‹ Les quatre branches de la photographieChapitre 63 sur 74 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Fixage des épreuves positives. Considérations générales.

4e OPÉRATION.

La question du fixage des épreuves n'est pas nouvelle, et si depuis quelques temps elle est plus que jamais à l'ordre du jour, c'est que les amateurs de la photographie ne voient pas sans douleur disparaître totalement ou se maculer de taches indélébiles] les collections précieuses qu'ils conservaient en cadres ou dans des cartons.

Quelle est la cause de cette décoloration et pourquoi fait-elle souvent de si rapides progrès, qu'il n'est pas rare de voir des photographies retouchées, ne plus conserver, après quelques mois de leur formation , que quelques taches de bistre ou d'encre de Chine?

L'hyposulfite, outre la propriété dont il jouit de dissoudre le chlorure d'argent non modifié par la lumière, possède aussi celle de donner naissance à du sulfure d'argent. N'est-il pas probable que, dans certaines conditions et en présence de certains corps, ce sulfure se transforme en sulfate d'argent, <jui devient la cause principale de la détérioration des épreuves?

Cette question, depuis longtemps étudiée, ne saurait plus être aujourd'hui un sujet de doute , et nous pouvons dire avec une grande certitude que l'hyposulfite de soude employé avec discernement nous paraît l'agent le plus propre à débarrasser l'épreuve du chlorure d'argent libre et à la fixer irrévocablement.

Employé seul et à peu près neutre , l'hyposulfite donne d'excellents résultats , surtout si le chlorure d'or vient consolider la couche d'argent, en la couvrant d'un corps inoxydable. Il faut en outre qu'un bain d'eau de quelques heures enlève jusqu'aux dernières traces des agents fixateurs.

11 est certain que la présence de l'hyposulfite de soude dans la pâte du papier détermine seule l'affaiblissement successif des images photographiques jusqu'à les faire entièrement disparaître.

Tout ce grand problème de la conservation des épreuves , qui intéresse si vivement l'avenir de la

PHOTOGRAPHIE SUR GOLLODION. 283

photographie se résout donc par un simple lavage.

Ce sujet, ainsi que tout ce qui se rattache à la photographie, a été, et se montre toujours enveloppé de tant d'obscurité, malgré les efforts et peut-être grâce aux efforts de ceux qui devraient l'élucider, que nous croyons écrire une page utile en essayant de le dégager des complications qui l'entourent et en exposant d'une manière nette et claire ce que depuis 6 ans nous avons trouvé là-dessus de plus certain et de plus simple.

Nous avons dit quelle pouvait être la cause de la dégradation partielle ou totale des images photographiques, et quelle est la nature de l'influence perturbatrice que l'hyposulfite de soude vieux, employé comme dissolvant le chlorure d'argent non modifié , exerce sur les images qu'on voudrait conserver. Quelle que soit d'ailleurs la cause chimique ou mécanique qui opère la destruction des épreuves, pourvu qu'il soit démontré que, pour la faire disparaître , il suffit de débarrasser la pâte du papier de l'hyposulfite de soude neuf qui a servi à fixer l'épreuve , nous aurons la certitude de pouvoir déclarer à priori qu'une épreuve sera durable, si nous l'avons laissé tremper pendant une vingtaine d'heures dans un bain d'eau pure souvent renouvelé.

284 PHOTOGRAPHIE SUR COLLODIOIN.

M. H. de Molard, notre ami et notre maître à tous, frappé de la persistance du sel d'hyposulfite dans la pâte de papier, après même un lavage assez prolongé, a utilisé depuis plus de 8 ans la propriété bien connue de l'ammoniaque , de dissoudre le chlorure d'argent non modifié par la lumière pour fixer les épreuves positives*

Bien que ce mode de fixage par l'ammoniaque jouisse de certains avantages, en raison surtout de la volatilité du corps employé et de la facilité qu'il présente de pouvoir, en très-peu de temps,' fixer un grand nombre d'épreuves, nous ne sommes pas assez exclusif pour rejeter en sa faveur tous les autres systèmes. Il est même de notre devoir de signaler les avantages et les inconvénients qui sont attachés à chacun des procédés que nous employons tour à tour, suivant le genre de coloration qu'il s'agit d'obtenir, suivant la qualité des papiers employés, et surtout suivant la nature de l'épreuve négative.

L'ammoniaque dissout quelques encollages, et l'on remarque souvent des traces d'une action assez sensible sur la pâte du papier , qu'il soit collé à la résine ou qu'il le soit à la gélatine. Cette action de l'ammoniaque peut devenir tout à fait désorganisatrice si le papier est faible et peu collé, ce qui est le

cas de quelques papiers français ; le papier saxe petit format résiste mieux , quoique collé à la résine , parce qu'il est d'une grande force, mais sa texture devient fibreuse et ne présente plus la même homogénéité qu'avant le fixage. Le papier saxe grand format résiste fort bien et prend des tons superbes dans le bain d'or. Ceci explique comment depuis plus de 6 ans que nous travaillons à ces recherches, et après avoir étudié les propriétés individuelles d'un grand nombre de corps fixateurs, nous nous sommes arrêté définitivement à l'hyposulfite de soude et au bain d'or alcalin; au bain d'or acide et à l'hyposulfite ; à l'hyposulfite de soude et au chlorure d'or ammoniacal; enfin à l'eau ammoniacale et au bain de chlorure d'or. Employés alternativement et suivant nos besoins, ces divers modes de fixage, toujours basés sur l'élimination du chlorure d'argent libre et sur la dorure de l'argent métallique, nous ont constamment fourni des épreuves qui se sont conservées sans altération.

Si au sortir du châssis -presse on laissait l'image exposée au soleil ou même à la lumière diffuse, on comprend que le chlorure d'argent libre noircirait aussitôt, et l'épreuve serait perdue. Il faut donc la fixer sans retard.

A cet effet , plongez-la clans une bassine pleine d'eau ordinaire et laissez-la dans ce bain pendant une ou deux minutes ; lorsqu'elle en est pénétrée, mettez-la dans le liquide suivant :

Bain fixateur.

Eau ordinaire 500 grammes.

Hyposulfite de soude 70 —

Tournez et retournez plusieurs fois l'épreuve pendant la première demi-heure; après 3/4 d'heure, relevez l'épreuve et regardez -la par transparence. Si la pâte du papier est pure, si elle n'a point un aspect poivré {voyez note 5), elle est fixée, on peut l'ôter du bain; il vaut mieux cependant, et par excès de précaution l'y laisser encore quelques minutes ; quand l'épreuve est fixée , il faut la rincer avec soin et la mettre dans une bassine pleine d'eau {voyez note 6) ; changez souvent cette eau, surtout si la cuvette est petite ou si plusieurs épreuves baignent ensemble. Après plusieurs heures (15 h. suffisent), l'épreuve est fixée; néanmoins, si l'on veut assurer à l'image une grande durée, il faut la laisser séjourner au moins 24 heures dans une assez grande masse d'eau souvent renouvelée.

L'on peut sécher l'épreuve dans du papier buvard et même devant le feu (1), mais il est peut-être mieux de la suspendre et de la laisser sécher naturellement ; elle est alors terminée; si le photographe dispose d'un laminoir avec plaque d'acier ou pierre lithographique, il doit la satiner, car cela ajoute beaucoup à sa finesse et fait mieux ressortir les détails (voyez note 7).

(1) Ce moyen peut être employé pour faire noircir l'épreuve, si elle manque de vigueur.

Page 1