HOMMAGE
A ALFRKD DE VIGNY
L'ACROPOLE D'ATHÈJNES
POiiME
Aucieniof days! uugusl Atliena ! wliere Where are thy meu or migfat? ihy graad iusoul? Gooe, glimmeriog Uuo', UiedieainoflhiDgstbatwure
Loitu BYnoN, Childe Uarold.
Antique cité, majestueuse Atlicnes, où sont tes hommes illustres, tes grands par Vâme? ils ont dis- )>aru, jetant leur lueur à travers le rêve des choses qui ont été.
pe tous les peuples de la terre, les Grecs ont le plus noblement rêvé le rAve de la vie. •
G.RTiiif:, Pensées.
Quand de la mer Egée où glisse le naviie Aui clartés du matin le voyageur voit luire Les golfes de TAttique en cirques arrondis, 11 découvre, éclairé comme il Tétait jadis,
.J4 i;ACROPOLE b'ATUENKî>
Le callue paysage où rayonnait Athènes!
Au fond le Pentélique en lignes inceitiincs, Plus près le mont Hymette au lumineux contoitf. Et dans le vif azur où ruisselle le jour, Coumie un trépied géant un roc à large cime Qui porte avec fierté le Parthénon sublime !
Aux baisers du soleil son fi-onton s'est doré. Les siècles en fuyant Tout à peine altéré, Et, des temples tombés dominant les décombres. Il est demeuré seul, phare parmi les ombres. A sa base il a vu s'entasser, écroulés.
Volutes, chapiteaux, bas-reliefs mutiles*, Soi-tant de leurs débris, la Tour vémtienno Heurte de sa lourdeur la grâce athénienne j Elle passe du front le portique éclatant; De sa beauté tranquille il Técrase pourtant, Et la forme ineffable, éteraellement pure, Décx)upe au bleu du ciel sa sereine structure.
Du .soiiiiiiot radieux lors(|ue l'œil redescend
Sur la croupe du roc, il admire en passant
Les colonnes debout des longues Propylées,
(Jui montent dans Téther, blanches et cainielées ;
Et, comme un champ de nioii des grands restes de Tait ,
Les trois temples détruits à droite du rempart;
Là, près des piédestaux qui n'ont plus de stîitues,
Se pressent les fragments des frises abattues.
Dans les parvis déserts les chèvres vont paissant
Aux marbres renversés le lichen jaunissant.
Le soir, quelque vieux pâtre à la stature antique
Erre parmi les blocs du grand mur pélasgique I
Et de cette, hauteur il voit fuir Tllissus ;
Il aperçoit, au pied du mont Lycabethus,
L'Athènes redaissante et le bois séculaire
Des oliviers sacrés. — Au rivage, Phalère,
Le Pirée. — Au delà* belle ëncor de son nom ,
Salamine! et là-bas, à Textréme horizon,
Par les feux du couchant Gorinthe couronnée ^
Dressant sur les d^ux mers sa tête illuminée !
im LACROrOLE D'ATHÈiNËS
Alors, cuiiiuie des flots qu'on entendrait venir, Sur le passé muet monte le souvenir !
Secouant le linceul de sa blonde poussièRs La Grèce d'autrefois se lève tout entière !
Ses ports sont repeuplés, ses cités sont debout , Ses héros et ses dieux se dressent tout à coup I Athènes ressuscite avec son Acropole, Dont le blanc Parthénon forme encor Faui-éole ; Le ciel est sur la terre, et Thomme, iiidieux, Sent en lui le génie et la foix» des dieux !
Pour ce peuple inspiré des beaux jom-s de la Giî^ce, Qui vivait dans sa foi, sa beauté, sa jeunesse,
L'ACROPOLE D'ATHÈNES î)'
L'apothéose était une échelle de feu A rOlympe immortel joignant la race humaine : Terre et cieux se touchaient, et Ton savait h peine Où rhomme finissait , où commençait le dieu !
L'héroïsme, Tamour, la grAce, le génie, Formaient de déités une chaîne infinie ; Et par quelque splendeur tout être s'élevant, Comme un terne bûcher que la flamme illumine, Participait soudain de Tessence divine, Et devenait le dieu qu'il s'en allait rovant î
A chaque pas c'étaient de célestes histoires. Les forêts, les échos, les mers, les promontoires. Les sources, les buissons, en mythes abondaient ; Du grand centre inconnu sur la terre féconde Des légions d'esprits s'épanchaient comme l'ontle. Les voix de la nature 5 l'homme répondaient.
îW L'ACROPOLE D'ATHÈNES
Des iMîuples primitifs le culte était rembieiiic, Dans leur religion passait leur esprit même ; Leur foi déifiait Fidéal adoré.
Quand le peuple était grand, c'était un grand syntbok •. L'âme d'Athène ainsi plana sur T Acropole Dans le temple du dieu qu'elle avait préféré.
Ce n'était pas Vénus au sourire impudique, Entre ses bras ouverts berçant le monde antique, Et vers Tbomme abaissant la dignité des cieux... C'était l'Ame du beau , c'était la foi guerrière, (rétnit la pudeur sainte et l'amour sérieux, C\'tiit Minerve, vierge altièi'o î
Fille de Jupiter, qui d'elle s'inspirait , Elle ennoblissait l'homme et le ti'ansfigm'ait ! Aux sages, aux héros, elle donna naissance; Si leur front resplendit d'un éclat radieux,
L'ACROPOLE D'ATHÈNES ^.r.i
C'est qu'elle fit passer sur tous ces demMlioiix Comme un éclair de sa puissance î
Athène entend venir les Pei'ses ennemis; Miltiadc, Aristide et Thcmistocle, unis, Marchent contre eux. Soudain leur retraite est coupée : Us tombent en fuyant comme un lourd tourbillon , Car de ces trois héros, vainqueurs à Marallion . Minerve dirige Tépée !
Dans les combats, Tvitée aux bataillons sacrés Faisait braver la mort par des cliants inspirés ; L'hymne guerrier changeait Théroïsme en délire, Los cris, le choc du fer, sous sa voix s'étouflaient, Il chantait la victoire, et les Grecs triomphaient : Minerve avait touché sa lyre !
100 L'ACROPOLE D'ATnÈNF.>
Rendre le peuple grec étemel désormais, Défier rimivers de F égaler jamais, A son ôre éclatante attacher ti mémoire.
Ce fut, ôPériclès! ton rêve; il s'accomplit, Devant ton sitVle encor chaque siècle pâlit, Minerve en façonna la gloire î
Elle inspire le rhj-thme, et la danse et les sons; Ta chaste poésie, et les doctes leçons Qui tombent pour les forts des lèyres de Socrato; Le démon familier que ce sage évoquait, r/est elle! et, quand il meurt, dans le demier bampKt Minerve par sa voix éclate !
Reniant leurs aïeux , quand les Grecs énei-vés Tendent leurs bras aux fers qu'ils ont longtemps bravés Démosthène apparaît : la lâcheté s'étonne...
Son geste, c'est la fondre ! Est-ce un homme? est-cp iindii^ii.'
Dans ses cris éloquents, dans ses regards de ftMi , Au deiTiier jour Minerve tonne !
Athènes ! tu naissais à peine quand Pallns T'anima de son cœur, te soutint de son liras. D'un souftle olympien elle fa ftVondoo, Elle te fit grandir par la foive et TidiV :
Et vers tes hauts destins tandis que tu m )ntnis, Comme Ton sent son âme, en toi tu la sentais ! Ton premier hymne au ciel, ta première prière, Furent pour ta déesse à la fois chaste et fière ;
UH L'ACROPOLE D'ATHÈNES
Son nom fut le premier que tu balbutias.
Dans Fart par son image un jour tu t'essayas : Avec le tronc îrrossier d'un arbre de rHvniette Tu la sculptas, naïve, un boisseau* sur la tête. Mais, lorsque son esprit, qui i-ayonnait en toi . Dans Fart et dans la guerre eut fait ton peuple n»i, Ta déesse de l)ois devint d'or et d'ivoire ; Tu lui voulus un temple à Tégal de ta gloire. Sur FAcropole, autour de Tolivier sacré, Qui, planté par MineiTe, a grandi vénéiv. Sous le dôme d'un ciel souriant à toute heure, De ta Divinité s'éleva la demeure!
Tout un peuple acx^ourut pour tailler de sa main Los blocs du Pentélique aussi durs que l'airain.
Le voilà ce temple sans ticlie, Blanc comme un vêtement sacré !
* La première Minerve du lemplc primilif élevé sur FAcn»pole était en bois avec, un polos ^boisseau) sur la tête. PArsi-
NIAS.
l/ACROPOLE D'ATHÈNES Ur.
Comme la neige qui s attache
Au front du Parnasse cthéré ! *
Éblouissante colonnade
Que Zéphire va caressant ;
Le voilà toumant sa façad<^
Aux feux du matin rougissant !
Son fronton monte et se décorr* De tout rOlympe radieux :
Minerve, qu'éclaire Taurore, Apparaît au milieu des dieux !
Et de Tautre côté du temple, Par \ii couchant illuminé, Victoi'ieuse elle contemple Neptune a ses pieds cnchahié !
Sur la frise où le jour palpite Semblent hennir les coursiers blancs;
104 I/Ar.ROPOlE D'ATHÈNES
Un char Tainqueur se précipite,
Siiifi de chars étincelants ;
Des vierges aux longues tuniques
Portent des amphores de miel ,
Et les pains que leurs doigts pudiques
Viennent de )>^trir pour Tautel.
On dirait leurs rohes iTiouvantes ; Leurs cheveux frémissent à Tair :
Ces formes sont-elles vivantes ?
Est-ce le marbre? est-ce la chair?
C'est plus que la vie éphémère, C'est le souffle de Phidias * 0"i donne un corps aux dieux d'nom'MO "Et ffin* vient d'animer Pallas !
Entrons dans la chambre sacrée; Elle est là sur son piédestil ;
L'ACROPOLE D'ATIIÈNEî? lOH
A sa belle tète inspirée
Brille le cimier trioinplial ;
Sa bouche est souriante et lière,
Sou nez droit, son fi-ont sérieux ;
Deux grands saphii*s, sous sa paupière,
Simulent Fazur de ses yeux.
Sous son casque sa chevelure Vei's le cou va se ramassant ; Sur sa taille superbe et pure « Eu longs plis sa robe desceml ; Une de ses mains tient la lance, L'autre la Victoire ; à ses pieds (iit son bouclier d'or, iomiense, Où les Géants sont châtiés.
Sa chaussure, pour broderies,
A des monstres domptés ou morts.
UHi L'A(.ROPOLE ir.VTHÈNES
L'ivoire, For, les pierreries, Les perles, recouvrent sou cor[»s ; Sur la beauté de la matière L'idéal jette son rayon , Et Pallas, dans son sanctuaire, Devient rame du Parthénon î
(lolossale, (lassant du front le blanc portique.
En bronze, elle est debout sur le seuil; de sa pique
Elle touche le ciel ; et les vaisseaux eu mer
Aperçoivent de loin son aigrette dans Tair.
Sur le mont Pentélique, aU fond, dans la canij^ague.
Ayant pour piédestal un bloc de la montagne,
C'est elle encor!... Tendant «sOn égide aux guérets^
Elle soumet Bacchus et seconde Gérés.
tàtres, navigateurs, pour la rendre propice,
Dans les champs, sur les eaux, Offrent leur sacrifice ;
Parmi les autres dieux , au cœur faible ou jaloux ,
Sa sereine équité sert de refuge à tous :
L'ACKOPOLE D'ATHÈMES loi
Elle est la Coi tlu pauvre, elle est pour le «renie Le suprènie idéal , la sagesse infinie ; Tous les Grecs en sont liers , et, bénissant son nom , Pour la glorifier courent au Partliciion.
L'été dore la moisson blonde, Lbs lauriei*s^rO$es sOnt fleuris^ L'ilissus ralentit son Onde^ L'Ëy mette invite k ses abris ; Des profondeurs de TEmpyréë Lb jour descend sur le vallon^
\m LA( UOPOLE D'ATUEXtS
Du uioiit Peutclique au Pii*éc Il étend sou ))lou (Kivillou.
Lu mer, assoupie et sans nde, llcdcte le clair finiiameut , Et, blanche sous Fétlier limpide , Athènes sourit en dormant ; Tout à coup des calmes vallées, Des montagnes, du |)ort lointitin , La foule, qui vient par volées, Trouble le tranquille matin.
La cité s'éveille et s'empresse, Les voix montent , le bruit grandit ; Sur le temple de la déesse Le char du soleil resplendit !
C'est la plus belle des journées, C'est la fête aux riants combats,
L'ACROPOLE D'ATHÈNES lOl»
La (cte des Panatliénées, La grande fcte de Palias !
(l'est la procession de la iière déesse!
En totc on voit marcher les vieillaitls de la Grèce, (lalnies, majestueux et beaux conmie Nestor ; Sur leurs cheveux d'argent rayonne un cercle d'oi* ; Leurs longs manteaux sont blancs, et, jusqu'à la ceinture Leur barbe tombe à flots comme une neige pure ; Daas leur droite étendue k Toiient vermeil Des rameaux d'olivier s'inclinent au soleil ; Puis viennent les guerriers aux formidables tailles, Qui poi-tent la cuirasse et la cotte de mailles^. ^ L'image de Pallas jaillit de leurs cimiers, Ils frappent en chantant l'orbe des boucliers,
Et le peuple applaudit leurs (loses intrépides. Beaux comme Éros, couverts de légères chlamydes,
' Voir Muller : YilemeiUs guerriers de l'anliquUé.
lin i;a<.iu)pole i)'AïHÈ-\t.s
Les Éphèbes, en rangs, sur leur cou velouté Laissent voir le duvet, fleur de la puberté.
De tout petits enfants les mains enti'elacées Agitent gi*avenient de frêles caducées ; La rose, en gais festons, ceint leurs fronts ingénus, Et sous leur robe claire ou dirait qu'ils sont nus. Les vierges, s'avançant en longues théories, (Couvrent leurs chastes corps de chastes draperies ; Il semble, à voir flotter leurs souples vêtement^, Qu'un rhUhme intérieur règle leurs mouvements ; La pourpre des réseaux , Tazur des bandelettes, Aux nœuds de leurs cheveux s'enlacent sur leurs tète^ De leur double tunique à la blancheur de lis Un ceste brodé d'or soutient les larges plis ; Les corbeilles de nacre au front des Ganéphoi*es (]ontiennent les gâteaux et les lyres sonoœs. Le blond rayon de miel , le fuseau diUgeot , Et le lin et l'olive au feuillage d'argent.
Les filles de l'Asie, avec leurs noires tresses, Les suivent , balançant au front de leurs maitl'esse^
L'ACUOPOLE D'ATIltiNES III
\ju léger parasol , ou tenant à la niain Le pliant que Ton dresse au reboitl du clieniiii. D'autres sentent fléchir leurs épaules d'ébènc Sous le fardeau pesant de quelque ain|)hore pleine Oi s'agite en marchant Teau des libations.
Puis, le masque à la main, imssent les histrions Des danseurs de théâtre et des joueurs de (lùte, Des athlètes du stade exercés à la lutte, Des Rhapsodes mêlant sur le cistre de fer Au Pœan de Pallas Thymne de Jupiter, Et des mimes, debout sur mi roc qui s'an'aisse, Figurant les Titans vaincus par la déesse.
L'on a()erQoit euiui sous le bleu firmament Le navire sacré qui monte lentement !
H semble qu'il ondule en sa marche légère.
Ainsi que sur les Ilots il glisse sur la terre;
lli L'ACROPaLE D'ATHEISES
11 est d'ivoii*e et d'or, et, couronnés de fleui*s.
De Ijeaux adolescents sont au banc des rameu]*s.
Un voile nietTeilleux , que les filles d'Âtliènc
Ont brodé de leurs mains, ombrage la car^ :
On y voit, reproduits, les héros triomphant^.
Et Pallas qui sourit à ses mâles enfants !
En tète du vaisseau les Archontes s'avancent :
Des bâtons dans leurs mains en sceptres se balancent.
Une sai-doine brille à Tamieau de leur doigt ,
Une autre de leur front ferme le bandeau droit.
Les prêtres, revêtus d'une robe flottante.
Où l'abeille reluit en bordure éclatante ^
ï^oilent en chancelant les louixis trépieds dorés.
Avec la gi^ande coupe et les vases sacrés.
Derrière» à flots pressés^ court le peuple en délire....
Au temple d'Apollon s'arrête le navire :
Les Arrhéphores vont détacher en chantant Le voile lumineux que la déesse attend ;
I/AOROPOLE D^ATHÈNES lir.
Le cortège les suit en files déroulées,
Il franchit le rempart, passe les Propylées,
Et déploie aux regards son ondulation
Du pied de TAcropole au seuil du Parthénon '
Qui dira les splendeurs que le temple résen'e Pour les initiés au culte de Minerve, Quand la grande prêtresse, en étendant les bras, Reçoit le voile pur des mains des Arrhéphores, Et, tandis qu'à Tentour vibrent les chants sonores, En recouvre Pallas?
Dans la lampe, au plafond jour et nuit scintillante, On verse Thuile sainte à la mèche d'amiante, Qui brûle sans pâlir et sans se consumer !
Comme Foeil vigilant de la grande déesse.
Qui sur Athènes luit et veille sur la Grèce Sans jamais se fermer.
Ili l/ACROPOLE IVATHÈNES
Autour du Parthénon on pose les offrandes .
Les corbeilles, le miel, les palmes, les guirlandes; A la Pallas guerrière alors montent les Yoeux : Là-ljas, vei's Tllissus, retentit Thécatombe, Et le couteau sacré, qui se lève et retombe, Égorge trois cents bœufs !
C'est le signal des jeux et des cris unanimes : Du sacrifice au peuple on livre les victimes ; Bras nus il les dépèce et prépare, joyeux , Ces immenses repas où, dans le Pi^ytanée , Depuis Tombre du soir jusqu'à Tautrc joumée, On boit à tous les dieux !
Les ebevaux frémissants courent à Thippodrome; Ils ont dans leur fierté quelque chose de rhoniiiu-; Chaque coursier se dresse et brave les défis ; Sur son dos du pied gauche un cavalier s'élance,
L'ACROPOLE IVATIIKÎSES li:i
Touche h peine à ses crins, le pique de sa lance, Et les voilà partis !
Plus loin, quand vient le soii-, Tautel de Proniéiliée S'éclaire d'une torche à la flamme agitée :
Un Épl1^be en détache ini brandon éclatant, Un autre sVn saisit ; la course est poui'snivie, Le feu de main en main passe. . . comme la vie Qu'on va se transmettant '
Dans les théâtres pleins somicnt les vers sublimes Parmi le chant des chœurs et la danse des mimes ; Puis Tiennent tour à tour les grands drames humains : Prométhée, Antigène, et Phèdre, et les Nuées, Toutes les passions de Tàme remuées
Par quatre hommes divine
Iir. Î/ACROPOLE D'ATHÈ>ES
Les vainqueui*s, radieux, reçoivent sur la scène Le rameau d'olivier, Tamphore d'huile pleine, fi 'est tout ! . . . Tart ne connaît que de libres soldats ; (chaque héros est fier de mener ses cortèges : Thémistocle, Aristide, 5 Tenvi sont choréges, Comme Épaminondas î
Le Beau, c'est la .croyance, et l'Art, c'est la pri»Voî C'est le rayonnement de l'âme tout entière ; C'est l'encens préféré de la Divinité!
Donner la vie au marbre, enfanter le poëmo, • C'egt rendre hommage aux dieux, c'est être dieu soi-même En créant la beauté !
Un jour tout s'éclipsa... Cette grande harmonie Qui naquit de Minerve au souffle du génie Disparut, et laissa sur la terre un long deuil... Qui donc de ces clailés a pu faire des ombres?
Des vivantes cités d'immobiles décombres?
De la Grèce un cercueil?
Des peuples sans nom, des peuples barbares, Tout couverts de peaux et d'armes bizarres, Grands et chevelus, apportent la mort.
Ils sont accourus des forêts du Nord !
Ils sont accourus du fond de TAsie !
Se précipitant, dans leur frénésie, Sombre tourbillon qui va grossissant , Extermine et passe en roulant du sang.
lis ont abattu les marbres sans tacbe,
Et décapité sous leur lourde hache
Ces dieux rayonnants de sérénité
Qui les défiaient a^ec leur beauté !
Ils ont insulté la langue d'Homère,
Que TAmour parlait à Vénus sa mère :
Langue où court Timage, où tout est vivant ;
Ils ont dispersé ses lÎTres au vent.
Aux vases sacrés remplis d'eaux lustrales
Ils ont abreuvé leurs noires cavales,
Et dans le Céphise, aimé des trois sœurs,
De leurs corps hideux lavé les sueurs;
Des blancs piédestaux ils ont fait des meules;
Et le sanctuaire, où les vierges seules
Auprès de Pallas veillaient nuit et joui-,
Les a vus souiller les filles d'Athènes,
Et du sang des Grecs leui^ mains encor pleines,
Mêler à la mort leur horrible amour î
Puis, abandonnant ces rives en cendre.
Sur des bords nouveaux on les voit descendre,
l/ACROPOLE D'ATHÈNES I1λ
Fiers d'être nommés les fléaux de Dieu , Et laissant partout la mort pour adieu !
Mais de les porter quand la teiTe est lasso, Disparus un jour, sans fonder leur rare, (Jes fils du néant , après un grand bniit , Pour rétemité rentrent dans la nuit.
Ils étaient redoutés et terribles î . . . qu'importe ?
Leur vie est sans écho, leur renommée est nioile ;
Le temps voue à Toubli la force qui périt,
Car il né survit lien d'un peuple que l'esprit ! Quel continent valut la Grèce et la Judée ?
Petites nations! immenses par l'idée!
Que sont nos océans près des flots dispersés
Des deux fleuves qu'au monde elles avaient versés?
liO L'ACROPOLE D'ATHÈNES
Comme la bouche sèche et morne trun cratiTe Dont la cendi*e sans feu retombe sur la terre, Foyer du monde antique, es-tu donc refix>idi? Le corps s'est profané, — Tesprit s'est engounli ! Le Bien^, âme du Beau, tel qu'un soleil qui liaisso Aux bords de l'horizon, va déclinant sans cesse! — La forme dégradée, et l'idéal détiiiit.
Laissent l'art et le cœur dans une égale nuit !
* To xaXov.
L'ACROPOLE D'ATHÈNES lil
Mais à cette heure nombre où riiumanitc doute, Quand l'artiste inquiet ne connaît plus sa route, Les hommes de pensée et les hommes de foi , mère des grandeurs ! se sont tournés vers toi. Oui, Texémple peut plus que ne peut la parole : Partez , mineurs de Fart ! explorez F Acropole, Fouillez ce roc fécond, pesez dans votre main (]cs vieux marbres où court un souffle surhumain ; De rimmortalité par leurs débris gardée Interprétez le sens et retrouvez Tidéc ; Prosternez-vous devant Timmuable beauté ^ Dérobez son mystère à son éternité) Et, de tant de splendeui-s reconquérant Fessencc^ Rapportez parmi nous une autre Renaissance !