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(leurs à nous, ce sont les pères et les maîtres delà photographie. Que ne pouvons-nous consacrer ici tous leurs noms, en faisant l'histoire de leurs travaux; mais la tâche d'historien est d'un ordre trop élevé, nous n'aurions peutêtre ni assez de connaissances ni assez d'impartialité pour apprécier à leur juste valeur les hommes et les choses. Et d'ailleurs, l'oeuvre de l'historien est une œuvre entièrement synthétique; les faits contemporains ne sauraient être groupés en un faisceau historique avant d'avoir été recueillis et analysés avec soin. Nous bornerons donc notre travail à une simple énumération des faits qui se rapportent à la photographie. Conserver à chacun ses droits de priorité, voilà pour le moment le but que nous nous sommes efforcé d'atteindre.
En général on ne sait pas assez que la photographie, une des plus belles inventions modernes, n'est pas l'œuvre d'un seul; que ce n'est pas une autre Minerve sortie tout armée du cerveau d'un autre Jupiter, mais bien un
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arbre géant qui a grandi peu à peu, qui a déployé chaque année de nouvelles branches et de nouvelles feuilles et qui n'a pas encore fini de se développer.
Puisse l'humble goutte d'eau dont nous allons arroser ce bel arbre contribuer à son développement ultérieur; ce sera là, pour nous, notre plus belle récompense.
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DAGUERRÉOTYPIE.
Le premier germe de la photographie date de 1765 (1), lorsque Scheele découvrit que l'argent corné, la lune cornée des vieux alchimistes, le chlorure d'argent fondu des chimistes modernes, jouissait de là propriété de noircir à la lumière ; et cela d'autant
(1) En remontant à la source de l'admirable découverte à laquelle Daguerre a donné son nom, François Arago a pu constater que c'est Fabricius qui trouva le premier, en 4 566, les propriétés photographiques des sels d'argent.
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plus vite , que les rayons qui le frappaient étaient plus intenses.
Le sol où ce germe pouvait éclore se trouvait déjà prêt depuis que Léonard de Vinci et J.-B. Porta avaient inventé la chambre noire.
Cependant la photographie ne commença à germer que vers la fin du xvine siècle, dans les salles mêmes du Conservatoire de Paris, lorsque le célèbre expérimentateur Charles s'avisa de produire des silhouettes sur du papier lavé au nitrate d'argent , en l'exposant à la lumière dans les conditions voulues pour qu'il s'y produisît des images.
En 1802, l'illustre Davy publia , en commun avec M. Wedgewoold , la note si curieuse qui a pour titre : Description d'un procédé pour copier des peintures sur verre et pour faire des silhouettes, par l'action de la lumière sur le nitrate d'argent; note où l'on rencontre ce passage mémorable : « On a essayé aussi de copier des paysages avec la lumière de la chambre obscure...., elle est trop faible; mais on peut , à l'aide du microscope, faire copier sans difficulté, sur du papier préparé, les images des objets. »
En 1803, le docteur Thomas Young faisait des expériences de photographie, lorsqu'il étudiait et déterminait la position et la largeur des bandes ou des
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anneaux d'interférence des rayons invisibles, comme l'ont fait cinquante ans plus tard M. E. Becquerel, M. Crookes, Stockes, etc.
Malgré tous ces essais, la photographie ne commença à vivre réellement et à prendre corps qu'en 1827 (1), lorsque Joseph-Nicéphore Niepce parvint dé-
(1) M. Lemaitre, le premier collaborateur de l'illustre Niepce, et bien connu de nos lecteurs par son habileté comme graveur, a bien voulu nous communiquer et mettre à notre disposition une note très-intéressante sur les premiers temps de l'héliographie ; nous l'avons isolée à dessein, nos lecteurs nous en sauront gré.
Les premiers travaux de Joseph-Nicéphore Niepce sur la gravure héliographique remontent à l'année 4813.
En 1822, Niepce obtenait déjà sur l'étain poli ou sur le verre des copies fidèles de gravures à l'aide d'un vernis bitumineux fait avec du bitume de Judée dissous dans l'essence de lavande et appliqué sur une plaque au moyen d'un tampon de peau. La plaque ainsi préparée était soumise aux impressions du fluide lumineux ; mais, même après y avoir été exposée assez de temps pour que l'effet eût lieu, rien n'indiquait qu'il existât réellement une image sur la plaque; car l'empreinte était invisible, et pour la faire paraître il fallait la dégager. Niepce y parvenait au moyen d'un dissolvant composé d'une partie en volume d'huile essentielle de lavande sur dix parties d'huile de pétrole. Ce dissolvant servait à enlever les parties du vernis qui n'avaient pas été influencées par la lumière, c'est-à-dire celles qui correspondaient au noir de la gravure, tout en respectant les points solariés.
En 1824, Niepce parvint définitivement à fixer sur les écrans
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fmUivemcnt à développer, sur des écrans métalliques préparés au baume de Judée, les images de la chambre noire, que l'essence de lavande faisait apparaître et fixait. Le traité, signé le 14 décembre 1829 entre Niepce et Daguerre , qui dit expressément que leur
préparés les images de la chambre noire, quoiqu'il lui fallût alors des journées entières de pose ; le problème n'en était pas moins résolu.
Les dessins qu'il obtenait sur mêlai lui parurent propres à servir d'esquisse aux graveurs. Il voulut en faire lui-même l'expérience, et, bien qu'il ignorât les procédés de la gravure, les résultats qu'il obtint lui semblèrent assez satisfaisants pour qu'il se décidât à consulter un graveur sur le parti qu'on en pouvait tirer. Ce fut alors qu'il entra en correspondance avec M. Lemaître. La première des lettres qu'il lui adressa porte la date du 17 janvier 4827, la dernière est du 25 octobre 4 829.
Comme Niepce confiait à M» Lemaître, en échange des conseils qu'il en avait reçus, les résultats des travaux qu'il ne cessait de continuer, on peut suivre dans sa correspondance la marche progressive de sa découverte.
On le voit quittant rétain pour le cuivre, puis revenant au premier métal, dont la blancheur lui semblait plus convenable, puis, enfin, il se décide à employer le doublé d'argent*, dont on se sert encore aujourd'hui.
En février 4 827, il chargea M. Lemaître de faire tirer quelques épreuves d'une planche d'étain gravée par son procédé héliographique, d'après une gravure de Briot, qui représente le portrait de
* L'emploi du doublé d'argent fut suggéré à Niepce par M. Lemaître.
association a pour but le perfectionnement de la découverte faite par Niepcc, est formulé en ces termes : « Fixer par un moyen nouveau, sans avoir recours au dessinateur, les vues qu'offre la nature; ce nou-
Georges d'Àmboise ; M. Lemaître possède encore une épreuve de cette gravure.
Dans le post-scriptum d'une des premières lettres de Niepce se trouve indiquée l'origine de ses relations avec Daguerre.
« Connaissez-vous, dit-il à M. Lemaître, un des inventeurs du Diorama, M. Daguerre? Voici pourquoi je vous fais cette question. Ce monsieur ayant été informé, je ne sais comment, de l'objet de mes recherches, m'écrivit l'an passé (1826), dans le courant de janvier, pour me faire savoir qu'il s'occupait du même objet, et pour me demander si j'avais été plus heureux que lui dans mes résultats. Cependant, à l'en croire, il en aurait obtenu d'étonnants, et, malgré cela, il me priait de lui dire d'abord si je croyais la chose possible. Je ne vous dissimulerai pas, Monsieur, qu'une pareille incohérence d'idées eut lieu de me surprendre pour ne rien dire de plus. J'en fus d'autant plus discret et réservé dans mes expressions, et toutefois je lui répondis d'une manière assez honnête pour provoquer de sa part une réponse. Je ne la reçois qu'aujourd'hui, c'est-à-dire après un intervalle de plus d'un an, et il me l'adresse uniquement pour savoir où j'en suis et pour me prier de lui envoyer une épreuve. »
Un traité fut passé entre Niepce et Daguerre le \ 4 décembre
Ce fut seulement le 7 janvier 4 839 que Daguerre présenta à l'Académie son procédé, qui consiste à fixer sur plaqué d'argent les images qui se forment au foyer d'une chambre noire.
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veau moyen consiste dans la reproduction spontanée des images reçues dans la chambre noire : de nombreux essais constatent la découverte. » Ce même traité prouve jusqu'à l'évidence qu'à cette époque Daguerre ne possédait et ne donnait à la société que le principe sur lequel repose le perfectionnement qu'il a apporté à la chambre noire.
La photographie eut enfin sa réalisation complète le 1er décembre 1837, quand Daguerre eut résolu le magnifique problème de la fixation des images formées au foyer des lentilles (1), et arraché à Niepce fils ce cri d'admiration : « Quelle différence entre le procédé que vous employez et celui avec lequel je travaille; tandis qu'il me fallait presque une journée pour faire une épreuve , il vous faut quatre minutes ! quel avantage énorme! » Pourquoi faut-il que cette admirable découverte de l'influence qu'exercent les vapeurs de mercure pour faire apparaître l'image latente sur la couche d'iodure , découverte qui n'est en réalité qu'un perfectionnement de la méthode de
(4) Une des premières épreuves obtenues fut déposée aux archives de l'Institut, afin de constater la priorité de la France dans une invention que l'Angleterre essayait de lui disputer lorsque ses procédés étaient encore un secret pour tout le monde.
Niepce , ait amené la clause lamentable du nouveau traité signé entre M. Daguerre et M. Niepce tils : « Le procède invente par Joseph -Nicèphore Niepce.,. et perfectionné par M. Louis - Jacques Mondé Daguerre portera le nom seul de Daguerre! » Le monde entier a cru ainsi, et bien à tort, que Daguerre avait le premier reproduit spontanément , par l'action de la lumière avec les dégradations de ton qui vont du blanc au noir, les images de la chambre noire.
Niepce avait créé la photographie proprement dite ; Daguerre venait d'en découvrir une application.
Peu de découvertes ont produit une aussi vive sensation que celle de la daguerréotypie. A aucune époque les amis des sciences et du merveilleux ne manifestèrent une aussi vive curiosité qu'à l'occasion de ces étonnantes révélations. Les brillants rapports faits devant les deux Chambres par Arago et Gay- Lussac n'étaient pas de nature à refroidir ces vifs sentiments d'enthousiasme et de curiosité: aussi, le palais de l'Institut fut-il envahi par une foule immense le 19 août 1839, jour où les procédés de Daguerre furent enfin divulgués.
Sur la demande du savant secrétaire de l'Académie, une pension annuelle et viagère de 6,000 francs fut accordée à Daguerre.
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Nicéphore Niepce était mort avant la publication de la belle découverte à laquelle Daguerre venait de donner son nom. Sur les mêmes conclusions du rapporteur, une pension annuelle et viagère de 4,000 fr. lut accordée à Niepce fils pour la cession du procédé servant à fixer les images de la chambre noire.
Tombé dans le domaine public, le procédé de Daguerre devait faire de rapides progrès, et bientôt se succédèrent sans relâche les modifications de tout genre apportées aux appareils, à la partie optique, à la partie chimique et aux manipulations de la daguerréotypie. M. le baron Séguier et M. Buron furent les premiers à modifier l'appareil et à le rendre plus transportable. MM. Soleil, Buron, etc. , proposèrent la glace parallèle pour redresser les images de la chambre noire. M. Gauche apporta son ingénieux prisme achromatique pour atteindre le même but avec une moindre perte de lumière. Enfin, MM. Breton, Girard, Seguier, Foucault, Daguerre, etc., modifièrent si vite et si ingénieusement les appareils et les manipulations , que la daguerréotypie devint bientôt accessible à tout le monde.
L'année de la découverte était fermée et malgré les nombreux perfectionnements qu'il avait subis depuis sa naissance , le procédé de Daguerre était encore
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bien incomplet. C'est à M. H, Fizcau qu'appartient la gloire d'avoir apporté à cet art naissant le complément indispensable.
Le 13 mars 1840 , cet habile physicien présenta à l'Académie des sciences les premières images photographiques fixées et rehaussées de ton : le 10 août 1840, il fit connaître son procédé si ingénieux , qui consiste dans l'emploi à chaud du chlorure d'or. Placer les images daguerriennes , si fugitives, sous l'égide brillante du plus inoxydable des métaux, c'était un pas immense.
Le 1er mars 1841, M. Fizeau montra encore une contre-épreuve en cuivre d'une image photographique, obtenue par la galvanoplastie. Le 24 mai suivant, il produisait une épreuve métallique du moule formé par l'image daguerrienne.
Ces expériences tenaient du prodige.
Le 7 juin 1841, M. Claudet découvrit la première en date de toutes les substances accélératrices ; il annonça que l'application successive de l'iode et du chlorure d'iode hâtait considérablement la production de l'image; qu'il avait obtenu des portraits en quinze ou vingt secondes. C'était, avec le fixage au chlorure d'or, le complément de la découverte de Daguerre.
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Le 21 janvier 1841, M. Fizeau proposa, comme agent accélérateur, une dissolution très-étendue de brome dans l'eau, ou Veau brômée titrée. La durée de la pose, avec la chambre obscure de Daguerre, fut ainsi réduite à un quart de minute. On vit paraître ensuite tour à tour la liqueur accélératrice de Reizer, la liqueur hongroise, etc. ; enfin, en 1845, le bromure de chaux de M. Bingham, le double iodage de M. Laborde, improprement qualifié de procédé américain, le bromure d'iode à effet constant de M. de Valicourt, le chlorobromure de chaux de M. le baron Gros, etc. M. Donné publia, le 15 juin 1840, le premier procédé de gravure des images photographiques sur métal; quelques mois plus tard, M. Fizeau donna une solution meilleure, mais imparfaite encore, de ce difficile problème, poursuivi aussi par MM. Berres et Grove.
Le 7 février 1848, M. Ed. Becquerel obtint la première image photographique colorée du spectre solaire. Le 30 septembre 1850 M. Niepce de Saint- Victor perfectionna les procédés de M. Ed. Becquerel et produisit des images colorées, de gravures d'abord, de poupées plus tard. Un Américain, M. Hill, annonça avec fracas, en 1851, qu'il avait découvert le moyen de fixer avec leurs couleurs naturelles toutes les images de la nature; malheureusement, cette grande
découverte n'a abouti qu'à un immense canard.
L'optique pendant ce temps n'était pas restée en arrière, et tandis que les chimistes et les opérateurs entraient plus avant dans la voie du progrès, les physiciens dotaient la photographie d'excellentes lentilles et ne contribuaient pas peu à ses progrès. En 1841, M. Ettingshausen , professeur de physique à Vienne (Autriche) , avec le concours du professeur Petzval, trouvait une formule pour la construction des lentilles accouplées, dites à portrait qui , exécutées par l'opticien Voigtlander, répondirent parfaitement aux prévisions théoriques des deux savants. En France, MM. Lerebours, Buron et d'autres marchaient dans la même voie, et bientôt la photographie se trouva en possession d'appareils optiques permettant d'obtenir le portrait sans déformations et sans difficultés.
Nous ne saurions nous tirer d'embarras si, voulant résumer les développements ultérieurs de la photographie, nous ne considérions pas isolément les trois autres branches : la photographie sur papier ou Talbotypie , la photographie sur verre albuminé ou Niepcotypie, la photographie sur verre collodionné ou Archérotypie.
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TALBOTYPIE.
L'inventeur, aujourd'hui incontestable, de la photographie sur papier, c'est M. Fox Talbot.
La Talbotypie (1) consiste dans la production d'images photographiques sur papier, par une double opération, par la formation successive de deux épreuves :1a première, négative ou inverse, dans laquelle
(I) On a appelé aussi ce procédé Calotypie. Nous pensons que l'auteur de la découverte a voulu, par le mot calotypie, désigner le résultat de la deuxième opération. Le mot grec calos nous autorise à croire cette supposition fondée.
les noirs de l'image naturelle sont représentés par des blancs et les blancs par des noirs; la seconde, positive ou directe, où tous les tons rentrent dans l'ordre naturel. Cinq mois avant la divulgation des procédés de Daguerre, M. Talbot publia, dans le Philosophical Magazine (mars 1839), la série complète de ces manipulations,et présenta en même temps, à la Société royale de Londres, une collection nombreuse et variée de dessins photographiques : emploi de l'iodure de potassium comme corps générateur , de l'acétonitrate d'argent comme agent sensibilisateur, de l'acide gallique comme agent révélateur, de l'hyposulfite de soude comme agent fixateur, etc.
M. Talbot, en mettant à profit les propriétés déjà connues de certains agents chimiques, avait inventé de 1834 à 1839, c'est-à-dire avant la révélation du secret de Daguerre , le procédé auquel il a donné son nom.
En 1840 , l'académie des beaux-arts signalait un nouveau procédé de M. Bayart, ainsi que ceux de MM. Vérignon et autres. Malheureusement, ces papiers peu sensibles et donnant, ainsi que ceux de M. Bayart, des épreuves directes et quelque peu fugitives, étaient presque aussitôt abandonnés que découverts. M. Lasaigne avait déjà employé, en avril
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1839, pour la reproduction des gravures sans le secours de la chambre noire , un papier qui avait une grande analogieavecceuxdont nous venons de parler.
Nous ne citerons que pour mémoire le nom de M. Raifé, pour son papier argenté, et ceux de MM. Schaefhaeult, Hunt, Petzhold et Ponton, pour les papiers au chlorure d'argent, au bichromate de potasse, etc., procèdes morts-nés, qui n'ont été d'aucun secours aux photographes et n'ont guère contri bue à faire progresser leur art. Nous passerons aussi sous silence les procédés dits anglais , ou allemands et tous ceux qui ne sont qu'une modification plus ou moins heureuse de leurs devanciers, ou qui se réduisent le plus souvent à la proportion d'un plagiat à peine déguisé.
En 1847, M. Blanquart-Évrard s'annonça à l'Académie des sciences comme possesseur d'une méthode de photographie sur papier, qu'il offrait de révéler, à la condition qu'elle serait publiée sous son nom dans les Comptes rendus de ses séances. On crut à un nouvel enfantement , ce n'était qu'une résurrection d'enfant mort-né. La méthode de l'habile photographe lillois n'était , au fond, que la méthode de M. Talbot, enseignée à Lille en 1844 par un de ses élèves, M. Tanner. Les principales modifications
consistaient: 1° à plonger le papier dans les liquides générateurs et sensibilisateurs, au lieu d'étendre la couche sensible à l'aide d'un pinceau; 2° à serrer entre deux glaces le papier sensible exposé à la chambre noire, au lieu de l'appliquer simplement contre une ardoise.
Il serait injuste, cependant, de ne pas reconnaître que M. Blanquart-Évrard a rendu de très-grands services à la photographie sur papier, et qu'il a, le premier, abordé le double problème, dont la solution rendait possible une imprimerie photographique : 1° donner à volonté aux épreuves la coloration qui leur est la plus convenable, ou celle qui peut, à tort ou à raison, être exigée par le consommateur; 2° amener à l'état marchand les épreuves positives, entachées encore de quelques imperfections, c'est-àdire trop pâles ou trop foncées. — Tandis que jusquelà on ne pouvait obtenir en un jour, d'un même négatif, que quatre ou cinq positifs, M. Blanquart- Évrard était parvenu à en produire jusqu'à trois cents : c'était évidemment ouvrir une ère toute nouvelle à la photographie.
En 1847, M. Guillot Saguez apporte une modification dans le procédé talbotype et réduit à deux opérations la préparation du papier négatif.
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Le 27 février 1850 (1), M. Humbert de Molard présentait à la Société d'encouragement quelques portraits d'une grande beauté, obtenus avec des négatifs sur papier sans colle, purifiés par les acides et rendus translucides par une solution alcoolique de diverses résines, élémi, copahu, camphre, etc.; ce procédé, qui a donné à l'auteur des résultats si remarquables en finesse, est le point de départ des procédés à la cire, à la céroléine, à la térébenthine, etc.
La fondation, en février 1851, de la Société héliographique, et la création du journal la Lumière, deux œuvres excellentes de M. de Monfort, imprimèrent à la photographie un élan merveilleux, et l'on vit se réaliser coup sur coup des perfectionnements importants.
Le 7 février 1851, M. Regnault, de l'Institut, indiqua l'acide pyrogallique comme bien préférable à l'acide gallique, et conseilla d'imprégner les papiers sous le vide de la machine pneumatique.
(1) M. H. de Molard présenta aussi des portraits obtenus sur des papiers négatifs par l'iodure double d'argent et de potassium redissous dans l'iodure de potassium en excès et appliqué soit par voie de précipitation dans et par l'eau, soit par voie d'application par couches minces dans un véhicule quelconque, amylacé, gélatineux, résineux, alcoolique 0u non, etc.
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Le lcv mars, MM. Hurnbert de Molard et Aubré publiaient leur procédé à base ammoniacale.
Le 2 mars, M. l'abbé Laborde associa à l'acide gallique l'acétate de chaux.
Le 3 avril, M. Fabre de Romans proposa l'emploi du papier ciré, et M. Legray, qui avait depuis longtemps découvert ce même procédé , en avait fait le point de départ d'une méthode toute nouvelle de photographie par voie sèche ou sur papier sec, dont les voyageurs photographes ont tiré un immense parti.
MM. Bayart, Blanquart-Évrard, etc., marchèrent sur les traces de MM. Fabre et Legray, et les papiers revêtus d'albumine, de miel, de sérum, etc., furent proposés de tous côtés.
Le 27 mai 1852, M. Baldus conseilla de substituer la gélatine à la cire , et obtint par cette substitution des épreuves d'une finesse et d'une beauté remarquables, cle dimensions vraiment extraordinaires, des épreuves qui furent et qui sont encore aujourd'hui, pour la photographie sur papier, un véritable triomphe.
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NIEPÇOTYPIE.
En 1847, M. Niepce de Saint-Victor, neveu du grand Niepce, eut l'heureuse idée de substituer le verre au papier dans la production des épreuves négatives, et créa la photographie sur verre, que M. Ghevreul se chargea de présenter à l'Académie des sciences, dans la séance du 25 octobre.
Le premier enduit impressionnable qu'il employa fut un mélange d'amidon cuit et d'iodure de potassium ; il substitua bientôt, et avec de très-grands avantages, l'albumine à l'amidon : il sensibilisa la plaque albuminée au moyen d'acéto-nitrate d'argent,
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faisant venir l'épreuve an moyen de l'acide gallique et d'une solution faible d'argent , et fixant à Phypo sulfite de soude.
A cette même époque , M. Niepce avait essayé les gélatines adoptées plus tard par M. Poitevin, mais il les trouva bien inférieures à l'albumine ; il conseillait l'emploi de l'albumine iodurée pour les positifs sur papier, sur pierre, sur bois, sur métal, dans le but de fournir aux graveurs des dessins qu'il leur serait facile de suivre avec le burin.
MM. Humbert de Molard et Constant imprimèrent bientôt à ce procédé naissant une impulsion nouvelle, et leur belle collection de clichés sur papier s'enrichit rapidement de superbes spécimens photographiques sur verre albuminé. — En 1848, M, Constant envoyait de Rome des positifs magnifiques d'après des négatifs sur albumine, et ces positifs, que nous venons de voir, sont encore aujourd'hui aussi remarquables et ne craignent nullement la comparaison avec les plus belles épreuves des opérateurs de 1855.
Le 12 août 1850, M. Humbert de Molard présenta à l'Académie des sciences une série de très-belles épreuves sur albumine, et les portraits qui figuraient en grand nombre dans cette collection disaient assez
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combien ce procédé exaltait la sensibilité de la couche iodurée (1).
Quelques mois avant cette communication, M. Niepce de Saint-Victor avait, lui aussi, indiqué, dans un paquet cacheté, le miel comme agent accélérateur, mais cette invention était restée secrète, et nous avons pu dire avec raison que M. Humbert de Molard avait découvert la propriété des corps sacchareux, car du moins, quant à la publication, il a la priorité sur M. Niepce de Saint-Victor.
M. Humbert de Molard décrivit, en outre, un nouveau procédé de photographie sur verre, qui avait pour base la coagulation de l'albumine. Il obtint ainsi des épreuves h l'ombre en moins d'une minute.
Le 18 août 1851, M. Bacot, sans révéler son secret, adressa à l'Académie des sciences des épreuves tirées de négatifs sur verre albuminé, représentant la mer avec des vagues agitées et moutonnantes.
Le 1er décembre 1851, M. Talbot indiquait un moyen de rendre l'albumine tellement sensible, qu'elle recevait l'empreinte d'un disque couvert de
(1) Procédé, par la dilatation de l'albumine à l'aide de diverses substances amylacées , notamment par l'amidine ou amidon solubie.
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lettres, tournant avec une extrême rapidité , et instantanément éclairé par la lumière électrique. Son procédé consistait à recouvrir la plaque d'une première couche d'albumine, à la plonger dans un bain très - faible de nitrate d'argent, à étendre une seconde couche d'albumine, à sensibiliser d'abord par le protoiodure de fer, puis par un bain de nitrate d'argent plus fort que le premier, et à exposer à la chambre obscure. Dans cette même communication, il décrivait les propriétés des nouvelles images appelées par lui amphitypes ; négatives par transmission, positives par réflexion, sous certains angles.
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ARCHÉROTYPIE.
Vers la fin de 1850, M. G. Legray, dans son Traité pratique de photographie , parla le premier du collodion ou dissolution de coton-poudre, comme pouvant être substitué et ayant été substitué par lui à l'albumine , avec de grands avantages, au point de vue surtout de la formation rapide de l'image dans la chambre obscure : il indiqua comme agents accélérateurs l'ammoniaque et les fluorures ; comme agent révélateur le protosulfate de fer, et affirma avoir obtenu des portraits en cinq secondes et à l'ombre.
En janvier 1851, M. Bingham remplaça aussi l'albumine par le collodion , et lit avec M. Cundell des expériences complètement satisfaisantes.
Peu de temps après , M. Archer formula et popularisa une méthode complète de photographie sur verre enduit de collodion, combiné avec l'iodure d'argent dissous dans l'iodure de potassium et rendu sensible dans un bain de nitrate d'argent; son agent révélateur était l'acide pyrogallique de M. Regnault, il fixait à l'hyposulfite de soude; ses épreuves étaient obtenues en quelques secondes ; il apprit, en même temps , à transformer directement les négatifs en positifs , par l'addition à la dissolution d'acide pyrogallique , de quelques gouttes d'acide nitrique , et à modifier la couleur ou la teinte de ses épreuves par l'emploi de diverses substances : acétate de chaux, acétate de plomb, acide gallique, etc., etc.
La première idée de la transformation des négatifs en positifs directs est due à M. Herschel. MM. Talbot et Malone la produisirent, en ajoutant du nitrate d'argent au bain révélateur ; M. Fry l'obtenait au moyen d'une solution de sublimé corrosif. M. Diamond réussit mieux encore , en prenant pour bain révélateur un mélange à parties égales d'acide pyrogallique et d'hyposulfite de soude; M. Lemoine conseilla un bain de ferrocyanate de potasse; M. Martin, de Versailles, enfin , prouva qu'il y avait de grands avantages à se servir d'un bain de cyanure double de
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potassium et d'argent , et produisit de beaux positifs de ce genre sur bois, surfer-blanc, sur cuivre, sur acier, recouverts d'abord d'un vernis noir ou de vernis des graveurs*
En mai 1852, M. de Brebisson publia sa méthode de photographie sur verre collodionné , donnant des épreuves instantanées , et produisit des vues de places* de marchés avec une foule compacte et agitée d'hommes occupés d'affaires commerciales.
C'est de la même époque que datent les premières tentatives pour conserver l'épreuve positive et la lustrer.
M. Clausel de Troyes nous communiqua ses idées et nous en fîmes ensemble les essais. En juin 1854, nous publiâmes ce procédé, et, nous autorisant de deux années d'expériences comparatives, nous pûmes dire et nous pouvons répéter que l'encaustiqUe , déjà connue et employée en France et en Angleterre, assure aux épreuves une durée indéfinie et une vigueur peu commune.
Dès 1852, plusieurs photographes eurent l'idée de détacher du verre la couche de collodion transformée en positif direct et de la rapporter sur papier ou sur toile ; les premiers beaux succès en ce genre ont été obtenus en 1853.
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En 1853, des essais de reproduction des anneaux d'interférence et des images de la polarisation chromatique , faits par M. Crookes , mirent en évidence une grande différence d'action entre les iodures et les bromures; M. Herschel insista alors vivement pour qu'on substituât le brome à l'iode , pour qu'on remplaçât l'iodure de potassium , ou mieux l'iodure d'ammonium par le bromure de potassium ou d'ammonium dans la préparation des collodions photogéniques.
En 1852, M. Lyte conseilla de composer le bain révélateur d'acide pyrogallique et d'acide formique au lieu des acides pyrogallique et acétique anciennement employés.
Complétons ces éphémérides de la photographie en rappelant les faits suivants :
1° En 1846, M. Niepce de Saint-Victor inventa un mode tout nouveau de reproduction photogénique des gravures , fondé sur la propriété singulière dont jouit l'iode, de se porter et de se fixer sur les noirs d'un dessin ou d'une figure quelconque à l'exclusion des blancs : il décrivit sa méthode en 1847 ; en avril 1852, il indiquait le moyen de fixer et de rendre inaltérables les épreuves ainsi obtenues , en transfor- .mant l'iodure d'amidon qui formait le dessin, en