REMARQUES LEXICOGRAPHIQUES
A côté des remarques proprement dites, on trouvera dans ce recueil de simples citations : ce sont des phrases qui m'ont paru utiles à noter pour Tiiistoire de l'emploi d'un mot, ou à cause de quelque nuance de sens. J'ai signalé les derniers exemples de quelques mots vieillis, et inversement, pour «ertains mots, des exemples plus anciens que ceux qu'indique le dictionnaire Hatzfeld.
Liitré a regretté que beaucoup de mots, dans son dictionnaire, soient restés sans citation ; pour quelques-uns d'entre eux, j'ai glané des exemples qu'il aurait volontiers accueillis, j'imagine, si j'avais pu les lui soumettre. (^)
On ne s'étonnera pas de voir que ces remarques sont en plus grand nombre pour les premières lettres de l'alphabet. Littré, et les auteurs du dictionnaire Hatzfeld, en avançant dans leur travail, se sont trouvés peu à peu plus expérimentés ; une fois arrivés au milieu de leur tâche, ils ont su éviter des fautes oîi des oublis analogues à ceux qu'ils avaient laissé échapper au commencement.
(*) Voir une note de Littré, dans la préface du supplément de son dictionnaire.
Abîme. Je ne veux pas révoquer en doute la puissance des abîmes. Je demeure d'accord que les sorciers peuvent donner de l'amour à une femme par divers enchantements, et par la force de quelques simples, dont les . démons ont une parfaite connaissance.
(Le Maistre. Plaidoyer pour un gentilhomme accusé de crimes. 1634.)
Liltré et Hatzfeld disent {{Wahime est parfois féminin au XYI""" siècle. Il en a été de même au dix-septième :
Il fait éclater sa miséricorde jusque dans ces profondes abysmes.
(Sainte Catherine de Gênes. Purgatoire, traduction nouvelle, Paris, 1679, page 222.)
Abonner. Je crois qu'on s^abonnerait pour que vous voulussiez ne rien dire.
(Lettre de Hennin à Voltaire, 17 février 1770.)
Abord. Il ne songeait qu'à la Tartarie: ce qui lui fit prendre le dessein d'aller en Italie et à Rome, comme à l'abord de tout l'univers, et où il espérait trouver quelque facilité de regagner son pays.
(Bossuet. Lettre à M. de Pontchartrain, 6 juin 1703.)
Aboyer. Il faut quitter cette hantise folâtre, si cela nuit à la renommée. Mais si, pour l'exercice de piété, pour l'avancement en la dévotion et acheminement au bien éternel, on murmure, on gronde, on calomnie : laissons aboyer les matins contre la lune.
(S. François de Sales. Introduction à la vie dévoie, III, 7.)
Absolu. La chasteté, tandis qu'elle est entière, comme elle est es vierges ; ou qu'elle est absolue, es vefves et autres qui sont en estât d'une continence totale
(S. François de Sales. Introduction à la vie dévote, III, 12 : ébauche manuscrite publiée par Dom Mackey, dans son édition des Œuvres de saint François de Sales, en cours de publication.)
Abstraelif. Les substantifs blancheur^ bonté, force, sont des abstractifs : nommant les choses comme modes et simples qualités.
(Girard. Les vrais principes de la langue française, Y.)
AbstraoliFemeiit* Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de
Il n'y a qu'à se perdre abstractivement dans l'excellence ■de l'être divin.
(Bossuet. Instruction sur les états d'oraison, X, 29.)
Accent. Il n'y a proprement dans la langue française qu'une sorte d'accent, qui est l'accent sur la dernière syllabe de chaque mol.
Car encore que dans les mots qui finissent par un e muet, l'accent ne soit point sur la dernière syllabe, mais sur la précédente : ce qu'on vient de dire ne laisse pas d'être vrai, parce que la dernière syllabe, qui est muette, n'est alors comptée pour rien. C'est pourquoi dans la poésie française, les vers féminins sont toujours plus longs d'une syllabe, que les masculins.
(Régnier Desmarais. Traité de la grammaire française. Des verbes tenir, venir, et de leurs composés.)
Accident. Littré et Hatzfeld citent l'un et l'autre une phrase de J.-J. Rousseau : Les rayons du soleil enrichissaient de mille accidents ce tableau. Emile, L
— oO -
Celle phrase se trouve, non pas au premier livre, mais, au livre lY d'Emile, dans la page qui précède la Profession de foi du vicaire savoyard ; et le texte vrai est celui-ci: Les rayons du soleil levant... enriclûssaient de mille accidents de lumière le plus beau tableau dont l'œil humain puisse être^ frappé.
Aecoisement; en un aggreable repos, avec un
accoysement si parfait qu'il n'y a plus aucun sentiment. . .
(S. François de Sales. De V amour de Dieu, VI, 9.)
Ces réflexions regardent moins l'avantage particulier de madame Guyon que le bien de la paix et l'accoisement des esprits.
(Lettre du duc de Chevreuse à M. Tronson, 16 août 1696.)
Acérer. De sa main gauche, elle tenait un cœur enflammé, et de l'autre elle acérait un poignard.
(J.-J. Rousseau. Œuvres inédites, publiées par Streckeisen, p. 182.)
Adagio. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1751.
M. le maréchal de Richelieu trouve que vous avez joué supérieurement, et que jamais action ne lui a fait plus d'impression; mais il trouve aussi que vous avez un peu trop mis d'adagio. Il ne faut pas aller à bride abattue; mais toute tirade demande à être un peu pressée : c'est un point essentiel.
(Voltaire. Lellre à M"* Clairon, janvier 1750.)
Adiré. Déclarant le dit testateur qu'il a toujours adi, ainsi qu'il adit au besoin de nouveau, l'hoirie de François Rousseau son frère. . .
(J.-J. Rousseau. Testament dicté à Chambéry le 27 juin 1737.)
Les dictionnaires n'ont pas le verbe adiré, mais seulement adition, acceptation tacite d'un héritage, d'une succession.
Adopter. Les maîires des généalogies... ont Tart de faire descendre des rois ceux qui en sont aimés, et d'adopter chacun comme il leur plaît, en telle race qu'il veuille -choisir.
(Voiture. Eloge du comte-duc d'Olivarès,)
AdroU. Figurez- vous la plus jolie petite mignonne, douce, teudre, accorte et fraîche, agaçant l'appétit; pied furtif, taille adroite, élancée, bras dodus, bouche rosée . . .
(Beaumarchais. Barbier de Séville, II, 2.)
Toutefois, contemplant ta taille longue et droite. Ta main blanche et polie, et ta personne adroite. . .
(Ronsard. Réponse aux injures et calomnies,.,. Œuvres, éd. Blanchemain, VII. 104.)
Taille adroite, personne adroite, sont ici comme l'opposé de tournure embarrassée et gauche. Et dans ces vers de Claude -de Buttet :
Ce port royal, celte divine adresse.
Ce large front, ce bel œil ravisseur . . .
Ce front divin, cet œil étincelant,
Ce corps gentil, ce beau port, cette adresse,...
Tout lui sied bien ; toute grâce et adresse.
Jointe aux beautés, sont en elle d'accord.
{Œuvres, éd. Scheuring, pages 268, 243 et 346.)
adresse, de même, a le sens d'élégance dans la tournure et les manières.
Affecter. Le sens de rechercher avec ambition (Littré) de rechercher de préférence (Hatzfeld) me paraît complètement vieilli; et je ne sais pas si on pourrait en citer un exemple autorisé, et plus récent que ces vers où Voltaire parle du cardinal de Fleury :
Le ciel nous envoya, dans ces temps corrompus. Le sage et doux pasteur des brebis de Fréjus, Econome, sensé, renfermé dans lui-même, Et qui n'affecta rien que le pouvoir suprême.
Epître à Boikati, 1769.
Agenoailloir. Allant par nos maisons, on lui préparait
souvent un agenouilloir avec des coussins, au chœur: jamais
elle ne s'en voulut servir. « Olez cela, mes sœurs, disait-elle;
où est la pauvreté?» et s'est toujours agenouillée à plate
terre.
(Chaugy. Vie de sainte Chantai^ III, 14.)
Agrégation. Il n'y a, dit-on, que des individus dans la Nature: mais quels sont ces individus? celle pierre est-elle un individu, ou une agrégation d'individus?
(J.-J. Rousseau. Pro/es52on de foi du vicaire savoyard, note.)
Agriffer.
Un lion cassé de vieillesse, Ne pouvant cbaeser désormais,
11 feint d'être malade, et couché dans son antre.
Pousse un plaintif gémissement.
Les bêtes vont le voir; et dès que chacune entre, Il l'agriffe, il la croque . . .
(Perrault. Traduction des fables de Faërne. IV, 15.)
Alglat. Aussi n'est-il (le Traité de saint François de Sales sur r Amour de Dieu) que pour les âmes des-jà fort advancées, pour les aigles, et non pour les aiglats qui barbaillent encore à l'esclat de ceste trop grande lumière.
(C.-A. de Sales. Vie du bienheureux François de Sales, VIIÏ.) — Voir le supplément de Godefroy, au mot aiglat, et le dictionnaire de Mistral au mot barbaia, bégayer.
Ains avait quelquefois le sens de : et même !
C'est une erreur, ains une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de. ..
(S. François de Sales. Introduction à la vie dévote. I. 3.)
Ainsi. Ainsi comme ainsi. Cette locution, que ne donnent ni Littré, ni Halzfeld, est quelquefois employée, et n'est pas nouvelle dans la langue :
Il se fallut résoudre à faire le passage, lequel, ainsi comme ainsi, il lui fallait faire un jour. •
(Mathieu. Histoire de Henri IV, Livre V, 4""" n.)
Air. Signifie aussi : morceau de poésie destiné à être chanté. Dans les poésies de madame Deshoulières, beaucoup de courts morceaux sont intitulés ; Air.
Pour sa fille...., elle eût mérité un air avec trois couplets de votre façon, si elle eut paru du temps que vous étiez le grand chansonnier de France.
(Balzac. Lettre à M. de Boisrobert. YI, 49.)
Je pourrai ajouter quelques airs aux divertissements, et surtout à la fin.
(Voltaire. Lettre à d'Argenlal, 11 juillet 1743.)
Ajourner. Assigner. Hatzfeld : Ajourner, assigner en justice à un jour déterminé. — Assigner qqun, le citer à comparaître à jour fixe devant un magistrat.
Dans le procès de Beaumarchais contre la dame Gœzman, on voit que celle-ci avait été assignée ; et le premier, ajourné à comparoir en personne, pour être tous deux ouïs et interrogés ; et Tarrét rendu distingue « l'état de décret d'assigné pour être ouï » et « l'état d'ajournement personnel ». Il y avait entre ces deux termes une dilTérence. En quoi consistait-elle, et subsiste-t-elle encore?
Alehimille. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de IGll.
Et cellela, qui les Jieus molz retreint, Dite Alquimile....
1572. (Peletier, du Mans. La Savoie, III, 472.)
Alerte. Vous savez que je suis alerte {que ma jalousie est en éveil) sur le compère Dangeau.
(Madame de La Fayette. Lettre où elle fait parler un amant jaloux à sa maîtresse ; écrite pour se moquer de ce qu'on appelle les mots à la mode ; citée par madame de Montmorency dans une lettre au comte de Bussy, du 1" mai 1670.)
Le public est alerte sur les fautes des gens de lettres.
(Voltaire. Les honnêtetés littéraires. W.)
Algarade. Le marquis de Montferrat luy faisoit {au duc de Savoie) mille esgarades en son pays de Piedmont ; mais il aimoit mieulx plumer le poulcin que se garder d'estre plumé du sacre.
(Bonivard. Chroniques de Genève, III, 17.)
Le Tesoro de las ires linguas, Genève, 1609, traduit Tesp. algarada par tumulte, sédition, vacarme ; et ajoute : Nous disons aussi en français algarade ; mais il signifie : affront, huée.
Allée. Un nouveau siècle se forme chez les Ibériens. La douane des pensées n'y ferme plus l'allée à la vérité.
(Voltaire. Lettre à d'Alembert, 1"' mai 1768.)
Allégoriste. Les honnêtes gens doivent rembarrer avec vigueur les méchants allégoristes qui trouvent partout des ahusions odieuses.
(Voltaire. Lettre à Thieriot, 9 août 1769.)
Allemand. ...en compilant bonnement, à l'allemande,
et sans me gêner beaucoup sur le choix, une grande quantité
de choses.
(Bayle. Lettre à Marais, 2 octobre 1698.)
Il (le prince royal de Prusse) a raison de faire des vers . français ; car combien de Français font des vers allemands ! (Voltaire. Lettre à Thieriot, 22 mars 1738.)
AllaTlon. En Phrise, d'une alluvion, ou inondation, furent submergez plus de cent mille hommes.
(Paradin. Chronique de Savoie, chap. 33").
Alpestre* Hatzfeld : « Emprunté du latin alpestris ». Ce mot ne vient-il pas plutôt de l'italien alpestre ?
Alpin. Hatzfeld : « Dérivé de Alpes ».
Ce mot n'est-il pas emprunté à l'italien alpino ?
Altération. Un pieux cardinal, à l'égard duquel Dieu m'est témoin que mon cœur n'a jamais ressenti la moindre altération.
(Fénélon. Lettre au père Le Tellier, 12 mars 1711.)
Ambre. Hatzfeld: « ambre gris, substance céracée... » On cherche le mot céracé; mais Hatzfeld, qui l'emploie, on vient de le voir, ne lui a pas donné place dans son dictionnaire.
Ambulatoire. Hatzfeld : « Par plaisanterie, figurément : changeant, mobile. La volonté de l'homme est bien ambulatoire. Regnard. Distrait, V, 10. »
C'est par plaisanterie que Regnard a employé ambulatoire au sens de changeant. Mais avant lui, dans les occasions les plus sérieuses, ce mot se prenait dans le même sens :
S'il advient que le père partage ses biens entre ses enfants, ce n'est pas, dit la Loi, une donation simple, mais une division de volonté dernière. Cet adjectif dernière porte en son essence qu'ayant trait au futur, elle soit librement muable, ambulatoire, et sujette à changer, jusqu'au dernier soupir.
(Marion. Plaidoyers, Xin.)
Ameater. Faites un corps, Messieurs; un corps est toujours respectable. Ameutez-vous, et vous serez les maîtres. Je vous parle en républicain; mais aussi il s'agit de la république des lettres.
(Voltaire. Lettre à d'Alembert, 19 janvier 1758.)
Amiranté. Au sens 2 de Hatzfeld, ni Hatzfeld ni Littré n'ont d'exemple de ce mot.
On m'ouvre en Russie à deux battants les portes de l'amirauté, des arseiiaux, des forteresses et des ports.
(Voltaire. Lettre à madame de Bassewitz, 25 décembre 1761.)
Analogue. Qu'entend-il par ce mot grec analogue, mis depuis peu à la mode, et qui veut dire : convenable?
(Voltaire. Procès de Claustre.)
Anastroplie. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1751.
Ces trois premières espèces [de solécismes] sont honorées du nom de Iropes et de figures par quelques auteurs, qui appellent la première un pléonasme, c'est-à-dire une adjection; la seconde une ellipse, c'est-à-dire une détraction; la troisième une anasirophe, c'est-à-dire une inversion.
1718. (Quintilien. De VlnsUtution de VOrateur, I, 5 ; traduction de Gédoyn.)
Anglais. Ah ! fi, fi, messieurs ! cela est bien vilain. Je dirai comme mes chers compatriotes, quand on leur raconte quelque trait dur et féroce : cela est bien anglais.
{W du Defl'and. Lettre à Walpole, 21 avril 1766.)
Anglican* Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de Bouhours.
Il est dit {dans les Constitutions ecclésiastiques d'Angleterre) que le roi d'Angleterre sera reconnu en tous ses Etats pour chef de l'Eglise anglicane. /
(Davity. Les Eiats^ empires et principautés dic monde, éd» de 1613 Cl page 25.)
Gresset (que cile Hatzfeld) et Voltaire, ont employé anglican comme synonyme d'anglais,
Irais-jo,
Par une éloquence anglicane Saper et le trône et l'autel ?
Gresset. La Chartreuse.
Mon cher ange, aidez-moi à venger la patrie de l'insolence anglicane. Un de mes amis, ami intime, a broché ce mémoire (Appel à toutes les nations de V Europe, ou manifeste au sujet des honneurs du pavillon entre les théâtres de Londres et de Paris), Je m'intéresse à la gloire de Pierre Corneille plus^ que jamais.
(Voltaire. Lettre à M. d'Argental, 6 janvier 1761.)
Anglomane. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1798.
L'anglomane, ou V orpheline léguée, comédie en un acte. en vers, de Saurin, a été représentée pour la première fois le 23 novembre 1772.
Anglomanie. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de d'Alembert, dans Acad. Histor. — L'Histoire des membres de V Académie française, par d'Alembert, a six volumes, dont le premier a paru en 1779, et les cinq autres après la mort de l'auteur. Il ne serait pas facile d'y retrouver un exemple si brièvement indiqué. — C'est dans l'éloge de Marivaux que d'Alembert a employé ce mot.
L'anglomanie est ici une maladie épidémique.
(Piron. Lettre à Maret, 2 août 1769.)
(*) J'ai parlé de cette première édition (inconnue aux bibliographes) de Touvrage de Davity, dans le Bulletin de V Institut gèneroi*, XXXÏV.
Anoblir. Ennoblir. II a eslé décidé dans la Compagnie qa-anoblir est rendre noble; et ennoblir, rendre illustre. DouJAT. — J'appelle ad majus concilium sur la distinction prétendue ^"anoblir et ennoblir. Je croy le dernier mauvais. Pellisson.
(Notes datées de 1673, citées dans les Cahiers de remarques sur Vonhographe françoise, pour esire examines^ par chacun de Messieurs de V Académie, publiés en 1863 par Marty-Laveaux, page xxi.)
Anthologie. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1704. Anthologie morale et chresiienne, par S[imon] G[oularl], S[enlisien]. Genève, 1618.
AntiTerminenx. Ne conviendrait-il pas de lui ôter (à ^n enfant malade) sa tisane antivermineuse, qui peut réchauffer ?
(Voltaire. Lettre au docteur Tronchin. Œuvres, éd. Moland, XLÏ, 150.)
Aoriste. Voltaire, comme Malherbe, comme l'Académie, dans les premières éditions de son dictionnaire, emploie ce mot pour désigner le passé défini. C'est dans son commentaire sur les tragédies de Corneille, à propos de ces vers du €id;
Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en approchant du port.
L'Académie, dit Voltaire, n'a point repris cet endroit, qui consiste à substituer l'aoriste au simple passé. Je vis, je fis, f allai,' je partis, neipeul se dire d'une chose faite au jour où l'on parle.... L'Académie ne prononça point sur cette faute, uniquement par la raison que Scudéry ne Tavait pas relevée.
— Pour le dire en passant, que faut-il penser de la règle indiquée par Voltaire ?
Aparté* Halzfeld : Etym. Expression latine : a parie {sud) de son côté.
Ce mot ne vient-il pas plutôt de V'iidX, a parte, ou de l'esp. aparté ?
Apostasie. Hatzfeld : Par extension. Action de détester un parti. « Dieu, indigné de leur apostasie, maudit ces âmes inconstantes > Massillon. Rechute^ 2.
Je reproduis, dans tout son développement, le passage cité de Massillon :
« Aussi nous voyons tous les jours qu'il n'est pas de pécheurs plus extrêmes dans leurs désordres, que ceux qui, après avoir fait quelque temps profession de piété et suivi des routes saintes, se rengagent dans les plaisirs et se rendent au monde et a ses charmes ; il semble que Dieu, indigné de leur apostasie, maudit ces âmes inconstantes et légères. »
Evidemment, il faut lire, dans la définition citée plus^ haut : action de déserter un parti.
Apostiller. Hatzfeld : Etym. Composé de à et postille.
Vous cherchez le mot postille dans le dictionnaire Hatzfeld; il n'y est pas. Quand Hatzfeld écrivait la page 113, où est le verbe apostiller^ il comptait bien donner j?os<e7/e à sa place alphabétique. Mais arrivé aux mots postiche et postillon, entre lesquels postille devait s'intercaler, Hatzfeld a omis ce mot comme inusité, oubliant qu'à la page 113, il l'avait, pour ainsi dire, promis.
La définition que Littré donne de ce mot postille (Glose littérale sur l'ancien Testament) paraît trop étroite, à en juger par ce passage d'un écrit du père Garasse :
« Je suis comme l'écho du pubhc, qui vous rendrai fidèlement ce que j'ai entendu, sans y ajouter mes passions en qualité de poslilles ou commentaires. »
Réponse du sieur Hydaspe au sieur de Balzac, Œuvres <le Théophile, éd. Alleaume, I, ccvij.
Appesantissant;. C'est une rude et appesantissante besogne, d'être commentateur et éditeur; cela ne m'arrivera plus.
(Vollaire. Lettre à d'Argental, 6 février 1762.)
Apre* Si j'étais âpre après les nouvelles, je me plaindrais....
(iM»' du DelTand. Lettre à Walpole, 7 juillet 1780.)
Araifi^née. Araignée du malin, chagrin ; araignée du
^oir, espoir.
(Mérimée. Les Mécontents, scène IX.)
Ce dicton superstitieux a été fait sur le modèle d'un
^utre, qui est très raisonnable : Rougeur du matin, chagrin;
rougeur du soir, espoir. Un proverbe analogue est cité par
Littré au mot pèlerin : Rouge au soir, blanc au matin, c'esl
la journée du pèlerin.
Arbre* Hatzfeld donne, aux mots arbre et généalogique, •deux défînilions de arbre généalogique :
1. figure où l'on représente comme sortant d'un tronc les diverses branches d'une famille;
2. tableau de la généalogie d'une famille, sous la forme d'un arbre dont les premiers parents sont la tige, et les descendants les rameaux.
L'Académie en donne une seule, au mot arbre: Figure tracée en forme d'arbre, d'où l'on voit sortir comme d'un tronc, diverses branches de consanguinité, de parenté; — et cette définition est plus complète que celles de Hatzfeld, puisqu'un tableau de 16, 32 ou 64 quartiers, qui est figuré souvent sous forme d'arbre généalogique, en est un selon la définition de l'Académie, et n'en serait pas un, si l'on s'en ienait à celles de Hatzfeld.
▲reliéologle* Aux mots esthétique et monœcie, Hatzfeld, en en donnant Tétymologie, dit fort bien qu'ils ne viennent pas directement du grec, mais du latin moderne. Hatzfeld aurait dû donner de la même manière l'élymologie du mot archéologie.
Je ne sais si le livre de Potier, Archœologia grœca, 2 vol. 1698-99, est le premier où se trouve le mot archœologia.
ArclieTêelié. Il est difficile à Tesprit humain de renoncer à ses opinions. Il n'y a que l'auteur de Télémaque à qui cela soit arrivé. C'est qu'il aima mieux sacrifier le quiétisme que son archevêché. .
(Voltaire. Lettre à Mairan, 1" avril 1741.)
Archevêché signifie ici la dignité d'archevêque : sens qui est vieilU selon Littré, et que Hatzfeld n'indique même pas.
Ardélion* Je suppose même qu'il (M. Sabatier) est un de ces ardélions spirituels, qui se remuent et qui parlent beaucoup trop.
(Fénelon. Lettre à l'abbé de Langeron, 1" juillet 1700.)
Je trouve, monsieur, que votre préface est une belle réponse aux ardélions.
(Voltaire. Lettre au marquis Albergati Capacelli, 29 juillet 1765.)
Aréopage. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de Bossuet. Vray est qu'en toute chose il faut garder un décorum, et en un lieu tel qu'un Aréopage, auquel l'orateur iEschines disoit qu'il n'estoit pas licite de rire.
1614. (Ayrault. Plaidoyers, VI.) Arien* Le monde est étonné aujourd'hui de se voir janséniste, comme il le fut autrefois de se voir arien.
(Fénelon. Lettre au père Daubenton, 2 janvier 1714.) Arleqalnade* Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1769.
J'ai annoncé à T Académie THéraclius de Galderon, et je ne doute point qu'elle ne le lise avec plaisir, comme elle a lu l'arlequinade (la traduction du Jules-César) de Gilles Shakespeare.
(D'Alembert. Lettre à Voltaire, 25 sept. 1762.)
Armel;. En faveur de l'étymologie helm, on peut citer les noms de famille Guillarme, Guillarmat, Guillarmin, Guillarmod, Guillarmon, Youillarmet, qui correspondent à Wilhelm (Willahalm).
Armoisin. Il y avait en la ville d'Annecy une coutume profane, approchant le temps de carnaval, que les jeunes fripons et débauchés allaient par les rues, baillant aux hommes et aux femmes des bullettes de papier, d'armoisin ou de satin, dans lesquelles étaient écrits les noms des hommes et des femmes, mais principalement des garçons et des filles, que celles-ci appelaient leurs Valentins, et ceux-là leurs Valentines, qu'ils étaient obligés de conduire au bal et de servir tout particulièrement le reste de l'année.
(C. A. de Sales. Vie de saint François de Sales^ Y.)
Arpent. L'Angleterre fit une guerre de pirates à la France, pour quelques arpents de neige, en 1756.
Voltaire. (Mémoires pour servir à la vie de M, de Voltaire.}
Arrière-eousin. Trente personnes trouvent que je n'ai pas dit assez de bien de leurs arrière-cousins.
(Voltaire. Lettre à d'Argental, 8 septembre 1752.)
Madame Denis embellit tellement le lac de Genève, qu'il reste peu de chose pour les arrière-cousins.
(Voltaire. Lettre à madame de Fontaine, 31 mai 1757.)
Arrière-grand-père. Le dictionnaire Hatzfeld, qui omet ce mot à sa place alphabétique, l'emploie aux mots bisaïeul et immédiatement.
Arrière-nièce. Que nul mariage ne se puisse contracter d'oncle à nièce ou arrière-nièce, dé tante à neveu ou
arrière-neveu, et conséquemment.
(Ordonnances ecclésiastiques de V église de Genève, 1609, chapitre lY.)
Halzfeld, qui donne les mots arrière-neveu et arrièrepetite-nièce, a omis le mot arrière-nièce. Mais le mot se rencontre ailleurs que dans le passage cité : par ex. dans Comenius, Janua linguarum, édition de Duez (1661), page 288.
Arrière-petit-flls. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de
Les substitutions font que la prudence du bisaïeul conserve pour l'arrière-petit-fils ce que l'imprudence du père aurait perdu pour son fils.
1637. (Le Maistre. Plaidoyer pour la substitution de la mai- , son de CJèabanes.)
Arrière-petlte-flUe. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de
« Vous dites que vous n'approuvez point un mariage entre deux personnes qui sont issues de germain... En vérité, le souvenir du bisaïeul est bien loin, quand l'arrière-pelite-. fille est présente avec tous ses agréments. »
1683. (Fontenelie. Lettres du chevalier d'Her''\ 21. J
Aspic. Hatzfeld : Etym. Du latin aspis, aspidis. Aspic semble un emprunt du provençal aspil.
J'imagine que la terminaison ^'aspic est venue de basilic par allitération, à cause de la phrase biblique souvent citée; c Vous marcherez sur l'aspic et sur le basilic. » Psaume 90 (91 suivant une autre supputation) au 13' verseL
Astre. Cette sainte discipline, qui fut si longtemps
l'astre et la gloire des Eglises cathédrales
(Patru. Plaidoyer pour le prince de Conti,)
Aslreindre. Nous nous sentions obligés, pour donner des bornes à ses pensées, de l'astreindre {Fénelm) par quelque signature.
(Bossuet. Beîaiion sur le Quiétisme, Ili, 2.)
Astroplille. Voulant donc satisfaire à la curiosité de tous bons compagnons, j'ay revolvé toutes les pantarches des cieulx, calculé les quadratz de la lune, crochetté tout ce
que jamais pensèrent tous les astrophiles
(Rabelais. Pantagrueline proTwsiicaiion, préface.)
Quant en pleurant au monde je fu né, Trois fois Junon avait ouï ma mère.
Lors, de mon sort mon trop curieux père Voulut savoir quel astre étoit tourné.
Un astrophile alors est amené ; Il mire, il voit ce que le Ciel veut faire, Et consultant l'astrolabe et la sphère.
Dit :
(Claude de Buttet, Œuvres, éd. Scheuring, page 232.)
Auistérité* C'est quelquefois en se servant des moyens les plus simples que Hatzfeld arrive à donner des définitions préférables à celles de Littré. Ainsi Littré définit ausiénié : 1° Manière de vivre rigoureuse à soi-même; 2* Mortification. — Et il dit plus loin : «■ On est surtout austère pour soi. * — Mais on l'est quelquefois pour les autres, comme on le voit dans l'un des exemples qu'il cite :
Mais la franchise plaît, et non l'austérité.
(Voltaire. Tancrède, I, 2.)
et dans tel autre qu'il aurait pu citer aussi :
Le peuple ne peut souffrir ceux qui s'enrichissent; c'est
un genre d'austérité dont rien ne saurait l'engager à se
départir.
(Madame de Staël. Considérations, I, 19.)
Les définitions de Littré ne vont pas bien à ces deux -exemples, tandis que Hatzfeld, en définissant austérité: «caractère de ce qui est austère », donne une définition qui leur convient parfaitement, soit qu'on adopte pour austère la définition de l'Académie: « sévère, rude », soit qu'on préfère <:elle de Hatzfeld: « dont rien n'adoucit la rigidité ».
Autochtone. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1762. Hs (les Grecs) aimaient se croire, dans la rigueur du terme, autocMons, enfants de la terre qu'ils habitaient.
1743. (Gédoyn. Œuvres diverses^ page 79.)
Aveuglement. Je suis sourde et muette ; ce qui joint à i'aveuglemeni, me rend, comme vous pouvez juger, d'une iïgrésble société.
(Madame du Deffand. Lettre à Voltaire, 15 mai 1771.)
La vieillesse, l'aveuglement, la surdité sont bien tristes.
(Madame du Deffand. Lettre à Walpole, 3 mai 1779.)
C'est au temps de l'abbé Delille qu'on voit le mot de
aécité prendre la place 6^" aveuglement.
Bâillement. Je fais une grande différence entre les bâillements des voyelles au milieu des mots, et les bâillements entre les mpts, parce que les syllabes d'un mot se prononcent tout de suite, et qu'on doit très souvent, dans le discours soutenu, séparer un peu les mots les uns des autres.
(Voltaire. Lettre à d'Alembert, 19 mars 1770.)
Baiser. La loi de Constantin adjuge à la fiancée la moitié des bagues et des choses données à cause des noces, lorsque le mariage ne s'en est pas ensuivi... Cette loi, qui donne cet avantage à la fiancée, en récompense du baiser qui semble avoir effleuré sa pudicilé, n'est pas reçue •en ce royaume. L'humeur des Français, pleine d'honneur et
de franchise, ne saurait condamner Tiisage de ce gracieux compliment. Cette sévérité incivile n'appartient qu'aux Italiens et aux Espagnols.
(Simon d'Olive. Actions foreuses, III, 4.)
Balade* Dans la citation de Palissy que donne Godefroy (VIII, 276) : « Desja les jeux, danses, balades, etc., avoyent presque toutes cessé », balades semble synonyme de danses.
Balayer* La paresse des Espagnols est si grande,.
qu'on ne les a jamais pu contraindre à balayer devant leurs
portes.
(Voiture. Nouvelles lettres, lettre 23.)
Bamboche. J'ai reçu votre lettre, monsieur, au chevet du lit de mes filles... je vous en aurais remercié sur-lechamp; mais j'ai voulu en même temps vous marquer les suites de la maladie de mes bamboches.
(Lettre de madame de Yerdelin à J.-J. Rousseau, du 26^ septembre 1762.)
Bamboche a ici le sens ^'enfant, que les dictionnaires ne donnent pas.
Banneret. Voltaire a employé la forme banderet, en parlant d'un magistrat bernois, dans une lettre à Bertrand,^ du 12 septembre 1755.
Baptistaire* Madame Geoffrin est réellement une perte; je ne crois pas qu'elle soit de mon âge ; — elle était née le 2 juin 1699, et Voltaire en 1694 — mais la mort consulte rarement les extraits baptistaires.
(A'oltaire. Lettre à d'Alembert, 22 octobre 1776.)
Barbouillerie* i'ai donné à M. le curé de Pomeuse l'audience qu'il souhaitait. Je vous prie de l'encourager à faire juger son affaire avec le curé de Saint-Augustin, et à n'écouter aucun accommodement avec cet homme, qu'abso-
lumenl je ne veux point à Pomeuse, et qui n'aura jamais à lui proposer que des barbouilleries.
(Bossuet. Lettre à Tabbesse de Farmoutiers, du 26 mai 1693.)
Bardé des gens de TAncien Testament, qui auraient
fait scrupule de manger d'un poulet bardé.
(Voltaire. Lettre à madame Denis, 9 septembre 1752.)
Bas. A la fin du long historique de ce, mot, Littré cite LaBoëtie: Les bois, les monts, les baisses vois [je vais] tranchant [franchissant les vallées]. Bciisse est dans ce passage un mot du parler méridional, qui n'a pas été admis dans la langue française. La Besse, les Besses, les Baisses, noms de lieu dans les départements de la Corrèze, de la Dordogne, du Pu> de Dôme, du Tarn, des Bouches du Rhône et de la Haute-Saône. Voir le dictionnaire de Mistral aux mots baisso et beissau, et celui de Ducange au mot bessa.
Basilic* Faites mettre le feu en ce basilic que voyez, près le chasleau guaillard. — C'est bien dit, respondit Pantagruel. Faites-moy icy le maistre bombardier venir.
Pantagruel luy commanda mettre feu an basilic, et de fraiches pouldres en tout événement le recharger.
(Rabelais, IV, 66.)
Bateiage. Littré : Métier, tour de bateleur. — Ualzfeld : Métier de bateleur. — Hatzfeld aurait dû laisser le mot tour^ qui était utile et à sa place.
. Les trois premiers actes (de Borne sauvée) sont absolument changés. Nous vous fournirons d'autres batelages pour votre année.
(Voltaire. Lettre au duc de Richelieu, 13 novembre 1751:)
Batelet. Je serais déjà cliez vous, par le coclie ou par les batelels, sans la letlfe que M. Thieriot m'a écrite. (Voltaire. Lettre à madame de Bernières, 27 juin 1725.)
Batz. Petite monnaie suisse et allemande, valant environ trois sous. Les premiers batz furent frappés en Suisse au XV"" siècle; les derniers y furent démonétisés en 1848.
On donne plus aisément trois bâches qu'un louis d'or.
(Voltaire. Lettre à MM. Cramer, 26 déc. 1755.)
Après avoir déjeuné le matin et compté avec l'hôte, je voulus pour sept batz, à quoi montait ma dépense, lui laisser ma veste en gage.
(J.-J. Rousseau. Confessions^ IV.)
Vous avez un louis d'or ; vous me dites : Mettons nos louis d'or ensemble. Je sais que je n'ai pas un louis d'or, mais seulement une pièce de trois bâches, et je dis non.
(Lettre de Sainte-Beuve à Juste Olivier, citée dans les Œuvres choisies de celui-ci. L cvj.)
BaTardag^e. Hatzfeld : Mot de la fin du xvnr* siècle. — J. de Maistre {Soirées de Saïnt-Péttrshourg, second entretien, note 33) dit que madame de Sévigné a souligné le mot bavardage dans une lettre du 11 décembre 1695. Mais je ne trouve pas de lettre à cette date dans l'édition Hachette, dont le lexique n'ùidique que bavarderie (lettre du 18 novembre 1676).
Bavarderie. Je ferais mieux, madame, de réprimer ma bavarderie.
(Voltaire. Lettre à l'impératrice Catherine, du 18 octobre 1775.)
Béatilles.On ne doit jamais permettre de travailler aux béatilles les dimanches et fêtes.
(Fénélon. Lettre à une supérieure de religieuses, sans date.)
Beau. Halzfeld. Avoir beau, avoir Toccasion favorable. A beau mentir qui vient de loin.
Ce sens n'a-t-ii pas vieilli? Il est resté dans ce proverbe; mais ailleurs, si on se servait de l'expression avoir beau en la prenant dans ce sens, il me semble qu'un malentendu en naîtrait aussitôt.
Bean-p^re. Qu'il y ait des circonstances moins propices que d'autres à l'invention et à la conservation en fait de mots, on n'en saurait douter, quand on voit nos bons aïeux, après avoir laissé perdre les mots latins, si utiles pour les relations domestiques, de socer, socrus^ vitrîcus, noverca, privignus, privigna, ne rien trouver de mieux pour les remplacer que les sots euphémismes de beau-père, belle-mère, beau-fils, belle-fille, sans distinguer entre des modes d'alliance que lo latin distingue avec raison. Voilà une défectuosité de naissance ou de bas âge, destinée à durer autant que la langue. (Cournoi. MatériaUsme,vitalisme, rationalisme. Page 20 L)
Bésnlnaspe. Ils appellent ici béguinages certaines sociétés de religieuses. On y voit jusqu'à onze cents filles logées ensemble, qui ne font point de vœu, qui vont par la ville quand il leur plaît, qui reçoivent dans leurs chambres les visites des hommes, et qui sont libres autant qu'on le peut être, sans que parmi elles on sache que jusqu'ici il soit arrivé la moindre galanterie, ni le moindre désordre scandaleux.
(Le Pays. Amitiés, Amours et Amourettes. Relation d'un voyage de Flandre.)
Beloce. « Ce mot, dit Littré, confiné aujourd'hui dans la Normandie.... » Il est employé aussi dans la Suisse romande. Voir Humbert, Glossaire genevois; Bridel, Glossaire du patois de la Suisse romande, etc.
Bénédiciiu. Je travaille comme un Bénédiclin.
(Voltaire. Lettre au duc de Richelieu, 31 août 1751.)
11 est intéressant de remarquer que c'est Voltaire qui le premier a employé bénédictin dans le sens élogieux qui est banal aujourd'hui ; et le fait que c'est un éloge qu'il s'adressait à lui-même, ne diminue pas la valeur de cette remarque.
Beuêt, Claude, nicodème. Hatzfeld fait dériver benêt du mot benedictîis et non pas du nom Benedicius, Benoit ; dans Claude, il voit une allusion au mari de Messaline; dans nicodème, le souvenir d'un personnage d'un mystère qui reste à trouver. Mais les simples noms propres prennent quelquefois un sens de moquerie. Voir le Glossaire genevois de Humbert aux mots diozet et jeannette,
Beng^ali. Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 1835.
Des bengalis ... faisaient entendre sur leurs nids leurs doux concerts.
(Bernardin de Saint-Pierre. La chaumière indienne.)
Biaisenr. Le parti qui plaît aux honnêtes gens est celui de la franchise et la simplicité.... Peut-être qu'en suivant cette maxime, on ne sera pas heureux en tout; et les biaiseurs, le sont-ils ?
(Méré. Quatrième conversation avec le maréchal de Cléram^ baut,)
Bibliothèque. Ce mot avait autrefois le sens de Revue. La Bibliothèque universelle et historique de Jean Le Clerc commença à paraître à Amsterdam en 1686. Ce sens n'est pas entièrement hors d'usage : Bibliothèque universelle. Bibliothèque de VEcole des Chartes.
Bilingue. Hatzfeld : Néologisme.
Bon pour les bilingues, pour ceux qui parlent autrement en particuUer qu'en public.
1618 (Turreltini. Défense de la fidélité des traductions de la sainte Bible^ faites à Genève. Réponse à la préface de Coton. Sur le chapitre XIII.)
Biribi. Halzfeld : Ex. le plus ancien, du 1" juillet 1739. J'ai fait la sottise de perdre douze mille francs au biribi. (Voltaire. Lettre à Gide ville, 3 septembre 1732.)
Blason. Le blason est moins que rien ; mais aussi on le peut apprendre en peu de temps.
(Bossuet. Lettre à madame d'Albert de Luynes, 30 septembre 1695.)
Bluet* Dans les mots bluet, bluette, Huet, fluide, cruel, gruau, truand, Hatzfeld tient w pour une voyelle; en sorte que, même en prose, blu, flu, cru, gru, tru, comptent pour une syllabe distincte; tandis que dans duel, lueur, muet, puant, puer, tuer, Hatzfeld tient u pour une consonne; en sorte que chacun de ces mots, en prose, ne compte que pour une syllabe.
De même, brouet a deux syllabes, prouesse en a trois; et couard, rouet n'en ont qu'une seule (en prose) d'après Hatzfeld.
Mais dans le mot buée, Hatzfeld tient u pour une voyelle; et dans nuée, u est consonne d'après lui. Bu dans buée est, même en prose, une syllabe distincte; et non pas nu dans nuée. — Je ne comprends pas sur quoi s'appuie cette différence. Est-ce une simple inadvertance ? Ou bien Halzfeld, en avançant dans son œuvre, aurait-il changé d'avis?
Bou : qui est du bon parti :
Il est à craindre que de bons cardinaux ne viennent à
mourir.
(Bossuet. Lettre à sa sœur, 21 déc. 1698.)
Etre des bons N (N étant un nom de famille), appartenir à
la famille qui est la plus distinguée, qui est hors de pair parmi toutes celles qui portent le même nom.
Un abbé irlandais, qui se disait de Tancienne maison de M"*, s'associa avec un Ecossais, nommé Ramsai, qui se disait aussi un des bons Ramsai...
(Voltaire, Ode sur VlngratUude^ note.) Un sur mille : c'est à peu près le nombre de la bonne compagnie.
(Voltaire. Lettre à d'Alemberl, 5 avril 1765.)
Ce n'est pas le manœuvre qu'il faut instruire, c'est le bon bourgeois, c'est l'habitant des villes.
(Voltaire. Lettre à Damilaville, 1" avril 1766.) Bord. Dans ce vers de Boileau :
L'honneur est comme une île escarpée et sans bords hord a le sens de: rivage où l'on peut aborder. Je ne connais pas d'autre exemple de ce sens.
Boréal. Il y a déjà du temps que l'on a quelque connaissance d'une certaine lumière particulière aux pays fort septentrionaux, tels que la Norvège ou l'Islande. M.Gassendi l'a nommée aurore boréale.
(Histoire de l'Académie royale des sciences. 1716. Sur une lumière septentrionale.)
Bours^ade* Hatzfeld : Emprunté de l'italien borgata, même sens.
Pourquoi l'italien au lieu du provençal, qui est tout indiqué, puisque Bourgade (ou la Bourgade) est le nom de quinze localités disséminées dans le Midi de la France ?
Braeliistoelirone. Ce mot ne vient pas directement du grec, comme le dit Hatzfeld; il vient du latin moderne brachibtochrona.
Les Acta eruditorum de Leipzig, au mois de mai 1697.
annonçaient: Johannis Bernoulli solulio problemaLis a se in aclis 1696 proposili, de invenienda linea brachislochrona.
Braliniane. Ce n'est pas seulement Chapelain qui emploie la forme bramin; on la trouve chez La Fontaine (La souris métamorphosée en femme) et Fénelon (Fable 19% les detix souris),-
Braillard. Hatzfeld : XVIP s. Voir à l'article.
Mais dans l'article on ne voit rien qui soit du XVII' siècle. En revanche, dans le dictionnaire de Littré, il y a une citation de La Fontaine, que sans doute la rédaction du dictionnaire Hatzfeld se proposait de reproduire : un accident l'aura fait disparaître.
BrandeTin. Hatzfeld. Ex. le plus ancien, de 1751. Monsieur "" s'est trompé dans l'étymologie qu'il a donnée de brandevin dans ses Remarques. Ce mot vient de brandwin, qui en flamand signifie vin brûlé.
{Furetirlana. 1698.) Le brandevin, qu'ils ont soin d'avaler avant que de se mettre en marche, peut aussi contribuer à les étourdir.
1725. (Murait. Lettres sur les Anglais, III.)
Brandi. Hatzfeld : Vieilli. Vif. (Usilé seulement dans l'expression : tout brandi.)
Je crois (|ue tout brandi signifie: tenu debout comme un cierge. C'est un sens qu'autorise le passage de Scarron, cité par Hatzfeld, — je le reproduis plus au long — et qui me paraît exigé par la phrase de Voltaire que je cite ensuite.
On ne put l'empêcher (iJa^/o^m) de joindre la grande ser-^ vante, qu'il ne put empêcher aussi de lui donner un grand coup sur la tête. Il en fit trois pas. en arrière; mais c'eût été reculer pour mieux sauter, si l'Olive ne l'eût retenu par ses chausses, comme il allait s'élancer contre sa redoutable
ennemie. L'effort qu'il fît, quoique vain, fut fort violent; la ceinture de ses chausses s'en rompit, et le silence aussi dç l'assemblée, qui se mit à rire. Le seul Ragolin n'avait pas «nvie de rire; et sa colère s'était tournée vers l'Olive qui, s'en sentant injurié, le prit tout brandi, comme on dit à Paris, le jeta sur le lit que faisait la servante...
(Scarron. Roman comique II, 7.) De grands carreaux de vitre, à travers lesquels vous passerez (passeriez?) toute brandie.
(Voltaire. Lettre à madame de Champbonin, 1734.)
Bras. On ne parle et l'on n'entend autre chose ici que comédie. On répète un rôle, d*un côté: on fait les beaux bras, 4e l'autre; on essaie des habits...
(Lettre de Mlle d'Ette à M. de Yalory, dans les Mémoires de Mme d'Epinay.)
€ Faire les beaux bras: affecter les belles manières ». dit Hatzfeld. N'est-ce pas plutôt prendre des poses, se pavaner, en personne qui se sait belle et qui se plaît à parader?
BraTe. Brave se réfère plus tost aux habillemens qu'à l'esprit.
(Ronsard. Epître au lecteur, 1564. Œuvres, éd. Blanchemain, VII. 148.)
Il y eut beaucoup de coups de poing donnés en Allemagne pour ces braves querelles...
(Voltaire. Sottise des dmix parts,)
Brésil. Elles {les femmes hollandaises) commandent aux hommes en véritables maîtresses; et ils leur sont si soumis, <iue jusqu'à cette heure, il ne s'est pas entendu dire qu'en Hollande un mari ait donné un soufflet à sa femme. Si cet -emportement arrivait à quelqu'un, quand même il aurait rai-
— yo —
son, on l'enverrait scier du brésil pour trois ou quatreannées.
(Le Pays. Amitiés^ amours et amourettes. Relation d'un voyage d'Hollande.)
Brunâtre. Hatzfeld : Néologisme.
Le rouge a sous soy la couleur de Roy, ou jaune brunastre.
166i. (Comenius. Janua Unguarum, éd. de Duez, page 146.)
CabalUite* Il a accompagné cette violente action d'un sermon, dans lequel il a traité ces pauvres persécutées de vierges folles, de cabalistes, et de révoltées.
(Patru. Plaidoyer pour madame de Guenegaud.}
Cadeau. Voltaire encore a employé ce mot dans le sensde divertissement offert à une dame :'
CONSTANCE Non, je ue comprends pas Les contrariétés qui s'offrent à ma vue :
Cette rusticité du seigneur du château,
Et ce goût si noble, si beau.
D'une fête si prompte et si bien entendue !
MOBILLO
Eh bien donc! Notre tante approuve mon cadeau ?
LÉONOR 11 me paraît brillant, fort heureux et nouveau.
(La Princesse de Navarre, I. 6.)
Cadenas. Elle (la supérieure d'un couvent) a quantité d& vaisselle d'argent, jusqu'à une bassinoire, une coupe, une soucoupe, une cuiller et une fourchette de vermeil doré: il ne lui manque qu'un cadenas pour faire en toutes façons la princesse.
(Patru. Plaidoyer pour madame de Guenegaud,}
Cailleter* Les femmes soqI faites pour cailieler, et les hommes pour en rire.
(Rousseau. Lettre à DuPeyrou, 19 juillet 1766.)
Canarder* J'ai un bon ami parmi ceux qui s'exposent l«)us les jours à être canardés par les Corses.
(Voltaire. Lettre à M. de Wargemont, 18 octobre 1768.)
Cauevas. J'approuverais fort la méthode de ceux qui houchent les jours de leurs serres avec du canevas, et dans le froid extrême, avec des volets de paille ou de roseau par dessus le canevas.
(BufTon. La statique des végétaux, de Haies, trad. de l'anglais. Chap. YIL)
Cantabile* Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 1776.
Dans les caniabile, le musicien laisse à un grand chanteur un libre exercice de son goût et de son talent; il se contente "de lui indiquer les intervalles principaux d'un beau chanL
1757. (Diderot. Entretien sur le fils naturel. Œuvres, éd. Tourneux. Yll, 105.)
Capelau. Cet homme (Mgr Biord, prince-évêque de Genève) écrivit au roi de France; il le pria de lui faire le |)laisir de chasser un vieillard de soixante-quinze ans, et très malade, de la propre maison qu'il avait fait bâtir, des champs qu'il avait fait défricher... Le roi trouva la proposition très malhonnête et peu chrétienne, et le fît dire au capelan.
(Vollâire. Commentaire historique sur les œuvres de V auteur ■de la Henriade.)
Savez-vous que frère Berthier a pensé être instituteur des enfants de France? Heureusement ce ridicule choix n'a pas eu lieu. Voilà en effet un plaisant instituteur qu'un cape- Jan sans philosophie, sans goût, sans connaissance des hom-
mes! Si on le faisait balayeur de la bibliolhèque du Roi, je le trouverais mieux placé.
(D'Alembert. Lettre à Voltaire, 8 septembre 1762.) Halzfeld définit capelan : Prêtre besogneux. La définition de Littré (Prêtre... dont on parle avec mépris) concorde mieux avec ces exemples.
Capueiuade. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, tiré du second livre des Confessions de Rousseau, écrit en 1766, et publié en 178t^. Mais Littré avait cité un exemple antérieur:
C'était un discours diffus, une rhétorique de légent usé, une capucinade.
1724. (Lesage. Gil Blas, YII, 4.)
Capueinière. Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 1798.
Je vois Rousseau tourner tout autour d'une capueinière où il se fourrera quelqu'un de ces malins..., c'est un homme excessif, qui est ballotté de l'athéisme au baptême des cloches.
(Diderot. Lettre à iMlle YoUand, 25 juillet 1762.)
Caraqae. Si les vents ont porté briser contre la côte de Guyenne les caraques qui se devaient décharger dans Lisbonne...
(Voiture : Eloge du comte-duc d'Olivarès,)
Carrean. Hatzfeld : « Dans les cartes à jouer, carreau rouge qui sert de marque distinctive à un certain groupe de cartes. Locution proverbiale. Dicton fondé uniquement sur l'assonance : Qui garde carreau {pour le dernier coup) n'est jamais capot. Dans le même sens: Se garder, être gardé, avoir garde à carreau ; et figurément : avoir quelque expérience, quelque ressource en réserve pour sortir d'affaires. »
Dans une longue chanson patoise, les Cris de Genève, je relève ces vers :
Vers 120. Terivo à caro, Vers 121. Pregni garde û boi !
c'est-à-dire : tirez-vous de côté ou en arrière; prenez garde au bois qu'on porte ou qu'on transporte dans la rue. — Et j'imagine que la locution : se garder à carreau, n'a pas du tout son origine dans le jeu de cartes, et qu'elle veut dire : se bien garder, sur les côtés et sur ses derrières aussi bien que par devant. — Il faudrait trouver d'autres exemples.
Casemater* Hatzfeld ; Ex. le plus ancien, de 1771.
Les plus grandes forteresses, maçonnées, casematées et minées, ne coûtent pas aussi cher aux princes qui les prennent, que ce méchant retranchement aux Brandebourgeois.
nM,(Frédév\cl].MémoiresdeBrandebourg,hVdiïinéGi&ll,)
Cataelirèse. Fréron vil encore ; il n'y a que ses ouvrages qui Siûent morts; et quand on a dit de lui qu'il est ivremort presque tous les jours, c'est par catachrèse.
(Voltaire. La Défense de mon oncle, chap. Y.)
Catéclièse.Littré: Instruction orale. — Hatzfeld : Enseignement oral.
Zoroastre était beaucoup plus ancien [que Sanchoniaion], et ses livres étaient la catéchèse des Persans.
(Voltaire. La Défense de mon oncle,, chap. XXI.)
Cantèle. Saint-Evremond, dans son Epître à madame Hervart, l'appelle une nouvelle Eve, et ajoute :
Elle aurait peu craint la eautèle Du serpent, du fin séducteur.
Gautèle a ici le sens de manège tortueux. Les définitions de Littré; « précaution mêlée de défiance et de ruse », et de Hatzfeld : « défiance prudente », sont trop étroites, puisqu'elles semblent indiquer que le personnage cauteleux se borne à la défensive.
CaTagnole. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1771.
On croirait que le jeu console :
Mais l'Ennui vient, à pas comptés, A la table d'un cavagnole.
S'asseoir entre des Majestés.
(Voltaire. Stances à la princesse Ulrique de Prusse. Il en parle dans une lettre à d'Argental, du 14 février 1748, et dit qu'elles avaient été écrites « il y a plus d'un an ».)
Céladon. Les céladons ne connaissent les rivières que pour s'y jeter de désespoir.
(Fontenelle. Lettres du chevalier d'Her'\ 37.)
Cendré* Hatzfeld : Dérivé de cendre, sur le modèle du latin cinereus.
Mais cendré est formé de cendre comme azuré d'azur, camphré de camphre, cuivré de cuivre, givré de givre, membre de membre, mitre de mitre. Et -é, dans tous ces mots, n'est pas le latin -eus^ c'est le latin -atus. Au mot pourpré, Hatzfeld dit : Cp. le latin purpuraius.
Certain. A quel âge commence-t-on à avoir un certain âge?
Plus vous avez de talent, monsieur, plus vous devez sentir
que vous avez d'ennemis et de jaloux. Fermez-leur donc la
bouche pour jamais, par une conduite digne d'un homme
sage, et d'un homme qui a déjà acquis un certain âge.
(Lettre du heutenant de police à Voltaire, 2 mars 1735.)
A la date de cette lettre. Voltaire n'avait que quarante ans.
Cliaenn, ehaeane. Acad. : Pronom indéfini, sans pluriel. ~ Litlré : Chacun n'a pas de pluriel.
Les preuves de l'Ecriture sont convaincantes par ellesmêmes; celles de la tradition ne le sont pas moins; et
- bO -
encore que chacunes à part puissent subsister par leur [jropre force, elles se prêtent la main, et se donnent un tjjutuel secours.
(Bossuel. Défense de la traditmi et des saints Pères. II. 6.)
Changer. Les choses sont bien changées de ce que vous les avez vues.
(Voltaire. Lettre à Colini, 29 déc. 1760.)
Chapelet. Si une fille, soit de la ville ou du pays, estoit si mal sage et avoit si peu soin de son honneur, que de se laisser desbaucher à un homme marié, le sçachant estre tel, «oubs espérance de tirer de lui beaucoup pour son chappeleL \ l'homme qui aura fait cela ne sera tenu de luy bailler autre, pour la défloration, qu'une paire de souliers. Et seront ^1 oultre tous deux chasliez comme adultères, à forme de la Loy.
(Lois et ordonnances du Consistoire de la ville de Berne, l(>40, page3i.)
Charité. Quand Hue vit son frère gésir à terre navré,
il s'adressa à Chariot et l'occist. Les iraittres s'esbahirent
quand ilz virent Chariot occis, sy avisèrent quel mensonge
iJk pourroient controuver pour donner la carilé de che fait à
Hue de Bordiaulx.
(Roniaîtia, XXIX, 213.)
Le français moderne dit: prêter une charité à
Charpeuter. Le Grand Duc de Moscovie.... a assez de génie pour les mathématiques mais du reste, quels travers d'esprit ! Il ne se plaît giières qu'à charpenter, et il passe des jours entiers à travailler, comme un ouvrier, à la construction des vaisseaux ; on le voit aux ateliers, comme le plus vil manœuvre.
(Bayie. Lettre à M'**, 28 novembre 1697.)
Ce passage curieux est fait pour nous engager à la retenue, dans les jugements que nous autres critiques et hommes de cabinet, qui tenons Bayle pour un de nos maîtres, nous portons sur les hommes d'action et de gouvernement.
Châtain. Il avait les cheveux et la barbe d'un châtam
•obscur.
(Boiihours. Yie de saint François Xavier, YI.)
Cliêmer.
Comme un enfant, de langueur il se chesme.
(Regnier-Desmarais. Poésies : Les biens et les maux du mariage, IV.)
ClièneTière. Voltaire a employé le masculin chenevier :
c'est une forme savoyarde.
ne jouissant que d'un pelit jardin et chenevier, qu'on a
tout dévasté.
(Lettre à M.Fabry, 1" juillet, 1767.)
CheTalerie. Quoique vous soyez née de l'ancienne chevalerie, vous ne voulez pas que le reste du monde soit esclave.
(Voltaire. Lettre à M"' de Saint-Julien, 17 avril 1776.)
Chevauelier. Au sens figuré, l'Académie, Littré et flatzfeld sont d'accord à donner pour définition : se croiser. On peut en donner une autre : avoir, pour ainsi dire, une jambe d'un côté, et une jambe de Vautre, Il y a plusieurs branches de nos connaissances qui chevauchent sur la limite de deux facultés universitaires. Ainsi la médecine légale (Facultés de Médecine et de Droit) et l'histoire des religions (Faculté des Lettres et de Théologie.)
Ckiffoii.... ne pas négliger de couper les branches chiffonnes et inutiles qui consomment une grande quantité de sève.
(Buffon. La statique des végétaux, de Haies, Irad. de- Tanglais. Chapitre VIII.)
€lioré¥êqae. Ualzfeld : Ex. le plus ancien, de 1694.
L'office des chorévêques, auxquels les doyens ruraux onl succédé, était de veiller sur les paroisses de la campagne.
1634. (Lemaistre. Plaidoyer pour les droits des doyens ruraux,)
Ckouan. Je copie la définition du dictionnaire Hatzfeld :
1° Bialect. Le moyen duc, sorte de hibou. 2° JFe^. Nom donné aux défenseurs de la royauté, pendant la Révolution.
Ainsi le nom de chouan aurait été donné par métaphore aux royalistes, parce qu'ils étaient, aux yeux de leurs adversaires, des espèces d'oiseaux de nuit. Mais je lis dans un opuscule de M. Maurice Tourneux : Les sources bibliographiques de l'histoire de la Révolution française, Paris, 1898^ page o8 : « La chouannerie a eu pour parrain un ancien faux-saunier ou contrebandier, nommé Cottereau, et surnommé Jean Chouan qui périt d'ailleurs dès 1792, et que^ rien ne recommandait à la célébrité posthume qui l'attendait. *
Clireatomathie. Même observation que pour archéologie (voir ce mot). Je ne sais si les ouvrages de Harless : Chrestomathia grœca pœtica, 1768, et Chrestomathia latina pœiica, 1770, sont les premiers où se trouve le mot chrestomathia.
Christ. D'après l'Académie et Hatzfeld, les protestants sont seuls à dire : Christ, sans article. Ce n'est chez eux qu'un archaïsme. Les catholiques, au 16"" siècle, et La Fontaine encore, au 17""', disaient : Christ, sans article.
En Saxe je l'ay veue (cette secte) en mes jours commencer, Non comme Christ la sienne ; ains par fraude et puissance, Dessous un apostat elle prit sa naissance.
(Ronsard. Response aux calomnies des fn-édicans, Œuvres, éd. Blanchemain, VII, 132.)
En me moquant de lui, je me moque de. Christ?
. ..l'Eglise Que vous nommez contraire à l'Eglise de Christ
(Du Bellay.. Les Regrets. Réponse de l'auteur au sonnet -d'un quidam.)
De même, Jodelle, dans les Sonnets contre les ministres de la nouvelle opinion :
Des nations que Christ à son saint nom soumet,
(xvir-)
Est-ce suivre de Christ et pour Christ le martyre t