CHAPITRE XXXIX
Seconde députation à Savone.
On a vu dans le récit de la première députation, que le pape avait allégué, comme motif de son refus pour accorder des bulles, la privation de tout conseil , sans lequel il disait ne pouvoir rien faire. La plainte était trop fondée pour n'en pas faire disparaître la cause. En conséquence cinq cardinaux lui furent envoyés.
Ce furent MM. les cardinaux
de Bayanne ,
Fabrice Ruffo,
Roverella ,
Doria ,
Dugnani.
M. l'archevêque d'Édesse , aumônier dur pape , leur fut adjoint.
La députation du concile fut composée de MM. les archevêques de Tours, de Pavie et de Malines ; de MM. les évêques de Nantes , de Trêves, d'Évreux, de Plaisance, de Feltre, de Faenza, nommé au patriarchat de Venise.
Les conférences commencèrent le premier septembre.
Dès le 20, toutes les difficultés, si Ton peut appeler difficultés les observations et les allégations qui furent présentées 3 comme pour n'avoir pas Tair de n'avoir rien du tout à dire, se trouvèrent levées. Le pape accéda à tout ce qui lui fut proposé. Il sanctionna le décret du concile ; il répondit de la manière la plus affectueuse à la lettre que les membres du concile lui avaient adressée (1); et comme
(1) Bref de N.S.P. le pape, cc.njirmat:/ 'du décret du concile national , du 5 août 181 1, en date du 10 septembre
Pif. VII, Souverain Pontife ,
A nos chers fils les Cardinaux de la sainte église romaine, et à nos vénérables frères les archevêques et évêques assemblés à Paris, salut et bénédiction en notre Seigneur.
Depuis le moment où. malgré l'insuffisance de nos méritas, la providence nous a élevés à la dignité de Souverain Pontife, nous avons toujours cherché avec une sollicitude paternelle à donner de dignes et bons pasteurs aux églises qui avaient eu le malheur de perdre leur évèque. Nous regrettions, et nous éprouvions une grande anxiété de cœur de n'avoir pu, dans ces derniers temps,
il était nécessaire de donner à cet acte un commencement d'exécution , et de reprendre le fil trop long-temps interrompu des relations ordinaires avec Rome, on jugea à-propos de
pour des raisons qu'il est inutile de rapporter ici, remplir entièrement nos vœux , comme nous l'aurions désiré.
Dieu, dans sa bonté , a permis qu'avec l'agrément de notre très-cher fils , Napoléon Ier, Empereur des Français et Roi d'Italie, quatre évêques vinssent nous visiter et nous supplier respectueusement de pourvoir aux églises de France et du royaume d'Italie, qui sont privées de leurs propres pasteurs, et de fixer nous-mêmes le mode et les conditions convenables pour arriver à la conclusion d'une affaire si importante.
Nous avons reçu ces vénérables frères avec la bienveillance et l'affection paternelle qu'ils avaient droit d'attendre de notre part ; nous leur avons fait connaître nos intentions, et nous les avons laissé partir d'auprès de nous dans l'espoir que , de retour à Paris, ils pourraient, en se conformant à nos instructions , ménager un accommodement général.
Nous rendons d'humbles actions de grâces au Dieu tout-puissant qui a daigné exaucer nos prières, et favoriser, dans sa miséricorde, l'heureux accomplissement de nos vœux. D'après une nouvelle autorisation de notre trèscher fils Napoléon Ier, cinq cardinaux de la sainte église romaine, et notre vénérable frère, l'archevêque d'Edesse , notre aumônier , se sont rendus auprès de nous. En outre^
demander à S. S. de faire corriger mes bulles pour Malines, en ce qui concernait l'omission du nom de Napoléon, et d'en faire délivrera quelques évêques nommés. Ce furent ceux de
trois archevêques et cinq évêques, députes par vous, nous ont remis la lettre que vous nous avez écrite le cinq des ides du mois d'août de la présente année, laquelle était signée par un grand nombre de cardinaux de la sainte église romaine, d'archevêques et d'évèques. Ils nous ont rendu un compte exact de ce qui s'est passé dans l'assemblée générale, tenue à Paris le 5 août 1811, et nous ont respectueusement supplié d'y donner notre approbation.
Après un mûr examen, nous avons éprouvé une véritable joie, en voyant que d'un commun accord vous vous étiez conformés à nos vues et à nos intentions, et que ■vous aviez renfermé en cinq articles ce que nous avions précédemment approuvé et déterminé. A l'exemple de tant d'illustres évêques qui vous ont précédés et qui étaient dignes de vous servir de modèles, vous nous avez adressé de nouvelles prières, soit dans votre assemblée générale , soit par vos députés , pour nous engager à confirmer le tout (1 une manière solennelle.
On ne peut douter de vos sentimens , en lisant la lettre que nous venons de citer. Vous êtes entrés avec nous dans les plus grands détails sur toute l'affaire, en nous témoignant avec une affection filiale votre inviolable attachement à la chaire de Pierre et au Saint-Siège , et c«
Poitiers, de Saint-Flour, d'Asti et de Liège, Le pape s'y prêta avec la plus gracieuse complaisance, et les actes furent délivrés : enfin, pour mettre le sceau à ce rapprochement, la
respectueux dévouement que vous ont transmis, comme à titre d'héritage, vos plus anciens prédécesseurs.
Nous trouvons convenable de transcrire ici littéralement ces cinq articles que vous nous avez soumis, et dont la teneur suit :
Article premier. « Les archevêchés et évêchés , con- « formément aux saints canons , ne pourront rester vacans « plus d'une année, dans lequel espace de temps la no- « mination , l'institution et la consécration devront avoir v leur pleine et entière exécution.
Art. II. « Le concile suppliera l'empereur de conti- « nuer, en vertu des concordats, à nommer aux sièges va- « cans ; et les évêques nommés par l'empereur auront re- « cours, dans la forme accoutumée , au souverain pontife « pour obtenir l'institution canonique.
Art. III. « Dans les six mois qui suivront la notifica- « tion faite, selon l'usage ordinaire, au souverain pon- « tife, sa sainteté donnera l'institution, conformément « aux concordats.
Art. IV. « Si, au bout des six mois , sa sainteté n'a pas « donné l'institution, le métropolitain sera chargé d'y « procéder; et à son défaut, le plus ancien évêque de la « province ecclésiastique. Ce dernier, s'il s'agit de l'instift tution d'un métropolitain , la donnera également.
Réputation crut devoir proposer au pape d écrire à Napoléon. On retrouva, dans cette occasion, la placidité d'âme qui caractérise Pie Vit La lettre fut écrite par le pape, et
Art. V. « Le présent décret sera soumis à l'approbation « de sa sainteté, et en conséquence, sa majesté Tempe- « reur et roi sera humblement suppliée d'accorder à six ■ éveques qui seront députés , la permission de se rendre « auprès du saint père, pour lui demander respectueu- « sèment la confirmation d'un décret qui offre le seul « moyen de remédier aux maux des églises de France c et d'Italie. »
Voulant donc venir au secours de l'église, et éloigner autant qu'il est en notre pouvoir, et avec l aide de Dieu, les grandes calamités qui la menacent, après en avoir mûrement délibéré avec nos vénérables frères, les cinq cardinaux de la sainte église romaine , et notre vénérable frère l'archevêque d'Edesse , notre aumônier, et en nous a'tachant à la teneur des concordats, en vertu de notre autorité apostolique , nous approuvons et nous confirmons les articles Apportés ci-dessus, lesquels, comme nous venons de le remarquer , sont conformes à nos vues et à notre volonté.
Mais dans le cas où après l'expiration des six mois , et en supposant qu il ne se trouvât aucun empêchement canonique, le métropolitain, ou l'évèque le plus ancien de la province ecclésiastique, aurait à procédera l'institution, conformément a l'article IVj nous voulons que le
toute entière de sa main : elle est à la date du 1 3 septembre 1 8 1 1 . EHe ne nous fut point communiquée. M. le cardinal de Bayanne , qui en eut connaissance, nous assura qu'elle
dit raétopolilain , ou le plus ancien évêque de la province ecclésiastique, fasse les informations d'usage, qu'il exige de celui qui doit être institué et consacré , la profession de foi, et tout ce que l'on a coutume de demander, en observant les règles ordinaires, et ce qui est prescrit par les canons; enfin, qu'il l'institue expressément en notre nom, ou au nom du souverain pontife alors existant , et qu'il ait soin de transmettre le plutôt possible au saint-siége, les actes authentiques qui constatent que toutes ces choses ont été fidèlement accomplies.
Nous avons déjà , nos très-chers fils et nos vénérables frères, donné des éloges à votre conduite et à vos sentimens; mais nous ne pouvons nous empêcher de vous louer de nouveau, de ce que, dans une affaire aussi importante, où il s'agit entre autres choses de matières qui regardent la discipline universelle, vous nous témoignez, comme il convient, à nous et à l'église romaine, qui est la mère et la maîtresse de toutes les autres, une soumission filiale et une véritable obéissance.
11 nous reste, nos très-chers fils et nos vénérables frères, à vous exhorter et à vous conjurer, parla grande miséricorde de notre Dieu, de donner tous vos soins et de faire tous vos efforts pour continuer à édifier l'église de. Jésus-Christ par vqs bonnes moeurs , vos bons exem-
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était conçue dans les termes les plus convenables ; et Ton ne peut pas raisonnablement supposer le contraire. Dès-lors tout paraissait terminé, les concordats étaient rétablis, le
pies, et la pratique de toutes les vertus, et de tâcher, à l'aide d une foi agissante par amour , de diriger, de soutenir, et de rendre de plus en plus parfait le peuple fidèle.
Dieu vous accordera, sans doute, les grâces nécessaires pour parvenir à un si noble but; car le même Dieu quia jeté en vous le fondement dune aussi bonne œuvre, daignera la perfectionner, afin que les progrès du saint troupeau, dans la voie du salut , deviennent pour les pasteurs le sujet d une récompense éternelle.
Continuez aussi, nos très chers fils et nos vénérables frères, continuez à donner à la sainte église romaine, au siège apostolique, de nouvelles preuves de votre amour et de votre respect filial, à le consulter, à lui être soumis et inviolablement attachés. «C'est à lui», pour terminer par les paroles de saint-Irénée, la plus brillante InnVière de l'église de Lyon et même de toutes les églises de la Gaule, « c'est à lui qu'à raison de sa supériorité « én inente, doivent recourir toutes les églises, c'est à « dire, 1rs fidèles de tous les pays, comme ayant toujours « conservé la tradition qui vient des apôtres. » En tenant une pareille conduite, et en vous attachant à la pierre immuable , -sous serez utiles à l'assemblée des fidèles , à la
cours de la délivrance des bulles avait repris, les conseils du pape étaien* auprès de lui, sa captivité, comme celle de tous les ecclésiastiques, avait atteint son terme; nous nous félicitions de cet heureux résultat. Napoléon, qui alors parcourait la Hollande, sur les assurances de cet arrangement, avait donné l'ordre du retour des membres du concile dans leurs diocèses, et permis le nôtre de Savone. Mais l'homme ennemi veillait ; il avait déjà semé la zizanie.
Nos instructions (i) portaient sur plusieurs
société civile, et à S. M. l'empereur et roi, auquel nous souhaitons en notre Seigneur Jésus-Christ toute sorte de biens, et vous recevrez dans les Cieux , pour avoir dignement rempli votre ministère, la couronne éternelle.
Pleins d'amour pour vous , nos très chers frères , nous vous bénissons, et avec les sentimens d'une affection paternelle, nous donnons également notre bénédiction apostolique , au clergé et aux fidèles confiés à vos soins.
Donné à Savone, le 20 septembre 1811, la douzième année de notre pontificat. Signé , Pie VII, S. P.
(1) Instructions données à la seconde députation envoyée à Sacone.
Monsieur l'archevêque de IVous vous avons nommé pour porter au pape le dé-
points que des considérations de prudence engagèrent la députatîon à ne point toucher. Elle s'estimait heureuse d'avoir obtenu la reprise du concordat, et celle de l'accord des
cret du concile et lui demander son approbation. Cette approbation doit être pure et simple. Le décret s'étend sur tous les évêchès de l'Empire , dont Rome fait partie , et sur tous les évéchés de notre royaume d'Italie, dont Ancône, l rbin et Ferrao font partie ; il comprend également la Hollande, Hambourg , Munster , le grand duché <le Berg, 1 Illyrie et tous les pays réunis à la France et qui y seraient réunis. Vous refuserez de recevoir l'approbation du pape , si le pape veut la donner avec des réserves, hormis celles qui regarderont l'é\cché de Rome qui n'est point compris dans le décret. Nous n'accepterons non pins aucune constitution ni bulle , desquelles il résulterait que le pape referait en son nom ce qu'a fait le concile.
Nous avons déclaré que le concordat a cessé d'être loi de l'Empire et du Royaume , nous y avons été autorisés par la violation de cet acte pendant plusieurs années de la part du pape.
Nous sommes rentrés dans le droit commun des canons qui confèrent au métropolilain le droit d'instituer les èvêques. Nous rentrons donc dans le concordat; nous approuvons le décret du concile à condition qu'il n'aura éprouvé ni modification ni restriction ni réserve quelconque , et qu'il sera purement et simplement accepté par sa
bulles. Dans le fait, c'était la chose intéressante , parce que , d'abord , elle avait été l'objet du concile, et puis, c'était elle dont l'église pour son service, et l'État pour sa tranquillité , avaient le plus de besoin. La commission avait
Sainteté à défaut ,de quoi vous déclarerez que nous sommes rentrés dans l'ordre commun de l'église et que l'institution canonique est dévolue au métropolitain , sans l'intervention du pape , comme il était d'usage avant le concordat de François Ie* et de Léon X. Aussitôt que sa sainteté aura approuvé le décret sans réserve ni modification , nous nous entendrons pour la circonscription des diocèses des départemens de Rome et de Trasimène , de la Toscane, de Hambourg, de la Hollande , du grand duché de Berg et de l'Ilîyrie.
Nous n'entendons pas conserver plus d'un évêehé par cent mille ames de population dans les départements de Rome et de Trasimèue ; dans le reste de la France , il y a un évêehé par 5oo,ooo ames. Vous pouvez d'ailleurs , si le pape est disposé à faire cesser les querelles qui existent, lui faire connaître que nous sommes animés des mêmes principes qui nous ont dicté les instructions données aux évêques lors de leur dernière mission. Aussitôt que le pape aura donné son approbation au décret , vous l'en* verrez par estafette à notre ministre des cultes; et vous resterez à Savone jusqu'à nouvel ordre pour servir au
cru devoir s'en tenir là pour éviter de se
compromettre avec les théologiens de Rome, qui fort, peu contens de ce qui se passait, pouvaient chercher quelque dédommagement, en nous suscitant des embarras tels que ceux qui fussent sortis de la difficile question de l'autorité du pape sur les conciles. Il y en avait pour disputer pendant cent ans, et nous voulions mettre fin aux disputes. La commission estimait que les questions ultérieures sur les sièges épiscopaux de Rome et des Elats du pape, sur le nouveau séjour de celui-ci, ne la
pape de conseil dans les affaires ultérieures que nous aurions à traiter.
Si le pape refuse l'approbation pure ét simple du décret , vous lui déclarerez que les concordats ne sont plus loix de l'Empire et du Royaume qui rentrent daus le droit commun pour l'institution canonique des évèques, c'est-i dire , qu'il y sera pourvu par les synodes et par les métropolitains. Nous nous reposons sur votre zèle pour la religion , pour noire service et pour le bien de votre pays: nous comptons que vous ne montrerez aucune faiblesse et que vous n'accepterez rien que nous n'accepterions pas et qui serait contraire à la teneur des présentes, ce qui embarasserait les affaires au lieu de les arranger et de les simplifier.
regardaient point , et devaient être décidées entre le pape et Napoléon. Cela ne faisait pas le compte de celui-ci, quelque sage que fût cette manière de voir. Les instructions portaient qu'il n'accepterait aucune bulle ou bref d'où il résulterait que le pape aurait fait en son nom ce que le concile avait fait, ce qui eût été infirmer le principe d'autorité de ce^ lui-ci. Il était donc naturel d'en conclure que le bref étant une réponse à la lettre du concile , le nom de celui-ci devait s'y trouver mentionné, et par là son action sur le décret reconnue. Je trouve dans le mémorial que j'écrivais à Savone après chaque séance, que cet objet fut débattu pendant quelques jours. Le pape avait rédigé son bref d'après les principes de suprématie , de manière à ce que l'on pût en inférer que le concile n'avait agi que par son inspiration et sous son autorité. La commission se refusa à adopter cette rédaction : plusieurs amendemens furent proposés par elle. Le désir de la paix fit accéder à celle que le pape avait adoptée en dernier lieu.
Le bref adressé à Paris fut renvoyé par Napoléon à l'examen de quelques conseillers
d'État. Ils furent frappés du défaut de la mention du concile , et n'eurent pas de peine à remarquer ce qu'il y avait d'incomplet dans l'accomplissement de ce que nos instructions prescrivaient. En ayant référé à Napoléon, celui-ci révoqua l'ordre de notre retour de Savone, et comme il savait que nous nous y ennuyons beaucoup, il se proposa de nous y faire passer l'hiver pour nous punir. Plusieurs d'entre nous étaient partis avant l'arrivée de l'ordre fatal. L'archevêque de Tours, les évèques de Nantes et de Trêves , se trouvant à peu de distance de Savone, purent être atteints, et revinrent passer leur quartier d'hyver à Savone.
Napoléon refusa de faire usage des bulles données dans ce temps. On les a trouvées dans les bureaux du ministère , depuis son départ pour File d'Elbe. 11 s'abstint de répondre à la lettre du pape. Lorsqu'il revint d'Hollande , il me parla avec quelqu'humeur de la manière dont on avait négocié. Il se plaignait qu'on ne l'eût pas entendu. Je jugeai par son discours que dès- lors il avait en vue un arrangement général pour toutes les affaires de l'église et du pape. Ce fut là qu'il répondit
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aux instances que je lui adressai pour la liberté de quelques prêtres du diocèse de Maîines : JSe me parlez pas de cela ; je rendrai tout à la fois. Il était clair qu'il avait un parti pris.
L'hyver de 1811 à 18 12 se passa sans événement marquant dansFordre religieux. Alors Napoléon était tout entier aux préparatifs de son expédition de Russie ; les évêques hyvernés à Savone revinrent au commencement, du printemps. Dans l'audience que Napoléon nous donna à cette occasion, il jeta en riant quelques mots sur la direction donnée à la négociation : plus il ajouta ce que j'ai rapporté de cette séancè dans V ambassade de Varsovie, sur la sécurité que lui inspirait le clergé, comme sur ses sentimens personnels sur le pape.
Quelques semaines après, sur la nouvelle de l'apparition d'une escadre anglaise dans la rade de Savone, il ordonna la translation du pape à Fontainebleau. C'est ainsi qu'il l'acheminait successivement vers le siège de Paris.
La commission avait été fortement secondée par M. le comte Chabrol alors préfet de
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Montenotte. Ce jeune magistrat, doné d'une prudence consommée, dune aménité de mœurs qui avait l'air d'avoir été faite pour correspondre à celle même du pape , avait su captiver son esprit par le ciiarme particulier que fait toujours trouver l'harmonie de l'accomplissement du devoir avec l'observation des égards et du respect dus aux rangs et aux, dignités. Des fonctionnaires tels que M. Chabrol affermissaient les conquêtes de la France en lui conciliant l'affection des peuples conquis, et moins de haines auraient pesé sur elle , si tous les administrateurs placés audehors lui avaient rassemblé. Le pape qui avait parlé du défaut de liberté à la première députation, n'allégua rien de semblable à la seconde. La position était changée; il avait demandé des conseils, il en avait; il y avait une discussion établie, et par là même, liberté. Il est bien singulier que l'on ait rencontré des hommes qui aient excipé d'un défaut de liberté, dont le pape, qui devait le sentir mieux que personne, ne croyait pas avoir a se plaindre. Ceux-là qui parlent de défaut delibcrté avec un caractère tel que celui de Pie VIT , me paraissent lui faire une grave injure, comme
s'il pouvait y avoir défaut de liberté, là où le devoir seul est écouté. La bulle d'excommunication ne fut rappelée en aucune manière : nulle difficulté sérieuse sur le fonds de notre demande ne fut opposée. On sentait qu'elle n'en était pas susceptible. Le pape ne parut arrêté quelques instans que par des scrupules attachés à une conscience craintive \ on sentait les derniers efforts de la rupture de liens anciens, et la crainte qui attend toute entrée dans un ordre nouveau. Il y eut quelques allégations de formalités, chose habituelle avec des Romains, mais cela n'eut aucune importance.
S. S. recevait la dépuration toutes les fois qu'elle lui en témoignait le désir : elle admettait de même en particulier tous ses membres dès qu'ils se faisaient annoncer. Lorsque le pape recevait la députation, il se plaçait dans un fauteuil en tête des députés qui se rangeaient sur deux lignes parallèles. Il n'y était point question d'affaires, ou seulement en passant. Elles se traitaient avec les cardinaux par l'intermédiaire de M. le cardinal de Bayanne, La conversation du pape était fort enjouée, nourrie d'anecdotes qu'il narrait
très-bien. Il habitait Tévêché de Savone, et dans cette demeure, il paraissait rentré dans le genre de vie de son ancien état, ne ressentant de douleur véritable que pour l'Eglise et ayant oublié les siennes propres.