‹ Les quatre branches de la photographieChapitre 1 sur 74 · SUR PIERRE · texte numérisé non relu

SUR PIERRE

Pliotolithographie.

Nous avons déjà dit comment J. Nicéphore Niepce avait été conduit à la découverte du premier procédé photographique , en essayant d'obtenir sur métaux des images susceptibles d'être suivies par le burin ou la pointe du graveur. Niepce, en faisant mordre ses planches hélio graphiques, était même parvenu à produire des gravures assez nettes , et M. Lemaître conserve encore aujourd'hui une épreuve obtenue par Niepce à l'aide de ce procédé. Mais l'apparition du daguerréotype et surtout la mort de Niepce firent tomber dans l'oubli ces premiers essais encore trop imparfaits. MM. Donné, J. Jean Kobell et d'autres essayèrent alors de graver chimiquement ou par voie galvanique les plaques impressionnées au daguerréotype ; mais toutes ces tentatives n'aboutirent qu'à des résultats fort peu satisfaisants. Cependant, un lithographe de Rome adressa à l'Académie , par l'entremise du P. de Vico , quelques images de nébulosités stellaires obtenues, disait-il, par la photo-

IMIOTOLITIIOGRAPHIE.

graphie directe sur pierre. Mais avec ces images, pas un mot d'explication, le P. de Vico lui-môme n'en savait pas davantage, et la chose pompeusement annoncée s'éteignit dans le silence.

Il y a quelques années à peine, un brevet fut pris par MM. Lemercier, Lerebours, Barreswill et Davanne, pour un procédé photolithographique, dont les premiers échantillons semblaient promettre beaucoup. Mais les inventeurs, qui n'employaient du reste que les procédés de l'illustre Niepce, rencontrèrent bientôt de tels obstacles au perfectionnement de leur méthode , les images obtenues par eux avaient tellement besoin de retouches, qu'ils renoncèrent bientôt à l'exploitation d'un brevet plus onéreux que profitable.

Vers la même époque , M. Talbot imaginait , en Angleterre , un procédé fort ingénieux de gravure photographique sur acier, mais ce procédé ne pouvait lui donner que des silhouettes. MM. Niepce do Saint-Victor et Lemaître, qui travaillaient depuis quelques mois au perfectionnement des méthodes de Nicéphore Niepce , firent connaître, en même temps que M. Talbot, un procédé de gravure photographique sur acier qui , entre les mains de M. Niepce de Saint-Victor et de M. Riffault, ne tarda pas à donner de belles épreuves, mais qui nécessitait encore beaucoup trop de retouches.

Néanmoins, malgré tous ces efforts, malgré même les images assez bonnes que l'on a pu obtenir par tel ou tel procédé, nous ne croyons pas que la gravure photographique ait dit son dernier mot. Les insuccès qui ont arrêté assez souvent les inventeurs des méthodes dont nous venons de parler nous avaient presque engagé à retrancher de notre livre le chapitre de la gravure photographique. Mais depuis quelques jours, le problème de transporter sur pierre une photographie quelconque nous paraît avoir reçu une solution complète ; nous allons donc en dire ici quelques mots, et si nous ne publions pas immédiatement notre procédé, c'est que le temps et

PHOTOLITHOGRAPHIE.

l'espace nous manquent pour ce travail, et que notre Traité, annoncé depuis plusieurs mois et retardé en vue de cette publication , est attendu avec trop d'impatience pour que nous puissions nous permettre d'en différer plus longtemps l'impression.

Le spécimen de photographie que nous donnons en tête de ce volume n'a pas pour objet , on peut bien le croire , de nous faire connaître de nos lecteurs ; mais nous tenions à leur faire comprendre quelle pouvait être la portée d'une telle invention , et nous avons dû prendre pour cela deux modèles que le public connaît bien.

C'est en effet la solution d'un grand problème, que de transformer une image photographique obtenue sur pierre en une lithographie pouvant servir au tirage d'un nombre indéfini d'épreuves sur papier au moyen de la presse lithographique ordinaire.

L'image que nous donnons actuellement est quelque peu retouchée , et nous n'avons guère la prétention d'avoir atteint tout d'abord le plus haut degré de perfection , mais nous faisons tous les jours de nouveaux progrès, et nous pouvons dire que notre dernière épreuve est assez bien venue pour que nous ayons l'assurance d'un succès prochain et complet.

Si, du reste, le portrait demande encore quelque chose pour arriver au point de perfection que Ton est en droit d'exiger de nos jours et que notre habile collaborateur a su donner à ce spécimen, nous pouvons dire hardiment que, pour ce qui est de l'illustration des ouvrages d'art, d'histoire naturelle, etc., noire procédé peut être déjà considéré comme parfait.

Ce n'est pas sans motifs que nous avons associé à nos travaux photolithographiques un homme plein d'expérience , connu par tant de publications et à qui nous devons la reproduction de quelquesuns des chefs-d'œuvre des plus grands peintres. Familiarisé avec toutes les difficultés du travail sur pierre, secondé par cette finesse a.

PHOTOLITHOGRAPHIE.

de sentiment naturel qui distingue l'artiste , M. Jacott, notre meilleur élève en photographie, nous a puissamment aidé dans la solution du grand problème.

Nous sommes heureux d'apprendre aujourd'hui à nos lecteurs que M. Jacott, comprenant tout l'avenir d'une pareille découverte, a bien voulu lui tendre sa main et l'élever jusqu'aux sommets glorieux de l'art.

En associant la photographie à la puissance de son crayon artistique, M. Jacott, après nous avoir aidé à créer un procédé qui promet de si beaux résultats, surtout pour la reproduction de la nature morte, et qui peut être déjà employé sans retouche , va se livrer à l'exécution du portrait photolithographique et donner naissance à une industrie toute nouvelle. Ce n'est pas sans bonheur que nous verrons enfin la retouche intelligente prêter son concours à une œuvre indestructible et multiplier à l'infini , et presque pour rien, des œuvres du plus grand mérite.

Substituer à des images badigeonnées, grimaçantes et éphémères un travail de grand maître, qui joint au mérite d'une ressemblance mathématique la beauté d'un bas-relief calme et parfait, voilà ce que nous nous sommes proposé, voilà le but que nous voulons atteindre et auquel, grâce aux efforts et à l'habileté artistique de notre collaborateur, nous ne manquerons pas d'arriver.

À. Belloc.

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