Par le serment
L'archevêque de Sens disait trop vrai y lorsqu'il annonçait le projet de faire écraser le clergé par les communes. La menace regardait le haut clergé, comme on disait alors. Pour l'effectuer on rechercha les communes du clergé comme on avait recherché les communes contre la noblesse, et bientôt, au moyen de perfides suggestions , on parvint à rompre la barrière du respect que le temps avait religieusement maintenue entre les différens,
degrés de la hiérarchie. Le clergé de France s'était toujours distingué par son attachement à la monarchie et au monarque, et par l'exacte observation de la révérence entre ses divers ordres. Il régnait une grande et comme naturelle subordination entre les inférieurs et les supérieurs, facilitée presque toujours par la dignité et la douceur du gouvernement ecclésiastique; car en lui tout était paternel, et retraçait l'état de famille. Pour rompre cet accord qui faisait la force du clergé, il fallut soulever des soupçons , comme de fausses espérances. Quelques manquemens en furent la suite dans les assemblées des bailliages,* un observateur aurait reconnu une révolution imminente dans cet unique changement survenu dans la manière d'être du clergé , tant il était contraire à ses mœurs, et l'on ne peut mieux juger les changera en s survenus dansFesprit des hommes queparlechangementdeleurs mœurs. C'était un égarement, il fut court; qui n'a pas eu les siens, et en combien de manières n'a-t-il pas été racheté ? Le clergé parut aux états-généraux au nombre de trois cents membres: parmi eux quarante-quatre évèques seulement, douze ecclésiastiques non cures, et
deux cents quarante-quatre curés. Il n'y avait évidemment aucune proportion entre les différentes parties de l'ordre ecclésiastique, et il était clair que la première ne pouvait pas manquer de succomber sous la seconde. Les curés étaient à cette partie du clergé ce que le tiers était relativement au clergé et à la noblesse réunis ensemble. L'ouverture de l'assemblée à Versailles donna lieu à une scène propreà montrer le changement déjà opéré dans les esprits. Fendant :e discours prononcé par M. d La Fare, alors éveque de Nancy, on se permit des applaudissemens à la peinture que fit l'orateur des maux occasionnés par la gabelle. On était dans une église, le saini sacrement exposé, et le roi présent. Je ne fus pas moins frappé d'un propos que S. A. le prince de Conti, devant lequel je me trouvai placé par le rang de mon bailliage, tint à M. deGrimaloy , évèque de Noyon, pair de France. Le clergé rentré dans sa chambre , d'après le mode de délibération par ordre , se trouva divisé, Une majorité très-prononcée se montra moins en laveur des nouveautés que Ton n'avouait pas encore, et dont elle n'avait pas l'idée, que contre le haut clergé. Plusieurs
fois quelques-uns de ses membres eurent à souffrir des interpellations directes et des apostrophes dures. Il faut mettre cet oubli des devoirs et des convenances sur le compte des circonstances. La bonne foi du plus grand nombre , son désir du bien était sincère , et sûrement il avait fallu lui montrer un grand but d'utilité publique pour l'arracher à ses anciennes habitndes de respect envers ses chefs , auxquels d'ailleurs il ne tarda pas en grande partie de revenir. Un instant le clergé, comme ordre, se porta pour médiateur entre la noblesse et les communes. Cela était bien illusoire , car avec quoi pouvait-il appuyer sa médiation? On supposa qu'il cherchait à se faire valoir, e!: à préparer son avenir. Ces suppositions étaient bien gratuites, car il était tout aussi embarrassé que les autres. Divisé dans son sein , en butte au peuple de Paris , insulté, menacé journellement, de quel poids cette médiation pouvait -elle être pour luimême ou pour autrui? Il y parut, lorsque le torrent s'étant grossi, tout fut entraîné à la fois, roi, nobles, clergé, états-généraux, et lorsque, de trois corps séparés par des barrières contemporaines de la monarchie > ou
vit se former un corps unique , centre et maître de l'État. Ce fut là que le clergé dut reconnaître le sort qui l'attendait , et la nouvelle vie à laquelle il était appelé. Dans un instant, tout ce que les siècles lui avaient donné et confirmé de prérogatives et de richesses s'évanouit- il s'était endormi dans la pourpre , il se réveilla dans le dénuement. En vain offritil, par l'organe de l'archevêque d'Aix, M. de Boisgélin , une somme de 400,000,000 fr. La rançon parut insuffisante, ou plutôt il n'était plus question de rançon, mais de la vie même. Dans le fait, ce prélat, avec une offre qui, dans tout autre temps, aurait fait reculer de surprise, tressaillir de joie, et graver en lettres d'or le nom du clergé, ne put se faire écouter , et montra qu'avec tout son esprit , il ne connaissait pas son terrain , et ne jugeait pas les circonstances. Il avait été dit : le déficit est notre trésor. Cet arrêt contenait aussi celui du clergé. En effet, quelque grande que fût la somme offerte , le don ne changeait pas l'état essentiel du clergé, et cependant c'était là où l'on voulait en venir. Qu'il eût quelques propriétés de plus ou moins, en quoi cela touchait-il à la question principale, celle del'exis-
tence même! Jusqu'ici il avait fait corps, il était le premier ordre de l'Etat, il jouissait d'immenses propriétés. Eh bien, c'est de cela même que l'on ne voulait plus. On voulait bien des prêtres, chefs de l'ordre religieux et sesministres,maison ne voulait plus d'un corps de clergé, chef de l'ordre politique. Voilà ce qui a fait dépouiller le clergé, et non pas seulement l'envie de le pilier, comme l'ont dit mille fois des hommes bornés, et qui se sont arrêtés à la superficie de cet acte. A la vérité, on a trouvé les dépouilles opimes, mais le lucre n'était que l'idée secondaire. L'idée primaire était la destruction de l'état politique du clergé. Dans cette grande expropriation, il est entré plus de politique que d'avidité. Tout était calculé contre cet état politique du clergé. Lui oter la dime, était armer la nation contre lui j prendre ses biens, était le compromettre avec tous ceux qui en acceptaient quelques parties. Lorsque l'abbé Syeyes, clans son style acre et provocateur, quelques jours après le 4 août , disait : Après avoir dépouillé les p êtres , vous avez oublié une chose, de les égorger, il était loin de la pensée de conseiller une action aussi abominable : seulement il
entendait qu'on avait mis les prêtres dans le cas d'être égorgés à chaque instant L'événement prouva qu'il avait trop raison.
Arrivé à ce terme fatal, le clergé dut découvrir d'un coup-d'œil la vie nouvelle qui lui était réservée. Il dut s'apercevoir qu'au moment où tout l'échafaudage sur lequel l'ancienne civilisation avait élevé l'édifice de ses grandeurs se dérobait sous ses pieds, il entrait dans une civilisation nouvelle qui n'admettait plus rien de son ancienne existance. Il dut voir que, pour lui, il ne s'agissait plus de commander, mais de tolérer pour être toléré lui-même ; que pour Lut il n'existait plus de palais, mais seulement des temples; que son mélange dans l'ordre politique avait cessé pour être remplacé par l'exercice de ses seules fonctions ; que parmi lui il ne se trouvait plus de grands du monde , mais seulement des prêtres. Si la nation entière avait pu prendre la parole, voila la pensée qu'elle aurait exprimée ; si le clergé eût été plus attentif, et mieux conseillé, voilà la parole qu'il aurait entendue, malgré sa dureté. Le clergé se croyait encore de la force et des principes de vie, et je crois qu'à aucune époque il n'en
eut moins. Alors, tout Tordre social , et celui du monde était dressé contre lui. 11 est bien plus fort aujourd'hui que tout le monde veut de la religion, au lieu qu'alors tout Je monde n'en voulait pas. Il était plus fort sous le directoire, et sous Napoléon , qu'il l'était alors : c'est l'époque de sa plus grande faiblesse connue. Aux deux époques citées plus haut, il avait la force de ses fonctions, et I on n'est jamais faible avec cela ; à l'époque de l'assemblée constituante, il avait contre ses fonctions tous les inconvéniens de ses autres attributions, lesquelles étaient la source des haines qui le poursuivaient. Il ne pouvait pas chercher sa force hors de ses fonctions : c'est le plus sur moyen d'en manquer. 11 ne lui en restait donc d'aucune espèce, et, chose étrange mais vraie, pour reprendre quelque force , il fallait qu'il subit un changement total. Le clergé pouvait-il donc croire q^e le peuple français fût fort attaché à la dime , aux abbayes, à toutes les prérogatives dont il ne retirait aucune utilité, et ne ressentait aucun avantage? Tout cet attirail qui importait beaucoup au clergé, à ceux qui eu jouissaient , ne faisait rien du tout à ceux qui n'en jouissaient
pas, et moins que rien à ceux qui le payaient Dans ses prêtres la nation ne voulait plus voir des directeurs de ses affaires politiques, mais seulement des directeurs de sa conscience. Aussi, dans ce temps, le clergé n'eût pas, avec toute sa fortune, réuni quatre hommes pour sa défense.
C'est de l'assemblée constituante que date, pour le clergé, non seulement de la France, mais du monde catholique , la nouvelle existence qui peut encore lui appartenir, et qui ne lui échappera point , s'il a le bon esprit de s'y tenir : celle d'être prêtre dans le monde et avec le monde,maishors des affaires du monde; s'il y rentre jamais à d'autres titrés, il verra....
Ce qu'alors le clergé ne conçut point , la nation le concevait fort bien. Le premier, attaché comme le sont tous les hommes à leurs corps et à leurs attributions , s'imaginait sans fondement que la nation prenait la même part que lui à la conservation de ses attributs. Il ne dut point tarder à se détromper , lorsqu'il vit avec quelle ardeur fut accueillie la demande de son dépouillement, le peu de pitié que trouvèrent ses douleurs, et le petit nombre de ceux qui venaient lui
payer les tributs dont les lois nouvelles les
affranchissaient. Combien , parmi les opposans à la révolution , et même parmi les chevaliers de L'autel et du trône, en vit-on faire porter la dime dans les greniers de leurs curés? Il ne faut pas le dissimuler : le clergé arriva aux états-généraux, isolé, sans racines dans l'esprit ni dans le cœur de personne, et si l'accord entre la noblesse et les communes avait pu être cimenté par son sacrifice, le traité n'eût pas tardé à être signé par elles (i). Dans la suite, quelqu'uns se réunirent au
(i) Ceci n'est point une supposition gratuite. J'étais dans l'assemblée, et dans le monde, et j'ai assez vu c# qui se passait dans tous les deux. Dans les familles on ne regardait les biens donnés à leurs membres, que comme un moyen de les soutenir elles-mêmes, et les titulaire* tomme leurs prête-noms. La société retentissait de cria contre le clergé, et dans l'assemblée ce sont les membres des familles qui y occupaient les premiers rangs, qui ont frappé les premiers et le plus fort. J'ai entendu cent fois des noblesdu haut parage dire dans l'assemblé© qu'il ne tiendrait à rien que tout ne s'arrangeât avec le» communes, s'il ne s'agissait que du clergé: il y avait long-tems qu'ils en avaient fait leur sacrifice. Leur résignation à cet égard était admirable.
( iB)
clergé comme des naufragés se rassemblent après la tempête, comme des haines et des craintes communes réunissent contre un ennemi commun, contre qui opprime. Ceux qui seplacerent auprès de lui, plutôt qu'ils ne s'y réunirent, cherchaient un auxiliaire et non point un ami.
Quel malheur que des circonstances aussi graves n'aient pas changé entièrement la direction du clergé! Quel malheur qu'au lieu de resserrer son faisseau , pour se soutenir , il l'ait rompu de ses propres mains, et réduit à rien la force de ses parties éparses! Quel malheur que l'assemblée constituante, douée de tant de perspicacité , quelquefois de grandeur, et toujours de talens, n'ait fait que la moitié de son ouvrage ; qu'elle se soit arrêtée sous le coup des reproches que l'on pouvait lui adresser trop légitimement pour la partie dure de sa conduite, à l'égard du clergé, et qu'au lieu de passer de la publication de ses principes à leur application franche et complète, elle se soit abaissée à régenter les prêtres, à leur fabriquer des constitutions; qu'elle soit descendue des hauteurs de la philosophie aux petitesses des empereurs
çrecs , et qu'au nom de la tolérance elle ait décrété des persécutions! On peut me croire quand j'accuse l'assemblée constituante. Je l'ai assez louée pour avoir le droit de la blâmer (i); je l'ai suivie d'assez près pour la connaître.
Le clergé était divisé en arrivant à l'assemblée. Cette première division se dirigeait contre le haut clergé : beaucoup revinrent à à lui après le !\ août et le 5 octobre. Les écailles étaient tombées des yeux, l'abîme é était là, on le voyait distinctement. Etait-ce donc pour nous y précipiter que vous veniez,
(i) Le plus grand tort peut-être de l'assemblée constituante fut, comme nous l'avons déjà dit, de vouloir créer un clergé dans sa dépendance, ainsi que l'ont fait plusieurs souverains absolus : elle provoqua la conscience des ecclésiastiques à résister. Or les amis de la liberté s'égarent toutes les fois qu'on peut les combattre avec des sentimens généreux : car la vraie liberté ne saurait avoir d'opposans que parmi ceux qui veulent usurper ou servir; et cependant le prêtre qui refusait un serment théologique, exigé par la menace, agissait plus en homme libre que ceux qui voulaient le faire mentir à son opinion. ( Extrait de l'ouvrage de madame De Sta*el. vol. prem. p. 407. )
(âo)
au nom d'un Dieu de paix, nous adjurer de nous réunir à vous , s'écria , dans la nuit du 4 août , un curé qui avait marqué par son ardeur , dans les premiers mois de la révolution! Ces douloureuses paroles peignaient la situation d'esprit d'hommes abusés , et recueillant des fruits amers pour les espérances auxquelles ils avaient prêté l'oreille.
L'imprudente affaire du serment aggrava le mal, le rendit incurable, et du sein de l'assemblée propagea la discorde sur toute 4 l'étendue de la France.
Ici la prudence m'interdit de continuer. Dans cinquante ans, lorsque tous les hommes de ce temps seront descendus dans la tombe, on pourra tout dire sans craindre de rouvrir ou d'aigrir des blessures. Qu'aujourd'hui le silence contribue à affermir la paix qui s'établit ; ce serait un crime que de toucher à cette tige sacrée, ou d'en retrancher un seul fruit. Si quelque sacrifice peut paraître pénible , ce ne peut être que celui des hommages qu'on serait heureux de rendre à des hommes qui les ont si bien mérités. Mais il faut savoir s'en abstenir dans la crainte que l'éloge des uns
(ai )
ne passât pour une censure aux yeux de9 autres (i).
Il est des circonstances dans lesquelles on semble ne combattre plus que de fautes. C'est ce qui, alors, eut lieu entre l'assemblée et le clergé. Ils eurent l'air de n'entendre pas plus l'un que l'autre , leur véritable position.
Le clergé dépouillé, dénoncé au public; ne pouvait plus se faire entendre. Par ce dépouillement même le langage de la nation à lui, comme de lui à la nation, était devenu double. Ils ne parlaient plus la même langue. Le clergé invoquait-il la religion, on répondait : la clime. Parlait-il pour la monarchie, on répondait : le premier ordre de l'État, l'ancien régi/ne. Rappelait-il les droits de la propriété, il entendait répéter : vous voulez vos biens. Voilà de ces situations dans lesquelles il est impossible de se faire écouter, et le clergé en était là. Lorsqu'on marche sur un sable mouvant , chaque pas que l'on fait
(i) Quelqu'uns écrivent pour montrer qu'ils ont eu raison : personne ne leur dit qu'ils aient eu tort.
C'est avoir un tort que de vouloir en tout temps prouver que l'on a eu raison.
pour s'en dégager, ne sert qu'à s'enfoncer davantage. Or , tel était le terrain sur lequel le clergé manœuvrait ; il s'enfonçait à chaque pas. La pire des préventions est celle qui est produite par un grand intérêt , et le plus fort de tous les intérêts est celui qui s'étend à toute une contrée. Or , le clergé avait à faire à des préventions de cette nature qui s'étendaient à toute la France. L'intérêt de celle-ci les maintenait et lui donnait des ennemis partout. Dans cette affreuse position , toute résistance de sa part était donc inutile, et seulement propre à aggraver sa situation. Frappé par la révolution que la France chérissait, en s'opposant il avait l'air de s'opposer à la France même ; c'est ce qui explique cet éréthisme de haine qui se manifesta toutà-coup contre le clergé opposant, et qui, pour la première fois depuis la création du monde, montra une nation naguères très-respectueuse envers ses prêtres, les massacrant, sans avoir changé de religion. Cela ne s'était jamais vu. Partout le culce protégea ses ministres : en France, il les perdait. Pourquoi cette différence ? C'est qu'alors le culte n'était considéré que comme un moyen d'opposition.
C'est ce qui sauva les prêtres dits constitution nels; leur serment ni leur théologie ne les eussent guéri de rien; mais ils vivaient sous la protection de l'ordre que leur adhésion favorisait, dont elle était une reconnaissance habituelle , tandis que leurs adversaires se montraient en état de protestation continuelle contre lui. Ce n'était pas seulement des prêtres que la France voyait dans les deux partis, comme tous les deux Font cru et l'ont dit , c'était des amis ou des ennemis de la révolution. Elle traita en ennemis ceux qui se déclaraient ses ennemis à elle-même. Les prêtres constitutionnels respirèrent sous cet abri, jusqu'au moment où l'on se crut assez fort pour se passer de tous également, jusqu'au temps où des aveugles furieux égorgèrent tout le monde et se déchirèrent entre eux. Si le clergé, embrassant d'un coup d'oeil sa position, renonçant à des espérances qui ne devaient jamais se réaliser , fut sorti ouvertement de l'ordre politique pour se renfermer chais l'ordre religieux, s'il se fut haté d abandonner les dehors des temples pour se retirer dans leur enceinte, et sj barricader en quelque manière , il est vraisemblable qu'il eût
évité de grands malheurs, et qu'il fût arrivé, sans autre secousse, au terme où l'on le voit, celui qu'il voulait fuir et qu'il n'a pu éviter. Hors de ses temples tout était naufrage ; la planche salutaire ne se trouvait qu'au de-r dans.
De nobles et généreux sentimens ,un grand amour de la monarchie et du monarque, un grand attachement aux choses que l'on regarde comme un dépôt sacré, une vive horreur pour l'injustice, une indignation légitime contre des procédés avec lesquels on n'était pas encore familiarisé, peuvent trouver place à côté de fautes politiques fort graves : le clergé s'égara, il est vrai ; mais son erreur eut les motifs les plus honorables, s'ils n'étaient pas les plus judicieux. On ne peut être fondé à lui en attribuer d'autres, et c'est avec douleur qu'on lui en a vu impuler d'indignes de lui, dans des écrits publiés récemment : sa résistance eut un principe honorable, quoiqu'il fût bien évident, qu'impuissante à changer la position de ses affaires et de celles du public, elle ne fût très-propre à les aggraver toutes les deux, comme cela n'a point manqué d'arriver.
Une espèce de fraternité a toujours régne entre le clergé et la noblesse: cette affection était naturelle entre le haut clergé et la dernière. Il y avait de plus entr'eux une émulation d'attachement et de respect pour le monarque et pour la monarchie. H ne faut pas croire que les événemens des dernières années eussent effacé ou oblitéré ces sentimens ; le fonds même de ces affections n'avait point été altéré: seulement on voulait redresser l'administration , et obtenir des garanties pour l'avenir. Pendant l'assemblée, le malheur était devenu commun entre le clergé et la noblesse; l'avenir présentait des dangers communs, il n'en fallait pas davantage pour cimenter une liaison intime : Cornmunibus odiis sociati, a dit Tacite, qui savait bien que le lien formé par la communauté des haines a bien plus de force que celui qui résulte de la tiède amitié. Mais en participant aux affections, et à la direction delà noblesse, le clergé se condamnait aussi à prendre sa partdes haines dont celle-ci était l'objet, et l'on ne peut se dissimuler qu'elles ne fussent fort grandes : il assumait ainsi les haines qui pesaicn{ sur les autres, comme s'il n'y en
avait point assez avec celles qui lui étaient personnelles.
Dans ce temps le clergé se plaça par choix comme on l'a vu le faire encore depuis 1 8 r 4 •' il fit la faute de s'attacher à des auxiliaires dont il ne pouvait ressentir que le fardeau , qui ne pouvaient lui rien porter , auxquels lui-même n'avait rien à donner, et qui, dans cette société de malheur , ne pouvaient que l'entraîner avec lui dans l'abîme qui s'élargissait tous les jours. Lorsque les nobles eurent émigré, il fallut bien que le clergé fut déporté : l'un était la conséquence naturelle de l'autre; car tout prêtre opposant ne devaifc passer que pour un correspondant ou bien un soupirant de Coblentz. Depuis lors on n'entendit que ces reproches adressés au clergé , et on le vit traiter en conséquence. Les affaires du clergé et de la noblesse n'étaient pas les. mêmes, leur confusion ne pouvait avoir pour lui que des suites funestes : chacun doit s'occuper des siennes, et les faire à part.
Dans ces momens suprêmes, le clergé dut ressentir avec douleur les funestes effets de la liaison du spirituel avec le temporel. La main d'Héliodore venait de ravir les vases du tein-
pie; le moment arrivait auquel, par une coi>tradiction manifeste avec la nature des choses, le sanctuaire allait recevoir des lois importées du dehors.
Est-il donc écrit que jamais , dans notre Europe , le pouvoir ne saura résister à la manie de s'ingérer dans l'église, et qu'il sera toujours travaillé de la maladie qui perdit l'empire grec? Si jamais pouvoir fut en mesure de s'exempter de cette intrusion, sûrement ce fût l'assemblée constituante : qu'il est étonnant et malheureux tout à la fois, que si différente de lui sur tous les points, elle ait consenti à lui ressembler sur celui-ci l Qui a pu pousser des hommes qui venaient de donner à leur ouvrage une base aussi large que celle des droits de l'homme en société, à finir par une constitution civile du clergé ? Comment l'alliage bizarre de ces mots n'a-t-il point suffi seul pour détourner de s'en occuper les mêmes hommes qui se mettaient journellement en communication avec les hautes pensées, et les premiers génies de leur siècle? Conçoit-on qu'un homme tel que Mirabeau ait pu descendre jusqu'à se rendre le lecteur du discours d'un abbé La m ou*
rette (i), à la même tribune d'où tant de fois il avait fait rouler sur un auditoire captivé les flots d'une éloquence souvent incorrecte , mais toujours entraînante ? Quel scandale présentait une réunion occupée d'immenses travaux, en s'en détournant pour sanctionner les systèmes de quelques hommes érudits et vertueux , il est vrai , mais imprégnés de cette âcreté de caractère , et de cette pertinacité qui produisent et maintiennent les sectes î Àh ! ce n'est point ainsi que l'on conduit les hommes. Après les avoir poussés à l'extrême du malheur, il ne reste plus qu'un seul droit à exercer sur eux , celui de les protéger. Tel était le devoir de l'assemblée envers le clergé. Elle lui avait fait tant de mal, que désormais elle ne pouvait plus lui faire du bien : elle l'avait tellement discrédité par ses spolia-
(i) J'ai lu ce discours, écrit de la main de l'abbé Lamourette. Mirabeau était une espèce de tronc où beaucoup de personnes déposaient leurs productions: il n'a- ▼ait pas de temps pour tout. Ce discours parut si peu satisfaisant, que Mirabeau , malgré tous ses avantages de tribune , ne put en conduire la lecture que jusqu'à la moitié : c'était un triste factum.
lions, quelle ne pouvait plus lui rendre la confiance. Après avoir soulevé mille ombrages contre lui, que pouvait-elle faire pour en dissiper un seul? Il fallut l'espace d'une année pour effacer l'impression produite contre son auteur, par un seul mot échappé en faveur du clergé ^-à-M. l'abbé Syeyes. Ils veulent être libres , et ils ne savent pas être justes. Après avoir amené les choses à ce point , il ne restait à l'assemblée qu'à consacrer tous ses soins, et à employer toutes ses forces à la protection du clergé. L'ennemi abattu n'est plus qu'un homme à secourir. Après l'avoir précipité du trône dans l'obscurité, de l'opulence dans la pauvreté, de la considération publique dans un état de suspicion générale, il ne restait plus qu'à couvrir d'une égide impénétrable sa personne et ses fonctions. La tache de l'assemblée se divisait en deux parties : sauve-garde efficace et éternelle pour les individus, tolérance générale pour tous les cultes. A eux de se défendre, de se maintenir, de se pourvoir. Voilà le seul rôle qui convint à une assemblée qui se piquait de procéder par des principes élevés ; voilà la magnifique occasion que le sort lui avait mé-
oagée pour s'flisurer une gloire immortelle, > en résolvant le grand problème qui depuis tant de siècles agile si péniblement le monde i celui du mélange du spirituel avec le temporel. Deux fois dans le cours de la révolution cette même occasion a été manquée par rassemblée constituante et par Napoléon. Tous deux n'ont pas eu lieu de s'applaudir de l'avoir laissé passer. En suivant cette marche vraiment grande , à combien de malheurs n'aurait-on pas obvié ? on n'aurait pas eu la Vendée, et mille autres sujets de douleur: on n'aurait pas vu une guerre pitoyable de mandemens et de décrets se heurtant d'un bout de la France à l'autre, et nous transport tant de Paris à Byzance : on n'aurait pas vu le vénérable cardinal de La Rochefoucauld 1 chargé de tous les honneurs de l'Eglise et de l'Etat, et de quatre-vingts ans des plus douces vertus (r), impliqué dans une procédure cri-
(i) M. le cardinal de la Rochefoucauld avait écrit au vicaire du lieu nommé Triel, qu'il l'interdisait. Ce prêtre ordonné, institué par lui, l'ayant toujours reconnu pour supérieur, était évidemment soumis à sa jurisdiction spirituelle» M. le cardinal ne prétendait pas autre chose ,
( Si )
minelle pour une cause dont aucun tribunal régulier n'aurait voulu connaître ! Noble et généreux, sincère et fidèle, comme était le clergé, il aurait écouté des voix généreuses et sincères qui lui auraient fait apercevoir de la sécurité pour la seule chose sur laquelle il ne peut transiger, sa religion et son ministère. Au lieu de cela, l'assemblée constituante fit un code, et établit des principes d'après lesquels, au moyen de commodes sophismes,* elle restait la maîtresse dans l'Église, et subjuguait ses ministres. En s'y refusant, le clergé lit à la fois un acte de religion et de lumières, de devoir et de raison; car, d'après l'ordre
tout se passait entreux dans Tordre spirituel. La lettre , déférée au comité des recherches, valut un décret d'accusation à M. le cardinal. L'absurdité était palpable. Je voulus le défendre par les principes; j'allais le perdre. M. de Cazalès le défendit contre les principes, mais par des considérations personnelles, et le sauva. Cela m'apprit qu'en révolution les principes sont une chose excellente à alléguer quand on a la force. En révolution, il n'y a que des procès politiques; le plus fort fait des lois pour lui, il a des tribunaux à lui qui appellent cela do la justice. . . Il y aurait là une économie à faire, . colle des juges.
établi par l'assemblée, toute indépendance était ôtée au ministère : le clergé devait suivre le gouvernement, changer avec lui et autant que lui, et ne s'arrêter que lorsque celui-ci aurait jugé convenable de s'arrêter, et trouvé 3e prêtre le plus complaisant. Si jamais les inconvéniens de la liaison du spirituel avec le temporel ne se firent mieux sentir , jamais aussi la prétention n'en fut portée plus loin, Ce fut une grande erreur, et que j'ai souvent entendu déplorer par des membres distingués de cette assemblée. Dans cette occasion, contre la nature des choses, des considérations d'un ordre secondaire remportèrent sur des considérations d'un ordre supérieur, qui seules devaient arrêter l'attention d'un corps délibérant, tel qu'était l'assemblée constituante ; tomber plus bas était déroger. Le clergé publia une déclaration de ses principes. Cette démarche se trouvait dans la plus juste mesure; car il ne pouvait se permettre une protestation directe contre l'œuvre de l'assemblée, sans compromettre le malheureux Louis XVI, que celle-ci n'eût pas manqué d'armer aussitôt contre lui, non plus que sans courir le risque d'ajouter aux animosités*
soit calculées, soit aveugles qui le poursuivaient. Cette pièce , ouvrage de l'archevêque d'Aix, honorable dans le fonds, médiocre dans la forme, d'après la manière d'écrire entortillée de ce prélat, fit peu d'impression dans le public. Le clergé s'était adressé et rapporté de tout au pape; celui-ci, après plusieurs mois d'attente, répondit par un bref, plus chargé d'érudition scholastique et de citations théologiques que de raisonnemens. On dit dans le temps que cet écrit était l'ouvrage direct de Pie VI. Il obtint peu de faveur dans le clergé même, et dans le cours de la première lecture qui s'en fit chez le cardinal de La Rochefoucauld , l'évèque de Limoges , M. d'Argentré, s'écria , il faut ente'rrer cette bulle. M. Camus, député , reprocha publiquement au clergé de ne pas oser la montrer : cela était prudent , car il n'y avait rien à gagner à son exhibition.
11 est un fait sur lequel je n'ai pu acquérir des renseignemcns munis de cette espèce de certitude qui commande la conviction , savoir, quelle fut la proportion du nombre des prêtres sermentés avec celui des insermentés. Un calcul approximatif est la seule chose que
j'ose présenter au public. Les cathédrales et les cures furent desservies ; celles-ci existaient au nombre de quarante-cinq mille ; les vicariats ne demeurèrent point vacans pour la plupart. On peut calculer que soixante mille prêtres furent alors employés. LEglise de France était composée de cent cinquante-neuf mille personnes des deux sexes, et serviteurs des Églises. On comptait vingt-huit mille religieuses ; environ dix mille serviteurs d Eglise. Il resterait donc soixante-deux mille prêtres qui n'auraient pas été employés, et restés hors de l'exercice du culte d'alors j par conséquent le partage aurait été égal. Si des états dressés dans le temps ne m'ont point induit en erreur, je dirai, d'après eux, que le nombre des prêtres déportés séleva à vingt-huit mille ; en y joignant deux mille émigrations volontaires parmi les prêtres, l'on a un nombre total de trente mille prêtres sortis de France. Il en serait resté autant en France parmi les ecclésiastiques non sermentés; ainsi les deux portions du dedans et du dehors auraient été égales. En Angleterre , lors de l'abolition du catholicisme, on remarqua que quatre évêques seulement se refusèrent au
changement: en France ce fut tout le contraire ; quatre seulement y accédèrent.
On eut lieu de remarquer alors à quel point des institutions, qui avaient rendu de grands services à la religion et à lEtat, étaient usées, même dans l'esprit de leurs propres membres, par l'empressement que les réguliers * mirent à sortir des cloîtres , à renoncer à la jouissance de la fortune que ces établissemens possédaient , à leur part dans les honneurs qui appartenaient à ces congrégations célèbres La considération publique s'étant retirée de l'état monastique , les moines se retirèrent de cet état avec alacrité; et comme ce n est point la richesse qui inspire l'attachement, on remarqua que les moins fortunés furent les plus fidèles, et les plus mendians les moins relâchés. On remarqua aussi que le clergé du nord et de l'est de la France , moins la Franche-Comté, opposa moins de résistance que le clergé de l'ouest et du midi : dans la Basse- Bretagne, la Vendée, la Lozère, l'Aveyron, et le Languedoc, la résistance fut presqu'unanime , tandis que la condescendance suivit les mêmes proportions dans le nord, et dans Test. Il ne faut pas oublier le trait le plus
îionorable de ce tableau. Si , dans la révolu^ tion, les femmes ont en général montré dans les fers, et sur l'échafaud, encore plus de fermeté dame que ne l'ont fait les hommes > si elles les ont vaincus en constance et en sacrifices, elles n'ont pas été moins héroïques en religion, et de leur côté les religieuses l'ont emporté de beaucoup sur les réguliers. Les exemples de défection , et comment en eût-il manqué dans le nombre, furent bien rares ; la conduite des religieuses fit paraître dans tout son éclat l'admirable fermeté de personnes qui, n'écoutant que la voix du devoir, fermèrent l'oreille à toutes les séductions , refusèrent de rentrer dans le monde qui se rouvrait pour elles, et démentirent par la plus inviolable fidélité tout ce que l'on publiait sur la contrainte de leurs vœux, et sur la force des barrières qui les empêchaient de les rompre.
Près de deux années s'écoulèrent depuis la constitution civile jusqu'à la déportation , dans un état équivoque de tolérance légale et de persécution locale et administrative , entre deux clergés , Tun reconnu par l'État, et jouissant, l'autre méconnu par l'Etat, et réclamant y
places l'un à côté de l'autre , et cherchant mutuellement à s'exclure : état trop violent, pour être durable. Bientôt le trône s'écroula, la persécution éclata, et la déportation vint pour diminuer le nombre des victimes.
Oh! vous, qui le fûtes clans ces temps cruels, vous qui étiez nos frères, nos amis, les compagnons de nos travaux, souffrez que ceux que vous avez laissés derrière vous, couvrent vos tombes de fleurs, et les entourent de leurs hommages ! Une vertu divine s'élève de ces tombes sacrées ; puissent-elles protéger à jamais notre patrie, et détourner d'elle le retour des fléaux qui vous enlevèrent à la terre pour vous donner au ciel ! . . ..
Je terminerai cet article par quelques observations que je ne crois pas étrangères à cet écrit, parce qu'elles rentrent dans le domaine de l'histoire, à laquelle il doit fournir des matériaux. On a beaucoup écrit sur le clergé de l'assemblée constituante : c'est la dernière fois que le clergé a paru en corps; c'est la dernière fois qu'il aura pu le faire. On ne reverra plus ce grand corps du clergé do France : l'étranger , la génération actuelle ne Font point connu. Peut-être, ne sera- ton»
pas fâché de savoir ^comment il s'y montra?
La composition de la députation était fautive, eu égard à la discussion des affaires publiques; c'était un synode, et non point une assemblée politique. S'il pouvait se rencontrer quelques connaissances analogues aux sujets dont la discussion était annoncée, c'était parmi le haut clergé, et dans les degrés qui le suivaient de plus près qu'il fallait les chercher. Des hommes nourris daus des idées plus élevées, accoutumés à manier des affaires plus grandes, vivant dans des cercles plus étendus, sont plus en mesure pour traiter des affaires importantes, que ne peuvent l'être ceux auxquels leurs occupationshabituelles ont refusé les mêmes avantages. Aussi, parmi les ^44 curés qui parurent aux états-généraux, un seul, M. Grégoire, montra quelque facilité à s'exprimer, ainsi que quelques connaissances dans le droit, et les affaires publiques. Son langage avait plus d'ardeur que de feu, plus d'impétuosité que de vivacité. Il se trouvait presque toujours dans ce qu'il disait quelque chose de provocateur, et Ton sentait un homme qui se défend comme les autres
attaquent. Cela n'empêche point que dévastes connaissances, acquises par un travail infatigable, n'appartiennent à M. Grégoire, et que dans toute sa carrière il n'ait montré un ardent amour de la liberté, avec une conformité parfaite de principes, chose honorable dans tous les temps, dans tous les pays, et dans tous les hommes.
Les curés de Souppes et du Vieux Pouzanghes , Thibault et Dillon , celui d'Argilliers , Gouttes, ne se distinguèrent par aucun talent. De l'emportement, par fois de la brutalité , voilà tout ce qui se fit remarquer en eux. Au 'contraire , dans le clergé du second ordïe, sur quatorze membres dont il était composé , il s'en trouva deux qui , dans tout pays et dans toute assemblée auraient jeté beaucoup d'éclat, et deux autres qui, quoique à une grande distance de ceux-ci, méritaient cependant une juste considération.
Les abbés Maury et de Montesquiou étaient les premiers : les abbés de Ilastignac et de Bonneval étaient les seconds. On ne peut parler de l'abbé Maury, sans rappeler son rival Mirabeau, pas plus qu'on ne peut faire l'histoire de
Charles XII et du Czar Pierre, sans que Tune ne rentre dans celle de l'autre.
Si l'on veut se faire une idée de vrais talens d'assemblée, si Ton veut connaître ce qu'en sens opposés , peuvent deux rivaux clans la même carrière,on n'a qu'àse représenter l'abbé Maury et Mirabeau. Long-temps ils ont fixé les regards du monde, essayons de rappeler les jours de ces combats mémorables et de les peindre. Tous deux ont à se plaindre de leur renommée; tous deux ont à réparer et à reconquérir; tous deux ont à justifiter la voix publique qui les a désignés, qui semble les provoquer, et leur demander de répondre à son attente. Ils s'élancent, ils se saisissent, quel sera le vainqueur, lequel des deux terrassera son adversaire ? L'un, fort d'un amas immense de richesses acquises par le travail, doué d'une mémoire, vaste réservoir rempli par l'étude, pourvu d'un sang-froid que rien ne trouble, puissant par l'enchaînement des idées qu'il a l'art de présenter toujours liées ensemble, tranchant par l'à-propos d'une ironie sanglante, aguerri contre les provocations, élevant avec assurance sa tête vers la multitude qui tonne au-dessus de lui, et
comme Neptune ayant l'air d'adresser à ses flots mutines, l'imposant quos ego; semblable à ces généraux toujours repoussés, mais jamais rebutés, que les champs de bataille voient reparaître, comme si leurs habits n'étaient point souillés de sang et de poussière, comme si leurs fronts n'étaient point sillonnés par les traces de la foudre; toujours clair dans ses idées, correct dans son style, peut-être le seul parmi tous ceux qui parurent dans cette .ti eue, sous la dictée duquel on eût pu recueillir un discours conforme aux règles sévères du langage, fécond et varié dans ses discussions, traitant également tous les sujets, et fournissant à plusieurs carrières dans le même jour; mais plus rhéteur qu'homme d'Etat, plus jaloux des succès de la tribune que du résultat des affaires, riche en fleurs et eu ornemens académiques, pauvre en conclusions politiques, plus fait pour bien dire ce que les autres auraient fait, que pour bien faire lui-même, manquant de flexibilité et d'adresse, enfonçant un cuisant aiguillon, élargissant et envenimant des blessures, là où il aurait fallu verser du heaume. L'autre, assemblage informe de talens et de vices,
flétri plus que mûri par les orages de la jeunesse et les rigueurs de la fortune, portant dans son esprit l'audace qui éclatait sur son front, dans son style l'incohérence qui était dans ses traits, hideux lorsqu'il escaladait la tribune, entraînant par les accens dont il la faisait retentir, impétueux lorsqu'il s'agissait de soulever les flots, hahile à les diriger, à les calmer par la douce voix de la syrène qu'il laisait succéder aux mugissemens du minotaure, profond dans ses combinaisons, plus soigneux du résultat des affaires que des succès de l'éloquence; si elle fut tout pour son rival, pour lui elle n'était qu'un moyen : Quintilien aurait attribué la palme à Maury, Démosthènes l'aurait offerte à Mirabeau. Si l'art déparier n'est que celui défaire passer ses idées et presque son ame dans les esprits dont on veut s emparer, si la puissance de la persuasion fait le fonds rie l'orateur, Mirabeau l'emporte sur un rival étranger à ces mouvemens subits, à ces inspirations inattendues, à ces mots heureux et quelquefois impérieux, à cet art d'amener par des gradations insensibles une pensée dominatrice, qualités qui ont appartenu à Mirabeau dans un degré
presqu'exclusif , et qui lui ont donné un pouvoir d'entraînement dont son rival plus méthodique ne possédait aucun élément. Maury plus savant faisait bien valoir ce qu'il savait, Mirabeau encore plus habile excellait à cacher ce qu'il ne savait pas- le vernis dont il avait l'art de recouvrir son ignorance l'emportait sur le savoir que possédait l'autre. Maury pouvait être l'orateur et l'interprète d'un parti, Mirabeau en aurait été le créateur et le conducteur; Maury aurait discuté avec éclat sur un plan, Mirabeau l'aurait conçu et exécuté; Maury ne voyait dans les hommes qu'un auditoire, Mirabeau dans un auditoire ne voyait que des hommes, et ses machines de guerre. Voilà l'homme d'État ! . . .
Tels furent ces rivaux célèbres, dont la renommée dépassera la gloire, qui en ont valu à la France et à l'assemblée constituante plus qu'ils n'ont su en garder pour euxmêmes, Mirabeau mourut au moment où il venait de vouer à la monarchie l'appui dit bras qui lavait ébranlée (i) : celui de Maury
(i) J'ai vu dans les temps l'accord fait par Mirabeau avec la cour, et le plan qu'il proposait: il y entrait du
ne put la soutenir , et il n'a pu être soutenu lui-même par celle à laquelle il avait fini par se donner. Les temps à venir s'entretiendront toujours de ces deux hommes, leurs noms ne seront jamais séparés de leur époque; il n'en sera pas de même de leurs écrits : produits des circonstances, manquant par-là de cet intérêt général qui est le seul gage de la durée , déjà ils n'ont pu résister à l'épreuve du temps, et n'arriveront point à la postérité (i).
Visir; je doute qu'il eut réussi, ses adversaires étaient trop vigilans et trop habiles. Il n'y avait pas de milieu entre un succès entier, et une ruine complette. M. Malouet avait beaucoup contribué à ramener Mirabeau. Les préliminaires de cette négociation furent fort singuliers. On pourra les faire connaître quelque jour.
(1) L'abbé Maury était né à Vauréas, dans le Comtat Vénaissin ; son père était un riche fermier, mais chargé d'une famille nombreuse.
L'abbé Maury se proposait d'entrer aux Jésuites, au. sortir de ses études , qu'il avait faites d'une manière brillante. La suppression de la société s'opposa à l'accomplissement de ce dessein.
Il vint à Paris, fit une éducation, et s'attacha à l'état ecclésiastique, carrière sûre pour un homme de talent et appliqué.
M. de Fénclon , évèque de Lombez, lui donna une place
Tout ce que les agrémens de la figure, la douceur du langage, l'urbanité des manières, la modération des opinions peuvent prêter à un orateur de charmes et d'avantages , se
dans sa cathédrale. Il se fit prédicateur, prêcha à Versailles, et devant l'assemblée du clergé. Celle-ci fut si contente de son panégyrique de saint Augustin , qu'elle sollicita les grâces du Roi en sa faveur. Cette recommandation lui valut l'abbaye d« la Frénade , au diocèse de Limoges. Il se lia avec les membres de l'académie : il le devint lui-même, et reçut de son ami, l'abbé Deboismond , le riche prieuré de Lyons, qui lui donna l'entrée au bailliage de Péronne , dont il fut député. Il avait travaillé sous plusieurs ministres qui connaissaient son aptitude au travail ; cela lui donna les moyens de puiser aux sources , et d'acquérir des connaissances aussi sûres que variées. Il avait travaillé aux édits de la cour plénière, avec M. Dupaty, ce qui fit parodier le mot de sainte Thérèse :
Aut pati , ciut mori.
Il parla très-peu dans la chambre du clergé, et y montra de la timidité. Effrayé par les menaces qui lui furent faites à la suite d'un discours violent, il quitta l'assemblée après le 14 juillet. Il fut arrêté à Péronne; il faut lire dans le journal politique national de Rivarol le récit de cette aventure. Après le 5 octobre, il se déposait encore à partir; M. Malouet le retint : c'est d«
trouvait réuni dans M. l'abbé de Montesquiou. Chargé de la défense du clergé comme son agent, il fut, dans cette carrière, le dernier des Romains. Si le clergé avait pu encore être défendu avec efficacité, sans doute ce dif-
là qu'il débuta dans la carrière, car il n'y avait pas encore paru. Sa santé et sa force lui permettaient un travail excessif, et de se contenter d'un sommeil de quelques heures pris sur une cîiaise longue. Hélait plein de sang-froid et desaillies: le peuple haïssait sa cause, mais aimait son courage, il le provoquait plus qu'il ne le menaçait; il voulait le faire parler. Je l'ai vu passer de la menace à des applaudissemens bien vifs , l'orsqu'en se promenant aux Thuileries, il répondit à des femmes qui criaient derrière lui: "L'abbé Mauiy a la lanterne ; eh bien! quand je serai à la lanterne:, en verrez-vous plus clair? Un. bon mot lui valait un mois de sécurité. Pie VI le fit archevêque de Nicée, et l'envoya comme nonce au couronnement de l'Empereur à Francfort. Il n'y eut pas de succès : il ne réussit pas davantage à Rome ; l'homme était très-différent de l'orateur. Confiné dans son petit diocèse de Montefialcone, il perdit dans un séjour prolongé dans ce village une partie des qualités qui distinguaient son esprit.
Après l'avènement à l'Empire , par Napoléon , il lui écrivit , ainsi que tous les cardinaux sont dans l'usage de le faire aux têtes couronnées, dans certaines occasions. On a cru que cette lettre était venue de lui seul ;
ficile succès .eût appartenu à un homme qui, avec de grandes connaissances de ses intérêts, avait eu l'art d'intéresser les ennemis de sa cause à ses succès personnels, et qui aurait désarmé la haine. Mais il avait affaire à la politique, cette froide ennemie qui fait d'autant plus sûrement le mal qu'elle le décore du nom de sacrifice, et que toute pitié n'est pas bannie de ses calculs. Plusieurs fois ,
elle lui avait été commandée. Napoléon la reçut à Aîx- • la- Chapelle ; il me dit le même jour: J'oi reçu une lettre du cardinal Maury, il me dit les plus belles choses du monde, mais je sais à quoi m'en tenir. Il fut présenté à Napoléon, à Gènes, en i8o5, et vint en France en 1806; sa présence excita une vive curiosité : le peuple se rassemblait pour le voir , et suivait sa voiture.
Son discours à l'académie fiançaise ne répondit point à l'attente du public; il en fut de même pour un sermon qu'il prêcha à Notre-Dame le vendredi-saint.
Son débit n'avait jamais été bon , il était devenu très-fatiguant.
Les indécisions de M. le cardinal Fesch ayant fati— gur Napoléon, il nomma le cardinal Maury à l'archevêché de Paris. J'ai la certitude que Napoléon se proposait de l'en retirer.
Revenu en Italie, il fut arrêté, et enfermé à Rome : on a cru que cet acte de rigueur avait été la suite de
M. l'abbé de Montesquiou occupa le fauteuil qui avait servi d'écueil à tant d'autres, et se montra supérieur dans l'art de diriger avec calme , impartialité , comme avec la plus gracieuse urbanité, une assemblée dans laquelle les flots se soulevaient fréquemment, et se choquaient à grand bruit. Sa voix pénétrante et douce savait se faire jour au milieu de leurs retentissemens et les calmer. Si le clergé eût remis le soin de ses intérêts à M. l'abbé de Montesquiou , accoutumé à porter des appaisemens dans les esprits, il aurait détourné des rigueurs qu'appelaient les provocations de M. l'abbé Maury, qui, trop confiant dans la montre du courage, agaçait le lion qu'il fallait
quelques mécontentemens provenus de sa conduite politique ; il avait un autre motif. On avait persuadé au pape que dans le nombre de ses mandemens, il s'en trouvait qui renfermaient des hérésies. Le premier acte d'autorité du pape , en rentrant dans ses Etats , fut d'ordonner son arrestation, et la saisie de ses revenus.
J'ignore si les mandemens de M. le cardinal Maury contenaient des hérésies politiques, mais il est vraisemblable qu'il s'était fort peu occupé des autres.
Il est* mort dans l'exercice des fonctions attachées à sa dignité.
carresser pour rendre sa griffe moins déchirante.
L'abbé de Montesquiou et l'abbé Maury auraient entr'eux deux renouvelé les effets de la lance d'Achille. La modération de l'un aurait guéri les blessures que faisait l'impétueuse violence de l'autre.
Le premier était plus homme d'affaires que le second... , il concluait.... Maury ne concluait jamais... Il ne lui est arrivé qu'une seule fois de conclure , et ce fut contre lui, dans l'affaire de la régence.
Il parla pour établir le droit des reines, et cita des faits en place de raisons. 11 ne peut pas s'en trouver d'admissible dans ce système. 11 finit par adopter les conclusions du rapporteur qui, séparant avec justesse les droits de la mère d'avec ceux de l'Etat , et voulant pourvoir à la sûreté du mineur, attribuait la garde de sa personne à la mère, ou bien à la plus proche parente, et remettait le gouvernement de L'État au prince le plus près dans la ligne de la succession. Cela conciliait tout. U est évident que Maury n'avait pas voulu perdre les frais de son discours ; ce n'est pas son meilleur.
Il existe, dans la charte actuelle, une lacune sur cet article important, et ce n'est point la seule.
M. l'abbé de Iiastignac touchait au terme d'une carrière longue et honorable : il publia plusieurs écrits pleins d'une érudition étendue, mais trop vieille pour le temps auquel ils étaient destinés. Toujours appuyé sur Hincmar, et les capitulaires, il aurait pu être l'oracle des pairs de la cour de Charlemagne, ou des chevaliers de la table ronde ; mais il ne pouvait trouver que des sourds, parmi des hommes qui se replaçaient dans le berceau des sociétés et du monde. Son erreur provenait de ce qu'il croyait être entendu. On parlait une autre langue.
M. l'abbé de Bonneval, membre du chapitre de Paris, précédé de la réputation qui s'attachait naturellement à ceux qui avaient l'avantage de faire partie de la société de M. le duc de Nivernois, aurait pu paraître avec distinction sur le théâtre de l'assemblée , si des infirmités n'eussent exigé de bonne heure qu'il s'en retirât. C'est lui qui adressa à monsieur l'archevêque de Vienne, Le Franc de Pompignan, ce mot piquant dans sa vérité et dans
( àl )
sa précision : Monseigneur, après avoir passé votre vie à eombaltre les -philosophes % vous vous êtes fait leur exécuteur testamentaire.
Le corps cpiscopal de l'assemblée ne comptait pas un seul orateur. M. de Boisgéjin , archevêque d'Aix, porta quelquefois la parole, mais seulement sur des matières ecclésiastiques : orateur compassé dans une élégance purement académique, mais dont l'éloquence manquait de reins, comme dit Cicéron.
M. l'archevêque de Vienne, Le Franc de Pompignan, frère de l'académicien, désigné dans sa jeunesse comme le successeur de Bossuet, imposant par ses cheveux blancs, par la renommée de ses vertus, sortit d'une carrière consacrée à combattre la philosophie , par se ranger sous ses drapeaux. Cette anticonversion frappa beaucoup , et devait le faire. M. de Pompignan était loin d'être éloquent, il était trop cassé par l'âge pour pouvoir se faire entendre. 11 n'aurait pu suivre l'assemblée dans les hautes discussions auxquelles elle ne tarda point à se livrer. C'était un théologien de la grande force , et rien au-delà. Devenu ministre après le 1 4 juillet, il ne tarda pas à se séparer de l'assemblée et à mourir.
Le désaccord entre le cours de sa vie et son terme lui fut vivement reproché. La considération de son âge aurait dû le faire ménager.
Il en fut de même pour M. de Cicé , archevêque"de Bordeaux. Ce prélat s'était fait connaître avantageusement dans l'administration de la Haute-Guyenne. Il possédait de vastes connaissances, un grand usage des affaires et des hommes, il était très-capable de diriger les uns et les autres. Malheureusement encore il était étranger aux qualités qui constituent l'Qrateur,et sans orateur il n'y a point d'homme d'assemblée. La nomination de M. de Cicé au ministère priva bientôt l'assemblée de sa présence. Il est à regretter que M. Dillon , archevêque de INarbonne, n'ait point paru dans cette arène. Il eût été curieux de voir comment s'y serait soutenu ce prélat qui si long-temps avait maîtrisé autant que présidé les états de Languedoc, et c'était alors la première présidence politique de la France, homme pour lequel la nature auait fait beaucoup , en le douant d'un extérieur imposant , d'une élocution haute , facile, énergique et souvent éclatante par d'heureux à-propos, devant tout à la nature, et rien à l'art. L'assemblée et la révolu-
tion ont été les tombeaux de beaucoup de renommées. Si M. Dillon eût grossi la liste des naufrages qu'elles ont vu faire, il aurait complété la démonstration de l'insuffisance de l'éducation et des occupations des ecclésiastiques pour les rendre propres aux affaires publiques. Les mêmes hommes qui sur leur terrein avaient brillé dans les assemblées du clergé , n'ont pu proférer une parole dans cette assemblée. M. Dulau, archevêque d'Arles, avait fourni sa carrière d'agent du clergé avec la plus grande distinction ; il ne put pas soutenir la tribune, et ne l'affronta qu'une fois; et néanmoins ce prélat dont la vie avait été si vertueuse, et dont la mort fut si héroïque, était doué de beaucoup de talens, et pourvu de vastes connaissances; mais elles ne portaient pas sur les objets qui vinrent en discussion. On parlait à ces hommes de choses qu'ils ne savaient pas , et sur lesquelles ils n'avaient point de provisions faites d'avance. Ils ressemblaient aux chevaliers, lorsqu'avee leurs lances ils rencontrèrent des fusils. C'est ce qui réduisit à un si petit nombre les membres du clergé qui parurent avec éclat dans l'assemblée. Ils avaient perdu terre en en-
trant dans la discussion de Tordre social ou pôlitique(i); ils savaient très-bienautre chose, mais ils ignoraient celles-là, et c'étaient celles qu'alors il importait de savoir. Tel est le résultat inévitable d'une éducation et d'occupations qui n'ont qu'un but unique , fixe et déterminé, il est vrai, mais très-restreint dans son étendue : on sait très-bien cela, mais aussi ne sait-on que cela? arrive un déplacement, on ne sait plus rien. Le clergé de l'assemblée constituante, comme les nobles du côté droit, n'eut jamais ni chefs ni plans, et n'était pas susceptible d'en avoir. Ceux qui parlaient parmi eux , îe fesaient pour leur compte propre, jamais en vertu d'un concert ou d'un plan. Il ne fut jamais possible de les tenir ensemble pendant quatre jours. J'ai assisté à une réunion, en 1789, au mois de novem-
(1) Je suis la preuve de ce que j'avance. Quinze années d'éducation ecclésiastique ne m'avaient rien appris de ce que l'on traitait dans l'assemblée ; j'y apporlai de bonnes intentions, mais une ignorance politique complets : il fallut recommencer l'éducation à trente ans. Je me tus dans tout le cours de l'assemblée, quaurai-jo pu dire? je ne savais pas.
bre, dans laquelle il fut convenu d'essayer du silence, et de livrer le coté gauche aux divisions que l'absence de toute opposition de notre paît ne pouvait manquer d'y produire. Le lendemain les parleurs montèrent à la tribune deux ou trois fois. On tenta des réunions publiques annoncées à grand bruit : cela n'était bon qu'à se faire lapider, ce qiu ne manqua pas d'arriver. Dans les temps de parti, ces réunions ne sont permises qu'à ceux qui tiennent le haut du pavé. Le coté droit s'opposait en vociférant, en opposant des outrages à des injustices et à des violences; n'osant protester ouvertement, il déclinait le principe d'autorité de l'assemblée lorsqu'il lui était contraire, il le réclamait lorsqu'il lui était favorable ; chevaleresque et intolérant, sortant sans réflexion , rentrant sans dignité, incapable de se discipliner, plein d'honorables sentimeus et d'inconvéniens en affaires. Les curés étaient impropres à les traiter. Arrachés à leurs habitudes, étrangers à la vie de Paris,, fatigués delà longueur des séances, de la prolongation de la session, d'écouter ce qu'ils n'entendaient pas, ils ne pouvaient manquer de former des auxiliaires faibles pour la cause
qu'ils soutenaient d'ailleurs avec la plus grande rectitude d'intentions. La longueur des séances contrariait les habitudes de toute leur vie, de manière à les faire sortir de l'assemblée aux heures auxquelles la mêlée devenait la plus chaude : alors rien ne pouvait les retenir. Il en était de même pour les nobles, dans la belle saison rien ne les eût empêché daller à la campagne tous les samedis. Le côté opposé , qui le savait, attendait ces absencespour porter ses coups. C'est ainsi que presque tous les nobles du côté droit, partis de Paris le samedi soir du jour où Ton supprima la noblesse , apprirent le lundi suivant, à leur retour, l'échec que leur absence avait permis de faire éprouver à leurs titres et à leur blason. Ce corps était ingouvernable, et l'exemple qu'il a laissé prouve que , dans la direction des affaires publiques, l'habileté doit servir de compagne et d'auxiliaire à la vertu. Il y avait beaucoup de cette dernière dans le côté droit, mais bien peu de la première. On disait que si le côté gauche faisait bien le mal, le côté droitfaisait mal le bien.
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