DE M. HUMBERT DE MOLARD
Voici en quels termes M. Humbert de Molard a eu l'obligeance de répondre à la demande que nous lui avions adressée, de nous faire connaître son procédé rapide ou instantané sur albumine :
« Vous avez tort, mon cher monsieur Belloc, de me croire peu empressé à vous fournir les quelques renseignements que vous me demandez. Je suis embarrassé, voilà tout. Vous me parlez en effet d'un procédé d'albumine instantané !... d'albumine rapide!... Instantané, je n'ose rien dire à ce sujet,..; rapide, au point de vue de produire facilement un groupe, un portrait, c'est différent : cela est trèspossible; j'en ai fait cent fois l'expérience et toujours avec le même succès; mais, pensez-vous que ce procédé soit bien utile à décrire, aujourd'hui que messire collodion est venu fasciner les photographes
par la facilité de son exécution ; par la rapidité de ses io.
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allures si conformes aux exigences de l'atelier des artistes ?
« Une albumine préparée au maximum de sensibilité possible n'a pas le privilège de pouvoir s'impressionner rapidement à l'état sec, et offre toujours moins de modelé que le collodion; de son côté, le collodion perd tout le prestige de sa supériorité si on le compare à une feuille d'albumine toujours prête à rendre de bons offices en voyage, au loin, et à sec ; or, il me semble que le meilleur parti à prendre serait, sans chercher autre chose, de mettre à profit le mérite particulier de chaque procédé, selon le besoin et la circonstance.
« Cependant, je suis un peu de votre avis : après les preuves irrécusables fournies depuis 1849, de la rapidité possible de l'albumine , je ne puis comprendre comment MM. les opérateurs se résignent encore à poser aujourd'hui 20.., 30... 60 minutes, et souvent encore plus... pour obtenir une image au soleil! il y a pourtant cent et une manières d'affaiblir la ténacité cornée de l'albumine, de lui donner la souplesse, la porosité , nécessaires à l'introduction des substances photogéniques...; mais gardez-vous bien d'entamer ce chapitre interminable; bornez-vous, croyez-moi, lout simplement à la description d'un seul procédé
qui soit vrai et bon; qui soit rapide, non pas comme vous l'entendez, mais à l'aide duquel cependant on puisse obtenir facilement, en voyage, et à sec des images en trois fois moins de temps que par le procédé primitif d'albumine pure.
« L'iodure d'amidon soluble m'a toujours paru être appelé à jouer un rôle d'une certaine importance en photographie. Mélangé à l'albumine pour la dilater, la disposer à plus de sensibilité, ce moyen m'a toujours donné de bons résultats, ainsi qu'à tous ceux qui ont persévéré dans sa pratique, sans se laisser rebuter par les échecs ordinaires aux premiers essais. Je répète et souligne le mot soluble pour que le lecteur ne confonde pas de prime-abord cette substance (iodure d'amidon soluble) avec l'iodure d'amidon grossier, provenant de l'empois cuit mélangé d'iode, etc. On comprend en effet qu'un pareil encollage, renfermant à son intérieur et en suspension toutes les capsules tégumentaires et autres parties insolubles de l'amidon, ne fournirait que des résultats extrêmement médiocres.
« Le 27 février et le 14 août 1850, en présentant à la Société d'encouragement, tant en mon nom qu'en celui de mon collaborateur Constant, une série d'épreuves, portraits, et vues grande plaque sur albu-
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mine, j'exprimai le vœu (voir la communication) que la chimie nous venant en aide, nous eussions bientôt de Yamidine. (M. Guérin, le chimiste, a nommé ainsi la substance entièrement soluble, même dans l'eau froide, qu'il a su extraire de la fécule d'amidon.) J'avais dès cette époque la foi que ce serait la substance limpide la plus photogénique que nous pussions employer pour avoir de la rapidité et de la certitude dans les opérations albumineuses. N'ayant jamais pu, n'importe à quel prix, me procurer cette substance exceptionnelle chez aucun fabricant de produits chimiques, je la remplaçai alors par l'amidon, d'abord porphyrisé, puis légèrement torréfié qui devient de la sorte en grande partie soluble dans l'eau froide.
« Je l'iodurais plus ou moins, et après l'avoir filtré soigneusement, j'en mélangeais avec succès une proportion quelconque avec l'albumine.
<( L'iodure d'amidon soluble du docteur Quesneville n'ayant pas tardé à circuler dans le commerce, je ne me donnai plus la peine de rien préparer moimême. Cette poudre d'iodure d'amidon soluble contient 10 pour % d'iode, se dissout parfaitement dans l'eau, même à froid, passe facilement dans les filtres de papiers les plus serrés, sans offrir de résidu ni de
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précipité, s'incorpore parfaitement avec l'albumine, en un mot, me paraît d'un grand secours en photographie.
« Le mode de préparation est simple et facile : u On délaye 5 grammes de cette poudre d'iodure d'amidon dans 100 grammes d'eau distillée; à l'aide d'une baguette de verre, on commence par former une pâte compacte avec très-peu d'eau, afin d'éviter les grumeaux; le reste de l'eau s'ajoute ensuite ad libitum. On chauffe un peu pour aider à la dissolution complète, puis on filtre avec soin pour éliminer tout corps en suspension.
<( On mêle 30 grammes de cette eau filtrée iodée et amidonnée avec 4 blancs d'œufs (100 gr.) et on bal en neige comme à l'ordinaire; quand la mousse est retombée, l'albumine offre quelquefois une couleur d'un aspect vineux; cela ne nuit pas; cependant, dans les fortes chaleurs les plaques pourraient ne se conserver que fort peu de temps et alors il y aurait lieu de diminuer la dose d'amidon (1).
(4) L'iode porphyrisé, mêlé à l'albumine et battu en neige, ne tarderait pas à !a coaguler; mais combiné à l'amidon, même à forte dose, ce fait n'a pas lieu. Seulement, l'albumine entièrement dilatée, rompue dans sa fibrine, forme un mélange intime avec l'amidon, et c'e&t de cette combinaison que le procédé tire tout son mérite.
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« On charge les glaces avec facilité et promptitude en les posant à plat sur un pied à vis calantes, solide et mis bien de niveau; on verse tout simplement à leur surface autant d'albumine qu'elles en peuvent contenir sans déborder; on promène dessous légèrement et à plusieurs reprises la flamme d'une forte lampe à esprit-de-vin jusqu'à apparition des premières vapeurs qui se dégagent du liquide; on arrête, puis on recommence... toujours avec précaution, pour chauffer le plus également possible la couche susjacente ; alors... par un mouvement rapide on renverse le trop de liquide dans un large récipient disposé à cet effet (1) ; en maintenant la glace sur un angle et en ayant soin d'essuyer de suite les bords, il ne découle presque pas d'albumine. La chaleur que le verre conserve pendant un certain temps opère la dessiccation presque instantanée de la couche, avec égalité d'épaisseur convenable et surtout sans aucune poussière , vue la rapidité d'exécution; il ne faut pas en effet plus d'une heure pour' apprêter de la sorte une douzaine de plaques, dites normales.
(1) L'albumine reçue dans le récipient peut êlre reprise et employée jusqu'à épuisement. Toutefois pour éviter toute poussière, il est mieux que ce récipient soit muni d'un filtre.
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« Avant de sensibiliser, il y a avantage à exposer la couche d'albumine sur les vapeurs d'une boîte à iode (1); la teinte violette qu'elle ne tarde pas à y prendre sert de guide à l'opérateur et lui permet d'apprécier à l'avance la régularité et la propreté de sa préparation.
« On peut sensibiliser les glaces avec l'acéto-azotate d'argent ordinaire; mais, je préfère de beaucoup le bain suivant qui favorise merveilleusement la richesse et l'harmonie des tons lors du développement de l'image :
Eau distillée saturée d'iode à froid 150 gr.
Nitrate d'argent 15 Acide pyroligneux pur 30
« On fait dissoudre le nitrate d'argent dans l'eau saturée d'iode, puis on ajoute l'acide acétique. Le bain sensibilisateur ainsi préparé est d'abord louche par l'effet de l'iodure d'argent qui s'y forme, mais il ne tarde pas à s'éclaircir au fur et à mesure que le
(1) Si l'opérateur n'a pas de boîte à iode ou ne veut pas employer ce moyen, il aura soin d'introduire 1 0/0 d'iodure de potassium dans l'albumine avant de la battre.
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nitrate d'argent redissout i'iodure; il est au reste toujours bon de filtrer avec soin pour faire disparaître tout excès de précipité. Chacun sait aujourd'hui que l'iodure d'argent est soluble dans l'azotate d'argent en proportions très-appréciables et qu'il y a, par conséquent, avantage à en saturer d'avance un bain neuf pour qu'il n'emprunte rien plus tard aux premières glaces qui lui seront confiées.
« Les divers auteurs, qui depuis quelque temps ont indiqué cette pratique, conseillent tout simplement l'addition directe d'un peu d'iodure d'argent au bain d'acéto-azotate. Sans contredit, c'est plus simple que ce que j'indique; j'avoue même que c'est toujours ainsi que j'agis maintenant; si, néanmoins, je persiste adonner la formule ci-dessus, c'est uniquement pour ne modifier en rien les expressions dans lesquelles mention en est faite depuis 1850, dans mes notes à la Société d'encouragement. On fera donc comme on voudra; dans l'une ou l'autre manière le but et le résultat sont en effet exactement les mêmes....
« La durée de la pose joue dans l'ensemble de ce procédé un rôle très-important; elle doit toujours être relativement très-courte. Deux minutes au plus doivent suffire pour impressionner une feuille de
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verre, grandeur normale (objectif verre simple pour vues, etc.).
« Sans cette condition de courte pose, le mode d'action du bain révélateur dont il va être parlé n'aurait aucune efficacité....
«. On développe l'image à l'acide gallique (4 grammes par litre d'eau distillée, avec addition de 2 grammes d'acétate de chaux et 10 grammes d'acide acétique (1).
« On dépose la glace au fond d'une bassine de porcelaine très-propre,.... plus que très-propre, s'il est possible,... décapée au vif. On la couvre d'une quantité suffisante de liquide pour qu'elle baigne, et on la laisse ainsi s'imprégner complètement avant d'ajouter quelques gouttes d'acéto-nitrate d'argent, sans lesquelles aucun effet ne se produirait, même après une immersion des plus prolongées. Dès que les quelques gouttes de nitrate d'argent sont ajoutées on agite, on balance la bassine sans discontinuer. Tant que le bain conserve sa limpidité, l'image demeure invisi-
(1) On obtiendrait un développement encore plus rapide et presque analogue avec l'acétate d'ammoniaque , mais les noirs seraient, par cet agent, développés plutôt à l'intérieur qu'à la surface de la couche, effet contraire à celui qu'on désire obtenir dans l'espèce de photographie dont il s'agit ici.
ble; mais sitôt qu'il s'y manifeste le plus léger trouble, parfois même insensible à l'œil, l'image paraît et monte graduellement de ton au fur et à mesure que la réduction s'opère à l'intérieur du bain. L'image ne se forme pas comme d'habitude dans l'intérieur de la pâte de l'albumine, mais seulement à sa surface, c'est même là une condition essentielle de succès... Il se produit dans la masse du bain non pas un courant," mais un effet galvanique... de contact. Ses molécules extrêmement fines d'argent réduit viennent comme par attraction galvanoplastique (qu'on me passe ces expressions qui m'aident à me faire comprendre) se juxtaposer sur les parties solarisées de la couche,... on voit l'image au fond du bain (toujours en mouvement ainsi qu'il a été dit) se charger de plus en plus. Elle arrive même parfois à s'ensevelir sous un voile gris d'un aspect si peu satisfaisant, qu'on la croirait nulle et perdue; mais après le déiodage final à l'hyposulfite, on y dislingue par transparence tous les détails qui distinguent un beau cliché.
« On ne peut trop le répéter, ce mode de développement et cet effet de dépôt métallique ne peut réussir qu'à la condition d'une courte pose.
« Si elle est à point, les faits s'accomplissent tels qu'ils ont été décrits.
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« Si elle a été trop courte, le dépôt aura d'abord de la peine à se fixer, puis il adhérera tout à coup en masse générale en produisant des noirs durs et secs.
« Si enfin elle a été trop longue, on n'obtiendra aucun résultat; le liquide se troublera inutilement; l'image, formée dans l'intérieur de la couche plutôt qu'à la surface, ne se couvrira pas par attraction des molécules métalliques, elle sera pâle, à peine visible, sans qu'on puisse même la renforcer par aucun moyen que je connaisse.
« D'après ce que je viens de dire, on doit, je crois, comprendre que ce procédé ne consiste pas seulement dans la préparation d'une albumine plus ou moins sensible, dans le choix d'un agent révélateur plus ou moins énergique , mais aussi et principalement dans cette particularité, dans ce fait d'observation, maintes fois expérimenté , savoir : qu'une albumine relativement peu impressionnée n'en est que plus propre à laisser attaquer sa couche , plus disposée à laisser se développer l'image par l'effet de galvanisme de contact dont j'ai parlé ; phénomène qui cesse d'avoir lieu de plus en plus au fur et à mesure que l'insolation prolongée pénètre plus avant dans les couches inférieures. Comme ces sortes de clichés sont toujours pulvérulents, il est prudent d'abriter
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leurs surfaces du contact des doigts et de tout frottement dans les opérations ultérieures. Dans ce but, une couche d'albumine avec moitié d'eau, coagulée, après dessiccation, par un acide quelconque, me paraît préférable aux enduits gommeux ou résineux usités pour les clichés de collodion. Le dessin se trouve ainsi renfermé entre deux albumines légères et offre avec solidité toutes les apparences d'une image ordinaire formée à l'intérieur de l'albumine..., etc.
« Nota. — Vous pouvez indiquer avec sécurité que l'adjonction d'un pour cent d'ammoniaque liquide à des blancs d'œufs assure la conservation de l'albumine d'une manière indéfinie. J'en ai ainsi depuis 18 mois, dont je me sers tous les jours sans que j'aie encore remarqué la moindre altération dans ses qualités photographiques. On pourra donc l'été faire provision pour l'hiver.
« Je crois cette petite indication assez intéressante, surtout pour les fabricants de vues stéréoscopiques dont le travail de positives est incessant en toutes saisons. »