POEME
Dieu fait part au pécheur de sa grftoe infinie .
Ce Pieu touche les cœurs!...
CoKNEir.LE, Polyeucte.
Comme la lèvre ardente aspire à l'onde pure, L^œil au rayon du jour après la nuit obscure, L^odorat au parfum et Toreille au doux bnu't, Et tous les sens de Thomme à ce qui les séduit,
:o LA COLONIE DE MKTTnAY
Oh ' iVoii vient qu'aussitôt que notre âme est h'ajijW'O
D'une suLlinie idée au génie échappée,
Nous ne tendons pas tous avec ravissement
Vers ce pôle divin dont nos cœurs sont Faimant ?
Au lieu d'être en un jour à Fenvi fécondée,
Des siècles passeront sans mûrir cette idée,
(^ar tout genne sorti de la Divinité
Souffre en toi pour éclore, ô faihle humanité !
Fleuve étemel qui désaltère, Le Christ apporta sur la terre La loi d'amour et de pardon ; Et l'ancien monde, à l'agonie, Fut vaincu dans sa tyrannie Sous la figin^e du démon.
Mais, eommc le tronc du reptile Hésiste au bras qui le mutile
Et survit même dans la mort, Vieux leyain de la race humaine, La loi de vengeance et de haine Survécut au Dieu du Thahor.
Malgré Timmoiiel saciifice, Longtemps la rigueur du supplice wSur le coupable s'imprima, Et l'Agneau de mansuétude Vit sécher sur un sol trop rude Le grain méconnu qu'il sema.
Mais l'âge est anivé de recueillir féconde dette moisson d'un Dieu qui racheta le monde. Que l'Évangile règne et qu'il pénètre en nous ; Ayons de ces grands cœurs où bat le cœur de tous; Et de l'humanité poussant sa plainte immense Déplorons chaque erreur, plaignons chaque souffrance.
It LA COLOÎIIE DE METTRAY
Du cou{>able abattu ne mai'quons pas le front : L\àine s'ouvre au remords et se ferme à l'affront. Que le cMtiment même, alors qu'il le réprime, Pour le purifier laisse Tespoir au crime.
Dans les bras que le Christ sur la terre étendit , Tous furent appelés, pas un ne fut maudit.
toudiants bienfaiteurs! de Metz et Brétignères. Vous que la charité par Tàme a rendus freines, Insoucieux de gloii^ et d'applaudissements, Vous avez confondu vos secrets dévoùments.
LA COLOiNlE DE METÏRAY 77.
L'oiiiine le bon Pasteur, qui poiiait sur Tépaulc La brebis égarée , ou saint Vincent de Paulc Cliargeant ses mains des fers d'un forçat racheté Et recueillant Tenfant sur la pierre jeté, Vous allez arracher au vice héréditaire De jeunes malheureux, fruits d'un sang adultèie, Conçus dans Tabandon , grandis dans les douleurs, En haillons, affamés , mendiants et voleurs^ Flétris avant d'avoir compris qu'ils ont une âme, Privés de mère ou fils de quelque mère infâme, Coi-ps grossiers enchaînés aux appétits charnels, Esprits déshérités de désirs étemels, Mais où survit divine^ et dans la honte mémcj L'étincelle qui brille aussitôt qu'on les aime !
Le monde repoussait leur opprobre... Mais vous> Vous leur avez crié : « Venez, venez à nous! »
Barbare antiquité, garde tes faux grands hommes ! Leur gloire pèserait sur le siècle où nous sommes ; Fille de Tégoîsme et de la cruauté, Trop d'impures vapeui^s ternissaient sa beauté ! Les âpres passions des choses de la terre Des plus nobles héros souillaient le cai^ctèit; : AMéprisd'autrui, pleurs, sang, répandus pour eux seuU. Pourpre qu'ils se taillaient dans de rouges linceuls, Sceptres que façonnait la guerre ou Fesdavage, Non, non, vous n'êtes plus la gloire de notre âge :
Dieu inciiie, en balayant votre sombre splendeur, Nous en a découvert le vide et la laideur.
Dans le monde chrétien une autre àme palpite, Vers des courants plus purs elle se précipite ; De la mansuétude embrassant Tidéal , Elle sent que le mal ne dompte pas le mal ; Mais (ju'imposer le frein des vertus qu'on pratique, C'est rayonner en toi, conscience publique ; C'est te soumettre mieux que ces rudes vainqueurs Qui courbèrent les fronts sans atteindre les cœurs.
Où vont-ils, où vont-ils à travers la Touraine, Ces jeunes prisonniers qu'aucun lien n'enchaîne?
■ï« LA COLONIE DE METTKA\
Us courent étonnés sous les ombrages veiis, Des lèpres des cités ils arrivent couverts; Mais le contact heureux et sain de la nature Fond rendurcissemeat, lave la flétrissure; Leur sang est apaisé, leur cœur s'épanouit; Ils revivent... un jour nouveau les éblouit!
hegaixlez ce naissant village, Au sommet d'un tertre où s'étage La vigne au-dessus des moissons j Déjà s'an'ondit en enceinte^ Autour de la chapelle sainte , Un réseau de blanches maisons :
Sitôt t]ue la huit se replie^ Quand Faubc, avec mélancolie-, Vei*se sa première lufeur ; (Jfitand la tene^ tjui se réveille;
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LA C.OLOINIE l»K MF.TTRAY
("aime, reprend, c^mme la veille, Sa tâche d'éternel laheiir,
Do Mettra V la cloche résonne.
Et rimmense ruche bouixlonne Aux accents de Fairain bénit ; L'appel vole de bouche en bouche.
Les enfants sortent de leur couche , Les oiseaux sortent de leur nid.
La prière qui les rassemble,
Lés chants qu'ils entonnent ensemble.
Relèvent leur cœur courageux ;
Puis, empressés, riants, agiles,
Ils volent auY travaux utiles
Gomme ils vqbraieot à des jeux.
Berçant leur jeunesse captive, Aux parfums, aux bruits de la rive, Aux flots calmes ou soulevés, Au jour qui meurt ou recommence, Du monde ils sentent Toixlonnance, Ils sont émus, ils sont sauvés !
Par delà la plage écumante, Par delà la nature aimante Qui leur prodigue ses beautés.
Par delà les plis de la nue.
Ils voient une main inconnue; Dieu leur parle, ils sont raclietés I
Il leur parle par Tharmonie Qui marque son œuvre infmic Dans Tensemble et dans le détail , Par la tâche échue à tout être,
Par les grands préceptes du Maître, Par le devoir, par le travail .
Travail ! fidèle aini de rhomine, joie austère Que Oiea place k côté des douleurs de la terre ; Mâle consolateur, dont le double pouvoir Sait arracher au crime une âme qui s'égare, Ou verse au' coeur brisé le baume qui répare Sa détresse et son désespoir.
Lorsque des passions vers nous la vapeur monte, Que deux spectres cruels, la misère et la honte, Nous poussent chancelants vers un mirage impur. De notre âme évoquant la native noblesse, Qiii donc par sa fierté soutient notre faiblesso? C'est toi, guide sévère et sûr!
Hl) ^LA COLONIE DE METTRAY
A la TÎerge qui place on toi son espérance, Tu pramets un amour chaste pour récompense; A Tartiste, au penseur, tu montres Tidéal; Au pauvre courageux tu donnes le bien-être ; Tu rends Findépendance à ceux qui t'ont pour mailre: Au coupable, le sens moral !
Par toi, tout ici-bas se féconde et s'élève!
Par toi, la terre et Tàme emicbissent leur sève; Toutes deux, ô travail î te doivent leurs trésors : La terre a ses vergers, ses blés, ses vignes raùres; L'Ame a ses dévoûments, sa foi, ses grandeurs pure^ Beaux fruits qui sans toi seraient morts!
C'est h toi, pour i)mer nos places et nos rues, Que le peuple devrait élever des statues; Ah ! ce ce serait point un symbole imposteur!... Soutien du faible, amour du fort, rachat du criine,
Des générations enseignement sublime , Travail, éternel bienfaiteur î
Radieuses, voyez passer ces'jeunes tètes,
Ces regaixls bons et francs, reflets de cœurs honnêtes,
Tous ces libres captifs, qu^un mot règle et conduit ,
Soumis sans châtiment , laborieux sans bruit ;
Le travail prend pour eux les traits de respcrance.
C'est la juste rançon, la sainte délivrance.
C'est la sérénité qui mène à la vertu
Et retrempe le cœur lorsqu'il a combattu.
Si LA COLONIE DE METTRAY
Leui's labeurs sont réglés suivant la foixre et Tàge ; Les uns des lourds charrois gourmandent rattclage; Les autres, doux pasteurs, guident de longs tmiipeaux : Tous s'empressent. Voyez ! de la plaine aux coteaux , Labour, engrais, semaille, en bandes les divisent ; Là-bas la sape éclate, ici les rocs se brisent , Au loin le fer s'embrase, et, comme des démons, Dans Tanti'e rouge et noir passent les forgerons; La scie et le rabot grincent près de Tenclume, Les bois et les moellons' se fendent, la chaux fume; A ces bruits du dehors répondent au dedans La rauque mécanique et les métiers stridents; Partout la noble ai*deur d'une tâche suivie, Partout Factivité, le mouvement, la vie, Partout de gais refrains en échos déroulés, Comme les chants joyeux des moineaux dans !«> blc^.
Du devoir accconipli goûtant la sainte joie, Ouverte au sentiment, leur âme se déploie ;
Elle embrasse un autre horizon !
Des instincts d'infmi se réveillent en elle , Sous les liens du corps elle agite son aile,
Des voix chantent dans sa prison !
C'est la religion ! c'est Tamour de la France ! . . . Leurs tendres bienfaiteurs au pain de Texistencc
W LA COLONIE DEMETTKAY
Ont mêlé le pain des esprits :
Deux livres sont offerts à leurs jeunes méinoii*es, L'Evangile divin , le récit de nos gloires,
L'amour du ciel et du pays!
L'amitié les unit et complète leur être ; Renonçant aux noms froids et d'élève et de luaitir,
Ils échangent , présage heureux !
Les noms de père, frère et fils. — C'est la faiiiillc, La famille perdue! oh! doux phare qui brille!...
La famille renaît )K)ur eux.
Puis à l'humanité la famille les lie.
Écoutez! c'est la nuit : — > leiu* tâche est accomplie,
L^espoir sourit dans leur repos :
Quel péril tout à coup vient frapper k leur |ioi1e? Qui donc entraîne au loin cette jeune cohorte
Dont les cris troublent les échos?
Entendez-vous gronder les flots?
Entendez-vous les matelots?
Entendez-vous pleurs et sanglots?
Entendez-vous?... La Loire monte!
Lente au regaixl , rapide au pas,
Elle avance, sinistre et prompte;
Rien ne rarrête et ne la dompte,
Fuvez, ne la défiez pas !
Entendez-vous ce bruit sauvage , Qui siffle le long du rivage, Rampe de village en village, Liquide et sonore sei'pent Dont chaque anneau qui se déroule.
Vague immense, implacable houle, Sur les hauteurs où fuit la foule Gomme un océan se répand?
Entendez-vous ces voix de femmes, Ces plaintes à travers les lames, Funèbres déchirements d'àmes ()irétoiiflent les flots triomphants?
Entendez-vous passer, plus sombre Que le gémissement d'une ombre, L'adieu de ce vieillai'd qui sombre?
Entendez-vous ces cris d'enfants?...
Qui donc fouille les eaux pour sauver les victimes? (]e sont eux ! ce sont eux ! . . . luttant d'efforts sublimes, ^ Vingt fois sous leur fardeau ils s'élancent au k»i(l... L'héroïsme vainqueur fait reculer la moi t î
Relevez-vous enfin , âmes humiliées ;
Ce jour anéantit vos fautes oubliées,
C'est l'épreuve dernière : — hommes régénérés,
Vous êtes à l'honneur remontes par degi'és.
(Juand Tété, visitant ces tenes ravagées,
Nous les rendra de pampre et de moissons chargées,
Revenez ! Sur ces bords, de vous bénir jaloux ,
Les seuils hospitaliers seront ouverts pour vouî* ;
Franchissez en amis la cour de la chaumière ,
Où la treille , aux jours chauds , tempère la lumière ;
Approchez sans rougir, saluez du regard
Quelque tableau riant groupé par le hasard :
Ces femmes, jeune mère ou jeune fiancée,
i\e sont plus un sarcasme à votre âme blessée.
Espérez, espéi'ez I vous fûtes généreux !
Dieu vous a pardonné, vous pouvez être heureux.
Loi du pardon ! partout ton esprit se révèle, Tu promets de régner' sur une ère nouvelle; D'un pèle à Tautre on sent tant d'orages gronder, Que la terre finvoque et voudrait te fonder, Loi divine!... Attendris tout cœur qui te renie! La force expire, Thoinme a changé de génie; Ne mettons pas de borne au bien dont il s'éprend. S'il se montre plus doux, c'est qu'il devient plus gi"and '
La science a soumis le globe h son empire, Dos champs de Tinconnu le voile se déchire , Les cieux sont parcourus, les éléments domptés; Pour rhomme, Tunivers n'a plus d'obscurités ; Sentant qu'à son ardeur vont manquer les problèmes, Ses penchants inquiets s'inteiTOgent eux-mêmes : Il médite, il compare ; il se recueille, il voit Que la haine le perd, que le mal le déçoit; Et, ne s'arrêtant plus dans cette route ouvei-te, Un jour il trouvera, suprême découverte.
Une règle immuable aux instincts de son cœur, Qui prendra Dieu pour base et pour fin le bonheur; Plus rien du culte alors des antiques Furies, Plus de corps torturés et plus d'àmes flétries ; Les chaînes tomberont sur Téchafaud brisé.
Et le Christ sourira sur le monde apaisé !
POKME COUflONNÉ PAR L'ACADÉIIE FRANÇAISE
K!< SA SÉANCE Ut' MOIS irAOLT 18SV. '^