‹ Les quatre ages: -Scènes du foyerChapitre 11 sur 17 · LE MONUMENT DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

LE MONUMENT DE MOLIÈRE

D'un esprit sain et fort, d'un cœur plein de droiture,

Nul préjugé d'abord, n'a faussé sa nature.

A l'étude, en naissant, n'étant point asservi,

C'est son propre génie, enfant, qu'il a suivi.

Mais bientôt un désir inconnu le pénètre :

Tout ce que l'homme apprend, il voudrait le connaît i-c :

11 doute de lui-même et brûle de savoir

Comment d'autres ont vu ce qu'il croit entrevtiir.

Alors, à quatorze ans, il vient demander place

Sur les bancs du collège : il étonne, il dépasse

Tous ses jeunes rivaux. Là, de Tantiquitt'

11 apprend à goûter la sévère beauté ;

11 parle, dans ce monde où l'étude l'exile,

La langue de Platon et celle de Virgile ;

H intenx)ge et suit, comme ses précursems,

Us poètes hardis et les profonds penseurs !

Puis, lorsque son esprit, errant de livre en livre, *

Manque enfin de pâture... alors il songe à vivre;

Et la vie apparaît à son cœur de vingt ans

Belle, riche, éternelle : il est maiti e du temps !

iO LE MONUMENT DE MOI.IKRF.

Que fera-i>il de sa jeunesse, Fleuve dont Tonde enchanteresse Semble se dérouler sans fin, Trésors d'amour et de science, Plaisirs dont Tinexpérience Nous compose un philtre divin?

Séduit par tout ce qu il espère, Dans l'humble sillon de son père Pourra-t-il arrêter ses pas?

Non, son vol ^ tracé d'avance :

Le génie est une puissance

Que les hommes n'enchaînent pas.

A son ardente inquiétude.

Que dompta si longtemps T étude,

Il faut enfin un élément;

A cette âme, où Tinstinct l'emporte,

LE MOXrMENT DE MOMÈJ^K

Jl faut la vie errante et forte, La passion, le mouvement.

L'art, qui l'attire dans ses voies, Lui montre de faciles joies.

Folles amours, jours sans lien, Succès, revers, pauvreté même ; Et, libre comme le Bohème, Il ]»art obscur comédien î

De province en province il entraine, joyeuse, La troupe qu'il attache à sa jeunesse heureuse. Pour des cœurs de vingt ans ((uel plus rianC destin? D'amours et de hasards quel fertile butin !

Qu'ils sont gais, ces labeurs, si pleins d'insouciance, Que le public charmé chaque soir récompense ! Au riche, en l'égayant, on arrache un peu d'or; Et le pauvre a sa |)art du modeste trésor.

Page 1