CHAPITRE VIII
Manière de rendre le coHotlion photogénique. Objets et snlislanccs nécessaires pour cette opération.
Un mortier et son pilon, en cristal; Un flacon d'alcool de vin à 36% 100 ce; Un flacon d'iodure de potassium, 5 gr. (1); Un vase gradué en centimètres cubes; Un entonnoir et sou fdlre, destinés exclusivement à cet usage.
Broyez avec soin l'iodure de potassium et mettez-
[<\) L'alcool à 36° dissout à peu près 4 1 /2 pour cent d'iodure de potassium; n'en préparez que pour les besoins d'une quinzaine ou d'un mois tout au plus. Avec le temps il se forme , dans lo liquide, de l'acétate de potasse extrêmement soluble qui disparaît au lavage et laisse la couche du coilodion criblée de petits trous.
le dans l'alcool; agitez et laissez reposer. Filtrez ensuite en décantant.
Celte solution prend le nom à' alcool ioduré, ou liqueur génératrice, ou alcoolat d'iodure de potassium.
Collodion chimique ,
Ou Coton soluble,
Éther.
Formule.
Collodion chimique U0 cent, cubes.
Éther à 56°, U0 —
Alcool ioduré 20 —
Agitez un peu le flacon dans lequel vous aurez mis ce mélange; laissez reposer pendant une heure, et filtrez le liquide en laissant le dépôt au fond du vase.
Ou bien, si l'on possède du bon coton azotique, on peut mettre dans un flacon :
Elher à 56° Coton soluble Alcool ioduré
80 cent, cubes.
1 gr. 1/2 20 cent, cubes.
Agitez ce mélange , le collodion prendra bientôt
une belle couleur ambrée, la couleur de l'huile d'olive; une heure après il y aura combinaison et dépôt, vous pourrez séparer alors la partie claire en la filtrant •avec soin. Sans cette précaution, le dépôt pulvérulent en suspension dans le liquide pourrait passer à travers le filtre , et donner une couche pointillée.
Les deux formules que nous venons de donner n'en font qu'une en définitive. Le collodion normal du commerce possède une densité qui varie avec la quantité de coton-poudre dissous dans l'éther. Il est généralement fait dans les proportions de 3 de coton sur 100 d'éther en poids (1). Or, nous avons dit que
(1) Pour abréger les opérations on se sert d'éprouvettes ou verres gradués dont chaque division correspond à un centimètre cube. Ce procédé est fort commode pour les liquides , car il est beaucoup plus facile de les mesurer que de les peser.
L'on doit avoir trois verres gradués, l'un destiné à l'eau distillée, l'autre pour mesurer l'alcool ioduré , l'éther et le collodion, le der* nier, plus petit, est réservé à l'acide acétique.
En remplaçant la pesée des liquides par des déterminations en volume, il a fallu tenir compte de la différence qui existe entre les poids dtjS divers liquides.
Le gramme d'eau distillée correspond seul exactement à un centimètre cube , et nous pouvons dire indistinctement un gramme ou un centimètre cube d'eau. On ne peut pas dire la même chose de l'élher, du mercure dont les poids spécifiques diffèrent énormément du poids de l'eau distillée.
des volumes égaux d'étHër et de collodion normal répondaient à la formule :
Éther 80 cent, cubes.
Coton 1 gr. 1/2
Nous donnons donc, quant à la fluidité, un dosage que nous n'avons pas la prétention de regarder comme rigoureux ; ajoutons même que, dans le cas où l'on voudrait transporter la couche impressionnée sur papier, il faudrait augmenter la dose de collodion normal si les dosages indiqués ne présentaient pas assez de cohésion ; du reste, les collodions du commerce sont en général faits avec excès d'alcool, et il est rare de réussir un transport avec ces produits ; ils sont même très-décomposables , et vingt-quatre heures après leur mélange avec la liqueur génératrice, ils commencent à rougir, parce que le coton azotique dont ils sont composés n'est pas toujours bien réussi et qu'il ne se dissout guère que par l'addition d'alcool. Les chimistes qui ne travaillent pas exclusivement pour la photographie ne se font pas faute d'alcooliser fortement leur collodion qui devient ainsi très -limpide : il prend alors un aspect magnifique,
PHOTOGRAPHIE SUR GOLLODTON. 205
mais il perd en qualité ce qu'il gagne en transparence.
Aussi , nous ne craignons pas de le répéter, le succès des opérations lient principalement à l'absence de l'alcool dans le collodion normal , et aux soins que l'on a pris pour débarrasser complètement le coton azotique de toute trace d'acide ou de sulfate de potasse.
Du reste , que vous ayez préparé vous-même le coton azotique, ou que vous ayez pris le collodion tout fait , ce dernier n'en sera pas moins d'une densité variable, non-seulement à cause de la quantité et de la nature des produits qui le constituent, mais encore par suite de la température extérieure ; en sorte que chaque jour après le travail, chaque jour avant de se mettre à l'œuvre, il faudra faire subir au collodion photographique les modifications que nous allons indiquer plus loin.
Il arrivera souvent, ainsi que nous l'avons dit, qu'en raison de la diverse nature des différents collodions chimiques , les préparations photogéniques obtenues par un même dosage ne seront pas identiques : elles seront plus ou moins denses , plus ou moins chargées d'iodure, etc., etc.; dans le cas d'un collodion photogénique trop dense, coulant difficile-
ment sur la glace, l'opérateur pourra y ajouter quelques grammes d'éther et quelques gouttes d'alcool ioduré.
Si le collodion était trop fluide, coulant avec trop de facilité, il faudra y ajouter quelques grammes de collodion chimique et d'alcool ioduré. Il peut se faire aussi que le collodion photogénique, amené au point de fluidité convenable, laisse à désirer quant àl'ioduration (1).
Si , plongée dans le bain d'argent , la couche devient d'un blanc pâte de papier, sans transparence, le collodion est trop chargé d'iodure ; si, au contraire, la couche reste d'un bleu pâle, le collodion manque d'iodure : dans le premier cas , quelques grammes de collodion chimique et d'éther; dans le second , quelques grammes d'alcool ioduré suffiront pour rendre parfait le collodion photogénique.
Mais comment, dira-t-on , peut-il y avoir excès de telle ou telle substance? Nous avons déjà répondu à
(1) La quantité de liqueur génératrice qu'il faut introduire dans le collodion est de 1/4 en hiver, en été elle peut être de 1/5 ; ainsi :
Collodion normal 40 cent, cnbes.
Éther 40 cent, cubes.
Liqueur génératrice 20 ou 18 ou même 16 c. c.
cette demande : le coton-poudre n'est pas toujours également bien réussi ; on n'emploie jamais les éthers et les alcools au même degré, et l'alcool saturé d'iodure peut être saturé plus ou moins complètement : plus l'alcool est faible , plus il peut dissoudre d'iodure, car l'eau distillée dissout parfaitement l'iodure de potassium, tandis que l'alcool anhydre ne le dissout pas du tout. Tout cela n'a cependant pas une fort grande importance : l'opérateur ayant toujours sous la main un flacon d'alcool saturé d'iodure de potassium , le remède est ainsi placé à côté du mal , et ce remède , on sera quelquefois obligé de l'employer, si l'on veut avoir toujours de beaux résultats.
Il n'est plus permis, aujourd'hui, d'en douter ; le collodion ne conserve pas longtemps sa même valeur photogénique, il est donc prudent de n'en préparer que pour les besoins de la journée ; après ce temps, sa sensibilité peut décroître : il est pourtant des exemples du contraire, nous avons obtenu de fort belles épreuves, et presque instantanées, avec des collodions vieux de trois mois (l).Mais hâtons-nous de
(1) Le photographe qui opère tous les jours ne doit jamais avoir de vieux collodions. Voici le moyen d'employer cette substance
208 PHOTOGRAPHIE SUR GOLLODION.
le dire, la lumière nous avait secondé, et pour un opérateur qui se trouverait en Egypte, par exemple , il n'y aurait pas de vieux collodions.Dans le Nord, et surtout en hiver, il faut faire peu de collodion à la fois, c'est une condition de succès.
Lorsqu'un opérateur a beaucoup d'épreuves à faire, il doit régler ainsi sa journée : dès le matin, il versera, en les filtrant, environ vingt grammes de collodion dans chacun des petits flacons qui lui servent pour le répandre sur la glace ; il doit en avoir presque autant qu'il a de glaces à employer; nous disons presque, car chaque flacon ne doit pas servir à plus de deux glaces : en effet la constitution chimique du collodion changeant à chaque opéra-
toujours dans de bonnes conditions; s'il a préparé 4 00 cent, cube? de collodion photogénique et qu'il n'en ait employé que 00 cent, cubes, il aura tin résidu de 40 cent, cubes, qui sera évidemment d'une densité plus grande et plus chargé d'iodure ; le collodion qu'il préparera le lendemain devra donc être modifié de telle sorte, qu'étant moins dense et moins ioduré , il puisse être mêlé avec celui qui a déjà servi , pour reconstituer les proportions de notre formule. Ainsi on réunira, par exemple, au collodion de la veille :
Collodion normal Éther
Alcool ioduré
30 cent, cubes.
50 cent, cubes.
46 ou 48.
PHOTOGRAPHIE SUR COLLODÏON.
tion, parce que Péther s'évapore, parce que les poussières disséminées dans l'air tombent dans le liquide, etc., si l'on se servait toujours du même flacon, on ferait des épreuves de plus en plus mauvaises. A la fin de la journée, i! doit remettre tous les résidus dans le flacon mère, en y ajoutant quelques grammes d'éther et d'alcool ioduré; le lendemain, il filtrera de nouveau et il retrouvera ainsi toujours le collodion dans les mêmes conditions de fluidité, de propreté et de bonté.
Nous appellerions volontiers collodion photographique normal le collodion préparé avec Fiodure de potassium seul : en effet , l'iode est essentiellement la substance génératrice de l'image, et en l'employant simplement sous forme dïodure de potassium dans les proportions assignées, on est certain d'obtenir toujours de belles épreuves (1).
Cependant , les premiers auteurs qui ont traité de la photographie ne l'avaient point jugé ainsi ; ils avaient conseillé l'iodure d'argent liquide , et même l'iodure de fer comme agents accélérateurs,
(1) Les iodures d'ammonium, de zinc, etc., sont des produits peu fixes et donnent des résultats peu constants.
Les bromures modifient les propriétés des iodures, mais ne produisent pas les eflets qui leur ont été attribués.
leur avis fut suivi pendant longtemps ; plus tard, on a renoncé presque universellement à Fiodure d'argent (1) , Fiodure de fer compte encore quelques partisans, -^e sel est-il réellement accélérateur? ou, plus généralement, est- il vrai que telle ou telle substance introduite dans le collodion photographique normal le rende plus sensible? Cette grande sensibilité, attribuée à tel agent chimique en vogue, n'estelle pas plutôt le résultat des soins extrêmes apportés par l'opérateur à la mise en pratique des formules ordinaires , à l'obscurité complète du laboratoire, à la rapidité avec laquelle il a opéré, à son tour de main ; enfin, au concours de ces petits riens qui, en tout, font les grandes réussites? Il est pourtant incontestable qu'on peut accroître la sensibilité du collodion en augmentant la dose de Féther et celle de l'alcool par la raison très-simple que dans le bain d'argent il se charge moins d'iodure d'argent, qu'il
(1) C'est à M. Humbert de Molard que nous devons l'iodure d'argent soluble ioduré. Le premier, il î*a fait connaître et s'en est servi pour la sensibilisation des papiers négatifs. Appliqué directement et au moyen d'un pinceau, il donne des résultats fort remarquables, et les belles épreuves que M. Humbert de Molard obtenait, il y a plus de huit ans , peuvent encore rivaliser avec les meilleures épreuves faites par d'autres procédés.
reste maigre et, par conséquent, plus perméable à la lumière et aux agents révélateurs. Mais, disonsle bien vite, tout portrait obtenu instantanément ou dans un temps trop court sera forcément incomplet (1) ; il manquera indubitablement de cette expression exacte et fidèle, de cette gradation par des nuances infinies d'ombre et de lumière, de ce relief profond, de cette vigueur, qui sont le cachet d'une belle épreuve.
Un collodion photographique normal au contraire, fait d'après notre formule simple, qui aura pris dans un bain d'argent une belle couleur opaline, irisée, uniforme, sera infailliblement bon ; il sera sensible, presqu'au même degré que le collodion dit instantané.
Que le photographe ne coure donc pas après l'instantanéité, c'est par une exposition relativement longue (2) qu'il obtiendra les plus beaux résultats, et lorsqu'il montrera de belles épreuves , personne ne sera tenté de lui demander le temps qu'il a mis à les faire.
(1) Plusieurs conditions sont indispensables pour obtenir l'effet de l'instantanéité : collodion vierge et nouveau, grande lumière, objectif à court foyer, etc., etc.
(2) Voir Considérations générales.
Il faut aussi que la glace soit préparée dans une obscurité absolue, que la petite lampe du laboratoire soit entourée d'un papier ou d'un verre rouge, que la glace soit plongée humide dans le bain d'argent, que l'appareil disposé d'avance reçoive immédiatement la glace sensibilisée, qu'elle soit sans retard soumise aux agents révélateurs, en un mot, que le cliché soit fini en moins de temps qu'il n'en faut pour lire ces lignes.
Nous avons dit que les collodions photogéniques tendaient à se décomposer ; cette tendance se manifeste surtout dans des circonstances particulières d'atmosphère et de milieu, sans qtfon puisse l'attribuer à un défaut de bouchage des flacons qui les contiennent.
Le collodion photographique ne résiste pas aux cahots du voyage, et le meilleur arrivera toujours en très -mauvais état au lieu de sa destination. Il faut donc le demander au commerce d'une fluidité convenable, par flacons de 80 c. c, accompagné d'un flacon contenant|20 c. c. de liqueur génératrice.
Terminons ce chapitre en indiquant le parti que l'on peut tirer du mélange d'une solution alcoolique d'iode avec de l'éther brômé, ou même de Féther
brômé seul, pour donner de la valeur à quelques mauvais collodions (1).
Solutions à faire.
I Alcool à £i0 100 grammes. \
jre }
\ Iode jusqu'à saturation. — —
( Éther 100 — [ saturés,
j Brome pur 50 —
| Alcool à 40° 100 —
\ Solution alcoolique saturée, n° 1 10 —
> Dosages.
j Ether 100 —
( Solution d'éther brômé, n° 2 10 — /
Une heure avant de vous servir d'un eollodion, quelle que soit d'ailleurs sa composition, mêlez-y:
Par 100 grammes de la dissolution n° 3 1 cent. cube.
Agitez le flacon; laissez la combinaison se faire pendant à peu près une heure; filtrez.
(4 ) Toutefois, nous persistons à croire que les recettes que nous inscrivons ici sont inutiles, si l'opérateur s'est conformé à nos prescriptions et s'il a fait le collodion d'après notre formule.
L'iode a pour effet de donner des noirs plus intenses. Le brome, en modifiant les noirs, donne plus de détails et de variété dans les ombres.
Il nous reste à signaler un léger inconvénient qui résulte de cette addition d'alcool iocluré et d'éther brômé; le collodion ainsi modifié ne se conserve pas au delà de deux ou trois jours; et si on ne l'emploie pas dans cet intervalle, nous conseillerions de le jeter, au lieu de le mêler aux autres.
Au reste, quand même le collodion serait bon, une goutte de la solution d'éther brômé le rendrait plus limpide, et le cliché deviendrait plus brillant, L'on a attribué au brome une autre propriété qu'il ne nous a pas été donné de constater pleinement, celle de permettre aux couleurs douées d'un très-faible pouvoir photogénique , d'impressionner la couche sensible au même degré et aussi vite que les autres couleurs.
Cette assertion nous engage à dire aussi quelques mots de la chambre blanche. L'emploi d'un tel appareil qui renverse toutes les idées reçues, a d'abord été proposé par un de nos élèves, M. Lœcherer, de Munich ; pendant plus de trois ans , nous nous sommes constamment servi d'une chambre blanche; et, il faut l'avouer, nous en avons toujours été satisfait.
Il est vrai que nous n'avons pas fait d'essais rigoureusement comparatifs sur le doublé d'argent; mais des hommes éminents, et qui font autorité en pareille matière , les ont faits , et les résultats de leurs expériences paraissent être concluants. Les nôtres nous permettent seulement d'affirmer que , pour le collodion du moins, une chambre blanche est préférable; l'opérateur pourra se convaincre que, par ce moyen, il obtiendra ce qu'il cherche, souvent en vain, des habits bien venus avec des figures parfaitement à point.
Tout le monde sait maintenant pourquoi il doit en être ainsi, et la question des chambres blanches a été assez longuement discutée pour qu'il soit inutile de s'y arrêter plus longtemps.