QUELQUES
L'agent principal dans les opérations de la photographie étant la lumière, et l'appareil fondamental qu'elle emploie étant un appareil optique, il est nécessaire que le photographe acquière une idée assez nette des propriétés de ce merveilleux agent et des phénomènes auxquels il donne naissance suivant les différentes conditions dans lesquelles on le fait agir, suivant les instruments par lesquels on le met en action, etc....
Nous n'entendons pas écrire ici un traité d'optique, nous ne voulons pas même passer en revue les différentes propriétés de la lumière. Ce que nous allons
dire sera, avant tout, une instruction relative à l'emploi de la chambre noire, que le photographe doit connaître, non-seulement par pratique, mais un peu aussi par voie de théorie. Entrons donc en matière, sans autre préambule, et disons quelques mots des propriétés de la lumière en général , nous réservant le soin de traiter plus tard ce sujet in extenso, et de donner une définition complète de l'agent lumineux, que nous nous contenterons d'étudier, maintenant, dans ses effets photographiques.
La lumière peut avoir deux origines : ou elle appartient au corps lui-même que l'on considère, ou bien celui-ci l'emprunte à d'autres corps. Dans le premier cas, le corps d'où elle émane s'appelle lumineux, dans le second, on le nomme corps éclairé.
Nous ne possédons qu'un organe, l'oeil, pour juger de la lumière ; aussi , quand cet organe est malade , jugeons-nous très-imparfaitement des impressions lumineuses. Quoique tous les yeux ne soient pas constitués absolument de même, il est facile de constater que la grande majorité des hommes donne les mêmes noms aux mêmes accidents visuels. Ainsi les rayons blancs sont blancs pour le plus grand nombre, les rouges sont rouges, les verts, verts, etc., etc. Nous pouvons donc, sans crainte d'erreur, affirmer,
par exemple, avec la majorité, que la lumière qui nous vient d'un nuage bien éclairé et assez élevé audessus de l'horizon, est blanche, que la lumière réfléchie parla neige est blanche, etc., etc.
Eh bien, si cette lumière blanche rencontre certains corps sur son passage, elle peut les traverser ou en être renvoyée. Lorsqu'un corps se laisse traverser par la lumière, on le nomme transparent ; s'il la force à rebrousser chemin , on l'appelle opaque. Toutefois, les corps transparents , même les plus purs , réfléchissent une certaine quantité de lumière, mais cette quantité est si faible, par rapport à celle qui les traverse, qu'on peut la négliger dans presque tous les cas de la pratique. Les corps opaques ne sont pas non plus d'une opacité absolue. Nous ne dirons rien ici de la lumière renvoyée ou réfléchie , elle n'intéresse guère le photographe que sous le point de vue de l'éclairement du modèle, et nous avons déjà traité cette question dans la première partie de notre livre.
Arrêtons-nous un peu sur les propriétés de la lumière transmise. La lumière blanche qui passe à travers les corps transparents , reste blanche, ou se colore suivant la nature du corps qui lui livre passage et suivant la forme de ce corps. Tout le monde sait qu'une couche d'eau, pas trop épaisse, laisse passer la
lumière sans la colorer, une masse d'eau de deux ou trois mètres de longueur donne au contraire de la lumière verte; le diamant, le cristal de roche, n'altèrent pas la blancheur des rayons lumineux; l'émeraude les teint en vert, le rubis en rouge , le saphir en bleu, l'améthyste en violet, la topaze en jaune, etc.
Mais indépendamment de la nature propre du corps transparent , nous avons dit que sa forme aussi contribuait à la coloration de la lumière. Si l'on regarde en effet un nuage blanc à travers un prisme ou bâton triangulaire en cristal, on s'aperçoit que les couleurs les plus vives ont pris la place de la blancheur, et cependant le cristal n'avait par lui-même aucune coloration sensible. Cela tient à l'action de la forme du corps transparent sur les rayons de lumière. Une plaque du même cristal , polie à faces parallèles , n'aurait pas altéré la blancheur du nuage. Le phénomène par lequel un verre prismatique tire les couleurs de la lumière blanche s'appelle dispersion; il nous prouve que le blanc est le résultat du mélange de toutes les couleurs que le prisme sépare. Si l'on fait entrer dans une chambre bien noire un rayon de lumière blanche par un trou pratiqué dans un volet, et si l'on met un prisme de verre sur le trajet de ce rayon, on voit se produire deux effets parfaitement
distincts. 1° Le rayon, au lieu de marcher en droite ligne suivant la direction qu'il avait d'abord, se brise et se replie derrière le prisme, soit vers le haut, soit vers le bas, suivant que l'arête formée par les deux faces traversées par la lumière est en bas ou en haut; 2° au lieu d'avoir sur le mur opposé au trou son image déplacée, comme nous venons de le dire, mais blanche, on y voit paraître une longue bande, colorée des plus vives nuances , disposées dans l'ordre suivant : rouge, orangé, jaune, vert, bleu, violet ; le rouge d'un côté et le violet de l'autre étant fondus clans l'obscurité. Le déplacement du rayon est dû à la réfraction, les couleurs proviennent de la dispersion opérée par le prisme. Or, si l'on veut faire attention à la forme d'une lentille à bords tranchants et à centre renflé, on s'apercevra qu'elle n'est, en définitive, qu'un assemblage d'une infinité de prismes à faces courbes , disposés tout autour d'un centre; elle doit donc présenter les mêmes phénomènes que les prismes. En effet, une lentille infléchit les rayons qui la traversent, et donnent un anneau teinté de couleurs magnifiques , d'autant plus étendues et plus vives, que la lentille est plus bombée à son milieu.
Si l'on place un point lumineux devant une lentille convexe, et que l'on promène un verre dépoli der-
rière la lentille , on finit par trouver le plus souvent un endroit appelé foyer, où l'image du point lumineux se peint nettement sur la face dépolie du verre. En deçà et au delà du foyer, il y a bien encore une image du point, mais confuse et baveuse. Si le point est blanc et la lentille une lentille ordinaire , on ne trouve plus d'image parfaitement nette du point rayonnant; celle que l'on obtient étant toujours entourée d'auréoles ou de cercles colorés. Si le point était violet, d'une couleur violette pure, on trouverait son image plus près de la lentille que si le point était rouge. Pour des points orangés, jaunes, verts et bleus, leurs foijers seraient entre ceux du rouge et du violet. Il résulte de là que le point blanc étant composé de toutes ces couleurs, donne des images nettes, situées à des distances différentes, derrière la lentille, et correspondant chacune à une des nuances infinies comprises entre le violet et le rouge ; mais comme une seule de ces images est nette à la fois, et que toutes cependant se peignent ensemble, il en résulte que leur mélange est toujours diffus et frangé. On peut faire disparaître ces franges par un artifice que l'on a désigné sous le nom à\t,chromatisation (1) des
(1) L'achromatisation est un moyen de corriger les effets de la
lentilles , et qui consiste essentiellement dans l'emploi de deux ou de plusieurs substances différentes à la confection des verres lenticulaires. Une lentille achromatisèe n'a qu'un seul foyer pour toutes les couleurs, et les images qu'elle donne ne présentent plus de bavures ni d'auréoles colorées.
Ce que nous venons de dire d'un point est également applicable aux corps dont la surface n'est qu'un assemblage de points engendrant ou réfléchissant de la lumière. On trouvera donc les images des objets extérieurs derrière une lentille, et ces images seront irisées dans le cas d'une lentille ordinaire, et nettes si la lentille a été rendue achromatique.
Pour une même lentille, la position de l'image ou du foyer varie avec l'éloignemenl de l'objet qui lui donne naissance. Si l'objet est tout près de la lentille, on ne trouve plus d'image ; mais en l'éloignant peu à peu, il arrive un moment où cette image commence à paraître. Seulement, elle est alors à une distance
dispersion des rayons lumineux ; on achromatise en faisant passer la lumière à travers des corps de forces dispersives différentes. Dollond obtint ce résultat en formant des lentilles de deux prismes de verre superposés, l'un en crown-glass et Y autre en flint-glass, dont les pouvoirs dispersifs étaient différents. Ces objectifs, formés de flint et de croim, reçurent de Bevis le nom d'achromatiques.
presqu'infinie derrière la lentille. Peu à peu, au fur et à mesure que l'objet s'éloigne , l'image se rapproche, d'abord très-vite, puis avec une extrême lenteur, jusqu'à ce que l'objet, étant assez éloigné, son image ne change plus de place d'une manière sensible, quoiqu'on vienne à l'éloigner davantage. Cet endroit, où l'image paraît s'arrêter derrière la lentille, où les rayons du soleil, par exemple, vont former un petit disque ardent lumineux, s'appelle le foyer principal ; et quand on dit dans le commerce: lentille ou objectif de 6 pouces, d'un pied, de 3 décimètres, etc., etc., de foyer, on entend parler d'une lentille qui donne une image nette des objets très-éloignés, à 6 pouces, à un pied, à 3 décimètres derrière sa surface postérieure.
La grandeur des images diminue pour une même lentille, à mesure que l'objet s'éloigne, et continue de diminuer lors même que le foyer ne paraît plus changer de place; mais alors la diminution est extrêmement peu sensible.
D'après ce que nous venons de dire, on comprendra aisément que l'image d'un corps en relief ne peut jamais être complètement nette à un seul foyer, car les diverses parties d'un corps se trouvent nécessairement à des distances différentes. Il n'y aura donc
APPLIQUÉE A LA PHOTOGRAPHIE. ûOl
de netteté absolue que pour les images des objets situés sur un seul plan , ou qui étant sur des plans différents se trouvent placés fort loin de l'endroit occupé par la lentille. On peut toutefois parer à cet inconvénient, du moins en partie, en couvrant les bords de la lentille par des anneaux en carton noirci, que Ton appelle des diaphragmes. Plus l'anneau est large et la partie centrale et découverte de la lentille est petite, et plus les images qu'elle donne sont nettes et bien définies; mais elles sont aussi de moins en moins éclairées , en sorte que l'avantage qui résulte de l'emploi du diaphragme disparaît lorsqu'on veut obtenir des impressions rapides, des portraits, par exemple, qui exigent des Ilots de lumière trèsintense.
Il y a en outre un défaut assez grave attaché aux objectifs combinés ou objectifs pour portraits, même achromatiques, et que la science n'a pas encore réussi à faire disparaître entièrement. Ce défaut est bien connu des photographes sous le nom de foyer chimique. Nous avons dit, en commençant, qu'un prisme donne une image oblongue et vivement colorée d'un trou ou d'une fente livrant passage aux rayons lumineux. Cette image aux vives couleurs s'appelle le
spectre solaire ou simplement le spectre. Lorsqu'on
met du chlorure d'argent à l'endroit où le spectre se dessine avec beaucoup de netteté , on voit , au bout d'un certain temps-, que le chlorure a été décomposé bien plus à fond aux endroits moins lumineux qu'à ceux qui nous paraissaient éblouissants. Ainsi le rouge n'aura pas laissé de traces, l'orangé ni le jaune non plus, le vert aura marqué à peine, le bleu se sera fait sentir davantage , et le violet paraîtra avoir agi avec beaucoup d'énergie ; mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est que l'on trouvera une bande noire trèsmarquée sur le chlorure d'argent là où la lumière n'était plus sensible pour nous , au delà du violet, dans l'obscurité qui paraissait absolue à notre œil. Le maximum d'action photogénique paraît donc être au milieu du violet ; mais si l'on remplace le chlorure d'argent par une autre substance sensible, on n'obtient plus tout à fait les mêmes résultats. Ce maximum se déplace, et peut même se porter de l'autre côté du spectre. 11 faut donc conclure de ce que nous venons d'exposer qu'il y a, la plupart du temps, lumière photogénique là où nous n'en voyons point, et qu'il n'y en a souvent pas là où il nous semble qu'il s'en trouve davantage. Ceci nous ramène à la question de Y achromatisme. Nous disions alors que le but de l'achromatisation c'était de réunir en un seul les
foyers des rayons rouges violets, séparés par les
lentilles ordinaires ; mais s'il y avait des rayons invisibles au delà du violet, dont l'opticien achromatiseur n'eût pas tenu compte , il en résulterait que la lentille, très-achromatique pour un œil ordinaire, ne le serait plus du tout pour un organe pouvant apercevoir les rayons invisibles négligés par le constructeur de la lentille. — Or, c'est ce qui arrive précisément tous les jours dans la photographie. Les plaques, les papiers ou les collodions sensibles représentent ces yeux anormaux dont nous venons de parler : un objectif, irréprochable pour l'œil de l'homme, n'est plus achromatique pour les sels d'argent ; il donne des images frangées là où elles nous semblaient fort nettes sur le verre dépoli , et il faut chercher par des tâtonnements l'endroit convenable où la substance sensible doit être placée pour que l'image s'y imprime avec toute la netteté désirable. Cet endroit, trouvé , à peu près, pour un objet situé à une certaine distance, n'est plus le même lorsque l'objet vient à changer de place ; il serait presque impossible de corriger , par des graduations pratiquées sur le tube objectif , les erreurs de foyer provenant de ces différences. Ajoutons à cela que Yachromatisation peut porter le foyer chimique tantôt au delà, tantôt
m ÉLÉMENTS D'OPTIQUE
en deçà du foyer optique ou visible. Heureusement, il y a des opticiens (1) qui sont parvenus à construire des verres n'ayant à peu près qu'un seul foyer et pour l'œil et pour les substances impressionnables usuelles. Nous recommandons aux photographes l'emploi de ces objectif à foyer unique de préférence à tous les autres , car on sera d'autant plus sûr d'obtenir de bons résultats , qu'on laissera beaucoup moins de place à l'arbitraire dans la position de la lentille relativement au corps à impressionner.
Terminons ce petit chapitre d'optique par quelques mots sur la chambre obscure. D'après ce qui vient d'être dit, il est facile de se faire une idée du jeu de la lentille, qui, sous le nom d'objectif, occupe la paroi antérieure de la boîte en bois nommée chambre noire. L'objectif est enchâssé dans un tube qui glisse dans un autre, et peut être enfoncé ou retiré au moyen d'une crémaillère et d'un bouton molleté , afin de mettre la lentille à la distance convenable du fond de la boîte où l'image doit se peindre. Ce fond ou paroi, faisant face à la lentille , est occupé d'abord par une
(I) M. Boutrais, opticien rue Saint-Christophe , 4 2, vient de se révéler par d'excellents objectifs, et nous croyons pouvoir le recommander.
glace dépolie, plus tard, par la plaque, le papier ou le verre sensibles, contenus dans des châssis glissant à frottement doux entre deux coulisses verticales pratiquées dans l'épaisseur de la boîte. Afin de bien mettre au foyer, on place la chambre noire sur son pied, on braque l'objectif sur l'objet que l'on veut reproduire; puis, s'abritant sous un drap noir jeté sur la boîte et couvrant la tête et le dos de l'opérateur, on cherche à amener à sa plus grande netteté l'image sur le verre dépoli, en déplaçant d'abord le fond de la boîte, qui est mobile, et terminant la mise au foyer à l'aide du bouton à crémaillère, qui permet de mouvoir lentement l'objectif dans sa gaine. Une fois que l'image paraît bien nette, il ne reste plus qu'à retirer le verre dépoli , boucher avec un obturateur l'ouverture de l'objectif, placer les châssis et opérer comme nous avons dit dans la première partie de cet ouvrage.
APPAREILS ET SUBSTANCES