POUR LES NÉGATIFS SUR COLLODION
NOTE i.
De même que la constitution chimique du collodion ioduré est sujette à de grandes variations , de même le bain de nitrate d'argent subit une succession de changements qui peuvent désespérer l'expérimentateur le plus habile et le plus patient.
Pour se rendre bien compte des remèdes à employer dans ces cas si fréquents, il faut s'être appliqué à comprendre la condition dans laquelle se trouve un bain neuf, et avoir étudié les changements
qui surviennent à mesure que l'on opère. Un bain neuf est presque toujours acide, ont écrit quelques auteurs; et dans cet état, ajoutent-ils, il est peu propre à donner de bons résultats.
Un bain d'argent neuf est, au contraire, presque toujours neutre, et donne en effet d'assez mauvais résultats , tandis qu'un bain qui a sensibilisé une dizaine de glaces et qui rougit le papier de tournesol donne de très-bonnes épreuves. Toutefois , on ne saurait en conclure qu'il devient meilleur en vieillissant; car si l'on continuait à s'en servir sans le modifier, on s'apercevrait assez vite qu'il a dégénéré. Et comment en serait-il autrement? Le bain , qui était neutre d'abord, est devenu acide, sa constitution chimique a donc dû subir aussi une succession de changements sensibles , à mesure que chaque glace lui enlevait de l'argent en abandonnant de l'alcool, de l'éther, de l'iode, etc. On doit alors, non pas le changer, mais ajouter à ce bain , déjà un peu vieux , une solution d'azotate d'argent au titre de 7 pour 100. Ceci est d'autant plus facile, que si l'on n'a mis dans la cuvette que la quantité de bain nécessaire pour mouiller la glace, on sera forcé pour la noyer d'avoir recours au liquide réparateur. On maintiendra ainsi la solution dans les conditions d'un
bain ni trop nouveau ni trop usé, et par conséquent dans le meilleur état possible (1).
(1) Nous avons dit que la constitution chimique du bain d'argent changeait après chaque immersion d'une glace; dans notre première édition nous avions recommandé le bain faible à 5 pour 100 d'abord, puis le même bain additionné d'une solution à 7 pour 100. Ce procédé est des meilleurs , et ce que nous n'avions fait qu'indiquer jadis, ce que nous n'avions qu'entrevu nous -même , nous l'avons approfondi plus tard, et nous pensons maintenant qu'il n'est pas sans intérêt de consigner ici , dans un tableau très-restreint, quelques faits et quelques chiffres qui en diront plus que toutes les hypothèses.
Pour couvrir une glace normale , il faut 6 cent, cubes de coliodion ; en calculant sur quelques gouttes perdues, on peut dire que 4 00 cent, cubes de collodion suffiront à former la couche de 4 6 glaces. Or, ces 4 00 cent, cubes contiennent 96 cent, d'iodure de potassium qui , par la loi des équivalents, enlèveront chimiquement 4 gr. d'azotate d'argent, puis mécaniquement 50 cent, cubes d'eau, laquelle eau contient 2 gr. 5 cent, d'azotate d'argent.
En effet, 4 00 cent, cubes de notre collodion contiennent 96 cent, d'iodure de potassium, et notre bain d'argent neuf, 5 pour 400; il est facile de se rendre compte de ce que devient un bain après la sensibilisation de 4 6 glaces, et en tenant compte de son appauvrissement successif par la perte de l'azotate d'argent, on arriverait à le maintenir toujours au même degré ; mais il faut aussi tenir compte delà loi chimique, et nous voyons que si par celle des équivalents, le bain qui a sensibilisé 4 6 glaces normales a perdu chimiquement 4 gr. d'argent pour former 4 gr. 29 cent, d'iodure d'argent, il s'est enrichi en même temps d'une quantité équivalente d'azotate de po-
Quelques opérateurs ont conseillé l'addition de l'acide acétique au bain d'argent; mais l'acide acétique est le plus mauvais des agents ? il empêche les
tasse, richesse qui, à elle seule, constituerait une pauvreté, quand même on voudrait négliger les acides et les autres sels qui concourent à gâter complètement le bain ; car, à la longue, et malgré les précautions indiquées, la solution aqueuse d'azotate d'argent finit par contenir un peu de tout excepté de ce sel , et l'on comprend que dans de telles conditions la réussite devienne impossible.
En résumé, nous disons : 16 glaces qui ont exigé î 00 cent, cubes de collodion, contenant 96 cent, d'iodure de potassium, ont enlevé au bain, chimiquement, 1 gr. d'azotate d'argent et mécaniquement, 2 gr. et demi , le bain s'est donc appauvri de 3 gr. et demi d'azotate d'argent; mais il a perdu aussi 50 gr. d'eau. Abstraction faite des autres substances abandonnées dans le bain par l'immersion des 46 glaces, il faudrait donc, pour le remettre dans les mêmes conditions qu'auparavant, y ajouter environ 50 gr. d'eau, tenant en solution 3 gr. et demi d'azotate d'argent. C'est en effet ce que nous avions déjà indiqué , c'est ce que de nouvelles expériences rigoureuses nous autorisent à confirmer. Nous ajouterons cependant, qu'un bain qui a sensibilisé une centaine de glaces et auquel on a fait subir ces additions successives n'en est pas moins un bain impropre à donner de bons résultats. Du reste, l'opérateur s'en apercevra bien vite à ces signes : la glace sera très-lente à perdre dans le bain Y aspect huileux qu'elle prend d'abord ; on éprouvera de la difficulté pour étendre l'acide pyrogallique qui se retire en formant des taches , enfin, par la présence de l'aldehide, il se formera des réductions métalliques partielles , présentant assez bien l'apparence d'une étoffe de laine à longs poils.
blancs de venir noirs ; un tel bain ne peut donner que des épreuves uniformément grises.
D'autres photographes ont proposé tantôt l'alcool , tantôt l'iodure de potassium, tantôt enfin le collodion ; nous ne saurions admettre ces mélanges , et nous pensons qu'un bain neuf, à faible dose, renforcé successivement, est ce qu'il y a de plus convenable.
On peut régler à peu près de la manière suivante le temps des poses. Ces règles sont inutiles pour le photographe déjà initié, mais elles peuvent avoir quelque intérêt pour le commençant.
Paysage en lumière. — Objectif pour vues, muni de son petit diaphragme, en été, avant midi, deux minutes.
11 ne faut pas oublier cependant que trois minutes valent mieux que deux; l'image vient plus vite.
Portrait. — Objectif allemand , quatre-vingts millimètres (grandeur normale).
1° Belle lumière diffuse, 2 à 4 secondes;
2° Lumière diffuse faible, 5 à 20 secondes.
Avec objectif français, en général, à long foyer, le temps de la pose doit être à peu près double.
A mesure qu'on éloigne l'objectif du sujet, l'image se forme plus vite; si l'on opère de loin avec un objectif double, et sur des objets vivement éclairés, l'impression est instantanée.
A mesure qu'on approche l'objectif du sujet, l'image devient plus grande , elle est plus longue à se former dans la chambre obscure, etc., etc.
A l'aide de ces données principales, l'opérateur pourra estimer approximativement le nombre de secondes ou de minutes exigées par telle ou telle lumière, telle ou telle distance de l'objectif au sujet, etc., etc., pour que la couche sensible soit convenablement impressionnée.
PHOTOGRAPHIE SUR GOLLODION. 251
Le dosage de l'acide pyrogallique doit être varié à l'infini, ainsi que celui de l'acide acétique; pour bien comprendre ceci , il faut connaître les propriétés fondamentales de ces deux agents en photographie.
L'acide pyrogallique employé seul est un agent réducteur des plus énergiques.
L'acide acétique ajouté préserve les blancs, les défend de l'action trop puissante de l'acide pyrogallique, les empêche de noircir ti*op vite.
De là ces conséquences : 1° plus le mélange contient d'acide pyrogallique, plus l'image vient vite; 2° plus la proportion d'acide acétique est grande, plus la venue de l'image est retardée. Si l'acide pyrogallique est en excès , l'image apparaîtra vite , mais avec des oppositions trop fortes d'ombre et de lumière : on appelle ces clichés blanc et noir (1). Si, au
( I) II en est souvent de même si pour faire apparaîlre l'image on ajoute à l'agent révélateur simple (acide pyrogallique) la deuxième solution argentifère.
252 PHOTOGRAPHIE SUR GOLLODION.
contraire, c'est l'acide acétique qui domine, l'image restera uniformément grise; il n'y aura plus de contraste suffisant de lumière et d'ombre : dans l'un et l'autre cas, ce sont de mauvais résultats que l'on obtient.
Si l'on reste dans un juste milieu , que Ton n'emploie aucun des deux agents en excès, et si l'on règle leurs proportions en raison de la lumière plus ou moins vive émise ou réfléchie par l'objet, on arrive à des résultats constants, c'est-à-dire bons et toujours tels. Prenons un exemple :
Si la personne à reproduire est blanche, si elle est habillée d'habits de couleur claire, gris, bleus, violets, etc., il n'y a pas de différence ou de contraste dans la lumière réfléchie par les diverses parties, et la figure viendra évidemment en même temps que les habits; les couleurs se fixeront dans leur degré de lumière relative, il n'est donc pas besoin d'empêcher les blancs de noircir trop vite, il vaut mieux, au contraire , leur laisser prendre un peu de vigueur.
lre solution:
Eau distillée
100 grammes.
Acide acétique crislallisable Acide pyrogallique
0,3 décig.
2me SOLUTION :
Eau distillée 100 grammes.
Nitrate d'argent 2 — (1)
Avec ce dosage on peut diminuer le temps de la pose, et les tons ne seront pas heurtés, ou plutôt ils auront certaines oppositions qui se feront valoir, ce qui n'aurait pas lieu avec un autre dosage.
Pour une personne au teint blanc, vêtue d'habits de deuil, verts ou couleur marron, etc., il vaudrait mieux se servir de cette nouvelle combinaison , à proportion plus forte des deux acides, mais où l'acide acétique est en excès.
lre solution :
Eau distillée 100 grammes
Acide acétique 14 —
Acide pyrogallique 0,8 décig. (2)
(1) Il faut mêler vingt parties de la première solution avec dix de la seconde à peu près.
(2) On commence par arroser la couche avec l'acide pyrogallique seul; si l'image ne se développe pas assez vite ou si elle manque d'oppositions, on ajoute à l'acide quelques grammes de la deuxième solution.
2e SOLUTION :
Eau distillée 100 grammes
Nitrate d'argent U —
Dans le premier cas, le rapport de la quantité d'acide acétique à la quantité d'acide pyrogallique était représenté par dix ; il est de près de dix-huit dans le second : le temps de la pose devant être plus considérable à cause des habits, il fallait une grande proportion d'acide acétique pour empêcher la figure de noircir trop vite , tout en permettant aux habits de se développer et de venir à point.
Entre ces deux extrêmes , l'opérateur intelligent saura modifier convenablement ses proportions*
Il existe plusieurs agents révélateurs; dès le commencement nous les avons expérimentés; mais nous avons toujours reconnu que l'acide pyrogallique était incontestablement supérieur à tous les autres.
Avec les sulfates, protosulfates, etc., on n'arrive jamais, ou presque jamais, à amener l'épreuve au ton voulu ; l'image se produit instantanément sous l'influence des sulfates ; mais , ou elle s'arrête tout à coup et ne prend plus de vigueur, ou bien elle noircit trop si la pose a été trop prolongée : c'est un défaut capital, il suffit à lui seul pour faire rejeter ces
réactifs. Du reste, bien moins énergiques que l'acide pyrogallique , ils n'ont sur celui-ci que le faible avantage de donner des tons plus doux, qui conviennent mieux aux épreuves positives directes sur toile ou sur verre.
Des images positives par réflexion.
Lorsque la glace sensibilisée reçoit dans la chambre obscure l'action de la lumière, si cette lumière est assez vive, les sels d'argent sont décomposés partout avec la même énergie, et sous l'influence des agents révélateurs, l'image latente se développe avec des rapports de ton propres à une belle épreuve négative, Dans le cas d'une exposition insuffisante , le sel d'argent n'est décomposé qu'aux endroits lumineux : or, comme ces endroits altérés correspondent justement aux endroits éclairés du modèle , l'image n'est d'abord visible qu'à ces endroits ; ce qui constitue ces parties apparentes, c'est une couche insoluble d'argent, une réduction métallique; les parties noires de l'image , les habits , par exemple , sont
PHOTOGRAPHIE SUR COLLODTON,
à peine indiqués; soumis à l'action dissolvante de l'hyposulfite de soucie concentré, le collodion, en perdant l'iodure d'argent libre, deviendra d'une transparence extrême dans les parties peu impressionnées par la lumière, pendant qu'il restera opaque dans les parties fortement modifiées, etc. Si l'on place alors la glace sur un objet noir, on y verra paraître une image positive par réflexion : en effet , les parties métalliques de l'image ne laisseront pas voir le fond sombre sur lequel l'image est posée , tandis que les noirs qui ont conservé une grande transparence le laisseront à découvert.
On comprend que si l'on charge encore les points opaques de l'image d'un sel d'argent ou de mercure par une dissolution faible de bichlorure de ce métal , on aura une image moins terne.
Si, donc, l'épreuve n'est pas assez complète comme négatif, et qu'on désire la conserver comme positif direct, on lui fera subir cette dernière opération.
L'image étant fixée et lavée (voyez fixer l'épreuve négative) , on la couvrira de la dissolution suivante :
Eau distillée Bichlorure de mercure Acide chlorhydriquc pur
100 grammes.
Quelques instants après, l'épreuve noircit, mais elle reprend bientôt un grand éclat 9 et se complète par des tons blancs qui ne laissent rien à désirer. v •
Lavez et faites sécher.
Une couche de vernis noir appliquée sur le collodion terminera l'épreuve.
Le transport du collodion sur toile cirée, cuir, toile, etc., n'est pas une invention nouvelle, et les résultats de cette découverte sont si pauvres que nous pourrions les passer sous silence; essayons, cependant, de décrire le procédé.
Lorsque l'image positive par réflexion est fixée , lavée, etc., terminez le lavage par une eau légèrement gommeuse, mettez un instant la glace avec un angle sur du papier buvard et laissez-la égoutter ; pendant ce temps coupez un carré de toile cirée noire très-belle, un peu plus petit que la glace;
aites-le chauffer un instant en hiver, posez la glace à plat sur une main de papier, et appliquez la toile cirée sur le collodion en commençant par un des côtés , et avançant peu à peu vers l'autre; passez votre main dessus pour faire adhérer la toile, retroussez le collodion sur la toile , il fera ainsi corps avec elle; relevez légèrement un des angles , et essayez de soulever la couche de collodion ; aidez-y même au besoin, en introduisant quelques gouttes d'eau entre la glace et la couche. Si le collodion est de nature tenace , c'est-à-dire s'il est fait sans alcool , il se détachera très-facilement et sans solution de continuité; laissez sécher, il n'est même pas besoin de vernir.
Il y a plusieurs moyens de fixer l'image négative, mais nous donnons la préférence à celui que nous avons décrit plus haut (eau saturée d'hyposulfite). Cependant , lorsque le cliché est faible , l'hypo-
sulfite concentré, en enlevant tout l'iodure libre, rendra la couche de collodion trop translucide, et la transmission des rayons lumineux se faisant sans obstacle , leur action sera trop vive , la réduction métallique trop abondante, le positif sera heurté, mauvais.
Dans le cas où un cliché serait faible , on pourrait le conserver dans de bonnes conditions en le fixant avec le chlorure d'or (voyez Chlorure d'or alcalin). Une minute suffit pour cette opération , l'iodure libre ne disparaît pas, mais il se trouve fixé, et l'épreuve conserve sa couleur opaline un peu bleue. Un tel négatif donnera très-lentement des épreuves positives , mais elles seront d'une grande douceur.
NOTE 7. j
Le transport sur papier du négatif collodion n'est
pas plus difficile à exécuter que son trarisport sur
toile cirée; l'opération est à peu près la même,
260 PHOTOGRAPHIE SUR GOLLODION,
elle réussit toujours et donne d'excellents résultats. Deux conditions cependant sont indispensables pour réussir : un collodion tenace , c'est-à-dire fait avec très-peu d'alcool , et une feuille de papier albuminé (1).
Lorsque le négatif est fixé , lavé , terminé, mettez la glace à plat sur un cahier de papier buvard, le collodion en dessus, prenez une feuille de papier albuminé un peu plus petite que la glace, appliquez cette feuille, l'albumine en dessous, sur le collodion, en commençant par un des bords de la glace et avan çant peu à peu vers l'autre bord afin d'éviter les bulles d'air, appliquez dessus une feuille de papier buvard et pressez avec votre main pu mieux avec un tampon de linge, pour faire adhérer l'albumine au collodion; enlevez la feuille de papier buvard et détachez la pellicule de collodion qui dépasse la feuille albuminée, à ce moment le collodion aura fait corps avec elle ; relevez un peu un angle et avec l'ongle
(4) On albumine le papier avec des blancs d'œufs battus en neige, comme pour l'albumine ordinaire déjà décrite, seulement on ne met pas d'iodure ni aucun sel dans cette préparation , à laquelle on ajoute 25 pour 4 00 d'eau à peu près. On peut aussi l'employer pure.
détachez le collodion de la glace, pour faciliter la séparation, introduisez un petit filet d'eau sous la couche et saisissant l'angle du papier que vous avez relevé pendant que l'eau coule, enlevez le tout diagonalement et assez vite , le collodion adhérera parfaitement à la couche albuminée,; suspendez la feuille et laissez-la sécher. Lorsque le collodion transporté est sec, il est si bien incorporé au papier, que le frottement le plus prolongé, le froissement le plus brusque ne saurait l'en détacher; il est, en un mot, biea plus solide qu'un négatif ordinaire sur papier.
Mais cette épreuve négative a été redressée par le fait du transport, et si on l'employait au tirage d'un positif par la méthode ordinaire , on obtiendrait une image renversée. Il faut donc opérer autrement; pour que l'épreuve positive soit redressée, il faut mettre le cliché renversé sur la glace de fond du châssis , en sorte que la partie blanche du papier se trouve du côté de l'opérateur. Dans cet état, l'image négative n'étant pas en contact immédiat avec le côté préparé du papier positif, l'on pourrait croire que la transmission lumineuse se faisant à travers la pâte du papier il dût en résulter moins de finesse et de netteté, rien n'est cependant moins à craindre, et nos expériences réitérées nous autorisent à dire que fi-
mage positive ainsi produite est tout aussi belle que si la pellicule de collodion fût restée sur la glace qui l'avait d'abord supportée.
En résumant les avantages de ce procédé, on voit qu'il n'y a plus à craindre pour la fragilité des glaces; n'en ayant besoin que d'un petit nombre , elles ne causeront plus d'encombrement et l'on ne sera pas obligé d'en chercher dans les pays où il serait difficile de s'en procurer; enfin, le prix des glaces n'effraiera plus l'opérateur, qui n'en fera pas une grande consommation. Avec ce procédé on aura des négatifs d'une solidité à toute épreuve, et la certitude de ne pas les gâter en les mettant même au contact d'un papier positif humide. Si l'on cirait le papier du négatif avec soin, l'épreuve positive gagnerait en finesse et viendrait beaucoup plus vite.
L'on a déjà , depuis longtemps , essayé bien des procédés pour le transport du collodion sur papier, et quelques auteurs, en France et en Angleterre, ont formulé leurs méthodes; nous les avons expérimentées toutes et nous pouvons dire hardiment que pas une seule ne nous paraît susceptible d'être mise en pratique ; pas plus celle qui consiste à enlever le collodion par les quatre coins , comme un linge, que celle où il est question de faire un double transport
PHOTOGRAPHIESUR COLLODION. 263
pour remettre l'épreuve dans sa situation primitive.
Ceux qui ont décrit de tels procédés ont-ils réussi une seule fois sur cent? Nous croyons pouvoir en douter; notre méthode au contraire est tellement sûre, que nous ne pensons pas qu'on puisse gâter une seule épreuve en suivant nos indications.
RÉSUMÉ DES OPÉRATIONS
Appréciation.
Collodion normal fait sans alcool;
Collodion photographique fait avec l'alcool ioduré à l'iodure de potassium seul ;
On introduit de cette liqueur génératrice dans le collodion normal , à la dose d'un cinquième ou d'un quart de- son volume ;
Flacon ne servant qu'à colloclionner une glace;
Bain négatif d'argent dans la proportion de 4, 5 et 7 pour 100;
Éclairer le modèle presque également , prolonger plutôt que diminuer le temps de la pose;
N'employer d'abord que la solution d'acide pyrogallique;
Renforcer au besoin l'épreuve en faisant un mélange en proportions égales d'acide pyrogallique et de solution d'azotate d'argent;
Arrêter l'effet de l'agent révélateur plus tôt, au risque de se tromper, car on a toujours le temps de renforcer l'image;
Faire le cljché plutôt vigoureux que faible;
Déioder complètement;
Laver assez longtemps pour chasser la solution d'hyposulfite qui pourrait cristalliser;
Tenir toujours la glace par les deux angles libres, les mains en bas;
Dans les temps humides faire sécher le cliché devant le feu;
Éviter de vernir le cliché à moins qu'il ne soit d'un ton trop heurté.
Nous avons dit ailleurs : L'appréciation est tout. Certes, rien n'est plus vrai ni plus général que cette maxime, nous dira-t-on, le difficile c'est de savoir apprécier. Eh bien, cela n'est pas, la chose au contraire est facile et ne demande qu'un peu de réflexion.
Essayons de guider l'opérateur, afin que la crainte de se tromper ne soit pour lui une cause d'embarras.
Sur une glace humide le collodion adhère mal, il peut se détacher dans le bain.
Sur les elichés les taches plus claires que le fond proviennent des corps qui humectaient la glace (jets de salive, etc.).
Les taches blanches qui semblent être le résultat d'un manque de collodion proviennent ordinairement de pellicules de collodion desséché déposées par le bain d'argent, qui en contient toujours ; ces corps empêchent la lumière d'agir, et lorsque le liquide révélateur les chasse, c'est la couche non impressionnée qui se trouve mise à nu dans les endroits qu'ils avaient recouverts.
Les taches noires sont le résultat , soit d'un corps arrêté dans la masse liquide du collodion, tel qu'une pellicule tombée du flacon à collodion, soit d'un trou du châssis ou de la chambre qui donne accès à la lumière , et produit un effet à peu près semblable.
Une couche inégale ou ondulée provient d'une mauvaise manœuvre dans l'action du collodionnage ; on en a rejeté trop vite le collodion ou bien on ne l'a pas versé sur la glace par un filet continu.
Le cliché est heurté , sans demi-teintes, ou blanc et noir, par plusieurs motifs : ou le mode d'éclairement a été défectueux (éclaireraient d'une chambre),
ou les couleurs des figures contrastaient trop avec les couleurs des habillements.
Dans le premier cas il n'y a guère de remède, dans le second , laissez écouler un plus grand intervalle entre la formation de Fiodure d'argent et l'exposition de la glace dans la chambre noire.
En effet, si vous produisez l'image immédiatement après avoir retiré la glace du bain , la solution d'azotate d'argent sera en excès lorsque vous la couvrirez de l'agent continuateur, et la réduction sera exagérée sur les lumières.
Il est vrai que l'acide pyrogallique seul n'agirait point sans le concours du sel d'argent ; mais dans le cas qui nous occupe , il doit agir presque seul ; car l'argent ayant la propriété de métalliser les lumières, il donnerait lieu au résultat qu'il s'agit d'éviter.
En un mot, plus la glace a été portée vite dans la chambre obscure et plus l'image se produit rapidement, mais elle prend trop de vigueur ou plutôt les contrastes s'y font trop sentir.
L'image se forme au contraire dans la chambre noire, d'autant plus lentement que la couche y arrive plus sèche; le dessin devient plus uniforme, sans contraste aucun et sans relief.
Il est aisé de comprendre qu'en se tenant dans urT
juste milieu , suivant les rapports des couleurs à reproduire et des effets à obtenir, l'opérateur restera maître de donner à l'image plus ou moins de dureté, plus ou moins de douceur.
Les parties noires , le velours et les ombres profondes des habillements de laine exceptés, doivent toujours être indiquées dans le négatif; les parties les plus blanches, le linge, par exemple, peuvent seules être passées à l'état complet de réduction métallique.
Quant aux parties lumineuses de la face, vues par transparence , elles doivent être bien modelées et laisser passer à travers un peu de lumière.
Nous ne comprenons pas certains livres et certains journaux qui, en prônant un procédé , ne manquent pas d'ajouter « qu'il donne des noirs parfaits et des blancs superbes. »
Le noir et le blanc, nous le répétons, ne devraient pas exister à l'état de pureté ? sur un bon négatif ou sur un bon positif; malheureusement il est rare que cela soit ainsi; du reste, si la partie blanche n'est pas d'une trop grande étendue elle est supportable, elle est même quelquefois nécessaire pour éclairer un point de relief ou servir de repoussoir à des plans secondaires.
Un cliché qui se couvre en séchant d'une légère arborisation ou simplement de petits astérisques est un cliché mal lavé; l'eau en se volatilisant a laissé l'hyposulfite cristallisé sur l'épreuve.
Une couche limpide de collodion doit sa limpidité à une belle impression lumineuse , développée rapidement.
Une couche cendrée est le résultat d'une décomposition lente sous l'influence d'une lumière rougeâtre et mauvaise.
Dans le premier cas la couche n'a pas perdu son aspect opalin après le développement de l'image, l'opérateur voit disparaître l'iodure libre sous l'influence du bain fixateur, et l'image se transforme en positif par réflexion.
Dans le second cas, la couche tourmentée par l'agent révélateur a perdu sa transparence, sa couleur d'opale pour prendre un aspect cendré, et l'épreuve déiodée présente la même apparence qu'avant d'être soumise à l'agent fixateur.
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