier... Baïf le cite dans les Mimes, p. 43.

69. Le dernier vers de cette strophe so trouve presque textuellement dans une épigramme de Marot (édit. Jannet, t. III, p. 90), qui est imitée de Martial (X, xlvtt.) k Summum née metuas diem, nec optes. »

70. Il ne fault pas aux plaisirs de la couche De chasteté restreindre le beau don,

Et ce pendant liurer à l'abandon

Ses yeux, ses mains, son oreille et sa bouche.

71. Ha, le dur coup qu'est celuy de l'oreille ! On en dénient quelquefois forcené, Mesmes alors qu'il nous est assené

D'vn beau parler plein de doulce raerueille.

72. Mieulx nous vaudroit des aureillettes prendre. Pour nous sauner de ces coups dangereux : Par là s'armoient les Pugils valeureux, Quand sur l'arène il leur falloit descendre.

73. Ce qui en nous par l'oreille pénètre, Dans le cerueau coule soudainement, Et ne sçaurions y pouruoir autrement Que tenant close au mal ceste fenestre.

70. « Ridiculum est génitales quidem corporis partes servare castas, linguam vero negligere, aut observare quidem linguam puram, visum vero, vel auditum, vel manus non observare. » (Chrysostome, dans Stobée, Sermo LXIV, p. 103, 30.)

71. Ceci revient à dire : La parole est une arme terrible, et qui blesse d'autant plus qu'elle "parait plus agréable. Cf. Fragm. phil. graec, p. 496, n» 151. « 2fcpouç TiXrjyï] xoucpoxlpa -{kijiacsr^c,. >. — Trésor de sentences, pp. 51, 123, 125, 128, 159. « Pis vaut un coup de langue | Que ti'ois d'espieux ne de lance. >■>

72. « A bonne cause vouloit Xenocrates que l'on meist aux enfans des aureillettes de fer pour leur couvrir et défendre les aureilles, plus tost qu'aux combattans à l'escrime des poings, pour ce que cejix cy ne sont en danger que d'avoir les aureilles rompues et déchirées de coups seulement, et ceux là les mœurs gastées et corrompues. » (Plutarque, t. 13. — Comment il faut ouïr, p. 162.)

73. « Aures tuas non cuivis sermoni praebe. » Epicharme, dans Stobée, Sermo CLXX, p. 278. — « A beau parleur closes oreilles. » Prov. com,muns, p. 6. — « Le mortel arsenic entre au corps par la bouche, | Et le cœur par l'oreille engloutit le poison. » Tablettes, III, 41.

74. Parler beaucoup on ne peut sans mensonge Ou, pour le moins, sans quelque vanité : Le parler brief conuient à vérité,

Et l'autre est propre à la fable et au songe.

75. Du Memphien la graue contenance, Lors que sa bouche il serre auec le doigt, Mieulx que Platon enseigne comme ou doit Reuererament honorer le silence.

76. Comme l'on voit, à l'ouurir de la porte D'vn cabinet Royal, maint beau tableau, Mainte antiquaille, et tout ce que de beau Le Portugais des Indes nous apporte,

77. Ainsi deslors que l'homme qui médite, Et est sçauant, commence de s'ouurir, Vn grand thresor vient à se descouurir, Thresor caché au puis de Democrite.

74. Prov. de Salomon, X, 19; XIII, 3; XVII, 28. — Bias, LUI. {Moralistes anciens, p. 144.) — Fragm. jihil. graec, p. 526, n" 115. — Hésiode, Travaux et jours, 719-20. — Epictète, Manuel, XXXIII, 2. — Publius Syrus, p. 809, col. 2, v. 11; p. 814, col. 2, v. 10. — Stobée. Ser. XCIII-XCVI, pp. 152-8. — Cato/i , p. 361. — Trésor de sentences, pp. 13, 41 [(.( Comme grand dormir n'est pas sans songe, | Grand parler n'est pas sans mensonge. »] 51, 149, 152, 162, 230, 234. — Baïf, Mimes, pp. 169 et 239-40. — Tablettes, II, 83. — Fénelon, XII. — La Bruyère, De l'homme, 149. « L'on se repent rarement de parler peu..., maxime usée et triviale. »

75. Le Mem,phien, c'est le fils d'Isis, Harpocrate. Il rectifiait, si nous en croyons Pliitarque (Traité d'Isis etcl'Osiris), les opinions téméraires que les hommes ont des dieux, et c'est pour cela qu'on le représentait tenant le doigt sur les lèvres et recommandant ainsi la discrétion, le silence.

77. L'image est agréable et juste; elle rappelle une comparaison dont usaient les disciples de Pythagore. La voici, traduite en latin : « Cum sapiens os suum tanquam templmn aperuit, ibi animi bona vclutsimulacra conspiciuntur. » {Fragm. phil. graec., p. 488, n° 6.) — Le dernier vers du Quatrain demande à être expliqué. Democrite assurait que jamais les hommes ne posséderont la vérité, soit qu'elle n'existât point

78. On dict soudain : voilà qui fut de Grèce, Cecy de Rome, et cela d'vn tel lieu.

Et le dernier est tiré de l'Hebrieu,

Mais tout, en somme, est remply de sagesse,

79. Nostre heur, pour grand qu'il soit, nous semble moindre : Les ceps d'autruy portent plus de raisins :

Mais quant aux maulx que souffrent nos voysins. C'est moins que rien; ils ont tort de s'en plaindre.

80. A l'enuieux nul tourment ie n'ordonne : Il est de soy le iuge et le bourreau.

Et ne fut onc de Denis le Toreau Supplice tel, que celuy qu'il se donne.

(cf. Cicéron, Acad., I, ii, 23), soit que, réellement existante, elle demeurât cachée à tous (Aristote, Métaphysique, IV, v, 8). Il exprimait cette seconde hypothèse d'une façon figiirée : La vérité se trouve au fond d'un gouffre. « 'Ev puôw yàp r; aky\^dr\. » {Fragm. phil. graec, p. 358.) Ainsi le puits de Bémocrite, c'est l'abîme où sont enfermées les choses réputées inconnaissables ; mais Pibrac ne pense pas que ce trésor puisse se. défendre contre la méditation et la science, garder éternellement son mystère.

79. Epictète, Manuel, XXVI (trad. Thurot). «... Quand l'esclave d'un autre casse sa coupe, nous avons aussitôt sur les lèvres : « Cela se voit tous les jours. » Sache donc que, quand on cassera ta coupe, tu dois être tel que tu es quand on casse celle d'un autre. Applique cette réflexion à des événements plus importants. Quelqu'un perd son fils ou sa femme? Il n'est personne qui ne dise : « C'est la condition de l'humanité. » Mais quand on fait cette perte soi-même, aussitôt de dire : « Hélas! que je suis malheureux! » — Publius Syrus, p. 766, col. 1, v. 1. — Trésor de sentences, p. 20. « A chacun sa propre douleur | Semble plus grieve et la greigneur. » — Baïf, Mimes, p. 183. « Chacun son mal très mauuais crie. »

80. Fragm. phil. graec, p. 490, n° 57. — Stobée, Sermo XCIX, p. 163, 7. — Tablettes, II, 68. « L'envie est un torment qui les hommes bourrelle. » Cette idée a fourni un adage à la plupart des langues européennes. (Cf. Ida von Dûringsfeld, Sprichwôrter der germ. u. rom. spr., t. II, p. 93, n" 168.) — On notera que ce n'est pas à Denys que l'on doit reprocher l'invention du taureau d'airain. Cet instrument de torture fut, dit-on, imaginé par le fondeur Périllus ou Périlaûs, qui, ayant offert son

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