‹ Les quatre branches de la photographieChapitre 34 sur 74 · PHOTOGRAPHIE SUR VERRE · texte numérisé non relu

PHOTOGRAPHIE SUR VERRE

ALBUMINÉ.

INTRODUCTION

Digne continuateur des essais et des expériences du grand Niepce, M. Niepce de Saint- Victor, son neveu, a doté la photographie d'un procédé admirable et qui suffit à lui seul pour immortaliser le nom de son auteur.

Frappé des pauvres résultats de la photographie sur papier et voulant remédier aux inconvénients que

présente la texture fibreuse et peu homogène de cette substance, M. Niepce de Saint-Victor eut l'idée de la remplacer par l'amidon d'abord, ensuite par l'albumine. Nous ne suivrons pas M. Niepce de Saint- Victor dans les détails de ses publications, nous nous bornerons à constater ses droits au titre d'inventeur, droits qui justifient le mot de Niepçotypie, donné par nous au procédé de photographie sur albumine.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

La photographie sur verre albuminé a , de même que les autres genres de photographie, l'impressionnabilité de l'iodure d'argent pour point de départ.

Introduire l'iodure de potassium dans la pâte du papier, ou l'introduire dans une couche d'albumine, imprégner le papier d'une solution d'acéto-nitrate d'argent, ou plonger la glace albumino-iodurée dans le même bain, c'est toujours donner naissance à de l'iodure d'argent, c'est-à-dire à une couche impressionnable analogue à celle qui reçoit les images dans le procédé de Talbot.

Ici encore, nous n'aurions que l'embarras du choix si nous voulions indiquer les différentes méthodes

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pour albuminer, iodurer, sensibiliser les glaces, ou y faire apparaître l'image.

Mais notre tâche, tout en devenant plus facile, ne serait guère profitable à nos lecteurs. Quoique nous puissions admirer quelques belles épreuves obtenues par tel ou tel procédé, nous ne voudrions cependant pas manquer à nos engagements, et nous sommes bien décidé à n'accepter et surtout à ne décrire que les procédés les plus simplifiés, les plus faciles, ceux qui doivent par conséquent conduire aux résultats les plus constants.

Le procédé sur albumine est par lui-même le plus simple, le plus facile des procédés, et si la difficulté d'obtenir une couche d'une épaisseur égale et exempte de poussière n'était pas réputée si grande, si les opérateurs avaient osé affronter hardiment le danger, pas de doute que cette branche de la photographie, un peu négligée jusqu'ici, ne fût déjà depuis longtemps aussi popularisée que le procédé de Daguerre.

On s'est préoccupé, beaucoup trop sans doute, de la manière d'albuminer la plaque, et depuis Yalbumineuse jusqu'à la modeste pipette, rien n'a manqué aux descriptions d'instruments à employer pour la production d'une couche d'albumine propre et uniformément répartie sur la glaee.

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Quant à l'appareil indispensable qui serait destiné à maintenir la glace dans une horizontalité parfaite et à l'abri de la poussière, pendant le temps nécessaire au séchage de l'albumine , nous pensons que pas un seul parmi ceux que l'on a proposés n'arrive au but que l'inventeur voulait atteindre.

Nous ne dirons rien du pied de niveau et du fameux carton mis par-dessus , deux petits meubles bien commodes , l'un pour tenir la glace horizontale, l'outre pour la mettre à l'abri de la poussière.

Mais si l'opérateur a quelques douzaines de glaces à albuminer, où placerait-il tout ce matériel? Nous en demandons bien pardon à l'auteur de cette plaisanterie, mais ce procédé nous paraît ridicule.

La boîte à rainures parallèles, portée sur trois vis calantes, est un progrès incontestable , quoique , en vérité, nous n'ayons jamais eu le bonheur de posséder de telles boîtes ayant plus de deux ou trois rainures parfaitement horizontales et parallèles entre elles.

La boîte à trois tiges à vis portant des boules taraudées peut répondre au but qu'on se propose, mais c'est un appareil assez incommode, et qui demande à être mis de niveau glace par glace avant chaque opération d'albuminage, travail long, fastidieux et qui ne récompense pas toujours assez du mal que l'on se donne.

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Il est donc certain que , débutant dans de si mauvaises conditions, l'opérateur n'a guère le droit d'espérer de bons résultats, puisque les autres opérations pécheront par la base et, quelle que soit d'ailleurs la bonté de l'épreuve, l'image sera incomplète, ou par défaut de propreté, ou par inégalité de la couche.

L'on s'est évertué à la recherche de supports horizontaux et l'on n'a fait aucun cas d'une méthode trèssimple , celle qui consiste à mettre la glace sur un de ses angles et à laisser sécher ainsi l'albumine dans une situation verticale en absorbant le surplus par des feuilles de papier buvard.

Cette méthode, nous la devons à M. Humbert de Molard, dont tout le monde connaît le zèle infatigable ; elle nous a constamment réussi et nous croyons pouvoir affirmer qu'elle deviendra bientôt générale. Un laboratoire qui possède , appliquées contre le mur, plusieurs boîtes fermant à bascule dont la profondeur peut accueillir trois ou quatre glaces reposant sur un de leurs angles , permet à l'opérateur [d'en préparer un grand nombre à la fois. Du reste, après quelques heures, on peut porter rapidement l'albumine à son dernier degré de dessiccation, en chauffant la glace modérément, soit à la lampe, soit devant un bon feu. Il est facile alors de mettre les glaces dans des boîtes

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à rainures ordinaires en attendant l'opération du bain sensibilisateur.

Quant à l'albuminage, tout appareil employé pour le bien exécuter nous paraît une cause d'insuccès. En effet, l'albumine ne saurait être touchée impunément même par du verre , à moins qu'on ne supposât ce verre toujours parfaitement sec, propre et inattaquable, ce qui nous semble assez difficile à rencontrer.

Notre opinion , basée sur une longue expérience, nous autorise à croire que le tube de gutta-percha creux, adapté à la glace en forme de manche perpendiculaire, est un outil excellent et indispensable pour la soutenir horizontalement et que le seul moyen propre et infaillible de produire une couche pure consiste à verser le liquide sur le milieu de la glace et à l'étendre par un mouvement très-doux de la main, en terminant l'opération par un brusque renversement de la glace à l'effet d'en chasser les poussières qui seraient tombées dessus pendant l'opération.

La sensibilisation de l'albumine n'offre aucune difficulté, et quel que soit le mode employé, l'opération sera parfaite, si toute la superficie de la couche se trouve être mouillée en même temps et si le lavage qui suit est fait avec propreté. Nous donnons la préfé-

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rence pour celle opération à la cuve plate et à la manœuvre que nous avons décrite.

Le développement de l'image peut et doit même être varié à l'infini. L'on a indiqué pour cela une foule de moyens qui réussissent également bien dans certaines conditions données. Il est donc indispensable de les connaître, car, ici encore, on pourrait attribuer à l'inconstance du procédé ce qui ne serait que le résultat de l'inexpérience de l'opérateur. Nous avons fait, pendant plus de six mois, des portraits sur albumine et l'on nous croira sans doute, quand nous dirons que nous ne prenions jamais plus d'une minute de pose, car il n'est pas facile de poser plus longtemps dans un pavillon fortement éclairé, et personne n'ignore qu'il faut, pour réussir avec ce procédé, avoir recours à une lumière assez intense.

Notre méthode consistait à laisser agir l'acide gallique pur d'autant plus longtemps sur l'albumine que la pose avait été plus courte. Aussi pour une minute de pose en été à l'ombre et dans une galerie vitrée, laissions-nous la glace albuminée sous l'action de l'acide gallique pendant quatre ou cinq heures.

Après ce temps, une solution faible d'azotate d'argent venait remplacer l'acide gallique et l'image se développait à l'instant; rarement, étions-nous obligé

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de substituer à la solution d'argent celle d'acide gallique, pour revenir encore à celle d'argent; mais si le besoin s'en faisait sentir, nous n'hésitions pas à y avoir recours, bien persuadé qu'avec un peu de patience nous arriverions infailliblement à un résultat irréprochable.

Il est évident que pour développer une image dont l'impression s'est faite à la lumière directe , il n'est pas besoin de toutes ces précautions, il suffit de laisser l'albumine sous l'influence de l'acide gallique pendant quelques minutes, puis de remplacer l'acide par un mélange d'acide gallique et d'une solution d'azotate d'argent ou même par une solution faible et pure de ce dernier sel.

Mais nous conseillons l'emploi de ces deux agents, à l'exclusion de tous les autres , soit à l'état pur , soit mélangés. Nous n'avons jamais rien pu obtenir de parfait avec l'acétate de chaux, par exemple, que l'on avait tant prôné, et nous croyons que toute autre substance proposée, soit pour accélérer la venue de l'image, soit pour la renforcer, ne vaut pas l'acide gallique et l'azotate d'argent, nous engageons, par conséquent , les opérateurs à s'en défier.

Quant à la proportion d'eau qu'il faut introduire

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dans l'albumine, c'est une question d'opportunité. L'albumine est-elle destinée à produire un négatif? Un peu de consistance donnera à ce négatif, toutes choses égales d'ailleurs, plus de fermeté, plus de profondeur et un modèle plus parfait.

S'agit-il de reproduire, d'après un négatif, des positifs stéréoscopiques ; 25 pour 100 d'eau, 40 pour 100 même, dans l'albumine, lui donneront cette limpidité, cette finesse, qui sont indispensables au succès de la reproduction, et avec lesquelles il n'y a que le procédé de Daguerre qui puisse rivaliser.

Nous terminerons ce chapitre des considérations générales en répétant ce que nous avons dit ailleurs: que ce procédé donne , certes , de beaux résultats, mais toujours en trop petit nombre pour qu'ils ne reviennent pas à un prix excessif; qu'il n'est guère accessible aux hommes du monde qui veulent faire de la photographie un délassement, et que, à moins de s'y adonner complètement, on ne peut guère en retirer que des ennuis sans compensations.

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