‹ Les quatrains de PibracChapitre 7 sur 24 · Essais, I, xxvii · texte numérisé non relu

Essais, I, xxvii

l'impossible, ils nous laissent ij^niorer nos vraies joies. Pour- (|iioi ue nous diseul-ils pas qm; la plus humble existence a C(i|)f'n(lanl sa {^râee, sa poésie? l'ouiviuoi ne nous lournent-ils [loinl vers la conleinpialiou (I(i la beauté? Pourquoi, eux qui nous re[)i'éseuleul le s|)oclacie de la ualure comme illuslraut la loulepuissauce du Créateur {Quai. 18-113), ne nous déclarent-ils pas que ce spectacle ujème est une consolation, une raison de vivre et de sourire?

Pour ces motifs, et encore que l'œuvre de Pibrac fût très pure, elle ne convenait guère aux enfants Elle était trop uniformément sublime, et si l'on eût voulu la maintenir dans les écoles, il aurait été indispensable de la ramener vers le sol, de la rendre moins sourcilleuse et, pour ainsi parler, de l'attendrir.

Cela même aurait-il suffi? Les maximes, quel que soit leur auteur, ont-elles jamais opéré une conversion ou donné le goût de la vertu? Que répondront les ignorants, alors que les philosophes ne sont pas, sur ce point, d'accord entre eux? Sénèque pèse le pour et le contre, disserte fort longuement, et pense, en somme, que les maximes sont une semence et que, dans un terrain bien préparé, elles fructifient*. Vous êtes orfèvre, ô homme sentencieux! Marc-Aurèle demande à distinguer. Les adages du vulgaire, il les nomme, avec Socrate, des Lamies, des épouvantails pour les petits enfants'^. Quant aux paroles des sages, non seulement il les croit utiles, mais il assure que, même brèves et peu nombreuses, elles sont capables de nous ôter nos peines, de nous rendre calmes comme des dieux^. Moins affirraatif est Epictète : il ne nous conseille point d'avoir à la bouche les maximes, mais de faire, sans les citer, ce qu'elles prescrivent. « Ainsi, dans un repas, ne dis pas comment on doit manger, mais mange comme on le doif. » 11 constate avec mélancolie que ce n'est presque jamais par ignorance que nous péchons. « Nous mentons, et

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