‹ Les quatre branches de la photographieChapitre 20 sur 74 · PHOTOGRAPHIE SUR PAPIER · texte numérisé non relu

PHOTOGRAPHIE SUR PAPIER

INTRODUCTION

Pendant que Niepce et Daguerre cherchaient, en France, à fixer sur les métaux les images fugitives de la chambre noire, M. Fox-Talbot avait découvert et réalisé , en Angleterre , un autre genre de photographie dont l'impressionnabilité de l'iodure et du chlorure d'argent était le point de départ, mais qui s'exécutait sur le papier et non sur des plaques métalliques.

Surpris par la publication du procédé de Daguerre,

74 TALBOTYPIE.

M. Talbot se hâta de publier aussi le sien dans le Phifosophical Magazine, et quoique la publication de la daguerréotypie ait devancé de quelques jours celle de la photographie sur papier, il n'en est pas moins vrai que le procédé de M. Talbot a été conçu à la même époque, expérimenté en même temps, et que c'est à ce savant Anglais seul que reviennent le mérite et la gloire de l'avoir inventé.

La publication du talbotype, provoquée avant terme, fut d'abord une œuvre incomplète; et le procédé, aussitôt abandonné que produit, resta durant quelques années à l'état de germe en sommeil.

Cependant une nouvelle série de recherches et de travaux soutenus amenèrent l'inventeur à de nouveaux résultats plus précis, plus constants et plus remarquables. Un de ses élèves importa le procédé en France, et des expériences nouvelles, faites avec persévérance et habileté , firent bientôt de la photographie sur papier un procédé facile, simple, commode et plein d'avenir.

Ce procédé ne servit pendant quelque temps qu'à la reproduction de la nature morte, car le portrait était au-dessus de ses moyens. En effet, la lenteur avec laquelle se produisaient les images, et la texture fibreuse du papier, qui rendait impossibles cer-

TALBOTYPIE. 75

laines finesses de détail, furent longtemps un obstacle à ce genre de reproduction.

En 1849, seulement, parurent pour la première fois , sur les boulevards de Paris , quelques portraits sur papier importés d'Allemagne , mais retouchés , ternes, mous, sans finesse, sans effet, d'un aspect désagréable. Il ne fallait rien moins que l'inconstance du public , et aussi , il faut le dire , l'incroyable laideur de certaines reproductions sur plaqué , pour déterminer une réaction en faveur de ces pauvres images talbotypiques , dont la plus mauvaise lithographie saurait à peine donner une idée.

Encouragés par ce premier début, les daguerréotypistes accoururent ranger avec empressement, sur les boulevards, leurs vilaines silhouettes, et bientôt après les barbouillages les plus hideux vinrent blesser nos regards , sous prétexte de coloriage des épreuves. Pourquoi faut-il que le grand foyer des sciences et des arts soit aussi le lieu de rendez-vous des badigeonneurs photographiques les plus incapables!

La photographie sur papier est basée sur la propriété bien connue que possèdent certains sels de noircir à la lumière , et de s'y décomposer d'autant plus vite que l'action de cette lumière est plus intense. Ce

76 TALBO i YPÏE.

fait, d'où part la talbotypie . , nécessite deux opérations pour son accomplissement : la première consiste à produire dans la chambre noire une image inverse , ou négative, sur un papier préparé à l'iodure d'argent. Sur cette image , les blancs sont représentés par des noirs, et les noirs par des blancs. Ajoutons à cela que , si l'épreuve est venue à point, les couleurs plus ou moins foncées des objets naturels y sont traduites par des tons plus ou moins clairs, et se trouvent dans des rapports inverses de tonalité avec les images naturelles.

La première opération a pour but d'obtenir, au moyen de cette image inverse, une image directe, c'est-à-dire sur laquelle les lumières correspondent aux lumières et les ombres aux ombres des objets représentés. Ces deux opérations, qui paraissent au premier abord compliquer le procédé, lui donnent, au contraire, un très-grand avantage, celui de pouvoir, comme la lithographie ou la gravure, donner indéfiniment des épreuves du même sujet, sans qu'il soit nécessaire de le faire poser chaque fois de nouveau.

V épreuve négative, ou cliché, est la matrice destinée à fournir des milliers d'épreuves positives, et quelle que puisse être sa fragilité , cette épreuve luttera de

TALBOTYPIE.

durée avec les planches gravées sur cuivre ou sur acier, avec les gravures sur bois, avec les dessins sur pierre, et se fatiguant moins vite fournira au tirage un plus grand nombre d'épreuves irréprochables.

Depuis son invention, le procédé de M. Talbot a subi de grandes modifications , des améliorations fort sensibles, et nous pouvons presque dire qu'il est parvenu à son apogée de perfection. Il nous semble, en effet, hors de doute que plus le procédé sur collodion sera connu et rendu facile (et nous ferons tous nos efforts pour atteindre ce résultat) , plus le procédé sur papier, toujours difficile , toujours inconstant, long dans ses manipulations et le plus souvent incomplet dans ses résultats, perdra de partisans , et cédera la place à son heureux successeur.

Déjà, depuis bientôt trois ans , les opérateurs portraitistes ont abandonné la talbotypie pour n'employer que le procédé sur collodion , ce qui pourrait nous dispenser de décrire ici le procédé sur papier pour le portrait. Cependant , comme nous avons l'intention de faire de ce livre un traité complet , et que, par conséquent, la talbotypie ne saurait en être éliminée, nous allons parler aussi d'un procédé que, peut-être, quelques opérateurs éloignés des centres

78 TALBOTYPIE.

d'activité intellectuelle pratiquent encore et voudraient bien pouvoir perfectionner.

Voici des manipulations faciles , simples , et qui pendant plus d'une année nous ont donné de si beaux portraits, qu'on s'obstinait souvent à les croire retouchés , ce qui ne doit étonner personne , car on ne connaissait point alors le procédé sur collodion , et l'on n'était guère accoutumé à la finesse, au velouté, à la rondeur , que présentaient nos épreuves et que tous les procédés talbotypiques n'étaient pas à même de donner.

Page 1