XXXI
L'éternité que Christ en l'Eglise a promise,
(XXXV-) avant qu'un saint Concile
Réunisse de Christ les membres différents.
fxxxvr*)
Les promesses ont eslé dites a Abraham, dict saint Pol, €t a sa semence. Il n'est pas dict : ses semences, comme en plusieurs, mais comm'en une: et a ta semence, qui est Christ.
(S. François de Sales. (Euvres, éd. de dom Mackey, 1,
le serpent dont Christ est le vainqueur.....
Quitte, quitte ces lieux où Christ n'habite pas.
(La Fontaine. Foème de la Captivité de saint Malc, vers
16 et 380.)
Circonstanciel. Halzfeld : ^Ëx. le plus ancien, de
Voilà donc sept parties conslriiclives, ou sept différentes fonctions que les mots doivent remplir dans l'harmonie de la phrase. Donnons maintenant à ces parties constructives des noms convenables :
Ce qu'on emploie à exposer la manière, le temps, le lieu, et les différentes circonstances dont on assaisonne l'attribution, gardera le nom de circonstanciel, puisque toutes chose*^ y paraissent d'un air de circonstance.
1747. (Girard. Les vrais principes de la langue française,
Cette dame, monsieur, ne parut pas trop contente des nouveaux mots de subjectif, objectif circonstanciel, etc.
(Dumarsais. Lettres à l'auteur des Vrais principes de la langue française. Œuvres, III, page 323.)
Civilisation. Il ne faut flatter personne, pas même son pays ; cependant je crois qu'on peut dire sans flatterie que la France a été le centre, le foyer de la civilisation de l'Europe. Il serait excessif de prétendre qu'elle ait marché toujours, dans toutes les directions, à la tête des nations...
(Guizot, Histoire de la civilisation en Europe, i""* leçon, 18 avril 1828.)
La phrase souvent répétée : marcher à la tête de la civilisation, a son origine là, semble-t-il.
Clab. Ce mot est un peu antérieur à 1789, comme le prouve une lettre sans date — mais publiée en 1788 — adressée à Henri Meister :
Vous voilà donc fatigué de la sécheresse et de l'ennui de votre club, de ce club où l'on était si impatient d'entrer.
Eh bien ! lisez mon projet
{Œuvres du marquis de Villette, 1788. Page 211.)
Cœur. Littré : « 8° Ces deux personnes ne font qu'un cœur et qu'une âme, eUes sont liées par la plus étroite
affection. Les deux princesses ne furent plus qu'un même cœur. BossuET. Anne de Gonzague. »
L'expression que Litlré mentionne se retrouve plus complètement dans une phrase de Fénelon, dont les derniers mots en indiquent l'origine biblique (Adcs^esai?o/res, IV, 32.)
Elles {les religieuses) ne doivent faire toutes ensemble qu'un cœur et qu'une àme, comme les premiers fidèles.
{Lettre à une supérieure de religieuses, sans date.)
Cogner. Dans ce trou, j'ai fait entrer, à coups de marteau, une forte et solide cheville de bois; après l'avoir cognée
(Buffon. La statique des végétaux, de Haies, trad. de l'anglais. Appendice, 33.)
Cohober. Dans le feu de radolescen:îe, les esprits vivifiants retenus et cohobés dans son sang {le sang d'Emile) portent à son jeune cœur une chaleur qui brille dans ses regards.
(J.-J. Rousseau. Emile, livre IIL)
Collooatif. L'abbé Girard emploie ce mot dans les vrais Principes de la langue française (1747) au chapitre des Prépositions :
« Les collocalives, au nombre de huit, sont chez, dans, sous, sur, devant, derrière, parmi, vers. Elles servent toutes à indiquer un rapport de place ; mais chacune a de plus une idée accessoire qui la distingue.
« A est coUocative lorsqu'elle indique le lieu ou la place : demeurer à Paris, se placer à la tête, etc. En est collocative dans ces exemples: dîner en ville, être en prison, etc, »
Commandite. Hatzfeld: Dérivé de l'ancien français command De l'ital. accommandita, à ce qu'il me semble.
Commémoraisioii, eoniméinoratif. Halzfeld : Dérivés de commémorer, mot qui a été omis à sa place, un peu plus loin, et qui est d'ailleurs, d'après Littré, un néologisme, dont les anciens mois qui datent des 14"" et 16"* siècles, ne peuvent pas dériver.
Commenter. A été employé comme verbe intransitif : On commençait dès lors à commenter sur les articles : on les tournait, on les expliquait à sa mode.
(Bossue t. Belation sur le Quiéiisme, V, I.)
Comparoir. Dans trois jours, je m'irai mettre entre vos mains, pieds et poings liés, afin que vous me le fassiez comparoir aussi chèrement que je Tai desservi, et que vous donniez en moi un exemple qui fasse à l'avenir trembler tous les ingrats.
(Voiture. Lettre à la marquise de Tardes.)
Je crois que comparoir est ici pour comperer, et que Voiture a voulu dire : que vous me le fassiez payer aussi cher que je l'ai mérité. — Peut-être n'y a-t-il là qu'une faute d'impression qui, de la première édition, a passé dans toutes les autres.
Compatible. « Absolument, dit Littré, compatible ne se dit qu'au pluriel, ou, au singulier, avec quelque mot qui ait un sens collectif. »
On fera bien de se conformer à cette règle ; toujours estil que Voltaire l'a enfreinte, par plaisanterie sans doute, et en profitant de la liberté du style épistolaire :
« Vous m'avez laissé ignorer la bonne plaisanterie de la grand' chambre, qui voulait députer à l'infant, et empêcher qu'aucun conseiller du Parlement connût jamais les intérêts d'aucun Etat. Enfin vous voilà compatible. »
(Lettre à d'Argenlal, 29 juin 1759.)
fei--
Complaisance. Halzfeld, au mot complaisant, note un ancien sens de cet adjectif: qui se complaît en lui-môme.
Il eût fallu dire de même au substantif complaisance ; Vieilli, le fait de se complaire en soi-même.
La complaisance veut avoir l'honneur des bonnes œuvres. (Massillon. De la conduite des clercs dans le monde,)
Complaisante. Je sais, en général, qu'il y a beaucoup d'inconvénient à s'allacher une complaisante.
(Lettre de la duchesse de Luynes à madame du Detfand, 7 avril 1754 )
Les uns pourraient vous croire ma propre fllle, les autres ma complaisante, etc., et sur cela faire des commentaires impertinents.
(Lettre de madame du Deffand à mademoiselle de Lespinasse, 13 février 1754.)
Il est toujours sous-entendu, dans une liaison intime entre une femme riche et une fille qui ne l'est pas, que toutes les complaisances et les gênes seront du côté de cette dernière ; que, sans faire semblant de rien, elle sera l'esclave des volontés de l'autre : tout haut son amie, et tout bas sa complaisante.
(Buffenoir. J.-J, Rousseau et Henriette, jeune Parisienne inconnue. Lettre d'Henriette, avril 1764.)
Compnlsion. S'il faut un plus grand éclaircissement, monseigneur l'intendant est supplié de donner ses ordres pour que le requérant demande en son nom, à la république de Genève, la compulsion des archives.
(Voltaire. Lettre à l'intendant de Bourgogne, au printemps de 1760 ; n° 4149, dans l'édition Moland.)
Concetti. Hatzfeld : « Le mol ne s'est d'abord employé qu'au pluriel. » Ex. le plus ancien, de 1753.
Les vers de Chimène : Pleures, pleurez, mes yeux^ et fondez-vous en eau ! La moitié de ma vie a mis Vautre au
tombeau consistent dans une pensée recherchée, tirée,
affectée, dans une snbtile et froide antithèse. C'est un ridicule concetto.
1739. (Desfontaines. Eacine vengé, page 117).
Condamnation. Liltré et Hatzfeld citent tous deux Massillon : Il a mangé et bu sa condamnation. — C'est une expression biblique:
Que l'homme donc s'éprouve soi-même, et qu'il mange ainsi de ce pain et boive de ce calice: car quiconque en mange et en boit indignement, mange et boit sa propre condamnation.
(Saint Paul. I" Epitre aux Corinthiens, XI, 28 et 29.)
Condition, Qaalité. Hatzfeld : Condition : Une personne de condition noble, ou elliptiquement : une personne de condition. Qualité : Absolument. Condition de celui qui est noble.
« Condition noble » et « condition de cehii qui est noble • sont des définitions qui s'équivalent, et qui ne marquent pas la différence qu'on faisait entre « une personne de condition » et « une personne de qualité ».
Homme de qualité est en notre langue quelque chose de plus qu'homme de condition,
(Bouhours. Bemarques nouvelles sur la langue française,)
On est de condition dans l'état de la bourgeoisie ; on est de qualité dans l'ordre de la noblesse.
(Girard. La justesse de la langue française.)
VoiJà qui est net; et semblablemenl, Necker, dans le passage qui suit, où il fait une espèce d'énuméralion ascendante,
indique bien que dans Tancienne hiérarchie sociale, une femme de qualité était quelque chose de plus qu'une femme de condition.
C'est le goût, c'est le tact qui aide à régler les manières d'une grande dame, maîtresse de maison ; c'est le goût, c'est le tact qui l'empêche dé se tromper dans les distinctions fines qu'elle voudrait faire au milieu de son salon ; les femmes de condition, les femmes de qualité, les femmes de la cour, les femmes titrées, les femmes d'un nom historique... (Necker. Sur les usages de la société de France, en 1786,}
Conditionnel. Je n'ai fait qu'une démarche purement conditionnelle, selon mon devoir.
fFénelon. Lettre au père Le Tellier, 15 déc. 1713.)
Confédéré. Définition de Halzfeld : membre d'une confédération (temporaire).
Pourquoi temporaire? « Fidèles et chers confédérés!... » est une apostrophe du style courant, en Suisse; et la Confédération suisse n'est pas temporaire.
Confesseur.* L'Eglise a honoré de ce nom tous les saints qui n'ont pas été martyrs. » Acad. — Je ne sais pourquoi Hatzfeld donne une définition plus étroilQ t « Chrétien qui, au temps des persécutions de r Eglise, confessait sa foi chrétienne ».
La définition plus large de l'Académie est conforme à l'usage du moL
Confidemment. Je vous dirai confidemment, afin que Leurs Majestés seules en aient connaissance, que...
(Lettre du cardinal Mazarin, citée par Bouhours: Suite des^ Bemarques nouvelles, au mol entamer,)
Confidence. Je suis assuré que Tua ou l'autre auraient «u horreur de la moindre pensée de simonie ou de confidence.
(Bossuet. Lettre à M. Dirois, 12 août 1684.)
Confier. Cette vérité n'a pas besoin de preuve; et nous nous confions dans le Seigneur, qu'elle ne regarde pas ceux qui nous écoutent.
(Massillon. De la conduite des clercs dans le monde. — Œuvres, éd. de 1821. X. 318.)
Confort. Ce que les Anglais appellent confort, et que nous exprimons par l'aisance...
(M"* de Staël. Dix années d'exil, XII.)
Confortable. Hatzfeld : Néologisme.
.... les confortables rayons de notre soleil. 1628. (Quô vadis, ou Censure des voyages, nouvellement tirée de l'anglais de M. Joseph Hall, par Th. Jaquemot.)
Congre. En traversant Lorienl, nous avons vu toute la place couverte de poisson, des chiens de mer, des congres monstrueux qui serpentaient sur le pavé.
(Bernardin de Sainl-Pierre. Voyage à Vile de France, lettre III.)
Congrégationaliste. Littré : « sectaire chrétien des Etats-Unis ». Mais il y a des congrégationalistes ailleurs qu'aux Etats-Unis. Une église congrégationalisle est un groupe de chrétiens protestants, qui ne reconnaît au-dessus de lui aucune autorité humaine. Le système congrégationaliste est opposé au système presbytérien, dans lequel les églises particulières sont soumises à un synode.
Congruiste. Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 1753. En décidant que ce système (de Jansenius) est hérétique, le Vicaire de J. C. coupera d'un seul coup le nœud gordien—
Les congruisles seront charmés, toutes les écoles demeureront en paix.
(Fénelon. Lettre au cardinal de Rohan, 27 juillet 1714.)
Conjugalement. La polygamie directe et formelle doit être d'avoir deux femmes ensemble, avec lesquelles on vit conjugalement.
(Bossuet. Quatrième avertissement aux protestants, IX.}
Conséeution. Hatzfeld : « 1" Peu usité. Poursuite. La mémoire fournit une espèce de consécution aux animaux, qui imite la raison, mais qui en doit être distinguée. Leibnitz. Monadologie, 26. »
En mettant poursuite à la place de consécution, dans la phrase de Leibnitz, elle n'en est pas plus claire; elle ne se^ comprend bien que si on en donne la suite :
« Par exemple, quand on montre le bâton aux chiens, ils se^ souviennent de la douleur qu'il leur a causée, et crient, et fuient. »
Si l'on ne se contente pas de la définition de Littré : enchainement, rapport d'antécédent et de conséquent, on peut dire que Leibnitz a employé consécution dans le sens de : prévoyance de ce qui va suivre,
Conserritear. Est-il possible que vous croyiez que nous invoquions les saints comme Dieu ? N'avons-nous pas dit que nous ne les appelions à notre secours que comme nos conserviteurs?
(Bossuet. Lettre au ministre Ferry, 28 oct. 1666.)
Consisiorial.Nous entendons quesoubz le dict mot con- 5/s/orEaM/i»,doibventestre compris les chiefz, superrntendens, anchiens, surveillans, diacres, et fînablement tous ceulx qui se sont aulcunement raeslez des affaires du dict consistoire.
si comme d'avoir collecté argent et aulmosnes, ou d'avoir eu la charge de édilïler et ériger le temple.
(Lettre du duc d'Albe, it avril 1367; dans Gachard. Correspondance de Philippe II, II. 664.)
Consœur. Les consœurs doivent respecter leur supérieure et lui obéir.
(Fénelon, Lettre à une supérieure de religieuses.)
Consoler. Hatzfeld, dans un autre article: « Endormir, faire dormir. Endormir un enfant en le berçant. — S^endormir, commencer à dormir », a su faire une juste distinction' A\\\\ eût élé aussi à sa place au mot consoler. Il le définit « soulager quelqu'un dans son chagrin ». Cette définition ne s'applique pas bien au verbe employé dans le pronom réfléchi. De même que pour n'endormir, il eût fallu pour se consoler une définition spéciale, par exemple : être en train de perdre son chagrin, sentir son chagrin s'évanouir, voir s'évaporer son chagrin.
Consomption. Dans la consomption des espèces, tous €eux qui croient la réafité sont obligés de reconnaître qu'il arrive une cessation de l'être que Jésris-Christ acquiert dans ce sacrement ; et celle cessation n'est toujours qu'une mort mystique, puisque la personne de Jésus-Christ demeure toujours inviolable en elle-même. .
(Bossuet. Lettre au ministre Ferry, 28 octobre 1666.)
Consiamment. Les ecclésiastiques de saint Augustin,
bien qu'ils n'eussent avec lui qu'une même table et qu'une
même maison, pouvaient pourtant posséder quelque chose
en propre. Constamment donc, ils ne faisaient aucun vœu de
()auvreté.
(Patru. Plaidoyer pour le prince de Gonti,)
Constamment donc signifie ici : il conste donc que...
Consulte. A vous, monsieur Marin... Vous m'apprîtes tout ce qu'il y avait à m'apprendre sur l'objet de ma consulte.
(Beaumarchais. Addition au supplément du mémoire à consulter.)
Consulter. Vous, grande nation, dans peu rassemblée pour consulter sur vos droits...
(M"* de Staël. Lettres sur J.-J, "Rousseau, IV.)
Contagion,... pour la punition des jansénistes qui répandent la contagion.
(Fénelon. Lettre au père Le Tellier, 15 déc. 1713.)
Contradictoire. La lumière qui éclaire nos âmes ne
vient-elle pas de Dieu? Les vérités qu'elle nous présente
peuvent-elles être contradictoires avec celles qu'il nous a
révélées ?
(Buffon. Epoques de la nature.)
L'Académie, Littré et Hatzfeld ne donnent que contradictoire à..,.
Contribution. Depuis quelques années, les savants français emploient les mots contribution à... dans le sens de l'allemand : Beitrâge zu...
Le Dictionnaire des anonymes de Barbier indique plus de quatre-vingts ouvrages dont le titre commence par Mémoires pour servir à... Cette ancienne expression française ne valait-elle pas mieux que le germanisme qui la remplace?
Coquin. Quand on voit qu'un homme de qualité est grand et bien formé, on dit qu'il est de belle taille ; si c'est un valet, on dit : voilà un puissant coquin.
Théophile. Apologie. {Œuvres, éd. Alleaume, II, 270.)
Le 13 au soir, on lui apporta (à Nicole) de la part de la comtesse de Grammont, quelques gouttes d'Angleterre qu'on
batlit dans du vin d'Espagne et qu'on lui fît prendre
Je fus témoin qu'il dit à une personne qui lui promettait encore de ces précieuses gouttes, « qu'à la vérilé il en admirait l'effet si prompt et si puissant, mais qu'il était tout honteux .qu'on donnât à un coquin un remède fait pour les rois ».
(Vuillart, Lettre du 21 novembre 1695. citée par Sainte- Beuve. Port'Eoyal, 5' éd. IV, 512.)
Hatzfeld définit coquin : 1" Vieilli. Gueux, qui mendie. — Dans les passages qu'on vient de voir, coquin semble signifier : homme de peu, homme de rien.
Cordé. Les fibres de cette partie blanche (des asperges) sont dures et cordées, en comparaison des fibres dans la partie verte.
(Buffon. La statique des végétaux^ de Haies, trad. de l'anglais. Chap. YII.)
Cordonnier. Croiriez- vous que cordonniers vient de ce qu'ils donnent des cors ? Je le fis l'autre jour croire à un bien honnête homme.
(Voiture. Lettre 125, à M; Costar.)
Cortège. Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 1642. Je pense que vous ne vous lasserez jamais d'aller au cortège.
(Balzac. Lettre à l'évêque d'Aire, 25 septembre 1622.)
Corvée. Si Ton considère le droit de corvées comme un droit qui affecte la personne, ainsi que semble d'abord l'indiquer la propre étymologie du nom de courvées, qui, dérivant sans doute du mot latin CURVUS, présente aussitôt Vidée d'une personne qui est contrainte de fléchir et de se courber elle-même à l'ouvrage, à la première volonté du seigneur, il est indubitable qu'en ce cas un Bourgeois ne doit ni ne
peut y être astreint, et qu'il serait absurde qu'une personne qui a l'avantage d'être membre de la République, fût tenu à des prestations personnelles, et assujetti à miséricorde envers un seigneur particulier, qui est vassal de cette même République! Mais si au contraire, l'on regarde ici ces droits de corvées et de roides comme une servitude réelle....
(Conclusions de Sp. Jean-Antoine Butini, prises le 29 avril 1695, en qualité de substitut du procureur général, au sujet de la cause pendante entre noble Jean-Antoine Lullin, seigneur de Dardagny, ancien syndic, et sieur Antoine Rey, de Dardagny, maître horloger, bourgeois de Genève. Ms. 141 de la Société genevoise d'histoire.)
Costume. Ce mot a été employé par Voltaire dans le sens de ce qu'on a appelé plus lard couleur locale :
Si les Français n'étaient pas si français, mes Chinois auraient été plus chinois, et Gengis encore plus tartare. Il a fallu appauvrir mes idées, et me gêner dans le costume, pour ne pas effaroucher une nation frivole, qui rit sottement, et qui croit rire gaiement, de tout ce qui n'est pas dans ses mœurs, ou plutôt dans ses modes.
(Lettre à Dumarsais, 12 octobre 1755.)
Cotonnade. Hatzfeld : Néologisme.
Deux petits lits, de cotonnade rayée de bleu et de blanc comme la tenture de sa chambre, une commode, une table et quelques chaises, faisaient tout son mobiUer.
(Bernardin de Saint-Pierre. Essai sur Jean-Jacques Rousseau,)
Cotte. On y voit (sur les théâtres de Londres) Annibal avec une longue perruque poudrée sous son casque, des rubans sur sa cotte d'armes.
(Murait. Lettres sur les Anglais, II )
Coucher. Aux définitions de Liltré et de Hatzfeld: i" Mettre au lit, il faut ajouter : donner un logement, une couche.
J'attends Lekain ces jours-ci; nous Je coucherons dans
une galerie, el il déclamera des vers aux enfants de Calvin.
(Voltaire. Lettre à Thieriot, 24 mars 17o5.)
Coucherie. Hatzfeld : Néologisme.
Si Tancrbde avait un plein succès, il faudrait hardiment donner la Femme qui a raison : car elle est gaie, et la morale est bonne. Il y a beaucoup de coucherie; mais c'est en tout bien et en tout honneur.
(Voltaire. Lettre à madame d'Argental, 20 sept. 1760.) Personne n'aura à se plaindre si la presse, la religion et la coucherie sont également libres en France.
(D'Alembert. Lettre à Voltaire, 8 déc. 1763.)
Couleur. Après cela, que peut-on dire contre cet acte? Le peut-on calomnier avec couleur?
(Patru. Plaidoyer pour Varchiprêtre de Gignac.)
Couleur locale a d'abord été employé au pluriel :
Quant au style, à la poésie, à la couleur de tout Touvrage,
aux couleurs locales, à la force et à la grâce, mes acteurs
ont été dans une espèce d'enchantement. Voici le titre de ma
tragédie : Fœdor et Mikalef, ou les Orphelins de la Sibérie.
(Ducis. Lettre à madame fiabois, 16 pluviôse an VIII.)
On a dit aussi coloris local :
Un poète dramatique n'est plus qu'un déclamaleur lorsqu'il parle par l'organe de ses personnages, au lieu de leur conserver les idées propres à leur situation, et les discours qui tiennent à leur caractère : c'est ce que les maîtres de la scène appellent coloris local,
(Mélame, drame de La Harpe. Avertissement des éditeurs, 1804.)
Coulis. L'île de Ruac... élail une île où les habitants ne vivaient que de vent, et on n'y donnait aux malades que ■des vents coulis.
(Voilure. Lettre 127, à M. Costar.)
Coup. Ce grand édifice, qui déjà avait pris coup, s'en -allait presque en ruine.
(Patru. Plaidoyer pour le prince de Conti.)
Coupeau. Cime, sommeL L'Académie, Liltré et Hatzfeld sont d'accord à dire que ce mot est vieux. Mais il est encore d'usage courant en blason. Les armes de Hongrie, par exemple, se blasonnent ainsi : De gueules à la croix pa- Iriarcale d'argent, issant d'une couronne d'or posée sur une colline à trois coupeaux de sinople.
Courageux. La sève que le froid avait condensée, ii'étendit en sentant ce petit retour de chaleur, et fit pousi>er plusieurs plantes plus courageuses que les autres.
(Buffon. La statique des végétaux, de Haies, trad. de l'anglais. Chap. VIL)
Courir. Un arbre que la foudre a couru, depuis le faite jusqu'à la racine.
(Théophile. Epître d'Aciéon à Diane.)
Coulelas. Hatzfeld : Dérivé de couteau.
De l'ital. coltellaccio, à ce qu'il me semble.
Craindre. Je crains qu'il ne vienne, dit le Dict. Acad. — Racine a dit :
Hélttslon De craint point qu'il venge un jour son père : On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère.
{Andromaque, I, 3.)
n aurait pu dire : On craint qu'il n'essuie les larmes de ^a mère. Mais le sens n'eût pas été le même ; pour s'en
rendre compte, il faut rétablir une phrase sous entendue :
On craint que, si on le laisse vivre, il n'essuie. . .
On craint que, si on le laissait vivre, il n'essuyât. . .
Au présent de l'indicatif, laisse, correspond le présent du subjonctif, essuie; à l'imparfait laissait, l'imparfait essuyât.
Si on le laisse vivre, c'est une hypothèse qu'on formule en terme froids et simples ; il n'y a pas de parti pris : le pour et le contre sont en balance.
Si on le laissait vivre implique une autre idée ; le parti est pris: il faut tuer l'enfant; car, pense-t-on, si on le laissait vivre, il arriverait malheur. C'est ce parti pris qui effraie Andromaque, et qui lui fait dire : n'essuyât.
Crapoussiii. Ces gros petits crapoussins-là s'imaginent qu'il n'y a qu'a boire et manger ; ils crèvent comme des mouches ; et nous, maigrelets, nous vivons.
(Voltaire, lettre à madame de Fontaine, juin 1757.)
Crédibilité. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1694. Ce ne sont pas, comme on parle, de simples arguments de crédibilité.
(Balzac. Lettre à Conrart, 12 juin 1651.)
, Crédit. Si j'avais quelque crédit pour écrire, je m'étendrois bien volontiers dans le récit particulier des grâces que ce grand saint (Joseph) m'a faites. . .
(Ste Thérèse. Autobiographie, traduite par Arnauld d'Andilly. Ch. VI.)
Cri. Terme de blason.
Si Flory a peu donner à sa sœur, du vivant de sa mère, les biens de Monlaur, il est certain que par mesme raison il les pou voit pareillement donner à une estrangère, du vivant de Louys, son ayeul maternel. Et qui ne croira qu'il n'eusL .^.bhorré de penser seulement que luy, que sa fille, vivans et
le voyans, on peusl malgré eux disposer du leur ? Que leur
^isiié peusl, en despit d'eux encore plains de vie, enter sur
telle plante qu'il voudroit choisir, leur nom, leur cry, leurs
armes, coherens à leur terre ; et que tous leurs puisnez
fussent à leur veue, comme branches stériles, sans feuilles
^t sans fruits 1
(Marion. Plaidoyers, XIII.)
Crier. La dépense fut si excessive que Louis le jeune était à peine aux portes de Hongrie, que par les lettres qu'il écrit à Suger, il criait déjà à l'argent.
(Patru. Traité des décimes,)
Criminaliser. L'affaire a été extrêmement grave. Elle a été portée au conseil des parties; on a voulu la criminaliser et la renvoyer au parlement.
(Voltaire. Lettre au duc de Richelieu, 9 février 1767.)
Critique. A toutes ses qualités, l'auteur du livre dont nous parlons, ajoute celle d'être critique, c'est-à-dire, de peser les mots par les règles de la grammaire.
(Bossu et. Défense de la tradition et des saints Pères, préface.)
Croqnaiit. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, dans hComédie des proverbes, de Monluc, dont la première édition, d'après Brunet, est datée de 1633.
Discours sur r entreprise de Genève, tiré au vray par un croquan savoyar, A Chambéry, 1603.
Crotu. Littré : Etym. crotte. — Hatzfeld ; Dérivé de crotte. N'est-il pas plutôt dérivé du vieux français crot, creux ? La petite-vérole laisse des creux au visage.
Cuveau. Je vous ai fait expédier lundi dernier un cuveau contenant deux fromages.
(J.-J. Rousseau, Lettre au libraire Duchesne, 28 octobre 1764.)
Dame. Si ma nièce aimait mieux être dame de château
que citadine de Paris malaisée, je trouverais bien à la
marier.
(Voltaire. ï.ettre à Thieriol, 21 déc. 1737.)
Est-il vrai que Gaussin se retire, qu'elle va en.Berry élre
dame de château?
(Voltaire. Lettre à d'Argental, 28 août 1760.)
Daiisel.
Ce danzel, beau comme le jour, Soutien de l'amoureux empire, A, dans mon champêtre séjour.
Dessiné le maigre contour D'un vieux visage à faire rire.
(Voltaire. Lettre à M. de Villette, 11 décembre 1765.)
Datisme. Littré et Halzfeld disent que Datis est un personnage d'une comédie d'Aristophane; on dirait, à les lire, qu'il y paraît sur la scène.
Datis est simplement cité par un des personnages de la comédie de la Paix : « Voici l'instant, dit Trygaeos, de répéter ce que chaulait Datis, se caressant au milieu du jour: Quel plaisir, quel délice, qiœlle jouissance ! »
Dauphin. Halzfeld : « IL Titre du fils aine des rois de France. »
Il y a eu des dauphins d'Auvergne, qui ont porté ce titre depuis le 11* siècle, et qui l'ont conservé jusqu'au 17". {Histoire généalogique de la maison royale de France^ par le père Anselme et ses continuateurs, 1726, tome premier, passim, notamment page 358.)
Après avoir tout examiné, elle (madame de Chartres) s'arrêta au prince Dauphin, fils du duc de Montpensier : il était alors à marier.
(M""^ de la Fayetle. La princesse de Clèves,)
- iOl -
DaTaiitasre. Rien ne me plairait autânl que d'avoir tous les soirs chez moi six ou sept personnes de bonne compagnie, et non pas deux fois la semaine vingt ou vingt-cinq personnes, comme cela arrive, qui ne se soucient non plus de moi, et dont je ne me soucie pas davantage que de ceux qu'on rencontre dans les églises et dans les spectacles.
(M"»- du Deffand. Lettre à Walpole, 3 mai 1779.)
C'est un exemple à ajouter à ceux que Littré a recueillis de l'emploi de davantage avec que : ■ usage, dit-il, que les grammairiens de la fin du 18' siècle ont réussi à abolir. » A vrai dire, déjà en 1689, dans ses Béflexions sur l'usage présent de la langue française, Andry de Boisregard disait: * Davantage ne veut point que après soi ». Mais je crois que Sainte-Beuve a eu tort d'écrire :
La première phrase de la préface des Lettres persanes ressemble fort à un solécisme : « Rien n'a plu davantage dans les Lettres persanes que d'y trouver.... » Davantage que est proscrit depuis Yaugelas. Montesquieu le savait sans doute en prenant la plume; mai? au lieu de dire n'a plus plu^ ou de changer de tour, il a risqué le solécisme, sachant biien que de broncher tout au début ne lirait pas à conséquence pour un coursier de sa race.
{Port'Boyal, livre III, chap. 7.)
On ne voit pas ce que vient faire ici Yaugelas, qui n'a pas parlé de davantag9 que. Après Yaugelas, et pendant deux générations encore, Pascal, Bossuet, La Bruyère, Massillon, ont employé cette expression; et si Montesquieu est le dernier des grands écrivains qui s'en soit servi, ce n'était pas encore un solécisme sous sa plume. Ce n'est pas la seule occasion où Sainte-Beuve ait pris un archaïsme pour une faute de français. Il a dit par exemple :
Je n'ai pas parlé du style chez M"" de Gharrière; les cita-
— iOi -
lions en ont pu faire juger. C'est du meilleur français, du français de Versailles que le sien, en vérilé. Elle ne paie en rien tribut au terroir.... en rien ; pourtant je lis en un endroit de Caliste : « Mon parent n'est plus si triste d'être marié, parce qu'il oublie qu'il le soit, » au lieu de quHl VesL Toujours, toujours, si imperceptible fju'il se fasse, on retrouve le signe.
{Portraits de femmes. M"' de Charrière, article publié dans la Bévue des deux mondes, du 15 mars 1839.)
Mais cet emploi du subjonctif, que Sainte-Beuve relève comme une faute, est un simple archaïsme. Balzac, par exemple, écrivait à Chapelain, le 4 janvier 1641 ; « Je suis tendre jusqu'à la faiblesse, je vous l'avoue; mais je pensais que vous le sussiez il y a longtemps. » — et il écrit à Du Plessis : « Ceux-ci {les barbares) croient que ce soit lâcheté de fuir quand une rivière se déborde... Si vous jugez que la Philosophie, que vous avez autrefois tant estimée, soit encore assez sage pour vous conseiller, elle vous dira... »
Voiture, dans VHistoire d'Alcidalis et de Zélide, rapporte qire son héros r avait toujours les yeux et le cœur attachés à la jalousie par où il croyait qu'elle {Zélide) regardât. »
Dans le Menteur de Corneille (I, 4), Dorante parle à Cliton de Clarice et de Lucrèce qui viennent de sortir : Dorante préfère celle qui s'est entretenue avec lui, et Cliton réplique: La plus belle des deux,- je crois qfle ce soit l'autre.
Dans les Mondes, au second soir : < Parce que la lune est éloignée de nous, dit Fontenelie, nous ne la voyons que comme un corps lumineux, et nous ignorons que ce soit une grosse masse semblable à la terre. »
Et au 18' siècle encore, Voltaire écrivait au marquis d'Argence de Dirac, le 12 octobre 1765:
S'il {le parlement de Toulouse) croit avoir bien jugé les
Calas, il doit publier la procédure, pour lâcher de se justifier; s'il sent qu'il se soit trompé, il doit réparer son injustice ou du moins son erreur.
I>e. Les articles de, du, des, après un de ces titres, monsieur, monseigneur, etc., sont encore à remarquer : car si on les dit sans faire précéder un de ces titres d'honneur : monsieur, etc., on supprime la particule de devant les noms qui ont plus d'une syllabe : ainsi au lieu de dire : Monsieur de Turenne, Monsieur de Yillars, on dira : Turenne, Villars : cependant on conserverait l'article de : 1* dans les noms d'une syllabe, comme De Thon ; 2*' dans les noms de deux syllabes, dont la dernière a pour voyelle un e muet : De Vardes ; 3" dans les noms qui commencent par une voyelle : d'Armagnac, d'Etampes,
(Bulfier. Grammaire française. Remarques sur des bizarreries d'usage.)
Me permettez-vous, monsieur, de vous faire une petite chicane grammaticale? La particule de, en français, ne peut se joindre à un nom propre commençant par une consonne, à moins qu'elle ne suive un titre; ainsi vous pouvez fort bien dire : le vicomte de Bonald a dit, mais non pas : De Bonald a dit ; il faut dire : Bonald a dit ; et cependant on disait : B'Alemhert a dit. Ainsi l'ordonne la grammaire.
(Joseph de Maistre. Lettre à M. de Syon, 14 novembre 1820.)
Telles étaient les règles, qui étaient bonnes ; mais l'usage les abandonne. Alexandre Dumas fils les a carrément violées, quand il a dit, dans son discours de réception à l'Académie française : « Songez, messieurs, qu'à ce moment... Casimir Delavigne n'a que vingt-cinq ans, de Vigny vingt, Hugo et Dumas dix-sept, de Musset est au collège, et plusieurs d'entre vous ne sont pas nés. »
On fait plus; les éditeurs modernes se permettent de corriger sur ce point les meilleurs écrivains. Voltaire, dans ses lettres à Cideville, du 25 février, et à Thieriot, du 15 mai 1733, leur avait dit: « Le Paresseux de Launay paraîtra aprçs Pâques. » — « Launay a donné son Paresseux, »
C'est ce qu'on lit dans l'édition de Kehl ; mais prenez l'édition de M. Moland, vous y lisez : « Le Paresseux de de Launay paraîtra après Pâques. » — « De Launay a donné son Paresseux. »
Débaiiroiilear. Kt vous, vieux débagouleur de Sarraein,
vous n'avez jamais joué Alvarès comme moi, entendez-vous.
(Voltaire. Lettre à d'Argental, 12 mars 1758.)
Débiteur. Peut avoir un régime précédé de la préposition à :
Si saint Paul a été débiteur aux fous et aux sages, je vous confesse que je ne suis pas assez riche pour payer les dettes de saint Paul.
(Balzac. Lettre à Conrart, 20 juillet 1652.)
Débrider. Encore une fois, débridez, avalez des détails.
(Voltaire. Lettre à M"' Clairon, 12 janvier 1750.)
Déchiré. Vous ai-je dit que madame de Pompadour et M. le duc de Choiseul m'honorent d'une protection très marquée? Croyez-moi, mes frères, notre petite école de philosophes n'est pas si déchirée.
(Voltaire. Lettre à Helvétius, 12 décembre 1760.) Je n'ai jamais cru la France si déchirée qu'on le diL
(Voltaire. Lettre à d'Argental, 28 déc. 1760.) Décime. Il faut remarquer que du môme mot latin decimœ, nous avons fait deux mots français ; car nous appelons dîmes, celles que le peuple paie à l'Eglise ; et décimes, celles que le clergé paie au pape ou au roi.
(Fleury. Introduction au droit ecclésiastique, II, 13.)
Déelaratenr. Liltré cite d'après le Dictionnaire de Laveaux, el cite mal, une phrase de Voltaire : « Il est bien triste pour l'humanilé que ceux qui se disent les déclaraleurs des commandements célestes, les interprètes de la divinité, en un mot les théologiens, soient quelquefois les plus dangereux de tous. »
(Voltaire. Lettre au prince royal de Prusse, 26 août 1736.)
Déclinable. Cette inversion :
Dieu dont les bontés, de nos larmes touchées, Ont aux vaincs fureurs les amies arrachées.
pour dire : ont arraché les armes, était d'ime grande commodité pour la rime, parce qu'elle rend le participe déclinable ; au lieu qu'étant mis avant son régime, il ne se décline
jamais.
(D'Olivet. Remarques sur Racine, XV. Ed. de 1767.)
Déeliiier. Littré, dans le supplément à son dictionnaire, cite la Grammaire des Grammaires, qui dit que l'Académie prononça le 3 juin 1679 : La règle est faite; on ne déclinera phis les participes présents. La Grammaire des Grammaires avait emprunté cette citation aux Opuscules sur la langue frança/se, par divers académiciens, publiés à Paris en 1754. A la page 341, l'éditeur de ce recueil, l'abbé d'Olivet, cite un Extrait des registres de l'Académie, du 3 juin 1679, qui se termine en ces termes : Ainsi la règle est faite^ qu'on ne déclinera point les participes actifs.
Décoiifès de peur que je ne sois excommunié et
que je meure déconfès.
(Voltaire. Lettre au président de RufTey, ^6 mai 1762.)
DéeouTerte. Lorient est une petite ville de Bretagne... On y distingue de beaux magasins, une tour qui sert de découverte.
(Bernardin de Saint-Pierre. Voj/age à V Ile-de-France^ lettre H.)
Déerépilude. Halzfeld: Elât de celui qui esl décrépit.
Déeréplt. Halzfeld : Arrivé au dernier degré de la décadence physique, produite par la vieillesse.
Ces définitions ne s'accordent pas avec l'emploi que fait madame du DefTand du premier de ces mots, dans une lettre à Walpole, du 4 décembre 1771 : « Mes insomnies ne me tueront point; mais elles accéléreront la décrépitude. *
On accélère une marche, un mouvement ; on n'accélère pas l'état de celui qui est arrivé au dernier degré de la décadence, elc.
Décréloire. l/exercice de la religion, la juridiction, ainsi que les droits et biens ecclésiastiques, sont et doivent être réglés d'après l'état et la possession de l'année 1624, qui pour cela est appelée décrétoire, ou normale.
(Scholl. Histoire abrégée des traités de paix, 1817. I, 197.)
Décrire. Avait le sens de recopier.
... Pardonnez-moi les ratures que je fais à chaque bout de «hamp dans mes lettres, qui m'embarrasseraient fort s'il fallait que je les décrivisse..,
(BoJleau. Lettre à Brossette, 10 novembre 1699.)
Andry de Boisregard {Réflexions sur Vusaye présent de la langue française^ 1689) signale et condamne cet emploi de décrire dans le sens de transcrire.
Définition. On a écrit à Lausanne pour faire prier l'auleur des Lettres toulousaines de suspendre le débit de son livre jusipi'à la définition du procès des Calas.
(Voltaire. Lettre à Jacob Vernes, 14 mars 1763.)
Déiste. Halzfeld et Littré (supplément) citent d'après Sayous, Etudes littéraires sur les réformateurs du XVr siècle^ tome II, page 203, un passage de VExposition de la doctrine
de la foy chresUenne, par Pierre Viret, Genève 1564 ; passage^ qui se trouve dans l'épîlre liminaire du second volume^ adressée aux fidèles qui font profession de la vraye doctrine chresiienne en Véglise de Mompelier, folio Y, verso : « Il y en a... qui s'apelent Déistes, d'un mol tout nouveau, lequel ils veulent opposer à Atheiste. »
Mais ouvrez le livre de^ Sayous à la page 203 du second tome, vous n'y verrez pas ce passage, qui est à la page 187 du premier tome. L'erreur de Littré a été reproduite par Halzfeld.
Déjouer. Déjouer est un de ces mots parasites que la
Révolution a mis à la mode, et l'un de ceux qui sont le plus^
souvent répétés.... Combien de fois a-t-on déjoué Pitt, qui
pourtant joue encore son jeu, quoique ce jeu coûte un peu
cher I
(La Harpe, Mémorial, 21 mai 1797.)
DéliTre. J'oubliais de vous mander l'accouchement de h reine ; ce fut hier samedi 19... il y eut quelque intervalle entre l'accouchement et le délivre.
(M-"- du Deffand. Lettre à Walpole, 20 décembre 1778.)
Démembré. J'avoue que la Bavière, sans le haut Palalinal, est un corps démembré.
(Fénelon. Lettre à l'Electeur de Cologne, 8 mars 1713.)
Démonstration. On se sert quelquefois en français du mot de démonstration pour signifier fausses apparences.
(Voltaire. Lettre à Damilaville, 19 mai 1764.)
Départ. Dans Voltaire, bibliographie de ses œuvres, II, 125, M. Bengesco dit :
« Dans ces diverses éditions, le titre de départ porte : Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Galas. >
Ni Lillré, ni HaUfeld n'expliquent ce que c'est que le tiire de départ.
Bépenaillement. Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 1798.
Que madame de Champbonin vienne dans le dépeiiaillenient de Cirey, et que Voltaire ait le bonheur de vous y voir !
(Voltaire. Lettre à madame de Champbonin, datée de €irey, et classée par Moland sous le n** 445, parmi les lettres des dernières semaines de 1734.)
BépraTer. Etait-ce là expliquer ou dépraver nos prin-
^jpes ?
(Bossuet. Relation sur le quiétisme^ VI, 22.)
Dérogeant. Si Fléchier avait été gentilhomme, il n'aurait pas pris l'emploi dérogeant de secrétaire de M. Talon, âu\ grands jours d'Auvergne.
(D'Alembert. Eloge de Fléchier, dernière note.)
Désainier. Je crains enfin, si nous demeurons ainsi sans dire mot, ma très chère fille, que votre cœur n'apprenne petit à petit à me désaimer.
(S. François de Sales. Lettre à une dame, 2 août 1621.)
On y sent partout une maturité puissante, une douce et riche saveur d'automne ; il n'y a plus là les âcretés de la jeune passion. Il faut, pour être venu à ce point, avoir aimé bien des fois, désaimé, puis aimé encore.
(Michelet. Histoire de Fratwe, Livre X, chapitre premier, sur VImitatio7i de Jésus-Christ,)
Désaiwer esl chez S. François de Sales un italianisme; 6t chez Michelet, un néologisme formé sur le modèle de désarmer, désenclaver.
Désappointement. Un tel désappointement m'est fort
égal, à moi qui suis tout à fait indifférent à ce que disent et pensent les personnes que je n'aime pas.
(M-" de Staël. Delphine. III, 32.) Nodier (Critique des dictionnaires, page 135) avait remarqué avec justesse que ce mot, dans son sens actuel, est d'origine anglaise.
Désappropriation. Hatzfeld : £x. le plus ancien, de Fénelon.
Dans les Entretiens spirituels de S, François de Sales, publiés en 1629, le huitième Entretien est intitulé; De la désappropriation et despouillement de toutes choses.
Descente. Le duc Emmanuel-Philibert était de la juste descente des ducs de Savoie et des rois de Portugal.
(Mathieu. Histoire de Henri IV. Livre II, 5* narration, § 4.)
Pour se dire d'une race, c'est peu d'en porter le nom et les armes, si avec ces marques (trompeuses assez souvent) on ne montre sa descente.
En ce long espace de six cents ans et davantage, vous ne
trouvez pas un seul homme pour lier votre descente ; pas
un seul homme que vous puissiez avouer, ou prendre pour
votre père.
(Patru. Plaidoyer pour le prince de Conti,)
Désengagé. Mon Dieu I que bienheureux sont ceux qui, désengagés des cours et des compliments qui y régnent, vivent paisiblement dans la sainte soUtude au pied du crucifix I
(S. François de Sales. Lettre à une dame, 19 déc. 1622.)
Désespérer (se). Autrefois synonyme de se suicider^ L'anathème que l'Eglise fulmine contre les désespérés ne va qu'à les exclure de la communion des fidèles, privant de l'honneur de la terre sainte leurs corps qu'ils ont indigne-
ment souillés par une mort infâme et abominable. La justice séculière passe plus avant, et elle punit encore leur impiété par la confiscation de leurs biens.
Mais si cette punition doit être générale, et si elle doit avoir lieu aussi bien contre ceux qui se donnent la mort, ennuyés de la vie, que contre ceux qui se portent à cette action par la crainte du supplice qui les attend, c'est chose qui a reçu grande difficulté en nos jugements. Cette question fut amplement agitée au mois de décembre 1634.
Il s'agissait de la succession de Jeanne Agelle qui, poussée de quelque déplaisir, s'était désespérée.
(Simon d'Olive. Questions notables du droit, I, 40. Des morts volùniaires et de la peine qui leur est imposée.)
BésioToltare. Les femmes de ce pays... ont naturellement une certaine disinvoltura qui n'est pas dépourvue de grâces.
(Rousseau. Nouvelle Héloïse^ II, 21. — En note : Le sens propre de ce mot (disinvoltura) est Vair libre et dégagé, V aisance dans les manières,)
Désobligeamment. Voltaire me conseillait l'autre jour, assez désobligeamment, de mettre plus de temps à mes ouvrages.
(Piron. Lettre du 31 décembre 1730, citée par Desnoiresterres, Voltaire, I, 419.)
Dessous. Dessus.
Vous dormez dessous les courtines Et des Grâces et des neuf Sœurs.
(Voltaire. Epitre à DesmaMs. 1750.)
Des fluxions horribles m'ôtent la vue, dès que la neige est dessus nos montagnes.
(Voltaire. Lettre à madame du Defl'and, mars 1765.)
Dessus nos montagnes : c'est ce qu'on lit dans l'édition de Kehl; dans l'édition de Moland, il y a: sur nos montagnes. Je ne sais pas quel est celui des éditeurs de Voltaire qui a jugé à propos de faire cette correction.
I>e88u. Ha ! Florice, que c'est une traîtresse passion que
la jalousie, et qu'elle se glisse aisément en nous, au desceu
de notre raison !
(Voiture. Lettres amoureuses, I.)
Restituable* Il y a apparence qu'il avait été pourvu à tilre onéreux; et que, partant, il n'était pas destituable (ju'en cas de forfaiture.
(Patru. Factum par G. Tallemant, sieur des Beaux.)
I>étourbier. Nous aperçûmes venir droit à nous quatre grands taureaux, qui parurent enchantés à ceux avec qui je cheminais; mais pour moi, je crois assurément qu'ils ne l'étaient pas, parce qu'ils nous laissèrent passer sans détourbier, et qu'ils ne jetaient point de feu par les naseaux.
(Voiture. Lettre LXX. A M"" de Rambouillet.) Détranclier*
Vous croirez voir partout des Huons, des Rolands, Chevaliers toujours prôts à pousser l'estocade. Hacher des Fierabras, détrancher des géants.
(Du Cerceau. Epître à M. de R''\)
Deax* Je ne suis paresseux que parce que vous l'êtes toute la première. J'entends lorsqu'il s'agit d'écrire ; car en d'autres choses vous ne l'êtes pas. Dieu merci : vous faites assez d'ouvrage, vous deux M. Vitart.
(Racine. Lettre à mademoiselle — c'est le 710m qu'on donnait alors aux femmes mariées — Vitart, 15 mai 1662.)
Savez-vous qu'à nous deux Charles, cette collection (de tableaux) commence à avoir un nom?
(Mme de Souza. Lettre à la comtesse d'Albany, 23 juillet 1813.)
]>eTlner. Dieu, pour le désaltérer [Noé] créa la vigne et lui révéla l'art d'en faire du vin. Par l'aide de cette liqueur (in vhio ver/tas) il découvrit mainte et mainte vérité; et depuis son temps, le verbe deviner a été en usage, signifiant originairement découvrir au moyen du vin,
(Lettre de Franklin à l'abbé Morellet, citée par celui-ci dans ses Mémoires, chap. XV.)
I>lallèle. Hatzfeld : Néologisme.
Que pensez-vous de ce diallèle ?
(Rousseau. Professioti de foi du vicaire savoyard.)
Dièrt^. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1611.
„.. pour prier Mons' de Savoye qu'il envoyast quelcun à une dîete qqi se debvoit tenir aux Suisses pour luy.
(Claude de Seyssel. Lettre au roi Louis XII, 4 juillet 1512. Mémoires de la Société genevoise dliistoire, XXI Y, 631.)
Dilater trois arrêts de l'Aréopage, qui le dilatent
homme de bien.
(Balzac. Lettre à M. de Brassac. Livre YI, 18).
I>lleinine* On trouve quelquefois le mot écrit : dilemne^ et je me demande pourquoi.
Dilettante. Hatzfeld : Néologisme.
Je m\^ un dilettante en tout genre.
(Frédéric II. Lettre à Yoltaire, 1" mai 1760.)
Discret. Madame la Supérieure n'a rien fait qu'avec conseil. Les Constitutions de saint Louis lui donnent toute la [luissance des corrections ; mais en ces rencontres elle [>rend toujours l'avis des Discrètes et des Mères anciennes. (Patru. Plaidoyer pour madame de Gîietiegaud.)
Dissertation. Vous me demandez la dernière production que vous avez vue : à votre exemple, je l'appelle ici ma Dissertation, parce que nous vivons ici en pays de liberté. Mais je n'aurais garde d'être si téméraire à la cour, où il n'y a plus de grâce pour les mauvais mots, ni de sûreté pour les innovateurs de la langue.
(Bfîlzac. Lettre à M. Bardin. Livre YI, 45.)
I>it.
Car dans sa tête sont écrits
Et tous les faits, et tous les dits
Des gcrands hommes, des beaux esprits.
(Voltaire. Epttre à M. de Vendôme.)
I>iTersenient. On parle diversement de quelqu'un: euphémisme pour insinuer que la bonne réputation de quel- (ju^im est 1res disculée. Ex. :
Quand je vous dis qu'on en parlait très diversement et que je vous demandais quel homme c'était. ..
(Beaumarchais. Addition au suppléinetd du mémoire à consulter, soit 3* mémoire.)
Doctorat. Tout l'épiscopat et tout le doctorat est contre lui {contre Fé?ielon,)
(Bossuet. Lettre à son neveu, 19 janvier 1699.)
Doctrine. Dans une phrase de La Bruyère : « Où le riche parle, et parle de doctrine, c'est aux docles à se taire », Halzfeld interprète les mots de doctrine : « Où le riche parle, et parle de science certaine..., »
N'est-ce pas plutôt : « ... et parle de qiiestions de science ou ^r érudition.., * ?
Sparte ! opprobre éternel d'une vaine doctrine !
(J.-J. Rousseau. Discours sur les sciences.)
Dogniatlquenient. C'est l'Eglise qui doit dans le doute
décider dogmatiquemenl si les termes dont le directeur s'est servi expriment la doctrine hérétique, ou non.
(Fénelon. Lettre au père Le Tellier.)
I>olinau. Hatzfeld : Néologisme.
J.-J. Rousseau a employé ce mol dans une lettre au libraire Duchesne, 15 ocf 1763, en lui décrivant un costume arménien : « Le dolman, ou robe de dessous, est toujours uni ; le cafetan, ou robe de dessus, est uni de même en été ; mais, pour riiiver, j'en ai un doublé, et bordé de renard de Sibérie. »
Ce passage peut servir aussi à rectifier la définition que Hatzfeld a donnée de cafetan : « pelisse d'honneur que les sultans offrent aux principaux officiers, aux ambassadeurs étrangers, aux personnages de distinction, etc. »
I>oineslique. Au 8' paragraphe, Littré parle d'une signification de ce mot, aujourd'hui inusitée : « AnciennemenI il se disait des individus attachés à une grande maison, même quand ils étaient gentilshommes, et que l'emploi était important. » Comme la nuance de cet ancien sens est à la fois^ importante et délirate à établir, il fallait une sévérité particulière dans le choix des exemples. Littré me paraît avoir mal choisi le premier :
Faites-en faire essai par quelque domestique.
Commençons par rétablir le vrai texte de ce vers ; Faites faire uq essai par quelque domestique.
(Bodogioie, acte Y, se. 4.)
Gomme il s'agit d'une expérience à faire in anima vil/, d'une coupe de poison, domestique a ici le sens 6.' homme de service, et même ^'esclave. — Je n'aime pas non plus le dernier exemple, où il est question du roi Charles XII « qui bravait dix mille Turcs avec ses seuls domestiques ». Le roi
de Suède se défendait avec loiile sa suite, avec ses valets de €liamJ3re et ses laf|uais aussi bien qu'avec ses gentilhommes. Ces deux exemples seraient avantageusement remplacés par les passages suivants : On lui rend aussi ce témoignage (mi chaiicelœr Ségiùer) qu'il est impossible d'en user plus civilement qu'il fait avec tous les Académiciens ; et qu'il préside avec la même familiarité que pourrait faire un d'entre eux; jusqu'à prendre plaisir qu'on l'arrête et qu'on l'interrompe, et à ne vouloir point être traité de Monseigneur, par ceux-Kà même de ces Messieurs, qui sont ses domestiques.
(Pellisson. Histoire de V Académie française^ II.)
Je sais bien que les évêques et les abbés peuvent avoir des personnes de condition pour domestiques.
(Palru. Flaidoyer pour Varchiprêtre de Gignac,)
Daignez considérer, madame, que je suis domestique du Roi, et par conséquent le vôtre; mes camarades, les gentilshommes du Roi....
(Voltaire. Lettre à la Reine de France, 10 octobre 1748.)
l>ouner. Le courrier, qui porta en si grande diligence
<:ette nouvelle au vicaire, pouvait bien faire deux ou trois
lieues davantage, et donner jusqu'à Peyrasse et à Cassans.
(Patru. Flaidoyer pour Varcliiprêtre de Gignac.)
I>ragou. Académie : Animal fabuleux, qu'on représente avec des griffes, des ailes, et une queue de serpent, — Littré : Terme de blason. Replile qu'on représente avec deux pieds «t une longue queue, sans ailes. Dragon monstrueux, se dit d'un dragon ailé. — Hatzfeld: Spécialement (Blason). Reptile figuré dans l'écu avec deux pieds et une queue. Dragon monstrueux, figuré avec des ailes.
ïe crois que l'Académie, en donnant des ailes au dragon, a raison contre Littré et Hatzfeld, qui ont tort aussi en ce
qui concerne les drar/ons monstrueux, lesquels sont ceux qui ont des faces humaines.
M. de Foras (Xe Blason, dictionnaire et remarques, 1883). définit le dragon : animal fabuleux, ailé, à deux pattes et à queue en pointe.
Palliot, dans son édition de Vlmlœe armoriai de Geliot (1661) donne les armoiries de trois familles (Vervins, Bourghese, Le Oranger de la Picquemenie) dans chacune desquelles les dragons sont ailés; il donne aussi les armoiriesdes d'Ancezune, barons de Caderousse près d'Avignon, qui portent de gueules à deux dragons monstrueux ou sphinx,^ ayant faces humaines, affrontées, d'or.
I>raiiiat.urgie. Halzfeld : Néologisme.
La traduction française de la Dramaturgie de Lessing a paru en 1785, à Paris, et c'est alors que ce mot est entré dans l'usage courant. Jean-Baptiste Rousseau l'avait employé dans une épigramme :
Par le démon de la Dramaturgie Ce fanatique au théâtre agrégé....
Droit. J'ai tâché d'exposer... l'établissement des sociétéspolitiques,... indépendamment des dogmes sacrés qui donnent à l'autorité souveraine la sanction du droit divin.
(J.-J. Rousseau. Discours sur V inégalité^ in fine.)
Duchesse. Espèce de siège.
Ils (7^5 notaires qui écrivaient le testament que dictait madarne du Deffand) furent embarrassés à désigner le siège que j'occupais : ce n'était point, disaient-ils, une chaise, ni un fauteuil, ni un canapé, ni une bergère, ni une duchesse.
(M"* du Deiîand. Lettre à Walpole, 17 février 1771.)
Dyscole. Au fond, mes frères, je ne suis pas surpris que ces pasteurs dyscoles fuient nos assemblées.
(Massillon. Discours si/nodaux, XX.)
Ecart. « Les armes, principales de la maison, dit Littré, se mettent au 1"' et au 4* écart, c'est-à-dire a ceux de la parlie supérieure de Técu. »
Non. Les écarts sont numérotés comme on le voit dans le tableau ci-contre; la partie supérieure de reçu est occupée parle premier écart et le second.
CcliaagueUe* Je ne veux vous voir de ma vie dans celte maudite échauguette que vous habitez: on y monte avec une peine extrême, on en descend avec un péril infini.
(Chaulieu. Lettre à mademoiselle de Launay, éd. Lescure, II, 181.)
Econome. Je sais le respect que nous devons à tout ce qui vient de la main des papes; je sais qu'ils sont les économes souverains de Théritage du Seigneur.
(Patru. Flaldoyer pour le prince de CoiiU.)
Economie* Parler par économie : c'est une expression consacrée, aux Pères de l'Eglise ; elle signifie parler selon les temps et selon les lieux,
(Voltaire. Dictionnnire philosophiqtce.)
Economique. Honorius... calcula mal si l'on veut; il
ne vit pas les suites funestes des moyens économiques qu'il
crut pouvoir employer.
(J. de Maistre. Bu Fape, I, 15.)
Usidieciif économique a ici le sens de politique, et s'applique à ce qu'on fait en cherchant à esquiver les difficultés.
Economiste* Hatzfeld : Ëx. le plus ancien, de 1773.
Je fondai chez moi un dîner et une assemblée tous les mardis. C'est de ces assemblées que nous est venu le nom d'économistes.
(Lettre du marquis de Mirabeau à J.-J. Rousseau, du 20 décembre 1767.)
£dnqaer. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1771. Une princesse, dans un roman, est bien éduquée : cela veut dire qu'elle a reçu une éducation digne d'elle, qu'elle est bien élevée.
(Voltaire. Lettres sur la Nouvelle Héloïse, 1761.) La langue s'embellit tous les jours : on commence à éduquer les enfants, au lieu de les élever.
(Voltaire. Lettre à Linguet, 15 mars 1769.)
£ffarouclieinent. Ce mot est dans Littré avec une citation de Saint-Simon. Hatzfeld l'a laissé de côté, le considérant sans doute comme inusité; mais Fénelon aussi l'a employé : Il (Vévêque de Chartres) en est la dupe, et son effarouchement sur mon livre, qu'on a soin d'entretenir, l'empêche de voir ce qui se passe sur tout le reste.
(Lettre à l'abbé de Chanterac, 25 septembre 1697.)
£fféininément. Ronsard n'estoit point mortel, il n'estoit point sujet à la mort; c'est offenser le rang et le mérite de sa condition, que de le plaindre et regretter en ceste qualité : c'est faire tort à la force et à la grandeur de son courage, que de le pleurer et lamenter ainsi efféminément. (Du Perron. Oraison funèbre de Bonsard.)
£mail. Hatzfeld dit très bien qu'en blason il y a sept émaux ; à savoir deux métaux : or, argent; et cinq couleurs : gueules, azur, sable, sinople, pourpre. Mais voyez les définitions de amr, giieides et or : elles ne sont pas en harmonie avec cela.
Azur : un des neuf métaux des armoiries, de couleur bleue. — Ici V erreur vient de Littré.
Gueules : une des six couleurs de l'écu, la rouge.
Or : couleur représentant le premier des émaux.
£iniiiaseler des gueux ivres, qu'il faut emmuseler
comme des ours.
(Voltaire. Lettre à Timpératrice Catherine, 3 décembre 1771.)
Empierrer. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de 1776.
Ce sépulcre est couvert d'une pierre : marque convenable aux tombeaux, pour signifier aux passants combien dure et stable est cette demeure, et combien insensible et empierrée est la condition de ceux qu'elle tient en dépôt.
(Simon d'Olive. Actions forenses, IIÏ, 9; procès plaidé en 1620.)
iEmulsion. Je lui donnai (à un enfant malade) une décoction de rue, de petite centaurée, de menthe, de chicorée sauvage ; et pour adoucir la vivacité que cette tisane pourrait porter dans ce sang irrité par la lièvre, je lui fais prendre de demi-heure en demi-heure, entre ces potions, une émulsion légère.
(Voltaire. Lettre au docteur Tronchin. Œuvres, éd. Moland, XLI, 150.)
Encyclopédiste. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1771. ... les encyclopédistes, c'est-à-dire ceux qui ont traité de toutes les sciences en abrégé.
1683. (Lamy. Entretiens sur les sciences, VI.)
Enfoneeur. M. le duc de Choiseul m'a écrit, mon cher frère, qu'il avait parlé pour la pension de M. d'Alembert ; qu'il n'y avait nul mérite, et qu'il n'avait été qu'un enfonceur de portes ouvertes.
(Voltaire. Lettre à Damilaville, 3 janvier 1766.)
Enfonceur de portes ouvertes signifie ici : celui qui fait effort pour surmonter des obstacles qui n'existent pas; — et non pas : celui qui se vante d'avoir surmonté des obstacles
qui n'existaient pas (c'est la définition de Halzfeld, qui d'ailleurs est sans doute le plus souvent la bonne).
KDjoliTure. C'est de toi que j'ai appris à ne point rechercher ces petites enjolivures donl tout le monde fait tant de cas, et où mon esprit se îportait assurément, et encore avec quelque avantage et quelque apparence d'y réussir.
(D'Ablancourt. Seconde lettre à Patru,)
Cuouciatloii. Ne sait-on pas qu'une simple énonciation, dans les choses anciennes, est un titre ?
(Patru. Flaidoyer pour la Fojitame'Desprez,)
Ensaboté* Halzfeld : Néologisme.
On a oublié de consulter le Lexique de la lanr/ue de Racine (Œuvres de Racine, éd. Hachette, Yin, 188.)
£Hseigner. Ni mon cœur, ni ma bouche ne firent de
paix avec un homme qui m'avait trompé, et qui payait par
une ingrate jalousie les soins que j'avais pris de l'enseigner.
(Voltaire. Lettre à Forment, 28 février 1754.)
Ontbousiasme. Hatzfeld. Ex. le plus ancien, de 1573 : Ne sentant plus la première ardeur de cet enthousiasme, qui me faisait librement courir par la carrière....
1551 (Du Bellay. Epitre à J. de Morel.)
£ntortillage. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1790.
Vous serez charmante, tant que vous vous laisserez aller à votre naturel, et que vous serez sans prétention et sans entortillage.
(M"' du Deffand. Lettre à mademoiselle de Lespinasse, 13 février 1754.)
Kntre-considérer (»')• Cette curiosité mutuelle avec laquelle les planètes s'entre-considèrent.
(Fontenelle. Les mondes. IV.)
£nl;r<^expliquer (s'). L'ordre fait qu'on trouve toutes
les propositions de chaque genre rassemblées pour s'entre- (expliquer.
(Fénelon. Lettre au père Daubenton, 12 oct. 1713.)
£ntre»ol. Hatzfeld : £x. le plus ancien, de 1690.
Entresuelo : c'est une petite chambre faite en souspente, entresolle.
Sopalco : Ce mot est plutôt italien qu'espagnol, et signifie une souspendue ou entresolle.
(Tesoro de las très lenguas frcuwesa, Haliana y espamla, Genève, 160U.) H y a au moins une édition antérieure, que je n'ai pas vue. — Dans les trois articles cités, je n'ai donné que l'espagnol et le français. Le mot entresol vient peutêtre de l'espagnol entresuelo.
£paiile. Frapper quelqu'un sur l'épaule, à l'épaule, c'est lui donner un coup. — Lui frapper l'épaule, au contraire, c'est un geste amical et familier.
Je dinais un jour chez madame de Staël, avec Joseph Bonaparte, et quelques membres de cette opposition éphémère... «^'ous êtes mécontent, me dit Joseph, en causant à part; mais permettez-moi de vous dire que vous n'êtes pas non plus avec ces messieurs; ils voudraient une rotation de Directeurs, qui dissent, en leur frappant l'épaule : Aujourd'hui, c'est moi; demain, ce sera toi; au lieu que, si nous avions un régime conforme à vos principes, vous verriej^ avec plaisir que mon frère en restât le chef. »
(La Fayette. Mes rapports aoec le Fremier Consul.)
£piloK^iieur. Employé adjectivement : Vous me trouverez bien épilogueuse; mais je vous jure que je ne le suis sur rien, excepté sur ce qui altère la sincérité: sur cet article,^ je le suis sans miséricorde.
(M""' du Defifand. Lettre à mademoiselle de Lespinasse, 13 février 1754.)
£piqiie. Elles seraient bien fâchées d'avoir dil : un poème héroïque; elles disent toujours: un poème épique. (Balzac. Lettre à Chapelain, 30 septembre 1638.)
£pitoiner. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1690.
Et Julian TAntecesseur^en épilomant le texte de la Novelle <ie Justînian, dit....
1638. (Œuvres du sieur d'Olive du Mesnil. QuesUans notables du Droit, m, 12.)
£poque* Puisse la paix servir d'époque à la naissance ilu prince que j'attends!
(Voltaire. Lettre à l'électeur palatin, 9 juin 1761.)
Kpoafier* Littré indique un ancien sens de ce verbe: marier, rendre époux.
Notre très honorée mère, Péronne-Marie de Chastel, demoiselle savoisienne, était en Allemagne, où elle donna à la sainte Vierge, dans la célèbre chapelle de Notre-Dame- <ies-Ermites, une bague qui lui était fort chère, afin qu'elle 4'épousàt avec son divin Fils.
(De Chaugy. Mémoires sur la vie et les œuvres de sairUe Jeanne-Françoise Frémyot de Chanta?. I, 26.)
£rater. Vous m'avez vu extrêmement touché de Mad.... Je suis parfaitement content, et de sa beauté, et de son esprit, et de son cœur; il n'y a que sa rate qui me fait enrager. Lui appartient-il, à cette rate, de venir gâter l'effet de lant de belles parties? Qui pourrait érater Mad..., ce serait ime personne parfaite.
(Fontenelle. Lettres du chevalier d'Her\ LXIV.)
Srronémeiit. Dans toute la 9* question de la cause 35%
il n'est parlé que de sentences où, sur des faits erronés,
l'Eglise et les souverains Pontifes ont erronément prononcé.
(Palm. Plaidoyer pour le prince de Conti)
Es. Celte particule se retrouve dans quelques noms de lieu en Bretagne : la Ville-ès-chiens , la Yille-ès-coqs, la Yille-ès-fleurs, la Yille-ès-prêtres, la Yille-ès-saints. £scale. Hatzfeld : Emprunté de l'ital. scala. Oui sans doute, quand le mot se présente comme dans Rabelais, sous la forme de scale. Mais escale a pu venir aussi du provençal escalo ; et il semble naturel que le français tienne ce mot des marins de Marseille, plutôt que des Italiens.
£scalqae, escarque. Mot emprunté de l'ital. scalco,. maître d'hôtel.
Prère Jean, associé des maislres d'hostels, es;:arques, panetiers,... apporta quatre pastés de jambons.
(Rabelais. lY, 64.) Puis, quand l'escalque a la nappe levée,...
(Olivier de Magny. Epître à M. crAvanson.}
Esplanade. Littré : « Terme de fauconnerie. Route de l'oiseau qui plane. » Hatzfeld: « Fauconnerie. Espace où le faucon plane dans les airs. »
Ni l'un ni l'autre ne citent d'exemple de ce sens spécial. S. François de Sales a dit : Les pigeons se pavannent quelquefois en l'air, et font des esplanades çà et là.
(Amoîir de Dieu. lY, 3.)
Dans cet exemple, esplanade peut se définir : action de planer.
£squipot. C'est le nom qu'on donne à une espèce de petit coffre, dont le maître a la clé, et où les garçons barbiers mettent par une petite ouveiture, l'argent qu'ils reçoivent pour les barbes.
(Journal helvétique, janvier 1760, page 101.)
Estropier. Les truchements de profession ne savent
presque pas la langue des étrangers auxquels ils servent d'interprètes: c'est pilié de voir comme ils altèrent, et comme €omme ils estropient, si j'ose parler ainsi, les choses qu'ils veulent faire entendre.
(Bouhours. E)dretienH d'Ariste et d'Eugène^ II.)
Etalear. Il y a quelques mois que je trouvai, chez un homme qui élale des livres à Versailles, une nouvelle édition de la Henrkide, 1748.... On peut à l'amiable, savoir de <:et étaleur où se vend cette édition...
L'étaleur en question est un relieur nommé Fournier. (Voltaire, cité par Bengesco, Bébliographte de Voltaire, lY, 30.)
Etêter. Il serait bien triste pour nous deux que vous eussiez pu imaginer un moment qu'on eût eu la bêtise d'étêter des arbres en les ébranchant, et que moi j'eusse eu l'autre bêlise de vendre mes ébranchages....
(Voltaire. Lettre à M. de Brosses, 21 février 1770.)
£tre. Littré : « 8" Terme de généalogie. Etre du Irois au quatre, du ciiKj au quatre avec quelqu'un; être dans un degré de parenté tel que les deux personnes dont il s'agit, appartenant à deux branches différentes, aient un bisaïeul, un trisaïeul commun. Ainsi la parenté du grand Condé avec M. de Yardes était du cinq au quatre : c'est-à-dire qu'ils avaient un trisaïeul commun, La Trémouille.
« Ce qui fait qu'on exprime ainsi celte parenté, c'est que le point de départ n'est compté qu'une fois : La Trémouille, nne fille, une fille, une fille, Condé, cinq; de l'autre côté, une fille, un garçon, une fille, Yardes, quatre »
J'ai voulu vérifier les dires de Littré; j'ai compulsé le bel ouvrage du père Anselme et de ses continuateurs : Histoire (fénéalogique de la maison royale de France^ etc. Paris, \ 72()- 1733, tome I, pages 336 à 338; II, 87 et 88; IV, 169 et 170 ; YII, 851 et 85i; et j'ai dressé le tableau ci-contre:
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On voit que ce tableau ne concorde pas avec ce que dit Littré. Au lieu de trois filles entre La Trémoilie et Gondé, nous avons : un garçon, une fille, un garçon, Condé.
Et si Ton essaie de remonter de Condé à sa mère, de celle-ci à sa mère, etc., selon la formule de Littré, on arrive, en compulsant à nouveau le père Anselme (1, 336 à 338; lïl, 605 ; YIII, 919 et 920) au tableau qui suit :
CLAUDE DE CLERMONT, baron de Monioison
Catherine de Glermont-Montoison
femme, 18 décembre 1571, de Jacques de Budos,
vicomte de Portes
Louise de Budos seconde femme de Henri I" de Montmorency
CharloUe-Calherine de Montmorency
femme, en 1609, de Henri II de Bourbon,
prince de Condé
le g^rand Condé.
Comme on le voit, en remontant la filiation selon la formule de Littré, on n'arrive pas à La Trémoilie.
Ce n'est pas tout. Au lieu de dire comme Littré : « Ce qui fait qu'on exprime ainsi cette parenté, c'est que le point de départ n'est compté qu'une fois... » je préférerais dire : « .... c'est que la souche commune n'est comptée qu'une fois : Condé, un garçon, une fille, un garçon, La Trémoilie : cinq ; — une fille, un garçon, une fille, A ardes : quatre. » *
Euty chien. Il va jusqu'à reprocher au Pape qu'il a avancé dans sa véritable chaire, en prononçant un de ses sermons, une proposition formellement euty chienne.
(Fénelon. Lettre au père Lami, 4 mai 1706.)
ETangéliser. Halzfeld : Malheur à moi, si je n'évangélise ! (Fénelon. Epiphanie, I.)
C'est un mot de saint Paul (I Corinthiens, IX, 16) que saint François de Sales (Lettre à Mgr Fremyot, 5 octobre 1604) a cité comme Fénelon.
£Taogile. Au paragraphe 7, qui traite de l'expression : Evangile éternel, Littré n'en indique pas l'origine, qui se trouve dans un passage de l'Apocalypse, au chap. XIV, versel 6 : Je vis un autre ange qui volait par le milieu du ciel, portant l'Evangile éternel, pour l'annoncer à ceux qui habitent sur la terre, à toute nation, à toute tribu, à toute langue et à tout peuple.
Exactitude. Littré, dans une remarque à ce mot, cite Yaugelas entre guillemets : « C'est un mot que j'ai vu naître comme un monstre, et auquel on s'est accoutumé; on lui a en vain opposé exadeté, » Qu'on compare ces deux lignes au texte de Yaugelas: « Pour exactitude, c'est un mot que j'ai vu naître comme un monstre.... mais enfin on s'y est apprivoisé.... Quelques-uns ont écrit depuis peu exacteté mais je
ne crois pas qu'il puisse jamais prendre la place de l'aulre. »
La citation est faite trop librement; Littré n'eût pas dû employer les guillemets. Heureusement il met en général^ dans ses citations, une tout autre exactitude.
Exalté. Je crois que Fénelon n'était point hypocrite; qu'il a été de bonne foi martyr de ses systèmes ; c'était ce qu'on appelle aujourd'hui un esprit exalté. Ce mot est devenu à la mode pour exprimer l'enthousiasme.
(M-" du Deffand. Lettre à Walpole, 20 avril 1777.)
Excellence. Louis de Gonzague, (ils de Frédéric II, duc de Mantoue, se présenta en 1593 à la cour de Rome comme ambassadeur du roi Henri lY; on lui donna le titre
d'Excellence, « qu'on donnait, — dit l'Art de vérifier les dates, tome XI, page 248, — indifféremment avec celui d'Altesse, aux princes des maisons souveraines. Les partisans de l'Espagne en prirent occasion de qualifier de même l'ambassadeur de cette couronne; et de là, le titre d'Excellence a passé à tous les ambassadeurs des têtes couronnées, celui d'Altesse étant réservé aux princes des maisons souveraines. »
Excentricité. Il n'y a pas de nation où Ton trouve autant d'exemples (qu'en Angleterre) de ce qu'on appelle Vexcentricété^ c'est-à-dire une manière d'être tout-à-fait originale, et qui ne compte pour rien l'opinion d'autrui.
(M"** de Staël. Considérations sur la BévoluMon française. Sixième partie, chapitre YI.)
Exdamatif. Ilatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1784.
Le point interrogant et le point exclaraatif se placent dans les occasions où le tour de phrase le demande, c'est-àdire à la fin de l'interrogation et de l'exclamation.
1747. (L'abbé Girard. Les vrais principes de la langue française^ XAl.)
Exécuteur. Liltré et Halzfeld, qui disent que ce mot a été employé adjectivement, ne citent point d'exemple pour le masculin exécuteur^ et ne citent pour exécutrice que des exemples de Montesquieu.
C'est par une inexactitude de la langue en ces matières, que M. de Montesquieu, qui la savait si bien, n'a point laissé de dire toujours la Puissance exécutrice^ blessant ainsi l'analogie, et faisant adjectif le mot exécuteur^ qui est substantif. C'est la même faute que s'il eût dit : le Pouvoir législateur. (Rousseau. Lettres écrites de la montagne^ YII.)
Exertion. Lorsque le voyageur fixe ses regards sur le fleuve qui se précipite du haut des rochers de Schaffouse,
il perd la mesure du temps, il contemple à la fois le mouvement et l'élernilé des flots sans cesse renouvelés et sans cesse engloutis, une direction toujours la même, une impulsion toujours aveugle : son âme s'engourdit à force de sentir, ^t il s'éloigne de ce spectacle, accablé par une exertion trop grande et trop rapide de ses facultés morales.
(M"* de Staël. Lettres sur les ouvrages et le caractère de J.'J, Bousseau, Avertissement pour la seconde édition. Paris, An \L)
Il y a bien des virtualités sans exertion (mot fort juste qui
nous manque, Amaury, et que la marquise 0) prononcerait
beaucoup mieux que moi) bien des germes qui avortent
obscurément. . .
(Sainte-Beuve. Volupté, MJ
Je ne puis plus travailler, parce qu'il n'y a plus personne
pour prendre en considération mon travail. Je voudrais aller
quelque part, et le courage me manque pour la moindre
-exertion.
(Mérimée. Une correspondance inédite, page 14.)
ExhaiisUon. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de 1756.
Archimède, Apollonius, Yiviani, Grégoire de S. Vincent ont connu l'Infini ; leurs méthodes d'approximation et d'exhaustion en sont tirées.
1740. (Buffon. La méthode des fluxioîis, de Newton, trad. de l'anglais. Préface du traducteur.)
Exigence. L'exigence, c'est-à-dire le besoin d'un retour quelconque de la part des autres, est le point de ressemblance par lequel l'amitié et les sentiments de la nature se rapprochent des peines de l'amour.
(Mme de Staël. De V influence des passions, II, 1 .)
(*) Dans ce roman, la marquise de Couaën est Anglaise de nnîesaace. — Exertion, en anglais, exercice, effort.
Existence. Halzfeld : Spédalemeid, la vie de l'homme ici bas. Mener une existence précaire. Une existence obscure,
La définition de ce sens spécial sérail plus précise, il me semble, en disant : le genre de vie que mène une personne.
Il veut me ruiner en saisissant ce que je possède : il a tort; car je dois mourir bientôt, et il est dur de m'ôter à présent l'existence à laquelle j'ai sacrifié toute ma vie.
(M- de Staël. Delphine, I!, 27.)
Expatrier. Le roi ne se servira pas de son pouvoir pour expatrier dans sa soixante-quinzième année, un malade qui n'a fait que du bien dans le pays sauvage qu'il habite.
(Voltaire. Lettre à madame du Deff'and, 13 juillet 1768.)
Cet exemple contredit la remarque deLittré.
Expédient. Je commencerai, vous dis-je; il ne me manque que des lumières et des expédients, et j'espère les trouver en vous.
(Diderot. Le fils naturel, acte IV, scène Y.)
A quelle époque a-t-on commencé à prendre ce mot en mauvaise part?
Fabrique. Hatzfeld : Far analogie, dans la peinture de paysage, ce qui est construit par l'homme (édifices, ponts, etc.).
Je crois que ce sens spécial n'a pas été créé par analogie; il est venu de Titalien.
Fadasse. Hatzfeld : Néologisme.
Ce benêt de Ramire (personnage de la tragédie de Cassandre) ne sera jamais qu'un beau fils, un fadasse, un blancbec.
(Voltaire. Lettre à M. d'Argenlal, 12 décembre 1761.)
Fadement. Je ne dirai pas fadement que cette pièce
fasse fondre en larmes; mais je vous dirai que celle pièce intéresse quiconque pense.
(Voltaire. Lettre à Saurin, 5 avril 1769.)
Faible. On sait que faible prince ne signifie pas prince faible. Va prince faible est tel par son caractère, et un faible prince Test par la comparaison de ses forces avec celles de son ennemi.
(Voltaire. Lettre à Walllier, 8 avril 1752.)
Faiseur. Hatzfeld : Absolument, un faiseur, un intrigant.
Est-ce que ce mot n'est pas employé quelquefois en pariant d'un écrivain qui produit beaucoup, et travaille avec plus de rapidité que de soin? « On a reproché à M. Gaullieur, a dit M. Xavier Kohler, d'être parfois un faiseur en littérature; mais s'il était faiseur, du moins il faisait, et souvent il faisait bien. Si seulement nous avions en Suisse plusieurs travailleurs de sa trempe ! »
Falaise. Halzfeld : Escarpement de terre ou de roche, qui borde la mer. — L'Académie et Liltré donnent des définitions analogues.
Il y a des escarpements de terre ou de roche, qui bordent une rivière ou un fleuve. Ne peut-on pas les appeler falaises ?