POLISSAGE DE LA PLAQUE
L'iodure d'argent étant la couche sensible sur laquelle viendront successivement se produire toutes les réactions physiques et chimiques de la daguerréotypie , il est d'une importance extrême d'insister sur les moyens d'obtenir sa formation régulière.
Plaçons donc en première ligne l'opération que l'on doit faire subir d'abord à la plaque, et disons que du décapage et du polissage de sa surface dépend entièrement la réussite des autres opérations. Ce serait en vain qu'on se serait conformé aux prescriptions les plus minutieuses, qu'on aurait multiplié les précautions: habileté, patience, précautions, tout échouerait devant un polissage incomplet.
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Décaper la plaque avec soin, donner à sa surface métallique le bruni le plus parfait, c'est assurer, autant que possible , la pureté chimique de la couche d'iodure d'argent, c'est réunir les conditions essentielles du succès, la sensibilité, la limpidité, la profondeur et la richesse de l'épreuve.
Bon nombre de procédés ont été donnés pour décaper la plaque ; tous ceux qui ont pour base l'emploi du tripoli et d'une huile essentielle peuvent être adoptés avec un égal succès : toutefois , nous donnons la préférence à l'essence de térébenthine rectifiée à cause de son action énergique sur l'argent.
Le tripoli nous paraît également bien supérieur à , la poudre de saphir et à la pierre-ponce , qui n'ont sur les autres poudres que l'incontestable avantage de rayer le doublé, quel que soit d'ailleurs le soin apporté à leur lévigation.
Le rouge doit être choisi avec soin. Nous donnons la préférence au rouge d'acier, d'une couleur violetfoncé (1) ; il est le seul entre tous les rouges qui ne s'attache pas aux polissoirs et aux plaques, le seul qui soit exempt d'acidité et qui se présente en poudre d'une finesse extrême.
(1) Dépôt do rouge anglais à la maison centrale de Photographie, 46, rue deLancry.
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Le coton doit être bien cardé, très-fin, très-sec et sans grains.
La planchette à polir peut être munie d'un manche à tourillon; elle peut être tournante ou accompagnée d'une petite presse qui serve à la fixer aux bords d'une table.
Un étau attaché à un support solide et à une hauteur convenable nous semble préférable à tout autre appareil pour retenir la planchette à polir; il est, dans tous les cas, indispensable dans un atelier de photographie. On serre entre les mâchoires de l'étau l'appendice fixé sous la planchette à polir, et il est plus facile et plus commode de faire un quart de conversion autour de la planchette que de la tourner au moyen du tourillon.
Trois varlopes en bois (rabots), d'une longueur de 0m,60 sur 0m,12 de largeur, constituent la charpente des polissoirs (1).
La première , garnie de velours de colon blanc bien saupoudré et pénétré de rouge d'acier ;
La seconde , garnie en peau de daim , bien couverte aussi de rouge, mais soigneusement brossée,
(4) Le bois du polissoir doit être recouvert, d'abord, de trois ou quatre couches de molleton fin.
afin qu'elle n'en conserve que les parties qui ont pénétré dans le tissu de la peau ;
La troisième, en peau de daim également, frottée de rouge et de noir de fumée , et brossée comme la précédente.
Ces varlopes doivent être tenues, à l'abri de toute poussière , dans une boîte appliquée verticalement contre le mur.
En Angleterre, et dans quelques établissements français, on a adopté pour brunir les plaques un grand disque monté verticalement et mis en rotation soit à l'aide d'une grande roue isolée, soit tout simplement par le pied du polisseur.
En Amérique, c'est le polissoir en cône tronqué qui a été adopté de préférence, et si nous jugions de son mérite parla finesse et la beauté des épreuves qui nous viennent de New-York , nous devrions en conclure qu'il est de beaucoup supérieur à tous les polissoirs employés.
Toutefois, nous pensons que les opérateurs en général doivent donner la préférence au polissage à la main, qui est tout aussi facile, tout aussi expéditif, tout aussi fin et bien moins dispendieux. Du reste, ici comme toujours et dans tout, le succès dépend entièrement des soins et de l'adresse de l'opérateur.
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re OPÉRATION- SENSIBILISATION DE LA PLAQUE.
L'iode produit des vapeurs d'un violet foncé; c'est de là qu'est venu son nom, qui, en grec, signifie violet. Exposé à ces vapeurs, l'argent prend luimême une teinte plus ou moins violacée. Il se forme alors à sa surface une couche d'iodure d'argent assez sensible pour recevoir à la lumière directe, et avec un objectif double, une impression parfaite en une ou deux minutes. C'est ainsi que Daguerre obtint ses premières épreuves. L'iode est encore aujourd'hui le seul corps générateur de l'image daguerrienne ; les substances dites accélératrices ne font que donner une plus grande sensibilité à la couche en formant un sel double ou triple d'argent. Env ployées seules sans le concours de l'iode , elles seraient impuissantes à donner une image.
L'iodage est donc la base du procédé, et son importance est telle que l'on peut dire a priori : tel iodage, telle épreuve.
Ce n'est pas une simple condensation de vapeurs
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d'iode qui se produit sur la plaque , mais bien une véritable combinaison de l'iode avec l'argent , c'està-dire une iodure d'argent avec excès d'iode.
Chaque opérateur a un genre, une manière, un mode d'opérer, un appareil, qui lui sont propres, qu'il affectionne, et, s'il réussit par ces moyens, il a raison d'y rester attaché.
Depuis la première boîte à iode imaginée et employée par Daguerre et ses élèves , bon nombre de boîtes ont été prônées; quelques-unes nous sont restées : la boîte à iode de M. Séguier, quoique abandonnée depuis longtemps , nous paraît tout aussi bonne que la boîte dite jumelle , et cette dernière nous semble tout aussi convenable que la boîte du baron Gros.
Toute boîte dans laquelle l'iode sera recouvert d'un corps capable d'atténuer sa vaporisation en régularisant la distribution de ses vapeurs dans l'espace, doit donner de bons résultats; nous n'insisterons donc nullement sur l'appareil régulateur à choisir, qu'il soit composé d'une plaque poreuse, d'un carton, ou tout simplement d'une feuille de papier, afin d'éviter l'emploi de l'iode à nu.
Quelles que soient la construction et la forme de la boîte à iode, elle doit être profonde.
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L'iode trop rapproché de la plaque, en été surtout, dépose sa vapeur d'une manière inégale ; il est bon de laisser la vapeur se distribuer dans l'espace avant d'arriver à la couche d'argent : les boîtes à iode américaines ont au moins 0m,20 de profondeur.
Il ne faut pas renfermer la boîte à iode dans la chambre obscure, ainsi que cela se pratique assez souvent quand on voyage ; les parois de la chambre pourraient s'imprégner d'iode, et ses émanations nuiraient à la formation de l'image.
La boîte à iode doit rester dans un lieu sec ; il faut essuyer les bords intérieurs de la cuvette avec un linge fin humecté d'alcool, et laisser la boîte un instant ouverte avant d'ioder la première plaque.
L'iodage étant considéré, et avec raison, comme l'opération la plus importante et la plus difficile, on a songé à diminuer l'inconstance de ses résultats, en mélangeant l'iode avec différentes substances : le soufre, la magnésie, la chaux, l'amidon, etc.
Les opérateurs qui voyagent, ceux surtout qui ont parcouru les différentes contrées de l'Amérique du Sud, où régnent successivement de longues saisons de pluies et de chaleur, ont pu se convaincre de la presque impossibilité de réussir constamment.
Un touriste, opérateur habile, qui pendant dix ans
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a travaillé dans ces latitudes, au milieu de variations atmosphériques continuelles, éprouvant les alternatives les plus étranges dans ses résultats, n'est parvenu à diminuer l'inconstance de l'iodage qu'en mêlant l'iode avec l'amidon en poudre. Nous connaissons l'affinité de l'amidon pour l'iode et nous ne sommes pas étonné du succès de notre voyageur.
La chaux hydratée iodée est employée avec le plus grand succès en Amérique, et nous pouvons ajouter que, additionnée de quelques gouttes de brome, elle forme un excellent mélange que nous conseillons exclusivement.
C'est à M. Bingham, jeune et habile chimiste, que nous devons l'idée d'employer la chaux brômée.
De toutes les substances accélératrices proposées jusqu'à ce jour, la chaux brômée nous paraît mériter la préférence que, depuis plus de huit ans, du reste, les photographes lui ont accordée.
La préparation de cette matière n'offre aucune difficulté, mais les opérateurs, soit qu'ils l'achètent, soit qu'ils la préparent eux-mêmes, l'emploient presque toujours trop chargée de brome, et cela ne nous paraît pas étranger au voile de brome, qui trop souvent recouvra leurs épreuves.
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Le bromure de chaux rose clair nous semble le ' meilleur, à moins que l'opérateur ne possède une boîte très-profonde; dans ce cas, et en ayant soin de couvrir la chaux d'une feuille de papier buvard, il pourra l'employer entièrement chargée de brome, c'est-à-dire d'une couleur rouge de sang.
La boîte destinée à la chaux brômée est en tout semblable à la boîte à iode. L'emploi de cette substance n'offre aucune difficulté et l'on opère de la même manière qu'avec la boîte à iode ; mais en regardant moins longtemps la plaque. Un instant doit suffire pour juger de la couleur; car la lumière, agissant sur la couche sensible , pourrait déterminer un voile ineffaçable.
Quant à la nuance qu'il faut donner à la plaque sur la chaux brômée, elle dépend entièrement de la teinte obtenue sur la boîte à iode au premier iodage, ou du degré d'intensité qu'on se propose de donner au second.
Quelques opérateurs ont conseillé de donner au second iodage un quart du temps qu'a exigé le premier. D'autres, en plus grand nombre, laissent la plaque sur la boîte à iode, un tiers, deux tiers même du temps employé au premier iodage. Mais nous le répétons, toutes ces mesures ne sont bonnes que si
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Ton tient compte de la quantité d'iode qu'on a donnée d'abord, ou de la quantité de substance accélératrice que l'on a déposée ensuite sur la plaque.