POUR LE PAPIER POSITIF KT LES ÉPREUVES
La préparation du papier positif est très-facile, le tirage de l'épreuve ne présente aucune difficulté sérieuse, et, avec quelques précautions, on peut toujours, et à coup sûr , arriver à un bon résultat.
Il est bon, toutefois, que le photographe soit suffisamment au fait des propriétés des agents chimiques qu'il emploie, afin qu'il puisse, à volonté, les changer, les modifier, les supprimer.
NOTE i.
Le sel ordinaire , le chlorure cle sodium pur, le sel ammoniac , en un mot, tous les chlorures ont pour propriété fondamentale de précipiter les sels d'argent. Quelque faible que soit le bain de sel, quelque faible que soit la proportion de sel dont le papier s'est imprégné, quelque faibles que puissent être la solution de nitrate d'argent et la couche de chlorure d'argent qui se formera sur la feuille , le papier ainsi préparé, mis en contact avec le négatif, donnera toujours une épreuve positive; mais cette épreuve sera-t-elle dans les conditions voulues de force, de profondeur, de durée? Bien certainement non. Quelques auteurs ont conseillé , cependant , des bains de sel faibles, en recommandant de ne laisser la feuille sur le bain que deux ou trois minutes. Il nous semble que c'est là une erreur, surtout si le papier est fort et satiné. Le dépôt de sel est dans ce cas trop
superficiel, et le chlorure d'argent formé se présente lui-même en couche trop faible. Il faut donc immerger la feuille dans le bain de sel , et la laisser assez longtemps pour qu'elle en soit pénétrée, afin que le chlorure d'argent se forme dans la pâte; ce n'est qu'à cette condition que l'on peut obtenir une bonne impression, des tons riches et une image durable.
Si le chlorure d'argent est trop superficiel , on a des épreuves faibles, supportant à peine le fixage et s'affaiblissant avec le temps; si au contraire le chlorure d'argent a péuétré profondément dans le papier, les épreuves que l'on en obtient sont fortes et indélébiles. En résumé :
Plus il y a de sel dans le papier, plus il se formera de chlorure d'argent; plus il y aura de chlorure décomposé sous l'influence des rayons lumineux , et plus la résistance dans le fixage sera grande. Les bains de chlorure d'or donneront des tons plus beaux et rendront indéfinie la durée de l'épreuve.
NOTE % Du papier albuminé.
Ce papier, peu artistique pour la reproduction du portrait ou du paysage, est indispensable pour les images stéréoseopiques , pour la représentation des objets d'art, des bronzes, des ciselures, etc., etc.
Les contours estompés , si appréciés des artistes, les tons harmonieux , obtenus par les préparations ordinaires, et qui, en rapprochant la photographie de Vaquatinta , donnent presque aux portraits la valeur d'une peinture, seraient un vrai contre-sens, lorsque la représentation des objets exige des lignes d'une grande pureté , d'une grande finesse et d'un dessin bien arrêté, presque dur.
La préparation albumineuse peut donc être de quelque utilité dans certains cas, mais elle est surtout indispensable pour les vues stéréoseopiques.
Plusieurs dosages réussissent également bien, nous n'en donnerons qu'un, et nous laisserons à l'opérateur intelligent le choix d'une albumine plus ou moins
forte, en nous bornant à rappeler que plus il y a d'eau dans l'albumine, moins le vernis qu'elle forme est brillant.
Mettez dans une capsule ou dans un grand vase profond, après en avoir ôté les germes,
Blancs d'œufs &00 grammes.
Eau distillée 100 —
Chlorhydrate d'ammoniaque. 30 —
Battez jusqu'à neige avec une fourchette d'argent ou de buis; lorsque la mousse se soutient, mettez à l'abri de la poussière et laissez reposer quinze ou vingt heures.
Au moment de vous en servir décantez avec soin le liquide dans la cuvette destinée au bain de sel.
La solution albumineuse remplace le bain salé (première opération du positif). Marquez l'envers de la feuille du signe X, et posez-la sur cette solution de la même manière que sur le bain d'argent , mais avec des précautions bien plus grandes, pour éviter les bulles, relevez-la même peu à peu, pour vous assurer qu'il n'y en a point, et faites-les disparaître s'il s'en est formé.
PHOTOGRAPHIE SUR GOLLODION.
Laissez la feuille sur ce bain pendant dix minutes, et suspendez-la par l'angle sec ; mettez un morceau de papier buvard à l'angle opposé.
Lorsque les feuilles sont sèches , et avant de les soumettre à la deuxième opération (bain d'argent), mettez -les une à une entre deux feuilles de papier blanc et propre , et passez dessus un fer à repasser modérément chaud. Le papier reprend sa forme, et l'albumine coagulée devient insoluble dans l'eau.
Le chlorure d'argent se forme plus lentement sur la feuille albuminée ; si vous voulez des tons moins rouges, laissez la feuille pendant 10 minutes sur un bain d'argent à vingt-cinq pour^ent au moins.
Si l'image a dépassé le ton vert- olive dans les noirs , si les demi-teintes ont disparu sous une réduction métallique trop forte, si enfin elle est trop venue, on ne pourra pas lui faire perdre le ton vertbronze métallique dans le bain fixateur; avant donc
de la plonger dans ce bain , il faut la dépouiller de l'excès de réduction : à cet effet, mettez -la d'abord dans l'eau , et laissez-la s'en imprégner pendant une minute ; jetez l'eau et couvrez l'épreuve d'une solution de chlorure d'or acide (1) ; suivez attentivement l'action du chlorure d'or : s'il est neuf, l'effet sera instantané , sitôt que le ton bronze aura disparu, pressez-vous de reverser la solution dans un flacon, et de laver l'épreuve à grande eau; plongez-la alors dans le bain fixateur et continuez les opérations comme il est dit à la page 286.
Lorsque vous dépouillez une épreuve trop venue, hâtez-vous et ne la laissez sous l'action du chlorure d'or que tout juste le temps nécessaire, plutôt moins, ce bain est très-actif et l'épreuve pourrait perdre de sa vigueur ; on peut aussi la traiter d'abord par
(4 ) Chlorure d'or acide :
Eau distillée 600 grammes.
Chlorure d'or 1 —
Acide chlorhydrique \ 0 —
Il ne faut pas jeter la solution qui vient de dépouiller une épreuve ni la remettre dans le flacon qui contient le chlorure d'or neuf. On la conserve dans un flacon àpart, et l'on s'en sert pour commencer' à dépouiller une épreuve qui ne serait pas trop forte.
Je bain vieux, surtout si elle ne demande qu'à être légèrement affaiblie.
Les tons bleus ou noirs, mais un peu froids, obtenus par ce moyen, conviennent surtout à certaines reproductions de nature morte, aux ruines, aux cloîtres, aux forêts, etc., et le photographe pourra amener exprès ses épreuves au vert-bronze métallique lorsqu'il aura besoin d'obtenir ces effets.
Quelques paysages du Midi , au contraire , les rochers , les fabriques, exigent des tons chauds, un peu rouges, il en est de même des académies. On peut avoir facilement ces tons en fixant les épreuves à l'ammoniaque (1), ou en mêlant au bain d'hyposulfite quelques grammes d'acétate de plomb dissous. Une épreuve fixée à l'hyposulfite de soude (bain neuf) et d'un ton roux sale, peut être ramenée aussi à un ton chaud et harmonieux par une immer-
(1) Eau ordinaire 100 grammes.
Ammoniaque pure 12 —
Lorsque l'épreuve a été mouillée dans l'eau ordinaire, on la met dans ce bain ; elle rougit tout d'abord ; quelques minutes après, on la plonge dans le bain d'hyposulfite de soude, où elle achève de se fixer. Ce bain préalable a pour but encore de donner des oppositions qui pourraient manquer à l'épreuve. Après le fixage et un bain d'eau de quelques heures, cette épreuve prendra dans le bain d'or alcalin un ton
PHOTOGRAPHIE SUtl COLLODÏON. 297
sion plus ou moins prolongée dans un bain de chlorure d'or alcalin (voyez note 6).
De la dégradation partielle de l'image , ou du moyen de ramener à des tons plus harmonieux un positif heurté , et de donner à une épreuve des effets de lumière.
L'opérateur se voit assez souvent dans la nécessité de mettre au rebut un cliché , qu'il regarderait comme excellent s'il ne manquait pas d'harmonie dans son ensemble ; les parties claires du modèle sont venues plus vite que les endroits moins éclairés ou les couleurs peu actives se sont trouvées en retard. Personne n'ignore quelles épreuves positives donne un cliché de cette nature , dont les parties métallisées tamisent lentement la lumière pendant que les parties translucides la laissent pénétrer sans obstacle; les lumières et les demi-teintes de l'image positive seront parfaites et les ombres seront évidemment passées au
noir chaud des plus puissants et des plus harmonieux, on peut même terminer le fixage de l'épreuve à l'eau ammoniacale, sanshyposulfite de soude, l'épreuve se fixe ainsi plus vite et l'on peut la retirer plus tftôt du bain.
vert-bronze métallique ; ce dernier ne disparaîtra pas au fixage.
Nous venons cle voir (page 29b) qu'une épreuve positive , passée à la nuance métallique , peut être ramenée à un ton convenable et nous avons indiqué le moyen de parvenir à ce but en faisant usage du chlorure d'or acide. Voici maintenant ce qu'il faut faire pour dégrader partiellement une épreuve ou pour lui donner selon les besoins certaines lumières.
Malgré toutes les précautions prises il peut arriver qu'un portrait, dont la ligure est d'ailleurs parfaite, manque de détails dans les habits; qu'un paysage, complet dans ses lointains et dans ses fabriques, soit trop venu dans les masses de verdure; dans ce cas, il faut rétablir l'harmonie par le moyen suivant :
Au sortir du châssis-presse positif, mettez l'épreuve dtfns l'eau, lavez-la un instant, changez cette eau et n'en conservez dans la cuvette que 50 grammes environ, que vous rejetterez dans un angle en inclinant la bassine , afin de laisser l'image à découvert, trempez dans le chlorure d'or acide (page 295) un pinceau à lavis et passez-le rapidement sur la partie vert- bronze; ramenez de suite l'eau sur cet endroit, jetez cette eau; reprenez une quantité égale d'eau pure et répétez cette manœuvre sur toutes les
parties métallisées en ayant bien soin de ne pas laisser passer le chlorure d'or sur les parties claires de l'image qu'il détruirait; lavez immédiatement après chacune de ces opérations qui sont, il est vrai, assez délicates , mais qui n'offrent aucune difficulté sérieuse.
On peut ainsi dégrader les cheveux, par exemple, sur un portrait, sans endommager la figure. Un peu de pratique en apprendra plus, du reste, sur l'application de ce procédé, que tout un volume de conseils. L'opération terminée, on lave à grande eau, on met l'épreuve dans le bain d'hyposulfite et on la fixe (page 286).
C'est alors que l'opérateur pourrait croire son épreuve perdue; elle présente en effet deux tons si opposés , qu'il faudrait la rejeter s'il n'y avait pas de remède; voici comment on peut lui redonner l'harmonie nécessaire :
Nous savons que le chlorure d'or alcalin ramène à un ton très-harmonieux les épreuves rousses fixées à l'hyposulfite, c'est ce chlorure que nous prendrons pour fondre les nuances de notre épreuve.
Quand , donc , après le fixage , elle aura séjourné dans l'eau pendant 2 heures, on la couvrira de la solution de chlorure d'or alcalin en la traitant comme
il est dit ( pagre 303) et Ton attendra qu'elle ait pris le ton violet-bleu ou le ton noir; on la remettra ensuite dans l'eau, etc. (page 286).
ISOTE 4.
L'hyposulfite de soude a pour propriété en photographie, de dissoudre le chlorure d'argent et de laisser à la surface de la feuille la couche d'argent modifiée par la lumière. Employé neuf et seul, cet agent donne aux épreuves un ton roux, sale et désagréable.
Quelques photographes ont imaginé de le mélanger avec une certaine proportion d'argent afin de donner aux images ce ton bleu-violet velouté qui plaît assez généralement. Mais la présence de ce sel dans le bain d'hyposulfite se traduit par une sulfuration immédiate des épreuves qui jaunissent bientôt après et disparaissent.
M. Malone a proposé l'emploi de la potasse comme agent fixateur, et M. Hunt pense que cet emploi as-
sure aux épreuves une durée beaucoup plus grande que les solutions de chlorure d'or.
Nous ne saurions partager l'opinion de M. Hunt; l'hyposulfite, employé en solution neuve ou à peu près, nous paraît un bon dissolvant , et le chlorure d'or le moyen le plus efficace de faire virer les épreuves au noir, en passant par les tons rouge, violet et bleu. Le chlorure d'or a en outre l'avantage de dorer l'argent métallique et de rendre de la sorte l'épreuve inaltérable.
Des expériences suivies depuis six ans , dans le but de constater la valeur des divers agents fixateurs, ne sauraient nous laisser aucun doute à cet égard.
Un bain d'hyposulfite qui a servi à fixer plus de vingt épreuves , ne peut plus être considéré comme neuf, on doit alors, si on le conserve, nettoyer la cuvette , le filtrer, et ajouter au moins une quantité égale de solution fraîche.
Les acides dont on a conseillé l'introduction dans le bain d'hyposulfite pour obtenir de beaux tons nous paraissent de véritables agents destructeurs des épreuves. On a beau laver et relaver, l'image s'affaiblit toujours. Nous avons constat^ue, malgré toutes les précautions, en dépit d'un lavage à l'eau, long et souvent renouvelé, une épreuve ainsi fixée devenait
jaune et disparaissait complètement au bout d'un temps plus ou moins long.
Après un quart d'heure de bain, l'épreuve vue par transparence offre un aspect poivré , comme si elle était recouverte de poivre en poudre. C'est le précipité métallique dont elle se débarrasse peu à peu sous l'action du bain fixateur que l'on voit encore dans le tissu du papier; il est essentiel, pour que l'épreuve se conserve, que toute trace de chlorure d'argent ait disparu : on ne saurait fixer à l'avance après combien de temps l'épreuve sera fixée ; ce temps dépend, en effet, de la quantité de chlorure d'argent déposé, de la force du bain fixateur, de celle du papier, etc. D'un autre côté, l'aspect général de l'épreuve ne fournit aucun signe extérieur auquel on puisse reconnaître que le fixage est complet .
Force est donc de regarder par transparence pour s'assurer du degré de fixation.
Quand la feuille paraît entièrement débarrassée de
chlorure d'argent, laissez-la encore, pour plus de sûreté, dans le bain pendant dix minutes.
Nous avons dit que le bain d'hyposulfite neuf, ou à peu près , laissait aux épreuves un ton roux sale peu agréable; donnons le moyen de les faire passer à un ton plus harmonieux.
Préparez le bain suivant :
Dans un flacon d'un demi-litre mettez :
lre SOLUTION.
Eau distillée
300 grammes.
Chlorure d'or
Dans un flacon d'un litre mettez :
2e SOLUTION.
Eau distillée
Hyposulfite de soude
300 grammes.
304 PHOTOGRAPHIE SUR GOLLODION.
Lorsque ces deux sels sont dissous, versez la première solution dans la seconde peu à peu et en agitant (1).
Ce bain, qui est, à peu de chose près, le même que celui dont on se sert pour fixer les images sur plaque métallique , mis dans une cuvette en quantité suffisante pour couvrir l'épreuve, la fera virer au noir, en passant par les teintes rouge, violetle, bleue : le photographe pourra arrêter l'action du bain sur le ton qu'il jugera convenable.
Si cependant l'épreuve était mise dans ce bain immédiatement après celui d'hyposulfite, elle resterait d'un ton rouge, et le bain d'or ne vaudrait plus rien.
Pour obtenir un ton plus près du bleu noir, il faut laisser l'épreuve se dégorger du bain d'hyposulfite dans l'eau, pendant deux heures, avant de la soumettre au bain de chlorure d'or (2).
(1) Si l'on mettait la solution de soude dans celle d'or on ferait un précipité d'or; l'opération serait manquée.
(2) Il est des papiers mal collés ou encollés à la résine et à la gélatine, qui restent constamment rouges après un bain prolongé; il en est de même des papiers salés du commerce , qui manquent de sel.
En hiver cette solution agit lentement; pour en activer l'effet on peut la chauffer à 30° ou 40° au bainmarie.
Ce bain s'affaiblit ou vieillit au bout de quelque temps; on doit conserver à part la solution neuve et celle qui a déjà servi; cette dernière servira à commencer la transformation des épreuves.
Nous insisterons principalement sur ce point : le lavage à grande eau et souvent renouvelé des épreuves après les bains d'or ou d'hyposulfite. Nous ne laissons jamais moins de vingt heures nos épreuves dans l'eau, que nous avons soin de renouveler trèssouvent.
Il est évident que plus elles seront lavées et plus on pourra compter sur leur durée sans altération.
La durée d'une épreuve sera du reste assurée par l'emploi d'un bain fixateur au chlorure d'or alcalin.
Encaustique lustrée de Clausel.
L'épreuve positive vue clans l'eau a une bien belle apparence, et chacun a eu certainement le désir de lui conserver ce lustre humide qui lui donne tant d'éclat; mais en séchant, la transparence et la vigueur disparaissent , et avec elles les détails , les finesses et tout le charme de la couleur.
L'on a employé avec quelque succès les vernis et le laminoir; et il faut bien le reconnaître, l'épreuve vernie ou satinée acquiert beaucoup plus d'éclat. Mais le vernis couvre l'épreuve d'une couche luisante, épaisse, pouvant jaunir avec le temps et faisant miroiter l'image d'une façon désagréable.
Le laminoir est préférable au vernis, et cependant il donne un aspect dur à l'épreuve, en écrasant trop le grain du papier ; de plus, le laminoir est une lourde machine, et le portraitiste voyageur a dû y renoncer.
Nous devons à l'obligeance de M. Clausel, peintre
fort distingué, opérateur photographe des plus habiles , de pouvoir donner aux épreuves positives ce brillant si doux, si harmonieux, qu'elles ont perdu en séchant, de pouvoir leur assurer une durée indéfinie sans altération,
Trois ans d'expérience nous ont appris que, même au contact de centaines d'autres épreuves enfermées dans un carton, les épreuves encaustiquées n'ont contracté aucune tache , pendant que les autres ont été maculées en plusieurs endroits ou ont sensiblement perdu.
Comment en serait-il autrement! l'encaustique est un composé d'essence de lavande , d'essence de girofle, de gomme élémi et de cire vierge, tous éléments de conservation et de réduction. C'est encore à M. Humbert de Molard que nous devons l'addition d'essence de girofle, essence qui était la base de son encaustique à lui, car nous nous rappelons qu'il l'employait déjà en 1848.
Malheureusement, ce composé n'est pas si aisé à faire qu'on pourrait le croire ; et comme il n'y a pas de dosage fixe, il faut un peu tâtonner pour l'amener à son véritable point. Ainsi , il faut faire d'abord un vernis avec de l'essence de lavande et de la gomme élémi ; on fait fondre ensuite la cire avec de l'essence
de lavande, et enfin on y incorpore le vernis à Télémi et l'essence de girofle. L'habitude seule peut fixer le dosage de l'encaustique et lai assurer la consistance convenable ; trop ferme ou trop fluide, elle perd plutôt qu'elle ne protège les épreuves, et elle devient très-difficile à manier.
Malheureusement, la contrefaçon s'est. emparée de ce produit , et elle vend tous les jours à vil prix, ou plutôt à un prix relativement trop élevé, un mélange d'huile d'aspic et de cire que l'opérateur achète sans marchander, sans défiance, et qui amène infailliblement les plus fâcheux résultats.
L'on a fait à l'encaustique de M. Clausel le reproche d'être un produit trop cher ; nous ne saurions partager cette opinion , puisqu'une épreuve encaustiquée ne revient guère qu'à 0,5 centimes. Du reste, nous ne croyons pas qu'en y employant des matières pures et en y apportant tous les soins qu'elle exige , la fabrication de l'encaustique puisse baisser beaucoup de prix. Tout opérateur peut se mettre à l'œuvre et préparer lui-même ce composé ; il sera toujours meilleur que celui des contrefacteurs.
Manière d'opérer. — Collez l'épreuve sur un carton Bristol, ou enfermez-la humide dans un stirator; ce
dernier mode convient pour toute épreuve qui doit être collée dans un album.
Lorsque l'épreuve est sèche et tendue, prenez avec un doigt un peu d'encaustique et étendez-la sur l'image de manière à ce qu'il n'y en ait que juste pour couvrir le papier ; mettez-en également partout et égalisez la couche. Laissez sécher pendant dix minutes, plus ou moins, suivant la température.
Procédez à un premier frottage avec un tampon de laine (étoffe mérinos , par exemple). Laissez sécher encore un instant ; frottez de nouveau, en long et en large; laissez encore sécher et achevez de polir avec un tampon nouveau , en le manoeuvrant assez vite pour obtenir un joli brillant ; si des peluches étaient restées adhérentes au papier, frottez un peu plus fort, elles seront enlevées sous l'effet du frottage.