CHAPITRE XXXIV
Examen de la bulle d'excommunication.
Parmi toutes les singularités qui forment une partie si considérable de l'histoire des trente dernières années , aucune peut-être n'a présenté des caractères aussi frappans que dut le faire une bulle d'excommunication lancée contre le prince le plus puissant de son temps. Après une si longue interruption , l'apparition de ce fantôme dut paraître étrange. Il y avait mille ans d'intervalle entre la dernière et celle-ci, et Rome dut passer pour avoir bien peu consulté l'Art de vérifier les Dates.
Lorsque les anciens papes recouraient à l'usage de cette arme, ils faisaient ce qui était dans l'esprit du temps ; alors l'excommunication était tout ce qu'il y avait de plus redoutable dans la main qui en était armée , et le pire des maux pour ceux qui en étaient atteints. Par conséquent, il y avait de l'harmonie entre le principe de l'action et son résul-
tat , et dans ce cas on peut agir. Mais il n'en est pas de même, lorsqu'une autre disposition des esprits a créé un autre ordre de choses , lorsque par lui le glaive qui perçait les plus fortes cuirasses se trouve émoussé , et lorsque ce qui était le plus redoutable a cessé d'être redouté. Alors par le même principe qui faisait agir dans un temps, il faut s'abstenir dans l'autre. Par conséquent les papes ont dû cesser d'excommunier , par les mêmes motifs qui jadis les invitaient à le faire, la crainte qu'inspiraient alors ces foudres, et l'effacement actuel de cette même crainte. Quand des armes de cette espèce ne tuent pas sur la place, il faut les laisser dans le fourreau; quelque considération peut s'attacher à leur repos, et quelque vertu à l'incertitude de leur effet, car enfin on ne peut jamais répondre de l'effet d'une machine dont on n'a point fait l'essai, au lieu que la déconsidération la plus complette est le résultat inévitable d'une tentative avortée: alors on se tue soi même par ce que l'on destinait à tuer son ennemi. C'est ce qu'a éprouvé le pape, lorsque de mauvais conseils triomphans de sa douceur naturelle, l'eurent porté à un acte
qui ne pouvait devenir profitable qu'à Napoléon. Cet acte était dans une telle opposition avec Tes prit du temps, il séparait tellement Napoléon avec la partie vieille et surannée des pratiques religieuses, il présentait des côtés si défavorables pour la cour de Rome, et démentait tellement sa renommée de prudence, source véritable de sa considération , que beaucoup de personnes, et je dois reconnaître que j'étais de ce nombre , ne pouvaient consentir à croire à l'existence de cette pièce, et la regardaient comme une supposition hostile contre le pape, tant ses résultats étaient clairs. En effet elle partageait les torts entre le pape et Napoléon : elle enlevait au premier ce qui lui avait appartenu jusqu'alors, l'intérêt combiné de ses fonctions et de sa faiblesse, de son caractère et de ses malheurs. Mais lorsqu'on le vit recourir à des moyens écartés depuis long-temps des mœurs de l'Europe, comme des usages mêmes de la cour de Rome ; lorsque la lecture de la bulle ne présenta qu'un mélange incohérent et bizarre d'objets temporels confondus sans discernement avec des objets spirituels , qui n'entrent que pour la plus petite partie dans
cette bulle ; lorsqu'on vit un acte de cette importance, basé sur des suppositions d'intentions, et sur des allégations dont on n'apportait aucune preuve, alors l'intérêt d'un côté, et l'odieux de l'autre, diminuèrent dans nne proportion parallèle. On commença à croire que Napoléon pouvait avoir moins de torts qu'on le supposait jusque là ; alors on se rapprocha de Lui comme de l'objet d'une attaque offensante pour l'esprit humain ; il eut pour lui l'intérêt qu'inspire cet esprit, et celui-là est grand; et peu s'en fallut que de persécuteur qu'on l'accusait d'être, il ne parût persécuté. Pour obtenir les honneurs de la persécution, il ne lui fallait qu'un peu de forces de moins. La cour de Rome avait trouvé là le secret de gâter une belle cause. Tel est l'effet inévitable des mesures qui blessent L'esprit du temps, et sûrement celle-là était du nombre, et même en première ligne. C'est une des plus grandes fautes que Rome ait jamais faites, car elle lui a enlevé sa dernière ressource. En effet , quel moyen de revenir aux excommuniealions contre les souverains, lorsque ceux-ci n'ont fait que i ire, et que le reste du monde n'a pas eu seu-
îement Fair de voir : lorsque Napoléon n a fait que plaisanter de son excommunication , lorsque tout le sacré collège et le clergé avec tous les fidèles n'ont pas hésité à suivre celui qu'il leur était enjoint, par la bulle, de fuir comme un payen et comme un publicain , non plus qu'à continuer de communiquer avec lui in divinis ; lorsqu'on a vu ce foudre destiné à produire tant d'éclat, météore décoloré , passer en silence sur la France , et retourner s'amortir clandestinement dans la main de celui qui l'avait lancé : car le pape n'en a jamais réparlé, ni à Savone, ni à Fontainebleau. Il ne s'était pas aperçu qu'il faisait de la cause de Napoléon celle des souverains et des peuples, qu'il lui rendait ainsi ceux qui le combattaient, et dont l'alliance faisait la force de lui pape. La somme des fautes renfermées dans cet acte est incalculable. On s'était beaucoup étonné que le pape fût venu sacrer Napoléon, il était bien plus étonnant qu'il l'eût excommunié : car il pouvait y avoir quelque chose à gagner dans le premier cas ; il ne pouvait y avoir qu'à perdre dans le second.
Je me hâte de dire que ces observation»
sur l'opportunité d'une excommunication, ne tombent que sur l'espèce actuelle : elles n'atteignent en aucune manière le respect dû aux censures de l'Eglise. Celle-ci forme une société pourvue comme le sont toutes les autres, des moyens propres à agir sur ses membres par les récompenses et par les peines dont elle dispose , par la concession ou par le retrait de ses grâces. En participant aux unes, le fidèle se soumet aux autres, comme en toute société , on adopte à-la-fois les charges et les avantages. S'il en était autrement , l'église serait une société caduque, impuissante à gouverner : elle a donc une jurisdiction complètement organisée ; mais cette jurisdiction ne doit pas s'écarter de son apanage naturel, qui est le for spirituel. Dès qu'elle en sort, elle n'est plus rien; elle a cessé d'exister.
C'est d'après ces principes qui mettent en harmonie Les droits respectifs de l'ordre religieux et ceux de l'ordre civil, et qui tiennent chaque chose à sa place, que cet examen va être poursuivi : il faut dire
i° quel était l'esprit et le but de celte bulle ;
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i°. Commenf elle fut reçue ;
3°. Ce qu'il fallait en penser.
Le parti qui à Rome voulait un éclat, et faire de la religion le moyen et le prétexte de cet éclat , avait préparé ce coup de longue main. On en trouve la preuve dans plusieurs lettres de divers ministres du pape , particulièrement dans l'instruction adressée par le cardinal Pacca auxévèques des Etats du pape,
en date du 29 mai 1 808 dans le bref mo-
nitorial à ]Napoléon , en date du 29 mars 1808. Cet acte était préparé par une foule d'allégations dénuées de preuves, et démenties par le fait , comme il conste de cette même instruction. Voyez la pièce ci-jointe (r). On voit
(1) Instruction adressée aux évéques des Etats du pape, par le cardinal Pacca.
Si ce qu'on vient de dire, se trouvait être vrai dans tout autre cas d'une invasion étrangère, il le serait bien plus dans celui-ci, où il ne s'agit pas seulement de substituer au gouvernement des États de l'église, un gouvernement quelconque, mais un gouvernement notoirement envahisseur de la puissance spirituelle dans tous les lieux où il s'étend , et protecteur de toutes les sectes et de tous les cultes. La formule de ses sermens, ses constitutions ,
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dans d'autres actes que le pape traite tout ce que Napoléon fait en matière religieuse , de pièges et d'embûches pour la religion. Il est évident pour qui sait lier les laits ensemble, que ceci était un parti pris depuis long-temps, et ce coup réservé pour le dénouement. 11 ne
son code, ses lois, ses actes respirent en tout, au moins l'indifférentissimc pour toutes les religions , sans en excepter la juive essentiellement ennemie implacable de Jésus-Christ; et ce système d'indifférentissime , qui ne suppose aucune religion, est ce qu'il y a de plus injurieux et de plus opposé à la religion catholique , apostolique et romaine; laquelle, parce qu'elle est divine, est nécessairement seule et unique , et par là même , on ne peut faire d'alliance avec aucune autre; de même que le Christ ne peut s'allier avec Bélial, la lumière avec les ténèbres , la ■vérité avec l'erreur, la vraie piété avec l'impiété. La protection jurée, et si vantée du souverain des Français pour tout les cultes, n'est autre chose qu'un préiexte et qu'une couleur pour autoriser la puissance séculière à s'immiscer dans les affaires spirituelles; puisqu'en montrant du respect pour toutes les sectes avec toutes leurs opinions, toutes leurs coutumes et toutes leurs superstitions , le gouvernement français ne respecte , en effet , aucun droit, aucune institution, aucune loi de la religion catholique. Sous une telle protection cependant se cache et se déguise la persécution la plus dangereuse et la plul T. Ui 26
faut point perdre de vue que l'excommunication fut lancée le 6 juin 1809, peu de jours après la bataille d'Esling , à la suite de laquelle un parti entrevoyait très-joyeusement la perte de Napoléon. Rien n'explique mieux la nature d'un fait que sa date , et sa liaison avec d'autres actes.
La bulle d'excommunication a presqu'exclusivement le temporel pour objet : le spirituel n'y occupe que la plus petite place. Aucune des allégations de fait ou d'intention dans l'ordre spirituel n'est prouvée. Par un mélange bizarre et dont la difformité a sûrement échappé à l'attention du rédacteur, chaque phrase relative au spirituel est immédiatement suivie de plusieurs qui se rapportent entièrement au temporel. La mention de celui-ci revient à chaque ligne. On y trouve des mots que l'on ne s'attendait guères à rencontrer dans un acte religieux de cette
astucieuse qu'il soit possible d'imaginer contre l'église de Jésus-Christ, et malheureusement la mieux concertée pour y jeter la confusion, et même la détruire , s'il était possible que la force et les ruses de l'enfer pussent jamais prévaloir conti'elle.
gravité. Les noms de cocarde, de gardes du Corps tirés de l'ordre de la noblesse, de gazettes s'y montrent au grand étonnement du lecteur qui s'attend à toute autre chose. On y revient sans cesse sur les articles organiques qui étaient redressés depuis long-temps, dans le peu de points qui fussent reprochantes ; on y renouvelle les plaintes touchant les espérances déchues à la suite du voyage de France ; c'était là le vrai mot de l'énigme. On y paile de ce q'ue l'on a fait pour le rétablissement de la religion en France, comme d'une grâce et d'une libéralité : la religion rétablie par grâce ! L'exemple de Naboth y est cité plusieurs fois. Les citations de rEcrilure sont infiniment respectables , surtout lorsqu'elles ont une juste application. Naboth n'avait aucun différent politique avec Achab : celui-là était un simple particulier, et le roi d'Israël un ravisseur injuste qui voulait enlever ce que les juifs prisaient au-dessus de tout, l'héritage de leurs pères, non pour un objet d'utilité publique , mais pour sa convenance personnelle. 11 y a loin de là au pape et à Napoléon, soin trains U mporels, en discorde pour des objets temporels, et soutenant leurs droits
respectifs par des moyens de souveraineté temporelle. Il est évident que JNaboth n'avait rien à voir dans cette affaire, et qu'on ne s'attendait guères à le trouver dans une bulle* d'excommunication contre le souverain régnant à Paris. C'est abuser de la faculté de citer. Le pape allègue l'envahissement de ses provinces, celui des biens de l'église, et beaucoup de choses encore qui toutes ont de même rapport au temporel. Mais depuis deux cents ans, le saint-siége avait vu envahir plusieurs fois ses domaines, sans que pour cela les papes eussent excommunié lès princes qui se portaient à ces saisies. Louis XIV et Louis XV avaient fait saisir Avignon , sans être excommuniés , et Rome n'est pas plus sacrée qu'Avignon, seulement elle est plus près du pape. Joseph II avait supprimé une grande partie du clergé de ses États , l'assemblée constituante avait porté les plus rudes coups au clergé, le clergé constitutionnel avait bien peu ménagé Rome, la guerre avait enlevé à Pie VI. les trois légations , les trésors de Sixte-Quint et les monumens de Rome , sans que tous ces actes l'eussent décidé à procéder contre leurs auteurs par voie d'ex-
communication, réserve prudente et qui fait un honneur infini à ce pape. Cependant les constitutions apostoliques , et le décret du concile de Trente existaient pour Pie VI comme pour Pie VII. On pourrait dire que le pape lui même était soumis à ees censures dont il frappait les autres, car il avait connivé à toutes les suppressions ecclésiastiques , abandons , et autres concessions que Napoléon lui avait demandées soit en France soit en Italie : pourquoi tant de facilité dans un temps , et tant de rigueur dans un autre ? La bulle n'exprimait pas le nom de celui contre lequel elle était dirigée, mélange visible de faiblesse avec la violence... La moitié de lltalie se trouvait excommuniée, avec une foule d'hommes qui n'ont qu'à obéir, et qui ne sont jamais les juges des débats que leurs chefs peuvent avoir avec ceux contre lesquels on les dirige. Aussi se trouvait-il quelque raison à frapper d'anathème les bataillons et lesagens envoyés à Rome par Napoléon! Par le vague de ces censures , voilà en même temps tout le monde et personne excommuniés. H faut le dire, cette bulle est un manifeste et pas du tout un acte religieux. Tout chrétien air*
rnant et connaissant sa religion , n'a pu qiw déplorer l'existence de cette pièce, comme tout homme aimant la raison a dû souffrir d'y voir le spirituel appelé contre la nature des choses à venger le temporel. Que l'on ne s'y méprenne point ; si Ton veut faire honorer sincèrement la religion , qu'on ne la fasse jamais sortir de sa sphère , la spiritualité ; tout ce qui en sort lui nuit et affaiblit le res-* pect dû à son autorité légitime et nécessaire , chose affligeante et toujours à éviter.
La signification de la bulle ne porte aucun nom. Chacun peut la prendre pour soi ou la laisser, puisqu'elle ne désigne personne. La religion, exempte de crainte comme de passion , ne fait planer les ombrages que sur les tètes coupables , et dans la confiance que lui inspire sa force, elle ne craint point de nommer celles qu'elle veut frapper.
En revanche, on trouve dans la circulaire adressée à tous les fidèles les sentimens et le sty le du chef de la religion. C'est là vraiment Pie VIL
Mais ce qui achève de rendre cette bulle intolérable, ce sont les paroles suivantes. Par leur fierté , par leur ton de commandement
elles reportent à des temps bien éloignés de nous , et qui ne peuvent revivre. Le pape y dit : Que les souverains apprennent encore une fois qu'ils sont soumis par la loi de J. C. à notre trône, et à notre commandement ; car nous exerçons aussi une souveraineté : mais une souveraineté bien plus noble , à moins qu'il ne faille dire que V esprit doit céder à la chair, et les choses du ciel à celles de la terre. Voila du Grégoire Vil et du Boniface FUI. Voilà les anciennes prétentions de Rome dans toute la pureté de leur hauteur , et la suprématie de Tordre religieux établie sur Tordre civil. Il est malheureux que le pape ait cru pouvoir emprunter ce texte à St. Grégoire de Nazianze. Trop de distance de temps et de mœurs nous séparent de ce docteur , pour que ce qu'il croyait pouvoir adresser à quelque empereur grec qui s'était fait théologien, fût proféré sans inconvéniens à la face des rois de l'Europe , qui ne se piquent pas de tenir école de controverse comme faisaient les mai très de Rizance. La bulle ne fut point publiée en France : les copies étaient fort rares ; elles étaient colportées et distribuées clandestinement par le petit troupeau ecclésiastique
on laïc qui s'était déclare contre Napoléon^, et qui servait de canal à tout ce qui venait de Rome. Le cardinal DiPietro était le centre de toutes ces correspondances. Napoléon s'amusait de voir tout le sacré collège à la messe d'un excommunié du pape. Tout Paris a pendant deux ans été témoin de ce démenti donné à la bulle par ceux qui semblaient être au premier rang pour la soutenir. Napoléon sut trèsmauvais gré au clergé de n'avoir pas pris fait et cause pour lui. Souvent il m'en a parléavec amertume : en quoi il avait tort: car , i° il n'était point nommé ; i° la bulle n'avait point été publiée en France , ni adressée aux évèques par l'autorité compétente. De quel droit, dans une matière aussi grave , les évèques français auraient-ils pris l'initiative ? et Napoléon n'eùt-il pas été fondé à leur reprocher d'avoir pris sur eux de donner de la publicité à un acte qu'il pouvait regarder comme offensant ou comme dangereux de faire connaître , sans son autorisation, comme sans Taccom plissement des lois de l'Etat pour la publication des actes émanés de Rome? La conduite des évoques fut dans la ligne de leurs devoirs, comme leurs sentiments furent sans doute
dans celle des lumières. Si le clergé eût été appelle , il aurait fait comme ses devanciers firent à Tours, lorsque Jules II eul excommunié Louis XII, comme la commission ecclésiastique déclara qu'il fallait le faire.
La bulle était nulle de fait et de droit. Elle n'avait que le temporel pour objet; elle ne portait point d'indication personnelle et certaine ; elle n'était ni signifiée, ni publiée légalement; les bulles contre les souverains n'étaient point admises en France , des troubles civils auraient pu s'ensuivre : c'est donc une pièce qui ne peut faire éprouver qu'un sentiment à tout homme sensé, le regret qu'elle ait existé. Maintenant que l'ennemi est loin, que les passions sont au repos , que le désir de nuire n'aiguillonne plus, il est fort à présumer que dans cette situation calme si favorable à la raison, on juge à Rome de cette pièce comme on le fait ici , et que dans la ligne des regrets, on ne lui refuse pas une place auprès de ceux que fait éprouver de son coté la judicieuse bulle qui a rétabli les Jésuites.
Je finis par une observation qui me paraît bonne à faire, parce qu'elle marque les pro-
grès de la civilisation , de cet agent que l'on retrouve partout. La bulle d'excommunication de 1809 produisit aussi peu d'effet réel que la comète de i8ri : dans d'autres temps elles auraient rencontré de la colère ou de la terreur; dans le nôtre, tout s'est passé entre la raison et les télescopes, aussi loin de l'emportement que de la frayeur. Le silence ne fut troublé par aucun scandale , et le mépris même resta muet. On ne vit rien de pareil à ce que dans un siècle encore plus attaché aux observances et aux formes religieuses que pénétré d'un véritable esprit de religion, l'ambassadeur de France à Rome se permit dans l'affaire des franchises. Le pape interdit l'église de Saint-Louis ; il excommunia M. de Lavardin : celui-ci choisit le jour de Noël pour aller faire ses dévotions dans cette église. De nos jours , un acte aussi sacré fait exprès pour soutenir une bravade , car ce n'était pas autre chose, et une bravade contre le chef de l'Eglise, soulèverait tous les esprits (1).
Au temps de la régence, le duc d'Orléans s'arrachait des bras de la débauche, à la face
(t) Ouvrage du président Hénault , vol. 3,
de Paris, pour aller solennellement remplir les grands devoirs du catholicisme. De nos jours , on fuirait à l'aspect d'un pareil scandale, ou plutôt on n'oserait se le permettre. La civilisation veille à l'empêcher: elle est assise aux portes des églises comme à celles des particuliers , elle garde les unes comme les autres elle publie partout que ce n'est point à la préenee des profanateurs dans les temples , mais à leur absence que la religion .aspire, et qu'elle a quelque chose à gagner.
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