CHAPITRE XXXII
Faits relatifs à la querelle du pape avec Napoléon. — ■ Bulle d'excommunication. — Premier degré de captivité. — Nouveaux actes du pape. — Second degré de captivité.
Ce titre montre l'intention du récit qui va suivre.
Une querelle s'allume. Les combattanssont de nature différente. L'un a des armes , et l'autre des titres au respect, et les droits que donne la vertu. Tous les cœurs généreux vont être pour lui. L'un est très-faible et l'autre très-fort. A ce titre, l'intérêt ne peut appartenir à celui-ci : le cœur humain ne lui accorde que les droits à la justice. Lapolitique agitseule et en liberté d'un côté. De l'autre, se trouve un bisarre assemblage de la politique avec la religion. Des mécontentemens antérieurs, des excitations étrangères, une grande ignorance du caractère de l'ennemi, que l'on sert en voulant le combattre, des conseils à contresens de tout ce qui existait et de tout ce qu'il
y avait à Faire, tels sont les mobiles qui ont décidé de tout ce qu'on va voir.
Il est arrivé dans cette querelle ce que l'on remarque dans beaucoup d'autres. D'un côté le mécontentement aigrissant les esprits, avait préparé la division : l'étranger était venu l'augmenter et en profiter. Des hommes, organes d'un parti très - honnête , sûrement, mais très-ignorans du monde et des affaires , faisaient suivre un plan contraire à ce que demandait la nature des choses. Le pape mettait sa vertu et son courage à le soutenir. Les injures s'aggravaient, les blessures s'envenimaient, il était clair que l'on courait à une catastrophe.
De l'autre côté, le défaut de considération pour ceux avec lesquels on traitait, le sentiment de la force , son usage et son succès habituel , l'ignorance ou plutôt le mépris le plus complet de toute affaire religieuse dont alors on ne connaissait pas la portée , enfin la direction de ces mêmes affaires remplie au hasard et exclusivement par Napoléon, libre de se livrer aux aberrations de sa présomptueuse ignorance surles matières ecclésiastiques , tels ont été les principes de sa
conduite qui, sous beaucoup de rapports, a inspiré de l'horreur, et éloigné beaucoup de lui. D'après cet exposé, il a existé des torts de part et d'autre , quoique dans une mesure bien inégale , sans doute, les torts de la faiblesse ne pouvant jamais être évalués comme ceux de la force. On s'est conduit, à Rome, comme les aristocrates l'avaient fait en France. Rome était devenue un autre Coblentz ; on aurait dit le coté droit de l'assemblée constituante^ transporté à Rome; à l'exemple des aristocrates français , on vit alors les aristocrates romains faibles et provocateurs , sans défense et assaillans, opposant des protestations à des armes , des subtilités à des bataillons , appelant à la fois au combat et à la pitié , parlant à leurs ennemis un langage qu'ils n'entendaient pas , campés sur un sable mouvant et se croyant sur un rocher; de pareils hommes font éprouver un supplice bien pénible, celui d'être forcé à partager pour ainsi dire en deux le même homme dont on rechercherait l'un pour ses qualités estimables, et dont on fuyerait l'autre dès qu'il s'agit d'affaires. Comment, en effet, s'y embarquer avec des esprits faits de cette sorte ! C'est un
des tourmens les plus cuisans que l'on ait eu à sujiporter depuis trente ans que celte classe d'hommes a fait irruption dans les affaires; on souffre de ne pouvoir accorder un grain de confiance à qui, sous d'autres rapporis , on ne peut refuser beaucoup d'estime ; de ne pouvoir converser pendant l'espace d'une seconde , avec qui l'on se sentirait porté à passer sa vie , d'avoir à traiter avec des hommes à la fois estimables et insupportables, propres à honorer beaucoupde choses, mais à en gâter encore davantage.
Cette malencontreuse disposition des esprits va éclater dans le récit qui suit. Je marche les preuves à la main. Le temps des passions , c'est-à-dire celui où l'on immole tout au désir de satisfaire une affection, à quelque prix que soit cette satisfaction, ce temps, dis -je, est passé. Celui de l'histoire, c'està-dire celui du sang-froid et de la juste appréciation des choses l'a remplacé. A cette époque, comme il s'agissait de nuire à Napoléon, tout ce qui venait de Rome était saint, admirable , divin : car tel est le crescendo des jugemens passionnés , les passions empruntent leur langage à l'extase. Mainte-
naut que les temps sont calmes , que Napoléon est loin, et que le pape jouit en paix de son trône révéré, le tour du jugement et de la "vérité est revenu. On a eu le loisir de se réfroidir, d'examiner, de lever bien des voiles, on a été mis à portée de reconnaître ce qui revient à chacun, et de le lui assigner. Je traite des matières délicates , embrouillées; j$ connais l'étendue de matâche: si je dis d'autres choses que ce que les autres ont dit, le public jugera si ce sont eux ou moiquiFontlemieuxinformé. J'ose croire qu'il ne me reprochera point d'avoir déposé, sur aucun des jugemcns portés dans cet ouvrage, l'empreinte de l'intérêt, de la crainte, de la flatterie ou de l'irrévérence.
La cour de Rome était sortie de France peu considérée par Napoléon , et même , hormis le pape, par les Français. Ils avaient peu aperçu les cardinaux. Les seconds rangs avaient paru abjects. Le pape, à lui seul, faisait toute la cour de Rome. Elle avait repassé les monts fort mécontente, se regardant comme jouée, et des Romains pris pour dupes éprouvent IIdépit de gens qui voyent leurs rôles pris par d'autres. Sur cet article , ils trouvaient que
Napoléon était leur usurpateur : les Romains sont peu réputés pour la facilité à oublier les injures, et ils croyaient en avoir une fort grande à venger. La déconsidération d'un coté, le mécontentement de l'autre, furent les vrais principes de la querelle , et préparèrent les esprits au choc qui suivit. Dans plusieurs circonstances, et particulièrement dans la bulle d'excommunication, le pape se plaint de grandes espérances trompées : dans cette pièce, le pape dit : on nous avait fait souvent et long-temps concevoir de grandes espérances , surtout lorsque notre voyage de France fut désiré et sollicité. Bientôt on cornmença à éluder nos prières et nos demandes par des tergiversations astucieuses , par des faux fuy ans ^ et par des réponses dilatoires ou perfides. On conçoit quelle dut être la confusion du parti qui, dans cet espoir, avait provoqué le voyage de France, et les regrets de l'avoir accompli, sans en retirer le salaire. Dès- lors toute confiance dut s'éloigner et passer du côté des ennemis de Napoléon. Ils ne tardèreut point à en profiter.
Napoléon s'était fait Roi d'Italie ; il avait réuni Gênes, donné Lucques: il gouvernait
à Florence, par un envoyé affidé, le gênerai Clarke, devenu depuis son ministre , en attendant de devenir celui de Louis XVIII : par là il régnai! sur toute l'Italie supérieure. Ce nouveau voisinage faisait trembler l'Autriche dans sa nouvelle possession de Venise. La frayeur tenait Naples et Rome interdites. L'occupation de la plus grande partie de l'Italie, par le souverain de la France accrue de la Belgique, ne pouvait pas convenir à la cour de Rome; elle revoyait sa tète menacée de nouveau par les mêmes fers que depuis tant de siècles elle en avait si laborieusement détournés , en tenant cette contrée morcelée en petites souverainetés : elle retrouvait de nouveau les Gaulois à ses portes. La peur avait dû la prendre; c'est son état naturel, et dans ce moment elle était très-légitime. Si l'Autriche eut été à la place de Napoléon, elle aurait fait la même chose contre cette puissance, car ici il ne s'agissait pas du nominatif de l'ennemi, mais du danger qu'il faisait courir. Dans cette position, la cour de Rome appartenait donc à qui partageait ses ombrages contre Napoléon. Ses ennemis devaient y trouver l'accès ouvert pair
la crainte , l'intérêt commun et le mécontentement du voyage de France. Naples, l'Angleterre et l'Autriche s'offrirent pour en profiter, et promirent de servir. Depuis soixante ans Naples est une espèce de fief de l'Angleterre. Cette cour avait dû à cette puissance son rétablissement en 1799. Alors Nelson régnait à Naples ; Hamilton l'avait précédé depuis vingt-cinq ans. La Reine de Naples avait trop de sujets de haine personnelle contre la France, pour que toute occasion de lui nuire ne fût pas précieuse à ses yeux. L'Angleterre en guerre avec la France , depuis i8o3 , par la rupture du traité d'Amiens, ne pouvant l'atteindre directement, allait, la bourse à la main, lui chercher des ennemis par- tout. Elle en trouvait de tout faits à Rome ; elle ne les laissa point échapper. Depuis Lord Hervey, à Florence, en X 793, jusqu'à LordBentink eni8[4, l'Angleterre n'a pas cessé un seul instant de remuer le midi de l'Europe contre la France. Mais la plus puissante de ces influences , l'influence décisive, était celle de l'Autriche. Elle avait eu de la peine à reconnaître l'Empire dans la personne de Napoléon. Elle céda à la menace de la giferre,car en cas de refus»
Napoléon allait donner Tordre à l'armée de Boulogne de faire volte face , et de marcher contre elle. Alors les blessures reçues dans les guerres précédentes étaient trop fraîches pour que l'Autriche s'exposât à la recommencer. Le cabinet de Vienne était partagé, comme il n'a point cessé de l'être jusqu'à la reprise de la guerre, en i8i3. Le comte de C )bentzel, signataire du traité de Lunévilie , et le marquis Manfrédini voulaient la paix : le baron de Thugut qui avait si malencontreusement dirigé les guerres précédentes, ministre qui ne savait faire ni la paix ni la guerre , enveloppant sa médiocrité dans les ombres mystérieuses de la retraite et du silence , voulait la guerre ; Napoléon s'étaut fait roi d'Italie, l'Autriche se fixa à la guerre. Si Joseph Bonaparte eût accepté la couronne d'Italie, comme il en avait été pressé par Napoléon, cette guerre n'aurait pas eu lieu. Ses hésitations décidèrent son frère. Il se fit roi de cette contrée, à son défaut. C'était un effrayant voisinage pour l'Autriche : elle voulut s'en débarrasser à tout prix, e fit la guerre d'Austerlilz. Là, ainsi qu'à W«gram, la guerre est entièrement veouo d'elle. On
peut voir les manifestes qu'elle publia alors.
Lorsque les intérêts sont très- sensibles par leur similitude, les rapprochemens sont bientôt faits. C'est ce qui eut lieu en Italie , dès que Napoléon s'en fut déclaré roi. Tout se réunit contre lui : la communauté d'intérêt forma le ciment de l'alliance, et Rome devint le quartier - général des intrigues contre la France. La guerre avec l'Autriche éclata et fut bientôt terminée. Naples venait de signer un traité avec la France. Dès que l'Autriche se montra, cette cour s'empressa de le déchirer. Marcher sur Naples et rejeter de nouveau en Sicile cette Cour sans foi, fut l'affaire d'un jour. Joseph fut assis sur ce trône (i). Pie VII
(i) C'est une chose bien amusante que ce que l'on publie à Naples sur les usurpateurs de ce trône.
Voici la filiation véritable des idées :
On signe un traité parcequ'on a peur ;
On le déchire quinze jours après parceque l'on se croit soutenu ;
On est battu, on fuit parce que Ton est le plus faible.
On est remplacé par le vainqueur.
On crie à l'usurpalion , comme si la guerre et la
n'avait pas recommencé les tristes arméniens dont la montre impuissante avait suffi pour faire perdre à Pie VI les trois légations que le voyage de France n'avait pu faire restituer. Mais tout ce que la confiance de la mauvaise volonté peut se permettre, avait paru au jour. Les cœurs étaient sur les visages, on y lisait la haine de la France. Le ministre autrichiennes agens anglais dominaient à Rome : les réfugiés de iSaples y abondaient ; les soldats français se rendant a Naples, étaient exposés à toutes sortes de dangers: cette interposition des Etats du pape au centre de l'Italie , la coupant en deux, a toujours rendu difficiles les communications entre les deux parties de ce pays, ainsi qu'onéreuses aux papes. On sent bien que ce n'est point à un homme tel que Napoléon, que cette mauvaise volonté pouvait échapper. En matière d'ombrages, il était plus sujet à ajouter qu'à retrancher. Le ministère romain avait échappé au sage cardinal
mauvaise foi étaient destinées à n'avoir aucune suite...
V usurpation d'un poste perdu dans une guerre que l'on a provoquée! Vatel, Grotius, Puffcndorff, Montesquieu n'ont jamais dit un mot de cela.
Consalvi : le cardinal Caprara, négligé pendant le séjour du pape en France, n'était plus à Paris que pour la forme. Le parti anti-français éfait tout. Napoléon ne l'ignorait pas, et comme dans les gouvernemens absolus et cachés, le ministère est tout, en voyant le ministère de Rome se déclarer son ennemi , il conclut que Rome l'était aussi, et se déclara lui - même celui de Rome. Ce résultat était inévitable, et Ton ne pouvait assez admirer la folie de gens qui, n'ayant pas un soldat à leurs ordres, manquaient de jugement au point de braver l'épée qui venait de frapper les coups d Ulm et d'Austerlhz.
Il s'est passé chez les ennemis de Napoléon une chose bien singulière , c'est qu'avec l'homme du monde qui voyait le plus clair, ils se conduisaient comme devant un aveugle; c'est que devant l'homme du monde qui tournait le plus facilement au tragique, ils agissaient comme s'il suffisait de quelques excuses balbutiées plus ou moins distinctement, pour tout excuser et pour solder tous les comptes. Cela s'est retrouvé chez [les particuliers comme chez les chefs des nations. On se conduisait à l'égard de Napoléon comme
s'il était là pour tout endurer, et que ce fût un corps insensible qui vînt s'offrir à des expériences. On lui faisait la guerre, comme si la guerre n'était pas du profit pour le fort, et de la perte pour le faible; de la conquête pour l'un , et du détronement pour l'autre : puis quand on s'était fait battre et chasser, on criait à l'usurpation , à l'ambition , à la violation des droits. C'est ce qui arriva alors à Rome (i). Voilà une cour religieuse mêlée
(i) Les inconvéniens de cette manie de faire servir la religion à la politique se représentent partout: c'était en France comme à Rome, la maladie du temps. Les mêmes résultats eurent lieu dans les deux endroits; cette question est si majeure que son importance m'engage à y revenir.
Napoléon a dissous S. Sulpice, les Pères de la foi, la Trappe, fermé la bouche à M. de Freyssinous. Que l'on soit sincère; que faisait-on dans ces maisons, que disnit ce prédicateur? quelles étaient leur tendance, leurs liaisons, leurs correspondances, leurs vœux bien distincts, bien connus? Ces maisons n'étaient-elles point les canaux de tout ce qui venait de Rome ; ne regarderait-on pas comme stupide un gouvernement qui verrait froidement une suite de manœuvres tramées et suivies contre lui? Aujourd'hui même cela serait il souffert; tolérerait-
( 3oo )
dans les intrigues politiques, et s'y conduisant à contre-sens : elle s'y perd, et tombée par sa faute dans un abyme, elle crie du fond du tombeau creusé par sa maladresse , à la violation de la religion. Eh! laissez-là votre
on un prédicateur qui, réunissant autour de lui un troupeau affîdé , déclamerait à jour fixe contre tout ce qui se fait en France ? Prenait-on les gouvernans de ce temps pour des imbécilles, des aveugles ou des sourds?
Des hommes s'établissent sur une terre sacrée, ils prennent la religion pour écriteau : entre leurs mains elle devient un drapeau. De là, comme d'une citadelle, ils font pleuvoir des traits sur leurs ennemisj; les y va-t-on chercher, ils crient à la profanation, au sacrilège: n'estce point une moquerie véritable , et s'il y a profanation, n'est elle point leur ouvrage ? Lorsque des assiégés se retirent dans une église et tirent des coups de fusil par les fenêtres, y a-t-il impiété à les débusquer? Ne changez point les temples en postes de guerre, si vous voulez les tenir à l'abri de la guerre. Comment se réunir dans les temples contre les gouvernemens ? Vous tous mettez en état de guerre avec le gouvernement, tous subirez les effets de la guerre. Voyez ce qui est arrivé à M. l'abbé Vinson.
Je n'ai pas voulu être seul dans Paris à ne pas entendre M. de Freyssinous. Ce qui s'en publiait , m'avait préparé d'avance à ce que j'allais voir. Son auditoire était une
( 3oi )
politique, si vous ne voulez pas en supporter les charges et les suites!
Renfermez- vous dans la religion, chassez les agens anglais et autrichiens, et il ne vous arrivera point d'encombre. Alors on ne viendra
véritable assemblée contre-révolutionnaire tenant ses séances à S. Sulpice; il fallait être aveugle pour y voir autre chose. Le parti se réunissait là , croyant y trouver une sûreté qui lui manquait ailleurs. Des déclamations continuelles contre la philosophie , contre la révolution , des allusions toujours saisies contre le gonvernement , formaient le fonds des discours. L'esprit de parti applaudissait, la raison gémissait de ce déplorable spectacle qui montrait une église transformée en théâtre pour un parti, et en arène pour un autre. L'orateur, confiant parce qu'il se sentait appuyé , débitait avec un air de triomphe, mais en style bien vulgaire, des pensées bien commîmes , telles quelles se trouvent dans tous les cahiers de théologie, s'embarrassant par fois dans des questions plus fortes que lui vil m'a fait trembler dans celle des miracles), et au total , il était loin de satisfaire par l'absence absolu© du talent. L'esprit de parti en crée, mais le goût n'admet pas toujours ses créations. On peut être à la fois un ecclésiastique zélé et respectable et un génie très médiocre. Les ecclésiastiques de cette espèce étaient en religion ce que le faubourg S. Germain était au civil. A Pétcrsbourg la centième partie de ce qui s'est fait ou dit
pas vous chercher à Rome , et vous la garderez; sans contestation. De bonne foi, si Napoléon eût succombé, qu'eussiez vous fait ? Vous vouliez le chasser de l'Italie, il le savait ; il a été le plus fort, il vous a chassé : la loi du talion peut paraître dure, mais est-elle injuste? Il faut s'entendre bien soi-même, c'est malheureusement ce qui manque à presque tout le monde : il faut savoir ne pas se mêler de politique, ou lorsqu'on a eu la maladresse de le faire sans moyens de le soutenir, ne pas venir après le malheur crier que la religion est attaquée. Ce langage peut encore tromper quelques dupes, convenir à quelques hypocrites; mais il irrite, il éloigne les gens sensés, ceux qui aiment la raison, la clarté dans les discours et dans les actions, la sincérité, et le bon ordre qui fait que chaque chose est à sa place. Vous vous liez aux vaincus d'Austerlitz,
au faubourg S. Germain, aurait peuplé la Sibérie. On ne l'eût souffert dans aucun pays de l'Europe. Dans l'église comme dans le monde la fronde était devenue le bon ton, car on en est venu au point que dans l'église il faille aussi du bon ton. . . .
et quand vos mauvais amis occupés deux seuls vous laissent vis-à-vis d'un vainqueur dont l'œil a pénétré jusqu'au dernier replis de votre cœur, alors vous invoquez le respect dù à la religion , vous proclamez que les bienheureux apôtres sont indignés ! à quel signe l'ont- ils fait connaître? quel langage! dans quel temps, et à quels hommes l'adressezvous! Invoquez ces glorieux princes du collège apostolique, lorsque les dogmes sacrés qu'ils nous ont transmis et qu'ils ont scellé de leur sang seront attaqués; alors nous aecourerons tous à votre voix, parce quelle parlera son langage naturel, celui de la religion : langage inséparable de la raison, sans laquelle il n'y eut jamais de religion, langage père rie l'ordre dont la religion est le premier garant. Mais quand il s'agira de la Romagne, des légations, les apôtres n'en ont jamais entendu parler. Ce n'est pas de la religion cela, ce sont des provinces : eh bien! qu'elles suivent les lois applicables par la politique aux provinces et aux territoires qui sont les enfans naturels de la politique comme le spirituel est celui de la religion. La politique sacrée n'est tolérable que dans Bossuet; dan*
Home au temps de Napoléon , elle n'est propre qu'à vous en faire chasser.
Quelques-uns s'imaginent qu'à Rome, on ne fait que de la religion; ils sont toujours prêts à tomber à genoux : qu'ils lisent l'histoire , et qu'ils apprennent à distinguer entre le chef de la religion qui est toujours occupé d'elle, et la cour de Rome qui est très-souvent occupée d'autre chose. Cette cour là a toujours su bien partager son temps.
Quelques autres se figurent qu'il ne s'agit que de prendre une certaine attitude, et de s'établir sur des principes à soi, en argumentant de tout ce que l'on peut tirer de vieux arsenaux décrédités. Quelle chimère! quelle illusion ! avec un homme tel qu'était Napoléon , c'était précisément ce qu'il fallait pour se perdre. Il était plus subtil que ceux qui voulaient l'embarrasser, il était plus fin que les ergoteurs de Rome, il était plus fort qu'eux ; il avait en horreur les pointilleries, les tortuosités : l'attaquer par des embûches était le reporter sur son terrein propre; prétendre l'arrêter avec des subtilités théologiques ou diplomatiques était oublier qu'il était porteur d'une épée en possession de couper tous les
nœuds gordiens : se montrer à la fois en ennemi et en ennemi faible, était le moyen infaillible de l'attirer chez soi. Napoléon avait pour habitude de regarder faire son ennemi, et puis de faire son plan sur ses fautes : avec Rome il n'eut que l'embarras du choix : car il est impossible d'assembler plus de contresens qu'on ne faisait à Rome. Si les cardinaux Consalvi et Caprara avaient continué de diriger, rien de tout cela ne serait arrivé. La cause première des malheurs se trouve dans les conseils aveugles qui prévalurent au retour de France : il n'y a rien de plus dangereux que la faiblesse qui s'abandonne à la violence. C'est elle qui a amené la lutte entre le pape et Napoléon; il eut le malheur de se livrer aux ultrà de son pays : ils firent là ce qu'ils font partout. Un 5 septembre en permanence devrait les attendre partout où ils tentent de s'établir.
Cette lutte engagée sans jugement fut soutenue par Rome avec gaucherie, par Napoléon avec violence ; on vit d'un côté les excès de la maladresse, et de l'autre ceux de la force : il Huit à la fois beaucoup mépriser les premiers, et beaucoup haïr les seconds.
Je supplie le lecteur de ne point perdre de vue les causes efficientes de la rupture entre le pape et Napoléon, qui viennent d'être exposées. Je lui demande de plus de fixer son attention sur la date des faits qui restent à passer sous ses yeux, comme aussi de se rappeler que dans ce premier période de la querelle, Napoléon agit seul et sans conseil. Ces distinctions sont essentielles à retenir.
J'ai laissé cette querelle à la fin de l'année i8o5, après la bataille d'Austerlitz et la paix de Presbourg. La puissance de Napoléon était augmentée, Naples était conquise, et TÉtat de Rome entouré par la puissance française : on était donc plus mal qu'auparavant : c'était tout ce que l'on avait gagné. Le bon sens exigeait donc de revenir franchement : ce fut le contraire que l'on fit. Il fallait rappeler les organes de conciliation, les canaux par lesquels les paroles de paix et de conciliation avaient coutume de circuler. On fut s'attacher à ce que Rome avait de plus animé, de plus repoussant, de plus intraitable , les cardinaux Casoni, Gabrielii , Doria , Pacca , et finalement Dipietro qui vint clore cette liste infortunée d'hommes faits exprès pour tout gâter. C'était
les antipodes de ce qu'il fallait, ce que l'on appelle des hommes de l'autre monde. Celuici n'était pas disposé à changer pour leur faire plaisir. Dès lors commença une guerre de notes diplomatiques : on sait ce que c'est. Un procès commencé par la politesse et fini par le canon , dès que la modération ne tient pas la plume. Or, il y avait très-peu de dispositions à modération de part et d'autre. Rome avait trop sur le cœur le mauvais succès de son voyage de France, et trop de frayeur de son nouveau voisin, dont la paix de Presbourg avait affermi la domination en Italie, aux lieux même d'où l'on avait voulu le bannir. Il eût été bien à désirer que la cour de Rome eût connu la seule sauve-garde qui existât avec Napoléon : c'était quand on n'avait pas la mer devant soi , ou la glace à ses ordres, de n'avoir rien de commun avec lui. I ne fois entré dans ses eaux , on n'en sortait plus. Il est arrivé de Rome comme de la Prusse , qui après plusieurs années de liaison , s'étant laissé percer par la pénétration de Napoléon, passa des années dans des échanges de notes qui la conduisirent à Jéna. Avec lui il fallait éviter tout abordage, ou baisser pa-
Villon. Il était en politique ce que Rousseau est en logique. Accordez lui un principe , il faut le suivre jusqu'au bout. Observons la marche de Napoléon et voyons s'il en savait; autant que Rome.
La guerre éclate avec l'Autriche i8o5. Napoléon se tait avec Rome. La guerre finit, alors, il a du loisir : la guerre des notes commence, mais ce ne sont encore que des notes. En 1806 la guerre a lieu avec la Prusse. Voila Napoléon en Prusse, en Pologne, en Russie. C'est autant de temps de gagné pour Rome. En Espagne, le prince de la paix ordonne un armement général ; il est décidé dans le cœur de Napoléon, sur-le-champ de bataille de Jéna, où cette proclamation lui parvint, que ces préparatifs de perfidie seront punis.
Pendant ce temps Rome poursuivait le cours de ses maladresses sourdement hostiles : les intrigues étrangères, les refuges de brigands napolitains, des opposans italiens, des Anglais, les assassinats des Français se confinaient sur toutes les routes; c'étaient des coups d'épingles qui allaient attirer des coups d i pée, 11 fallait être dépourvu de toute espèce is pour ne pas le voir. Napoléon, em-
harqué au loin , laissait faire. Il était patient parce qu'il se sentait fort, et qu'il sentait aussi que la vengeance ne pouvait pas lui échapper. Il sortit victorieux de sa lutte avec la Prusse. Il revint en France en août 1807; dès le mois de novembre delamème année , s'étant rendu en Italie pour enlever l'Étrurie à la famille de Bourbon-Espagne , prélude de ce qu'il se proposait à l'égard de l'Espagne même , il fait éclater l'orage qu'il avait laissé former tout à loisir. Depuis long-temps il savait à quoi s'en tenir : depuis long-temps il ne voyait plus dans la cour de Rome qu'un ennemi caché et toujours prêt à éclater, dès qu'il pourrait le faire avec sûreté. En pareil cas, qu'aurait fait Frédéric, que fit-il à Dresde? Or, rien n'était plus anthipatique à son caractère comme à ses habitudes, que de laisser des ennemis derrière lui. Je l'ai entendu dire à 1 archevêque de Turin qui, à Stupinis, lui proposait de prêter serment de fidélité : Je veux vous épargner un parjure; je ne laisse pas sur le Pô 5 un homme prêt à soulever le Piémont, lorsque mes armées seront attaquées à Mantoue. Ce mot lumineux est de Son bon temps. Voilà ce qui l'a dirigé dans
sa conduite avec Rome; il s'y est conduit comme avec la Prusse, comme avec tous ceux qui l'ont provoqué par de sourdes manœuvres, comme il fit avec l'Espagne qu'il n'avait jamais songé à attaquer, avant que l'agression du prince de la paix lui eût montré qu'il avait à faire à des hommes sans foi, comme sans lumières, et toujours prêts à l'étouffer en ayant l'air de l'embrasser. Les perfidies des autres ont fait souvent à ses yeux l'excuse de sa perfidie propre. On n'a cessé de parler d'ambition , de dissimulations irréligieuses. Il est plus commode d'accuser que d'expliquer, de supposer que d'examiner, de noircir qui on a l'habitude et le besoin de noircir, que de rechercher avec la peine que coûte toute recherche, ce qui est entré dans la composition véritable des actions que l'on reproche. Il n'y a tant de calomniateurs que parce que la calomnie ne coûte rien : elle est toute faite pour ainsi dire , et n'est pas plus chère à inventer qu'à répéter.
C'est ce qui a eu lieu dans tout ce qui a été écrit sur cetle question. Je n'ai trouvé nulle part une explication raisonnée, ni une généalogie des faits. C'est odieux , c'est hor-
rible, c est admirable, c'est divin ! voilà les deux colonnes sur lesquelles est écrite toute cette histoire. Nous sortons, il faut le dire , d'une époque dans laquelle on semblait avoir renoncé à la raison , toutes les fois que l'on écrivait ; il n'y avait plus que des mots d'ordre et des jugemens vulgaires transmis, répétés sans examen, et qui forment un supplice journalier pour qui ne se repaît pas de semblables alimens. Il ne s'agit point d'absoudre Napoléon; mais il ne s'agit non plus de lui prêter ce qu'il n'a pas fait, et de faire en tout et partout de ses adversaires, des agneaux, des anges, pour avoir la facilite d'en faire un montre.
Dans tout ce qui s'est passé, je n'ai pas plus rencontré de monstres que d'anges : quelque peu de sang froid m'a montré des hommes se combattant avec ce que les passions et les intérêts produisent toujours. La vérité force à reconnaître que Napoléon, eût-il raison au fonds, s'était mis dans la position la plus défavorable. Sacré par le pape et le retenir captif, après le concordat de 1801 faire la prison de Savone, renouveler pour Pie VÏI les angoisses éprouvées par Pie VI, placer ces
( 3ia )
actions à la suite de ce qui venait de se passer à Rayonne , on ne peut pas entasser plus de fautes, ni rassembler plus de charbons sur sa tête: il les a tous retrouvés, il a eu le temps d'en ressentir les ardeurs; mais les torts immenses de Napoléon n'effacent point ceux de la cour de Rome, et ne l'absolvent pas de s'être d'autant plus mal conduite qu'elle avait a faire à un ennemi d'un caractère plus menaçant.
Le premier soin de tout homme avisé est de reconnaître le caractère de son ennemi: c'est une des premières maximes de la politique , qu'on ne transgresse jamais sans le plus extrême danger. Autre chose est d'avoir à faire avec Attila ou bien avec Henri IV. La cour de Rome n'en tint compte; au contraire, elle semblait se complaire à agacer son ennemi. Des hommes qui datent tous leurs jugemens du matériel des laits, répondront à cela que cependant le pape est à Rome. Oui, mais il y est revenu par le chemin de Moskow , et non point par celui que lui avaient fait suivre ses conseillers qui n'avaient réussi qu'à le conduire à Avignon où il serait resté sans la campagne de Russie. A Savone, le
pape témoignait assez qu'il ne comptait plus revoir Rome. Détrôné par les conseils du sacré collège, le pnpe a été rétabli par l'épée de quatre princes hérétiques avec lesquels il n'avait jamais eu rien de commun. La famille catholique l'avait délaissé , la famille étrangère, en se raffermissant elle-même, la rétabli en son lieu et place. 11 s'est trouvé compris dans le mouvement générai qui a remis chacun au poste d'où il était tombé : l'ancien édifice s'est remontré lorsque la clef de la voûte du nouveau a manqué.
Voilà ce qu'il faut bien retenir pour se diriger avec sûreté dans cette question.
Maintenant que la position respective des personnages est bien constatée , je reprends mon examen.
En 1807, l'Autriche et la Prusse soumises, l'Espagne déjà envahie en idée , la reine d'Étrurie élimnée , Napoléon libre de se mouvoir était à Milan ; c'était au mois de novembre. Il semble voir un ouvrier se mettre à l'ouvrage après avoir déblayé son terrain. Ee parti du pape était pris de résister à tous risques et périls. Le système de pousser tout à l'extrême, était embrassé : on y voyait de
la gloire. Le parti infatué du système de pessimisme, qui avait fait tant de mal à la France et à l'Europe, avait prévalu. Attendre le remède de l'excès du m «1, voilà en quoi il consiste, et ce que Ton implorait à Rome, comme on l'avait fait ailleurs. Ici je dois rapporter un fait dont la connaissance est propre à expliquer beaucoup de choses.
Les marques de respect et les preuves de religion que le pape avait reçues et reconnues en France, lui avaient inspiré une grande confiance dans la force des influences religieuses sur le peuple français. M. Alquier,aneien membre de l'assemblée constituante, avait résidé à Rome pendant plusieurs années, comme ambassadeur auprès de Pie VII. Je le retrouvai à Paris, après une longue séparation. Il m'a paru que c'était un des hommes que les événemens avaient le plus mûri. Plusieurs fois il m'a dit que dans soixante et seize conférences qu'il avait eues avec le pape, celui-ci lui avait souvent répété, j'ai traversé la France à genoux : qu'il avait souvent ajouté beaucoup de choses sur la solidité des sentimens religieux des français, de manière à lui persuader que la résistance du pape s'appuyait
sur cet espoir. Il est bon de savoir que M Alquier était dans ce moment le martyre de cette opinion, et par conséquent un témoin irrécusable, puisqu'il se trouvait en disgrâce pour n'avoir pas surmonté la résistance du pape, et pour avoir annoncé qu'elle ne serait pas vaincue. C'était l'usage* de Napoléon : comme avant tout, il avait besoin du succès, il y rapportait tout et il rendait responsable du caractère d'autrui qui l'avait empêché. 11 n'aimait pas non plus les fâcheux pronostics. M. Alquier ne m'a jamais parlé du pape qu'avec la vénération la mieux sentie. Il était homme d'honneur et de raison. J'ajoute donc une foi pleine et entière à son récit. Je trouve de plus dans tous les actes du pape, soit brefs, bulles, allocutions, la preuve de l'adoption d une espèce de conviction qu'on rencontrait souvent en France, surtout parmi le clergé: c'est qu'aucune foi ne devait être ajoutée aux paroles de Napoléon; que chez lui tout était masque, supercherie, et que tout ce qu'il faisait pour la religion, n'avait pour but que de la détruire. Lorsque les hommes ont une fois conçu une pareille disposition, il est superflu de leur parler, ils ne sont plus susceptibles d'entendre.
On va en juger par l'exposé suivant. Tout ce qu'il renferme est extrait du recueil des actes émanés de Rome, dans la contestation du pape avec Napoléon. Il est imprimé à Londres , et dans les intentions les plus hostiles contre lui : il mérite donc une entière confiance.
Voici la série de ces actes.
5 novembre 1807. Lettre du général français Lemarrois , gouverneur des légations 7 pour demander des informations sur les revenus de la province de Macerata.
a3 janvier 1808. Billet de M. Alquier au secrétaire d'État du pape, pour lui communiquer l'itinéraire d'une colonne de 6000 hommes commandée par M. le général Miollis , pour se rendre à Naples.
1 février. Déclaration affichée dans Rome, par ordre du pape , sur l'entrée des troupes françaises.
4 février. Lettre de M. Alquier sur cette déclaration , et plainte sur ce qu'elle porte la qualification du gouvernement français , substituée au nom de Napoléon par exclusion, à l'imitation du gouvernement anglais.
5 février. Circulaire du pape adressée aux cardinaux, avec l'exposition de sa con-
duile, des motifs de son voyage en France, et celle des demandes de Napoléon. C'était ,
i°. D'établir un patriarche en France;
i°. D'adopter le code civil;
3°. La liberté des cultes ;
4°. La réforme des évéchés , trop nombreux en Italie;
5°. Que les bulles pontificales pour les évêehés et pour les paroisses d'Italie, soient abolies;
6°. L'abolition générale des ordres religieux;
7*. L'abolition du célibat des prêtres;
8°. Le sacre de Joseph Buonaparte , comme roi de Naples.
28 février 1808. Lettre de M. Alquier, qui explique que le séjour des troupes à Rome a pour objet d'assurer la communication avec l'armée de Naples : il demande l'éloignement et la dissolution des rassemblemens napolitains, l'arrestation des agens de l'Angleterre, et l'envoi à Naples des cardinaux napolitains pour prêter le serment au nouveau toi.
25 février 1808. Le cardinal Doria succède au cardinal Casoni.
28 février. Le cardinal Doria écrit aux
cardinaux pour leur défendre de se rendre à INaples.
5 mars. Le cardinal Doria défend aux cardinaux de répondre à l'invitation que le général Miollis leur avait adressée pour diner chez lui.
i3 et 16 mars 1809. Lettres du cardinal Doria sur l'incorporation des troupes du pape dans les troupes françaises.
a3 mars. Défense notifiée par le cardinal Doria , aux cardinaux sujets du royaume d'Italie, de continuer leur route, s'ils ne sont pas contraints par la force.
27 mars. Bref comminatoire d'excommunication adressée nominativement par le pape à Napoléon. — Voyez cette pièce, à la fin du chapitre.
3o mars. Le cardinal Gabrielli succède au cardinal Doria. Il notifie aux ministres étrangers l'éloignement forcé des cardinaux.
3o mars 1808. Invitation adressée par un billet du pape , au ministre d'Espagne , pour être spectateur et témoin de tout ce qui va se passer. Ce sont les termes du billet. 2 avril 1808. Décret de Napoléon pour la
réunion au royaume d'Italie des trois légations et de la marche d'Ancone.
5 avril. Note du ministre des relations extérieures, au cardinal Caprara, sur la notification de la cessation de ses pouvoirs, et la demande de ses passeports. Cette demande considérée comme une rupture et une déclaration de guerre.
19 avril. Réponse du cardinal Gabrielli à cette note.
19 avril. Notification de la note et de la réponse aux ministres étrangers.
19 avril. Passeports demandés par le chargé d'affaires de France à Rome.
19 mai. Lettre du cardinal Gabrielli à M. Alberti , chargé d'affaires du royaume dltalie, dans laquelle il apprend que Napoléon avait demandé que le tiers des places du sacré collège fussent données à des Français.
23 juin. Le cardinal Pacca succède au cardinal Gabrielli.
17 juillet. Lettre du cardinal Pacca aux ministres étrangers , relativement à la nouvelle gazette de Rome.
a août. Déclaration par le pape que tout
enrôlement de ses sujets soit regardé comme un acte de Félonie et de rébellion.
28 août. Notification des événemens survenus dans les états du pape aux ministres étrangers. Envoi de la relation de ces événemens aux gouverneurs des provinces, avec ordre de les faire afficher partout le même jour.
6 septembre. Notification aux ministres étrangers de la tentative de l'enlèvement du cardinal Pacca et de la résistance du pape.
21 novembre. Ordre donné aux cardinaux de ne pas répondre à l'invitation d'assister au baptême du fils d'un général français, tenu sur les fonds, au nom des nouveaux souverains de Naples.
22 novembre. Réponse par le cardinal Pacca, avec notification aux ministres étrangers du discours prononcé par le ministre de l'intérieur de France, à l'ouverture de la session du corps législatif de 1809.
18 décembre. Déclaration du pape pour empêcher les mascarades et les réjouissances indiquées suivant l'usage. Notification de cette défense aux ministres étrangers.
2 1 décembre. Lettre du cardinal Pacca pour
annoncer que le pape refuse de recevoir le général Miollis et le corps d'officiers français qui demandaient de lui offrir l'hommage de leurs félicitations, au sujet de son couronnement.
5 janvier 1809. Notification du pape aux ministres étrangers, sur la défense des réjouissances du carnaval.
10 mars. Lettre du cardinal Pacca pour réclamer contre l'érection d'un corps de gendarmerie clans l'État romain.
17 mai 1809. Décret de réunion des Etats du pape. Nomination d'une consulte pour les régir. Décision du pape adressée aux évèques des pays réunis au royaume d'Italie, pour leur défendre de laisser précéder le mariage religieux par le mariage civil.
10 juin. Protestation du pape contre l'invasion de ses États, et déclaration qu'il rejette, avec la resolution la plus ferme et la plus absolue , toute rente ou p.ension faite à lui ou bien au sacré collège, par Xapoléon, et qu'il se couvrirait d opprobre ainsi que lui , s'ils consentaient à tirer leur subsistance des mains de l'usurpateur.
10 et 11 juin 1809. Bulle d'excommunica-
T. Jf. 2 1
tion, notification aux excommuniés, à tous ]es fidèles, précautions pour en donner connaissance au public.
6 juillet. Enlèvement du pape.
12 août. Arrivée du pape à Sa voue.
20 septembre. Arrivée à Savone de M.
de Salmatoris, conservateur des domaines de la couronne dans le Piémont , pour former et diriger la maison affectée au pape ; 100,000 fr. par mois y sont destinés.
Refus du pape.
28 septembre. Arrivée à Savone du général César Berthier, frère du prince de Neuchâtel, avec le titre de maître du palais du pape. La cathédrale de Savone est érigée en chapelle papale. L'archevêque d Edesse , aumônier du pape, un prélat Doria,le médecin du pape^ le docteur Porta, et d'autres serviteurs sont auprès de lui. Il occupe l'évèché.
Première époque de sa captivité , ou plutôt de sa translation à Savone.
26 août. Le pape écrit de Savone au cardinal Caprara, pour se refuser à donner des bulles dans lesquelles Napoléon consentait que son nom ne fût point mentionné, pourvu qu'elles ne continssent rien de propre à faire
supposer que la nomination fût faite par le pape ,prop rio motu. D'ailleurs Napoléon consentait qu'elles fussent adressées au conseil d'État, ou bien au ministre des cultes. Voyez cette pièce.
5 novembre 1810. Lettre du pape au cardinal Maury , pour lui défendre d'accepter l'archevêché de Paris et l'administration de ce diocèse. Voyez cette pièce.
1 décembre 1810. Lettre du pape à l'archidiacre de Florence , pour défendre de reconnaître comme administrateur, l'archevêque nommé. Voyez cette pièce.
5 novembre. Bref du pape au père Fontana et au prélat Grégorio, résidans alors à Paris, pour leur ordonner de signifier son bref au cardinal Maury. Ordre donné par le pape à M. l'abbé d'Astroz, vicaire-général de Paris, de ne pas donner sa démission. Établissement du gouvernement des vicaires apostoliques.
Seconde époque de captivité.
Napoléon irrité de ces démarches, fait dissoudre la maison du pape. Il reste avec son médecin et quelques serviteurs,
28 avril 1811. Envoi de la première députalion à Savone.
19 mai 1 8 1 t. Acceptation par le pape des articles proposés par les députés sur l'institution des évèques.
5 août lSiï. Décret du concile.
icr septembre 1811. Arrivée de la seconde députation à Savone.
xo septembre. Bref du pape adressé aux évequesdu concile, approbatif de leur décret. Bulles données à plusieurs évêques. Lettre de réconciliation adressée par le pape à Napoléon.
i4 juin 1812. Translation du pape à Fontainebleau.
irj janvier 181 3. Concordat de Fontainebleau , rompu quelques jours après.
Tel est la série des actes qui ont rempli ce long drame. Il a paru convenable de les présenter de suite dans un même tableau, pour faciliter à l'œil du lecteur la vue de leur ensemble, et à son esprit la connaissance de l'origine, de la nature et de la liaison d^s faits. Dans cet exposé , tout s'enchaîne , depuis le premier. acte jusqu'au dernier. L'histoire ressemble au théâtre sur lequel on suit la gra-
dation de l'action, depuis son principe jusqu'au dénouement. On intrigue à Rome, les troupes françaises entrent sur son territoire; elle montre un esprit hostile, elles l'occupent; le pape menace d'excommunication, ses Etats lui sont otés; il lance sa dernière arme, il est enlevé; il sort de son silence à Savone, pour troubler l'ordre reconnu à Florence, à Paris, pour établir le régime des vicaires apostoliques ; sa captivité est resserrée. Ainsi, dans ce déplorable combat, on voit les adversaires eu présence; on compte les pas qu'ils font à f encontre l'un de l'autre : il semble assister à ces jeux dans lesquels chacun avance et dirige une partie de son échiquier en opposition à chaque mouvement de celui de sou adversaire. Comme dans toutes les querelles on voit l'animosité s'accroître; comme dans toutes les tempêtes, on voit les vagues monter, de même ici chaque opposition provoque un nouveau coup, jusqu'au moment où le redoublement des injures et des vents provoque le dernier sévice et soulève le dernier Col qui engloutit tout.
Cette querelle a eu trois périodes distinctes.
De la fin de i8o5, à l'oceasion de la guerre
d'Austerlitz, jusqu'au 5 novembre 1807, époque de l'entrée des troupes françaises.
Du 5 novembre, jusqu'au 6 juillet, époque de l'excommunication et de l'enlèvement.
Du 6 juillet 1809, jusqu'au départ de Fontainebleau, en 18 1 4-
La première époque fut remplie par des notes diplomatiques.
La seconde par l'occupation de l'Etat papal de Rome.
La troisième, par la captivité.
Cette classification est essentielle à retenir,