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CHAPITRE XXXI

Dispositions de Napoléon à l'égard du clergé , et du clergé à l'égard de Napoléon.

Voici le restaurateur et les restaurés en présence, Eh bien! par suite de ce désastreux mélange du temporel avec le spirituel que cet ouvrage signale tant de fois, il est arrivé que des hommes que la nécessité avait rapprochés, que la bienveillance devait tenir unis, que la reconnaissance semblait enchaîner les uns aux autres n'ont pas cessé de s'observer, de se craindre, et finalement de se combattre. En retrouvant sans cesse Napoléon au milieu des prêtres, on se demande comment il s'est fait que le vainqueur de l'Italie et de tant d'autres lieux ait fini comme un empereur grec. Trop souvent les Thuileries ressemblèrent par lui au palais de Constanlinoplc.

Je trouve avec douleur comme avec surprise, dans l'ouvrage d'ailleurs si distingué de madame la baronne de Staël, un jugement et

des expressions qui ne conviennent pas plus à l'esprit qu'au goût de cet illustre écrivain , pas plus au clergé qu'à Napoléon, et encore moins à l'histoire. C'est un de ces lestes prononcés de jugement dont les salons peuvent s'accommoder et se réjouir, mais que la bienséante raison réprouve. Il est échappé à madame de Staël de dire que Napoléon avait voulu avoir un clergé comme il avait voulu avoir des chambellans. Madame de Staël oubliait dans ce moment qu'un clergé n'est point un meuble de palais. La religion est le premier besoin des sociétés humaines : ses ministres sont par là même au nombre de leurs besoins et non point de leurs hochets. Les dates sont ici contre l'assertion de madame de Staël : le clergé date de la fondation des sociétés, de celle des monarchies, et les

chambellans de je ne sais qu'elle année (i).

(i) Ceci ne concerne que l'époque de la création des chambellans. Je n'ai jamais bien compris ce qu'il y avait de spirituel dans ce qui se disait des chambellans; l'Allemagne en est pleine , et personne n'en rit. Les chambellans de France étaient comme la cour de France, les prernierç àc l'Europe par leurs noms, par leur tenue person-

Les officiers personnels du souverain en quelque grade, en quelque nombre, sous quelque nom qu'ils existent , peuvent être des parties plus ou moins nécessaires de la dé-

nelle : ils étaient l'objet de l'envie de ceux qui affectaient d'en rire. MM. de Montmorency, de Morteinart, de Montesquiou . n'étaient pas plus risiblcs sous un habit de chambellan, que ne le sont mille autres sous mille autres espèces d'uniformes. On s'est obstiné à confondre le ser- \iced'un homme, avec la décoration de la cour qui alors dominait sur l'Europe , et l'entourage de celui qui la régentait.. . . L'histoire ne dit pas qu'à Rome on rit des chambellans de César: ils étaient les premiers de la ville, comme les chambellans de Napoléon étaient les premiers de Paris.

La cour de Napoléon n'existe plus: ce que l'on en peu-: dire n'a donc aucune application fâcheuse pour personne, ni pour rien; ainsi l'on peut dire aujourd'hui qu'un des fléaux de la société du temps était tout ce que l'on avair à entendre dire par une multitude de personnes qui faisant des portraits avant de connaitre les visages, confondaient tout, brouillaient tout, et remplissaient les salons de propos qui auraient du rester à la porte.

Ce supplice équivalait à celui que fait subir aujourd'hui une autre classe qui parle des hommes et des choses de ce temps comme leurs devanciers le faisaient des chambellans ; puisque le nom des chambellans a amené sous ma plume un nom que je ne cherchais pas , celui de lu cour

coration et de l'entourage dont la souveraineté ne peut point se passer, mais ils ne constitueront jamais un élément social, tels que l'ont été et le seront toujours les ministres de la religion. Les chambellans sont bons quand il y a des palais, mais les prêtres sont indispensables, dès qu'il y a des sociétés. Il y a eu beaucoup de pays sans palais et sans chambellans, on ne s'y apercevait pas de ce déficit , mais il n'y en a jamais eu sans prêtres. Pour ce déficit là, on s'en serait bientôt aperçu. Ceci suffit pour remettre chaque chose à sa place.

C'est sous le rapport d'éiémens sociaux

de Napoléon , je dirai que Madame la baronne de Staël s'est encore trompée dans l'estimation des motifs qu'elle prête à Napoléon dans l'érection d'une cour. Elle en fait une cour d'ostentation et de vanité: c'était une cour de politique et de luxe national. Il avait cru que le pays le plus puissant de l'Europe devait avoir la plus grande cour, que la cour et son luxe devait effacer la rudesse des mœurs précédentes, appeller l'étranger, confondre les dissidens dans un même centre, faire fleurir les arts, et ramener la politesse. Une cour était comme toute autre chose, un instrument dans la main de Napoléon: liors de là. un embarras.

que Napoléon considérait les ministres du culte. Son esprit était tout entier à la tolérance, base excellente, sans laquelle tout porte à faux (i). Gouvernant des pays de culte mé-

(i) Partout où Napoléon a porté ses armes , il a conduit avec lui la tolérance . comme par la main. Dans toute l'Allemagne et la Suisse calviniste ou lu'herieune, il a lait mettre sur la même ligne les deux cultes, catholique et protestant ; surtout il a fait abolir la domination de l'un sur l'autre. En Hollande , il a relevé le catholicisme de trois siècles d'ilotisme : s'il eût pénétré en Angleterre , quatre millions de catholiques d'Irlande , et cinq cent mille catholiques Anglais étaient émancipés. La Hollande, Bremen, Hambourg, Lubeck allaient recevoir des évêques catholiques; ils étaient accordés par l'arrangement de Savone et par le concordat de Fontainebleau.

De bonne foi tout cela compensait bien quelques écarts commis sur d'autres articles; mais la haine ne tient pas ses comptes en parties doubles , celle du bien et du mal.

Napoléon n'imitait pas l'Espagne que l'on a vue refuser les offres des industrieux Hollandais qui lui demandaient de venir défricher les déserts de l'Andalousie: on a craint pour la pureté de la foi des vieux chrétiens.

Dans ce moment le gouverneur de la Havanne vient d'inviter les colons étrangers à s'établir dans cette ile , mais avec la condition qu'ils seraient catholiques. Il y a des pays dans lesquels on demande aux laboureups de montrer leur charrue, en Espagne on leur demande leur T, II. 16

langé, la loi comme son instinct le fixait sur ctite ligne : abandonnant ensuite à qui de droit toute la partie de Tordre purement spirituel, chose qui ne le concernait en rien, et sur laquelle il ne pouvait qu'errer, il ne considérait les prêtres, ainsi que doit faire tout chef de nation , que sous les rapports de leur influence dans l'ordre social, comme garantie de sa stabilité par leur coopération au maintien de la morale qui est le principe de cette stabilité. Jusque - la tout est dans l'ordre le plus parfait , et personne ne peut avoir le droit d'en exiger davantage. La conscience particulière du prince est à lui seul, comme celle de chaque particulier n'appartient qu'à

credo ; pauvre Espagne ! le bon sens aurait-il fait divorce avec toi, et vas-tu devenir la risée du monde , après en avoir été l'admiration !

Un beau zèle religieux dicta à Louis XIV de refuser les protestans qui lui demandaient d'aller peupler les bords sauvages du Mississipi ; il préféra de les voir grossir les trésors et les rangs de ses ennemis. Il fut à la veille d'être chassé de Versailles par ceux qu'il n'avait pas voulu laisser peupler les déserts de la Louisiane. A quel aveugle, ment le fanatisme porte t-ii les hommes, et que ne finit-il point par leur coûter l

lui : s'il peut paraître curieux de lire dari9 celle des princes, il est aussi interdit d'y porter des regards téméraires que dans celle de tout autre. 11 ne s'agit donc point de rechercher ce que Napoléon était personnellement dans le culte dont il faisait une profession publique; qui pouvait avoir le droit de l'interroger sur cela ? Ce n'étaientpoint ses sentimens d'homme mais ses actes de prince en matière religieuse que l'on avait le droit de juger; ce n'était pas ce qu'il pensait de la religion, mais ce qu'il lui faisait ressentir qu'il importait de connaître. Mille fois j'ai entendu sur cet article des dissertations qui montraient bien peu de jugement dans leurs auteurs ([).

(i) Je n'ai jamais entendu Napoléon parler de L'immortalité de l ame sans l'accent d'une profonde conviction... . Quelqu'un* s'amusent à dire, sans trop savoir en quoi cela consiste, qu'il était Fataliste. J'aimerais autant dire que Machiavel l'était. Eh ! non, il n'était pas fataliste; il était politique et voilà tout ... Un demandait pas mieux que les antres fussent fatalistes . car rien ne dispose mieux à l'obéissance : il n'élait pa* fâché que l'on crut à son étoile, mais il y croyait à -peuprès comme Mahomet croyait à sa colombe, et Numa à la nvmphe Égérie.

Né dans une époque d'irrévérence religieuse, nourri au milieu du déchaînement dont le clergé était l'objet depuis cinquante ans, élevé dans l'étude de la guerre, la tête remplie des soins de la restauration de la France, de celui de son propre établissement, les épaules chargées du fardeau du monde , Napoléon pouvait -il avoir donné aux choses religieuses cette application qui les fait connaître et qui conduit à les aimer? Rendons à chaque chose ce qui lui appartient. Napoléon n'était en religion ni plus ni moins que ne doivent l'être les militaires et les jeunes gens, tous à peu près également lestes sur cet article, soit pour s'exempter de ses contraintes, soit recherche de bon ton. Mais de plus que le vulgaire, il était politique et observateur. Il savait qu'un grand corps de clergé n'est pas une chose indifférente dans un grand État, et que lorsqu'il n'aide point au mouvement , il l'entrave beaucoup. Ouvrier principal , directeur d'une immense machine, il n'était tenu qu'à s'occuper du jeu de ses rouages. Son rôle se bornait là.

En France, comme en Italie, Napoléon a donné au clergé plus qu'il n'avait promis. Il

ne s'est refusé à aucune des demandes qui lui ont été faites en sa faveur. Il Ta admis au partage de tous les honneurs de l'Etat. Et comme il ne s'agit ici ni de critique, ni d'apologie, mais de vérité historique, il faut ajouter qu'il entendait trop bien l'art du gouvernement, pour avoir toléré un acte offensant contre le clergé. Dans tout le cours de son administration , le théâtre , la peinture, aucun des arts n'eût osé reproduire une image capable d'affaiblir la considération du clergé, comme l'ancien gouvernement l'avait laissé faire depuis soixante ans. II a frappé des membres du clergé individuellement ; jamais il n'a laissé échapper rien d'attentatoire au corps même du clergé. Dans les éruptions de sa colère, trop souvent il s'est permis dans son intérieur ce qui ne peut jamais être dit avec bienséance, lorsqu'il s'agit de la religion : jamais aucun de ses actes ou de ses discours publics n'a porté d'autre empreinte que celle de la bienveillance et du respect. Un propos inconsidéré sur la religion l'aurait choqué; il se permettait et ne permettait pas : un défaut de conduite aurait perdu dans son esprit le prêtre qui en aurait été convaincu. Par le

tact exquis dont il était doué, il voulait naturellement que chaque chose fût à sa place, et toute difformité le blessait. Je ne L'ai vu qu'une seule fois, c'était à Anvers, s'oublier dans son audience publique à l'égard du clergé. Encore l'oubli ne concernait-il que la partie des prêtres de ces contrées dont il était mécontent, et non point le corps même du clergé. Il avait arrangé cette scène pour l'effrayer. Dans toutes les autres occasions il accueillait le clergé avec bienveillance, il écoutait, interrogeait, répondait, et finissait presque toujours par des choses gracieuses et obligeantes. En passant à Bordeaux, en 1808, au retour de Bayonne, il demanda à M. l'archevêque s'il avait une maison de campagne; et sur sa réponse négative, il dit, c'est dans les mœurs d'un archevêque d'avoir une maison de campagne pour se délasser. Je vous donne soixante mille francs pour en acheter une.

Napoléon n'a jamais balancé sur la nécessité de remettre l'instruction publique au clergé. J'ignore si c'est un bon système, mais je suis bien sûr que c'était le sien. C est-là son métier, cela leur appartient, disait-il souvent. Il en a été détourné par les tracasseries que

n'ont point cessé de lui susciter des institutions religieuses. Il savait que dès qu'il y avait une institution de cette nature, il y avait un ennemi de plus contre lui. M. Je cardinal Fesch, avec ses Pères de la foi, avec ses Sulpiciens, a fait manquer au clergé cette superbe dotation de l'enseignement public.

Ces pieux maladroits ne se doutaient pas du mai qu'ils faisaient, et pourvu qu'ils eussent des frères ignorantins, ils croyaient à un triomphe. Quant aux contestations qui pouvaient s'élever dans la jurisdiction religieuse, il n'a jamais varié sur la convenance d'en faire l'affaire des tribunaux supérieurs. Entre vous autres gens de plume vous vous airangérez et je rien entendrai plus parler, lui ai- je entendu dire cent fois. Il y était arrivé par le concordat de Fontainebleau et dans le fait, il ne cherchait qu'à s'en débarrasser. Il sentait fort bien que la dotation du clergé était insuffisante. Je ne puis pas tout faire à la fois disait-il souvent. Vieil a mis sept jours à faire le monde. Je ri ai pas deux récoltes par an. Il faut qu'il y en ait pour tout le monde. Parmi les ecclésiastiques du premier ordre, il évaluait très-juste le mérite relatif, et sai-

saisissait des nuances qui auraient échappé à beaucoup d'autres. C'était là son fort. Il vénérait M. Emery supérieur de St.-Sulpice : il fut très-affecté de la morî du cardinal de Belloy : il décréta un monument en son honneur. Les preuves de respect et d'affection que le peuple de Paris donna à son pasteur mourant, le firent réfléchir profondément : il avait une idée très-élevée de la dignité du siège de Paris. Je parle de ce que j'ai vu et entendu. Il portait une hante estime aux évéques de Vannes et de Nantes. Un homme tel que ce dernier me ferait faire tout ce qu'il voudrait , et peut-être plus que je ne devrais, a-t-il dit plusieurs fois. En général Napoléon aimait les prêtres, se plaisait à s'entretenir avec eux, à les questionner, et finissait assez ordinairement ses entretiens par quelque plaisanteri é. Un de ses ministres, homme d esprit, disait qu'il était plus prêtre qu'on le pensait. Napoléon s'était formé systématiquement une conviction intime de l'attachement du clergé pour lui. Je l'ai rétabli, je le maintiens , je fais tout pour lui, il est impossible quil ne me soit pas attaché. Voilà ce qu'il disait habituellement % et le jugement eût-il été faux, le

principe n'en était pas moins honorable pour le clergé, puisqu'il se rattachait à celui de sa reconnaissance présumée. Napoléon , né mathématicien, avait l'habitude de réduire tout en système. Il posait quelques données comme un algébriste pose son X, et puis après avoir dégagé son inconnue, il tirait des conséquences invariables, qui acquiéraient dans sa tète la consistance d'une véritable démonstration, d'un corps complet de système. Il en faisait ensuite une règle de conduite, méthode infiniment dangereuse.

Il faut distinguer dans sa carrière d'affaires religieuses deux époques diverses, et si j'ose parler ainsi, deux éducations différentes.

La première fut celle dans laquelle il agit par lui-même, indépendamment de tout conseil éclairé dans cette matière. La seconde, celle dans laquelle il consulta, et forma un conseil ecclésiastique.

C'est à la première époque que se rapportent ces demandes bisarres adressées à la cour de Rome, que je rapporterai plus bas, ainsi que les actes de violence qui Font tant déconsidéré. S'il eût commencé par où i! a fini, c'est-à-dire par s'entourer d'hommes con-

naissant ces matières, le pape n'aurait jamais été inquiété à Rome.

C'est dans la seconde époque que furent formées les commissions des années 1810 et 181 1. Par elles furent élaguées toutes les prétentions provenues de l'ignorance et de l'ardeur de la jeunesse; il rentra alors dans la bonne route qu'auparavant il ne connaissait pas. Il avait attaqué St. Pierre de Rome, comme Brennus et ses Gaulois attaquèrent jadis le Capitole.

De tous les hommes qui ont manié la puissance souveraine , aucun n'a donné la direction plus exclusivement que ne l'a fait Napoléon. En tout, diriger , conduire en chef, faire des autres les instrumens de sa pensée , telle était son essence. Il lui était aussi impossible de se borner à suivre, qu'il l'est à d'autres de marcher les premiers. La distributrice des dons , la nature l'avait fait ainsi. Il commença donc par diriger seul le clergé , comme il réglait toutes les autres parties de l'administration; mais ici l'étoffe était différente. La force des choses avait amené un rapprochement entre lui et les principaux membres du clergé. Ils se divisèrent sur la

manière de le considérer et de le diriger, ou plutôt d'en tirer parti , car il faut bien reconnaître que toute direction de prince n'a point d'autre objet.

A la tète de ceux-là seuls qui formaient une espèce de parti, se trouvait M. le cardinal Fesch. Oncle de Napoléon, d'un homme sur lequel les affections de famille avaient beaucoup d'empire, il ne pouvait manquer d'être très-influent dans cette cause, et d'y paraître en première ligne. La volonté de le faire pour le plus grand avantage de la religion, n'a jamais varié chez M. le cardinal Fesch. Elle allait jusqu'à une obstination à la fois aveugle et funeste. La régularité de sa conduite ne s'est point démentie un seul instant; il vivait dans une retraite absolue , étranger au monde et borné à sa famille. Jamais il ne fut accessible qu'aux ecclésiastiques. Auprès de lui se sont formés plusieurs membres de l'épiscopat ancien et nouveau. Les évêques de Gand, de Troyes, eurent la plus grande part à sa faveur; les evèques de Nantes, de Trêves, et M. Emery , à sa confiance. Il se montra inébranlable dans son attachement pour le pape; et pour le défendre, il ne craignit pas de se

compromettre avec son neveu , que son opposition irritait. Sa libéralité envers les églises et le séminaire de Lyon était fort grande. Ferme et rigide observateur des observances légales, M. le cardinal Fesch était devenu le héros du parti opposé à Napoléon, et qui était ravi de trouver un appui dans sa propre famille. Par la bonne odeur qu'exhalaient ses vertus ecclésiastiques, il régnait sur le faubourg St. -Germain, qui , après l'avoir considéré comme sa machine de guerre contre Napoléon , fidèle à sa gratitude ordinaire , Fa abandonné au dénouement de la pièce , et ne s'informe pas où il vit. Le spectacle de cette opposition permanente , de cette discorde dans la famille, avait égaré beaucoup de monde. M. le cardinal Fesch a beaucoup contribué à la ruine de sa famille et à la sienne propre ; exemple à jamais mémorable d'un zele qui n'est pas suivant les lumières. Ce prélat n'écoutant que ce zèle, aurait voulu, dès l'abord, faire de son neveu un chrétien aussi prononcé que lui-même. Le néophite était loin de l'esprit de son missionnaire, et ne se serait pas plié facilement au joug qui aurait suivi de son acquiescement aux re-

montrances de cet apôtre. Il irritait Napoléon, il le prenait à contre sens , il le fatiguait d'instances et d'observations bien peu à la mesure d'un esprit aussi transcendant que celui de Napoléon. Il le portait à des accès de colère qui gâtaient tout. M. le cardinal Fesch faisait sur Napoléon , à part le talent , le même effet que l'abbé Maury produisait sur le côté gauche de l'assemblée constituante. Vingt fois j'ai entendu Napoléon dire après de violens transports de colère, il me fait dire ce que je ne devrais jamais dire, et ce que je ne pense pas. M. le cardinal avait l'art de faire aboutir à des scènes fâcheuses des conversations commencées à l'amiable. Il était à la fois plein de bienveillance et d'inconvéniens pour le clergé, rempli de bonnes intentions et de la maladresse propre à les rendre inutiles. Porté par tous les avantages de sa position à la tète du clergé, il se trouva en arrière de sa place par les retards d'une éducation qui n'avait point été mesurée sur cette élévation imprévue. Aussi se tira-t-il très-mal de la présidence duconcile. Ce fut là son dernier écueil auprès de Napoléon , qui lui attribua le mauvais succès; chose injuste, car il était lui-même le

coupable, comme je le montrerai. Il acheva alors de s'en détacher; le mal était fait, la hrouiilerie ne servait plus à rien. Elîe devint sérieuse : M. le cardinal voulut remettre la grande aumônerie ; sa famille l'en détourna, et Napoléon se borna alors à lui en retirer l'administration qu'il me remit à l'époque de de son départ pour la Russie, et qu'il m'ôla à son retour.

Lorsque Napoléon nomma M. le cardinal Fesch à l'archevêché de Paris , il regarda à la fois la dignité de cardinal qu'il considérait comme inhérente à ce siège, et le rang que M. le cardinal occupait dans l'État , par les liens qui l'unissaient à lui. Ce choix fut tout d'honneur et de révérence pour ce grand siège. Les hésitations de M. le Cardinal l'ayant irrité , Napoléon se porta à l'extrême opposé, et fut y chercher M. le cardinal Maury. C'était, chez lui, l'effet ordinaire de la contradiction. D'un autre côté, se trouvaient des hommes d'un jugement plus sain, qui prenant les choses comme elles étaient, sachant apprécier le caractère véritable de Napoléon , ce caractère qu'avant tout il faut calculer dans les affaires, calculant aussi le besoin de le

ménager, de le conduire pas à pas dans la carrière que d'autres voulaient lui faire franchir, s'appliquèrent à le ramener à des idées justes sur les matières religieuses ; à lui présenter la religion sous les rapports de la compatibilité avec tous les gouvernemens; à le rassurer sur la fidélité du clergé , ce qui était l'article essentiel à ses yeux; en un mot à lui présenter tous ces objets sous le point de vue de la vérité et de la raison. MM. l'archevêque de Tours, les évêques de Nantes, de Trêves et d'Evreux, furent les agens principaux de cette œuvre de raison. Ce fut à leurs sages conseils que l'on dut l'adoption des mesures propres à finir les troubles de l'église, en rapprochant Napoléon et le pape, et en faisant admettre par celui-ci le décret du concile qui terminait les refus arbitraires des bulles, et qui empêchait qu'ils ne fussent renouvelés.

Me demandera-t-on ce que Napoléon voulait, ce qu'il se proposait; rien n'est plus simple que la réponse à cette demande. La séparation du spirituel avec le temporel. C'est ce mélange qu'il n'a jamais pu concevoir. Le but était clair et distinct dans son esprit. Les

moyens d'y parvenir n'étaient pas au même degré de clarté. Il cherchait la route , il tâtonnait comme un homme qui marche dans les ténèbres; repoussé sur un point, il se repliait sur un autre, souvent avec aussi peu de succès , en raison de son ignorance de ces matières , qui lui interdisait un bon choix dans ses mesures. Peut-être qiravant d'avoir auprès de lui un conseil propre à lui faire connaître la profondeur des racines que le catholicisme a jetées dans l'esprit de la plus grande partie des habita ns de 1 empire , par une débauche d'esprit et de pouvoir, aurait-il cru pouvoir renouveler en France ïes scènes d'Henri VIII ou du Czar Pierre , en se déclarant le chef extérieur et le protecteur de la religion catholique : mais cette idée n'avait point laissé de traces dans son esprit. Il l'avait conçue en s'appuyant sur la confianceque lui inspirait rattachement des Français. Elle allait jusqu'à l'infini. Je l'admettais avec lui pour les champs de bataille , mais je le niais absolument pour les autels. Ces deux choses ne se ressemblent point.

Napoléon s'était proposé de fixer le séjour du pape à Paris ; il avait devant les yeux

l'exemple de Constantin, et Je souvenir des malheurs qu'avait entraîné le trop grand éloignement de ces deux pouvoirs. Il lui paraissait aussi convenable que le chef du culte catholique résidât auprès du souverain de la plus grande partie de la catholicité , i<> pour prévenir les malentendus que la séparation pouvait faire naître ou favoriser ; 20 pour faciliter les rapports que les besoins de la religion rendaient indispensables. C'est dans cette vue qu'il avait fait orner avec grandeur l'archevêché de Paris , et venir le pape à Fontainebleau.

Lorsque la catastrophe de Russie , changeant la fortune de Napoléon , l'eut averti que le pouvoir de disposer des sceptres lui avait échappé , et q'uà son tour il pouvait avoir à défendre le sien propre, ses prétentions baissèrent, et il se rabattit au séjour d'Avignon et aux autres stipulations du concordat de Fontainebleau.

Il faut bien distinguer ces gradations dans les intentions de Napoléon, pour avoir le fil véritable de sa conduite dans cette affaire. Napoléon avait dans l'esprit une singulière ténacité. L'idée une fois conçue, revivait suivant les circonstances, et je ne doute point

que si la fortune lui eût rendu, avec ses faveurs, ses anciens moyens de suprématie, il n'en eût profité pour fixer irrévocablement le séjour du pape à Paris; celui d'Avignon était visiblement un intérim.

Napoléon avait fini par se calmer sur les affaires du clergé. A force de nous entendre répéter qu'il n'y avait pas d'intérêt, que la fidélité du clergé ne souffrait point des circonstances ; que le temps suffirait pour amener tous les redressemens désirables, il avait fini par se le persuader lui - même : aussi, pendant tout l'hiver qui précéda l'expédition de Russie, comme à l'audience qu'il donna aux: évêques revenus de Savone, Napoléon ne cessa de dire que le clergé était fidèle , que tout cela ne lui faisait rien du tout; que ce né* tait plus une affaire pour lui; que les grands* vicaires et les chapitres administraient aussi bien que les évêques; quil avait des répondans dans les uns comme dans les autres , et mille choses semblables qui suffisaient pour faire connaître, à qui le connaissait, la nouvelle direction de son espritll voulait dès-lors que toutes les affaires du clergé devinssent Fobjet d'un arrangement général qui l'en délivrât

à jamais. Il en était excédé. J'en eus la preuve dans le cours de cet hiver de 1811 à 1812: car un jour que j'insistais sur la miseen liberté de quelques prêtres du diocèse de Malines, il me répondit avec le ton du maître, ne me parlez plus de cela, je rendrai tout à la fois. Ce fut le trait de lumière.

Napoléon a appesanti sa main sur un grand nombre de membres du clergé, surtout en 181 3. Les mémoires de Ste. -Hélène que je crois sincères sur cet articie, articulentqu'il y a eu plus de cinq cents captifs parmi le clergé. Sûrement cela est bien déplorable : un seul serait trop. Mais est - ce seulement sur des prêtres ou sur deshommes pris en flagrant délit de contraventions à leurs engagemens et aux lois de leurs pays, que les coups sont tombés? En quel pays cela serait-il toléré, ou resterait-il impuni? Ici la vérité force à des aveux pénibles.

Des hommes dont l'état répond à deux fins différentes, se croyent permis de suivre une ligne double; ils sont citoyens et prêtres : ils veulent agir en sens opposé, à l'abri d'un de ces deux titres; un je ne sais quel zèle dénature tout à leurs yeux, et leur montre tout

licite, pourvu que leur conviction ecclésiastique et leurs règles théologiques soient satisfaites et accomplies : alors tout est bien. Ils trouvent des applaudissemens, des excitations sincères ou intéressées, et ces dernières forment le grand nombre. C'est ce qui est arrivé dans le temps de Napoléon. Une trop grande quantité de prêtres se sont établis dans le monde comme les ennemis et les dissolvans de l'ordre politique qui existait alors, ainsi que comme les agens de correspondances, de menées et d'intrigues dirigées contre lui. La révolution a rendu fort savant dans ce genre, et fait embrasser ce métier à beaucoup de gens qui n'y étaient point appelés. On a dissous des congrégations très - respectables dans l'esprit de leur institution. De bonne foi qu'y faisait-on dans le temps de Napoléon? Un souverain est-il tenu de caresser qui le détruit ? ne peut- il qu'être attaqué? [lui est-il interdit de se défendre,d'opposer des armes à des armes ? est-il astreint, par quelques lois, d'assister froidement aux préparatifs de sa destruction ? Une chouannerie religieuse , c'est le mot propre, avait été organisée contre Napoléon : il en connaissait tous les fils, et il

s'est reconnu impuissant à réprimer le* mains opiniâtres et cachées qui les renouaient sans cesse. Malheur aux princes qui ont à faire avec ces ténébreux ennemis ! A la fin , l'opposition avait gagné partout , plus ou moins ouvertement ; dans la Belgique elle était complète en i8i3, et ce pays avait, sous ce rapport, échappé à l'obéissance de Napoléon. En voulant lui appliquer la pierre infernale, il ne fit qu'augmenter le mal.

Napoléon, harcelé par les prêtres, se retournait contre eux comme le lion le fait contre les chasseurs. Les moins craintifs étaient blessés , et s'en retournaient en criant à la violence, lorsqu'ils n'auraient dû accuser que leur téméraire imprudence.

Du temps de Napoléon, la mauvaise foi à son égard était devenue une espa ce de dogme. Il l'a rencontré également au dedans comme au dehors (i). Je ne crains point de répéter ici ce que j'ai avancé dans mes mémoires sur

(1) Cette assertion veut être prouvée.

Au dehors , la guerre d'Autriche , celle de Prusse , et la première de Russie provoquées évidemment par

la révolution d'Espagne : c'est que si Napoléon a trompé beaucoup, on a encore plus voulu le tromper. Il a constamment vécu au milieu d'observations hostiles sous forme d'adulations et d'hommages ;il s'est sans cesse

l'étranger; Napoléon u'avait rien fait contre aucune de ces puissances.

Naples fait un traité , et quinze jours après se réunit à la coalition dissoute à Austerlitz. Le prince de la Paix , à la nouvelle de la guerre de la Prusse , fait un armement général contre Napoléon, et dit ensuite qu'il regardait l'Empereur de Maroc. l'Autriche fait la guerre de Wagram, sans aucune provocation personnelle. Voyez son manifeste. Après Austerlitz elle s'était engagée à ne plus faire la guerre. Un envoyé en résidence auprès de Napoléon et dans sa familiarité depuis plusieurs années s'enfuit, pendant qu'on fusille le malheureux qui lui a livré le secret de J État.

En i8i3, les troupes allemandes passent à l'ennemi sur le champ de bataille , il faut se faire jour à travers l'armée d'un Roi allié, à la bataille de Hanau, Murât se joint aux ennemis de Napoléon.

Dans l'intérieur , madame la marquise de la Roche- Jaquelin,n'a rien négligé pour convaincre à cet égard les plus incrédules : elle a pris la peine de donner les noms , et ses soins se sont étendus sur ceux que leurs places au service de Napoléon font rencontrer avec cruelqu'étonnement dans cette route , plus lucrative sans

retrouvé au milieu de coalitions renaissantes, d'inimitiés ouvertes ou cachées, de dépréciations personnelles : il ne s'est point écoulé un seul jour sans qu'il n'eût la certitude que la nécessité ou sa force propre ne fussent ses seules sauve gardes. Il a pu reconnaître de la résignation , mais point de bonne foi. L'Autriche fut sincère depuis le mariage jusqu'à la catastrophe de Russie : parmi les souverains de la famille, un ou deux suivirent le chemin de la reconnaissance clairvoyante ou de l'honneur : tout le reste fut plus ou moins ennemi ou perfide. Il en a été de même dans l'intérieur, et je le dis à regret, parmi quelques membres du clergé, la bonne foi s'est trouvée bannie. On s'était fait, à l'égard de Napoléon, un code de morale semblable à celle que les théologiens de certaines écoles avaient propagé à l'égard des hérétiques, envers lesquels

doute qu'honorable. Depuis la chute de Napoléon , combien se sont parés de ces titres d'intrigues, et en ont demandé le salaire. J'avais donc raison de dire qu'en fait de tromperie, on ne se devait rien de part et d'autre.

L'envie de nui.~e à Napoléon avait démoralisé le* particuliers comme les Étals: si cela eût duré, on ne sait pas ce qu'il en fût résulté.

ils dispensaient de l'obligation d'observer îa foi donnée , comme si la foi se rapportait à l'homme qui la reçoit , et non pas à l'homme qui la donne , et primitivement à la foi ellemême , comme principe de toute obligation. Ces casuistes-là n'auraient pas accompagné Regulus à Carthage.

Ces manœuvres sourdes, ces petites et vilaines pratiques avaient irrité Napoléon et le portèrent à une déplorable sévérité. Violent et fort comme il était, accoutumé à tout attaquer et renverser de front, les petits moyens, les attaques détournées l'enflammaient, moins encore par leur importance que parce qu'elles avaient d'antipathique avec son caractère. Il en méprisait les auteurs, et le mépris, chez les hommes armés d'un grand pouvoir, n'est pas séparé du sacrifice par de grandes distances. C'est ce qu'ignoraient les hommes imprudens qui se livraient à ces pratiques. Quand ils étaient pris, ils venaient susciter des commisérations peu courageuses, ou soulever des oppositions peu généreuses. Maisalors comme il ne s'agissait que de saper et détruire, tous les moyens paraissaient bons.

Dans ce même temps se faisait remarquer

aussi une disposition dont mon devoir d'historien ne me permet point d'omettre la mention. Des hommes tout-à-la-fois veulent et ne veulent pas, avancent et reculent, ne s'entendent pas eux-mêmes. Ils sont placés auprès de Napoléon \ ils ont beaucoup reçu de lui, ils l'ont beaucoup exalté ; ils persévèrent sur cette ligne d'utilité personnelle, et sur d'autres points ils crient, se séparent, s'opposent, s'ameutent. La légion d'honneur devient la décoration briguée de l'Europe. Elle brille sur la poitrine de tous les souverains, de tous les chefs des armées et des conseils de l'Europe; le sacré collège, tout le clergé la porte sans trouver matière à une objection. Un prélat d'un grand nom, d'une piété éminente, d'un esprit très-aimable, découvre dans cette décoration des taches qui ont échappé à tous les yeux ; il est attaché au service personnel de Napoléon ; il en a reçu des marques honorables et profitables de bienveillance, il s'obstine à ce que son refus soit porté à la connaissance de Napoléon. Celuici l'interroge en riant sur ses scrupules. Une réponse séminaristique provoque une réplique de mépris. Puis une explication sur les

suites de ces directions particulières de conscience; puis une apostrophe sur la nécessité de se bien entendre soi-même; puis l'offre de faire rendre par le souverain qui l'avait donné , le poste qu'on occupait dans ses États. De quel côté était la raison? Les opposans appelaient cela du caractère. Il faut en avoir de reste pour le placer sur de pareils sujets.

Les ambiguïtés, les subtilités étaient les antipodes du caractère de Napoléon. Aussi les avait-il en horreur. Esprit lumineux et tranchant, porté au grandiose , occupé de soins immenses, l'ambiguïté et la tortuosité étaient ce qui devait lui convenir le moins. Je sais sur quel ton il parlait de ce qu'il appelait les petits prêtres et lagent dévote : il se sentait rongé par la dent de ces ennemis invisibles. Napoléon n'a jamais pu concevoir comment les membres de sa chapelle étaient toujours à la tête de l'opposition contre lui : qu'ils en sortent et qu'ils s'opposent après, disait-il î Dans le fait il était assez singulier que depuis îe grand aumônier jusqu'au dernier clerc, moins deux ou trois qui marchaient avec simplicité et droiture, tout le monde y fût contre lui. Chez quel souverain cela serait-il

souffert? et cependant il le connaissait et le tolérait. Aussi lorsqu'un jour je lui proposai des nominations, men répondez-vous, me dit-il devant beaucoup de monde : car, ajoutat- il sur le ton de l'ironie, au moins faut- il que dans le clergé je puisse compter sur ma chapelle. C'est à cet imbroglio , à ce défaut de se bien bien entendre soi-même, que MM. les évoques de Gand et de Troyes durent les sévices qu'ils eurent à éprouver; ils avaient irrité Napoléon, et comme la maladresse se glissait partout pour tout gâter, ce fut encore une lourdise de M. le cardinal Fesch qui détermina l'explosion contre ces prélats. Je dirai comment et à qu'elle occasion.

On a vu sous Napoléon des hommes qui avaient pris les engagemens les plus formels de s'abstenir de toute correspondance avec les diocèses qui leur avaient appartenu , leurs démissions données, ayant cimenté de toute manière l'abdication de leurs droits, et puis, par des distinctions jésuitiques, continuant ces mêmes correspondances pour contrarier l'action même à laquelle ils s'étaient engagés de coopérer. On saisssait leurs agens plastronnés de raandemcns et d'autres actes. Alors

arrivaient des redoublemens de sévices. Le public les voyait sans en connaître le principe ; il les attribuait à barbarie , à mépris de la religion de la part de Napoléon , et celui-ci de son côté restait convaincu qu'il y avait une classe d'hommes avec lesquels il n'y avait jamais rien de fini. On ne saurait croire le mal que cela a fait, et ce qui avec un homme de cette trempe en fût advenu , s'il fût resté le plus fort.

Les événemens ont absous les auteurs de cette irritation des suites qu'elle aurait eues ; mais ils peuvent se tenir pour convaincus d'avoir fait courir de grands dangers à la chose que sûrement ils avaient envie de servir. Les événemens peuvent être une apologie plus profitable que glorieuse. Ils avaient totalement dégoûté Napoléon du clergé ; ils lmi avaient donné regret à ce qu'il avait fait pour lui , et il est très-probable quaprès l'avoir mis aux prises avec les cours impériales, comme il le fit par le décret du 2 3 mars i8i3 , il se serait borné à le laisser végéter. Tel était le résultat préparé par une conduite sur laquelle aucune représentation n'avait pu mordre.

C'était comme avec le côté droit de l'assemblée

constituante, d'honorables maladroits , et des aveugles incurables. Leur cataracte n'a pas encore été levée.

On s'affligeait et on riait tout-à- la-fois du spectacle qu'offrait la maladresse avec laquelle on s'y prenait pour agir religieusement sur l'esprit de Napoléon. Que l'on me pardonne des détails qui souvent peignent mieux les hommes que les actions destinées pour la scène du monde. Napoléon portait partout son esprit investigateur. Il se faisait rendre compte de tout ce qui se passait sous ses yeux dans le cours de l'office divin ; il parcourait rapidement les livres que l'on lui remettait; s'il en goûtait la lecture, il s'y attachait, et demandait fréquemment des explications. Il avait paru bon de profiter de cette disposition pour lui faire connaître nos classiques religieux, tels que Massilion, Bossuet, Bourdaloue dont il n'avait encore fait qu'entendre parler. Par là on tendait à lui faire concevoir de la considération pour le génie religieux, car avec lui l'estime était la base de tout. Sûrement ce plan était calculé dans l'intérêt de la religion. D'autres au contraire s'attachaient à mettre sous ses yeux des ou-

vrages très-pieux à la vérité , mais qui eussent été mieux placés dans les mains de novices de couvent, que dans les siennes. Il les rejetait au bout de deux minutes. Un jour, c'était à Lyon , lors de son voyage en Italie , on lui remit un livre de cette espèce. Le moment d'après, il me le rendit en me disant, il ny a que des bêtises dans votre livre. Le malheur voulut qu'il se trouvât être l'ouvrage d'un de ses chapelains. C'était une bien pauvre manière de diriger un homme tel que Napoléon.

On avait fort désiré de voir renouveler devant lui l'usage de la prédication : on y voyait à la fois bon exemple et encouragement pour cette partie du ministère, qui a toujours été un des titres de gloire du clergé français et de la France (r). Là encore on vint échouer, et lui faire prendre en aversion ce qu'il aurait goûté sous une forme mieux calculée.

(1) Si j'avais conservé l'administration de la grande aumonerie, les places de la chapelle et les secondes places du chapitre de St. Denis, auraient été attribuées aux prédicateurs soit comme retraites , soit comme moyen de se former. Cela paraissait plus utile que des nominations vagues ou qui ne se rapportaient qu'à la faveur.

M. de Boulogne, évèque de Troyes, parla devant lui à Noire-Dame au retour de la bataille de Wagram. Après avoir employé des figures de rhétorique semblables en tout à celles dont il use aujourd'hui, pour montrer dans Napoléon ï homme de la droite, il tomba dans des écarts qui l'irritèrent beaucoup, ainsi qu'une partie de l'auditoire. Il s'abandonna à des remontrances bien hors de saison : ce n'était pas là le lieu. A l'arrivée dosa nouvelle épouse, Napoléon voulant lui retracer l'image de ce qu'elle aurait vu dans le palais de ses pères, consentit à ce que l'on prononçât un discours le jour du vendredi saint : c'était à Compiègne. L'orateur plus pieux que judicieux fit subir à cet auditoire novice la souffrance d'une heure et demie d'assistance au débit d'un discours dont la forme était très-peu propre à faire oublier la longueur. On se recria, et Napoléon jura qu'on ne l'y reprendrait plus. Voilà comme quelques personnes entendaient le gouverner, et la suite des pieuses maladresses avec lesquelles on le détournait de la route dans laquelle des calculs mieux appropriés à son genre d'esprit l'auraient fait entrer et l'auraient fixé. C'est un

grand supplice que celui d'avoir à marcher de conserve avec d'aussi mauvais manoeuvriers : je l'avais éprouvé dans toute son étendue avec le côté droit de l'assemblée constituante et l'émigration, autres vaisseaux qui portaient très-mal la voile.

De tout cela il s'était formé dans l'esprit de Napoléon un éloignement pour le clergé, qui donnait fort à faire à ceux qui pensaient que sa direction devait être calculée sur son caractère propre , et non point sur des abstractions mystiques qui lui étaient tout-à-fait étrangères.

Maintenant , si l'on me demande quelles étaient les dispositions générales du clergé à l'égard de Napoléon , je répondrai qu'il n'y a jamais eu parmi le clergé une opposition , soit directe, soit générale. Il était trop puissant pour que l'une ou l'autre pût avoir lieu. Le clergé a toujours eu de hauts principes de fidélité à l'égard des souverains; ils l'ont dirigé à l'égard de Napoléon. Il lui a été fidèle, pour ne pas cesser d'être fidèle à ses propres principes: mais il n'y a jamais eu amour ni confiance. Cela n'était pas dans la nature des choses; il était philosophe, et jamais clergé

n'a aimé un philosophe. L'affection plutôt que la conduite du clergé s'est plus composée de nuances que de laits positifs. La joie de sa résurrection, la reconnaissance, la décevante espérance l'animaient après le concordat. Le terme de ces sentimeus arriva bientôt, mais la fidélité resta toujours dans l'ensemble du corps : quelques exceptions ne font pas loi pour un corps. Lorsque l'état du pape fut devenu très -douloureux, il était dans la nature des choses que le clergé le ressentît vivement. Il a rempli ce devoir. Il s'arrêta peu à la bulle d'excommunication; mais le spectacle de cette captivité le refroidit beaucoup, d'autres actes de violence achevèrent de lui inspirer de la défiance et de le détourner de lui. Elle était fort grande cette défiance, lorsque le concile fut rassemblé : Napoléon y avait donné lieu; il est difficile de se conduire avec moins d'art qu'il le fit alors, comme je le montrerai. Dès ce temps, le clergé faisait comme tout le monde. Il supportait Napoléon , quoiqu'il fût devenu insupportable ; il y ^partit, lorsqu'il tomba; dans ce moment le clergé rappelait les juifs à la fin de la captivité

Il était arrivé ce qu'il était bien naturel de T. II. i$

prévoir. A l'époque du concordat,le clergé ren du àses temples, àlaliberté, Napoléon de son côté comptant sur l'appui du clergé, ne pouvaient manquer de présenter cette apparence d'accord qui se fait toujours apercevoir entre des contractans réunis par des intérêts communs et fort vivans. Mais aussi entre des contractans de nature si diverse , le ciment véritable de toute liaison, la confiance, la foi manquait, et ne pouvait pas même se rencontrer. D'un côté étaient des prêtres et de l'autre des soldats et des philosophes : d'un côté on ne croyait pas , de l'autre on n'entendait pas: où pouvait se trouver l'accord? Ils avaient l'air d'être embarqués dans le même vaisseau : loin de là , ils étaient placés sur deux vaisseaux distincts que des vents et des pilotes différens devaient séparer tous les jours, jusqu'à ce qu'ils en vinssent à se combattre. Le résultat était évident, le jour même du concordat : comment des prêtres qui venaient de voir leurs autels renversés par la philosophie, qui tremblaient encore pro aris et pro focis. auraient-ils pu avoir foi à des philosophes armés? Comment ceux-ci auraient -ils pu suivre les prêtres dans tous les circuits, et

détours de leurs pratiques? Ils prenaient les choses en bloc pour ainsi parler. Tout ce qui n'atteignait pas le gros de la chose ne les affectait pas, ou leur échappait naturellement : les prêtres au contraire ne pouvaient en juger de même, et veillaient avec une égale inquiétude sur chaque partie du dépôt confié à leur garde. Il était donc évident qu'on n'était pas destiné à s'entendre long-temps. C'est ce que Napoléon, malgré sa prodigieuse sagacité, n'avait point assez bien conçu. Il ne s'était pas assez dit à lui-même que sa qualité de philosophe amortirait chaque jour l'effet de ce qu'il ferait pour la religion, aux yeux d'hommes qui voyaient dans Ja philosophie l'ennemi principal, et qui aimaient à lui rapporter tout ce que la religion et eux avaient eu à souffrir. Napoléon soupçonné de peu de foi avait à faire davantage pour s'établir dans l'esprit du clergé, et compenser ce qui lui manquait de ce côté : son titre de philosophe annulait la moitié de ses bienfaits. Voilà ce qu'il fallait bien entendre, ce qu'il s'est dissimulé à lui-même, car il avait le germe de cette vérité comme de toutes les autres, ce qui aurait dû le fixer à la tolérance. Dans l'im-

possibilité d'être cru , il n'avait de ressource que de tolérer. Quand on traite d'affaires, il faut commencer par bien discerner les élémens qui entrent dans leur composition.

On sent qu'il n'a point dû manquer d hommes qui ont beaucoup répété au clergé qu'il n'était qu'un instrument dans les mains de Napoléon , et qui n'aient cultivé avec soin les dispositions personnelles qu'il avait à le croire Parmi ses membres, il n'a pas dû en manquer non plus qui partaient de ce qu'ils retrouvaient pour regretter ce qu'ils n'avaient plus, et que la vue du second temple ne fissent rappeller vivement de la splendeur du premier. Il n'en faut accuser personne en particulier : la même chose se retrouve dans tous les grands déplacemens , et sur cet article le clergé a été encore plus tempérant que l'émigration.

Napoléon avait formé une institution nouvelle, celle du ministère des cultes. Cette division ministérielle était supérieure à l'ancien ordre dans lequel le clergé dépendait à la fois du ministre de la feuille et de celui de la maison du Roi. On ne voit pas ce que !e clergé avait à faire avec la maison du

Roi tRamener cette institution à l'unité était un bien réel pour la chose. La multiplicité des affaires auxquelles mille causes donnent lieu, ne permettait point de se passer d'une administration spéciale pour le clergé. La placer au rang des ministères était relever le clergé lui-même.

On parut quelque fois désirer que ce ministère fût confié à un ecclésiastique. Sûrement il eût été beau de voir un ecclésiastique faire jouir avec impartialité tous les cultes de la protection de l'Etat. Mais d'un autre coté, il faut aussi considérer que le temps seul aurait pu établir la confiance parmi beaucoup d'hommes chez lesquels le soupçon de partialité n'était pas écarté par la nature des choses ; de plus , ce ministre devant faire partie du conseil des ministres , aurait , par état, été très-souvent plutôt témoin qu'acteur, dans un lieu où se traitaient beaucoup de questions purement politiques. Dans le fait, il n'eût été ministre qu'à demi, en comparaison de ses collègues. Au reste, un eclésiastique occupant ce ministère , n'aurait pu apporter plus d'empressement pour le bien des églises , comme pour la salisfac-

tiôn personnelle des membres du cleagé , que ne l'ont fait 1< s deux hommes qui ont rempli cette place , MM. Portalis et Bigot de Préameneu. La vaste science , les lumières , l'urbanité et la bienveillance que le clergé a toujours trouvées en eux , ont puissamment contribué à soutenir son courage, à alléger ses souffrances et ses peines, à améliorer son sort , à le préserver du mal; jamais l'autorité ne put être remise entre des mains plus douces, plus conciliantes, ni exercée d'une manière plus analogue aux mœurs même du clergé ; jamais celui-ci n'eut à s'apercevoir qu'il n'était pas dirigé par un des siens.

Je dois répondre à ceux qui reprochent au clergé d'avoir prodigué les éloges à Napoléon. Je touche une corde délicate, et pour le défendre , on m'a réduit à attaquer.

Le clergé a-t-il seul , exclusivement loué beaucoup Napoléon ? Ta-t-il loué plus que le reste de l'Europe, que le pape et la cour de Rome ne Font fait ? a-t-il tenu un autre langage que celui qu'en tout temps l'église a parlé aux princes ? J'en appelle à tout homme de bonne foi. Pendant j6 années, hors le

duc de Bassano , Napoléon n'a pas eu de flatteurs particuliers; il n'en a eu qu'un, le monde. Pendant seize ans, il n'a pas eu d'admirateurs particuliers ; il n'en a eu qu'un, le monde. Pendant ces seize ans , quel est le potentat, le corps, le particulier qui l'ait abordé autrement qu'avec le langage de l'admiration , et dans une autre attitude que celle de la soumission? On s'est redressé depuis qu'il est loin , mais pendant longtemps on s'exerça à rester courbé devant lui. Qu'on ouvre les procès-verbaux du cler gé, et que l'on compare avec ce qui a été écrit dans ces derniers temps ! L'bistoire universelle de Bossuet n'est pas exempte de suppositions flatteuses pour Louis XIV, et d'une étrange nature. Le clergé a toujours parlé au pouvoir et du pouvoir avec beaucoup de respect , non à cause du pouvoir même, comme on le lui impute à tort, mais à cause de l'origine du pouvoir dans lequel il a toujours vu le droit divin : idée fausse assurément , bien démentie par le peu de ressemblance d'un trop grand nombre de ces images avec leur modèle supposé; mais qui étant sa doctrine, tout en ae-

disant son jugement, absout sa dignité. Quelque chose qu'ait dit le clergé moderne, aucun de ses discours n'est descendu aussi bas que les épîtres dédicatoires de Corneille et de Boileau, et quelles qu'aient été les phrases de mauvais goût et de mauvais sens qui soient échappées à des membres du clergé, ce n'est point à un ecclésiastique , mais à un préfet gentilhomme qu'appartient ce mot, qui est sûrement le nec plus ultra du sot bel esprit flatteur : Dieu fit Bonaparte et se reposai Depuis 1 8 1 4 , que n'a-t-on pas eu à entendre de la façon des parleurs publics? Il faut plaindre plutôt qu'accuser des hommes qui trouvant toutes les formules épuisées, sont tombés dans le ridicule , en voulant faire du neuf ou de l'esprit. Ces observations malveillantes sont toujours l'ouvrage de gens qui, bien protégés par le délaissement dans lequel on a eu le bon sens de les laisser , mettent aujourd'hui leur innocence à l'abri de leur nullité. Il eût été curieux de voir ce qu'ils auraient fait , si on les eût admis à agir.

Que l'on cesse ces allégations haineuses. C'est mettre en action la fahle des animaux

malades de la peste. Attaquer de grandes associations d'hommes , c'est attaquer l'humanité même. Là où tous ont péché , personne n*a péché , a dit Saint Augustin. Cette maxime vraiment chrétienne renferme plus de sens et d'utilité qu'une bibliothèque de reproches.

Je regarde comme un devoir de repousser les reproches adressés avec irréflexion et dureté à des membr es distingués duclergé, et particulièrement à M. le cardinal de Boisgelin. Depuis long temps il n'est plus, je n'ai eu aucun rapport avec lui ni avec ses prédications. La vérité et la justice guideront seules ma plume. On a voulu opposer à eux-mêmes ce prélat et d'autres encore , et les montrer tombés dans des contradictions qui, par-là même que ces hommes ont été revêtus d'honneurs, ou mis en possession de places , déposent sur leur caractère une teinte toujours fâcheuse d'intérêt personnel. La justice exige de bien distinguer le temps et les circonstances. Lorsque M. de Boisgelin parlait à Londres des droits de la maison de Bourbon , et de son attachement pour elle , la question était concentrée entre

cette maison et la république. L'affreux régime de la terreur , l'effacement complet de la religion , la séparation avec toutes les parties de l'association européenne , même avec le monde entier, formaient l'état de la France. Voilà le point de vue saisi par ces orateurs. Ils parlaient de ce qu'ils voyaient et de ce qui existait.

Lorsqu'ils parlaient à Paris , rien de tout cela n'existait plus. L'Europe et l'Angleterre à Amiens , avaient reconnu la république et le premier Consul. L'ambassadeur de celuici était à Londres, comme celui d'Angleterre était à Paris; et ce dernier en valait bien un autre, car c'était le plus grand personnage de l'Angleterre , Lord Gornwallis.

L'Autriche , la Prusse, la Russie sous Paul , avaient leurs représentans à Paris. Et ce qui était décisif, les princes de la maison de Bourbon - Espagne , étaient les plus anciens en date , comme les plus avancés dans l'amitié de la république française, et de son premier Consul. On venait de voir la fille du Roi d'Espagne et l'Infant de Parme, de la maison de Bourbon , recevoir à Paris la couronne d'Etrurie. Depuis long-temps l'Espagne avait

cessé toute réclamation pour la famille de France 5 depuis j 796 elle était en alliance avec la république. Qu'ont à faire les particuliers en face de pareilles autorités? De son côté, la France était rentrée dans Tordre de la religion et des sociétés. Comment imposer à des hommes pensans , à des évèques, des devoirs semblables, dans des positions si différentes? Comment vouloir les enchaîner par des paroles, à des choses variables, comme si les choses étaient immuables et éternelles, et les juger dans un temps, par les choses d'un autre?

Ces évêques se sont conduits en citoyens et en prêtres éclairés et courageux. Us ont fait passer avant tout , même leur renommée, la religion et la patrie. Leur conduite est un hommage véritable rendu aux principes sur lesquels reposent la sûreté et la tranquillité des sociétés.

Ces principes exigent invariablement de s'abstenir de toute attaque contre Tordre établi dans l'État, de tout sacrifier plutôt que de consentir à le troubler, et même pour le défendre j ces évêques l'avaient fait. Nous Tafoustous fait comme eux: ce devoir accompli,

lorsque le changement est devenu irrévocable, lorsque tout espoir de retour est perdu, alors le devoir change , non pas de nature, mais d'objet. Il reste toujours la patrie pour le citoyen, et la religion pour le prêtre : c'est st cela qu'il doit s'attacher. Tout ce qu'il a fait sur cette ligne est parfaitement conforme à la raison et au devoir. Voyez ce qu'en pensait l'amiral Blake. Le contraire n'est plus qu'une ténacité aveugle, souvent intéressée , que des événemens inouïs peuvent faire prévaloir, mais ne justifient pas. Des hommes sensés ne prennent point pour base de leur conduite ce qui est hors de la nature , ce qui dépend des coups du sort ou des caprices d'un homme. Si la paix se fut faite, comme elle a pu l'être cent fois, que devenait cette pertinacité? Lorsque le fils de Napoléon naquit au milieu de la résignation de l'Europe, lorsque celui-ci marchait en Russie, les opposans ne passaient - ils point pour des insensés, et l'on sait où l'on aurait envoyé faire ses observations celui qui , en 1810, aurait, au bout de sa lunette, montré les événemensMe i8i4- Parce qu'un homme a rendu la sagesse folie , et la folie sa^

gesse, il ne faut pas jouer ses actions au

dez.

Le reproche adressé à M. de Boisgelin et autres, eût été fondé , s'ils avaient laissé échapper le moindre mot contre ceux envers qui ils avaient proclamé leur attachement, s'ils avaient foulé aux pieds ce qu'ils avaient adoré, et adoré ce qu'ils avaientfoulé aux pieds; alors ils auraient ressemblé à ces hommes qui, après avoir servi Napoléon dans toutes sortes de postes , aujourd'hui ne parlent que d'usurpation et de légitimité , sans s'apercevoir que par-là ils montrent que la fidélité ou l'instruction leur sont venues un peu tard. Mais on n'a rien de pareil à objecter aux premiers ; ils se sont bornés à être les serviteurs de la patrie et de la religion, sans être les détracteurs de leurs anciens maîtres.

Ce chapitre est une nouvelle et frappante preuve des inconvéniens du mélange du spirituel avec le temporel. Considérez - en les effets. Voyez où en étaient , en 1801 , les auteurs des scènes qui ont été retracées, et où ils en étaient venus en 1808. Quelles peines ne se seraient - on pas épargné de part et d'autre en s'en tenant à la tojérance, comme

tout conviait à le faire; à cette source de paix et de droiture, parce qu'elle l'est de liberté; au lieu qu'avec toutes les religions officielles on court le risque de n'avoir que des visages d'hypocrites et des cœurs de révoltés !

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