SUR LES MOEURS, XIX
Pour un lerriloire qui représente à peu près la moitié du royaume, on comptait, en 1328, 2,411,149 feux: ce qui, d'après les estimations les plus modérées, c'est-à-dire de 4 habitants par feu, donnerait pour la France de vingt à vingtdeux millions d'habitants.
Paris avait 61,098 feux imposables : ce qui doit donner une population totale, voisine de trois cent mille âmes.
(Lavisse. Histoire de France, IV, 20.)
Fiacre. Frère Kroust dira à madame la Dauphine que je suis athée; mais parle grand Dieu que j'adore, je les attraperai bien, eux et l'abbé Guyon, et maître Abraham Ghaumeix...., je suis meilleur chrétien que tous ces (iacres-là. (Voltaire. Lettre à madame d'Epinay, 26 décembre 1760.) Le fiacre, qui ne veut pas perdre sa course, descend de son siège.
(Diderot. Salon de 1765, (Euvres, X. 337.)
Fienx. Je vous dis,moi, qu'il y a plus de trente fautes dans l'édition de Prault, que Prault fils est un franc fieux.
(Voltaire. Lettre à d'Argental, 27 août 1761.)
Figue. Hatzfeld : Etym. Emprunté du latin ficus.
Ne faut-il pas chercher Tétymologie de ce mot dans la
forme provençale fyya, le nom venant du Midi, en même temps
.que le fruit ?
Fin. Il y a longtemps que j'ai prétendu que le souper était une des quatre fins de l'homme; je ne me souviens pas queUe est celle dont je lui fais prendre la place : la mort, le paradis et l'enfer, voilà les trois dont je me souviens.
(M"* du Defl'and. Lettre à Walpole, 4 mai 1779.)
Finir. L'Académie, Liltré etHalzfeld sont d'accord à dire
que finir s'emploie avec la préposition de, suivie d'un infinilif. Mais quelquefois on le fait suivre d'un nom :
Non, tout cela est précaire, et notre public est mobile ; nous n'en avons fini de rien.
(Lellre du comte Mole, 6 juin 1837.)
Si vous entendez dire qu'avec des Chambres et le gouvernement représentatif, on n'en finira jamais d'Alger....
(Lettre de M. de Barante, 23 juillet 1837 ; citée, comme la précédente, dans les Souvenirs du baron de Barante, tome YI ; pages 28 et 43.)
Flxer^ L'expression : fixer une personne^ un objets dans le sens de fi^er ses regards sur cette personne, sur cet objet, est notée par Littré comme fautive. Il la signale dans Malfilàtre, Delille et Lamartine. Avant eux, Jean-Jacques Rousseau l'avait employée :
Leur manière intrépide et curieuse de fixer les gens...
(Nouvelle Héloïse, II, 21.)
Flanquer. M'* la princesse de Conti, voulant faire une politesse à une dame qui avait soupe chez elle, lui demanda ce qu'elle avait fait au jeu : Ah! dit-elle, je m'en suis flanqué pour cinquante francs.
(M"« du Deffand. Lettre à Walpole, 14 mars 1779.)
Fleur. A quel moment cesse ce qu'on appelle la fleur de rage ?
« Trente ans, dit l'Académie, c'est la fleur de l'âge pour un homme. »
« Il est mort à la fleur de son âge, » a dit d'Alembert dans l'Eloge de i'abbé Mallet, qui a vécu jusqu'à sa 42* ou 43* année.
Et A oltaire, écrivant le 1" novembre 1773 à l'impératrice Catherine, lui disait : c Ce n'est pas à un barbouilleur inutile
qu'il faut de longues années, c'est à une héroïne, née pour changer la face du monde. Elle est encore dans la fleur de son âge. » - L'impératrice Catherine, née le 2 mai 1729, avait quarante-quatre ans.
Fols. Voltaire a dit dans une lettre à d'Argenlal, le 1 1 juillet 1744 : Morillo est d'une nécessité absolue; il est le père de sa fille, une fois, et on ne peut se passer de lui.
Une fois est ici une locution adverbiale et elliptique, signifiant : une fois qu'il en est ainsi, la question est décidée.
Fond. L'heure que la reine lui avait donnée pour l'entendre était à cinq heures du matin : c'est-à-dire, en Suède, dans le fond de l'hiver, cinq ou six heures avant le jour.
(Relation de la mort de M. Descartes, par mademoiselle Descartes.)
Le fond de l'air est toujours froid.
(Bernardin de Saint Pierre. Lettre du 1" prairial anXIII, à M. Robin.)
Fondateur. Les seigneurs des Beaux sont fondateurs de la nef de l'église de Chouzé; car il n'y a point de plus certaine marque de fondateur que les armes dans la voûte : cela est des maximes les plus communes.
(Patru. Facium pour Gédéon Tallemant, sieur des Beaux.)
Fondue. Si vous pouviez trouver un morceau de bon fromage de Gruyère, et plutôt nouveau que vieux, nous nous régalerions d'une fondue. Cela nous rappellerait la montagne de Salève, et me ferait grand plaisir.
(J.-J. Rousseau. Lettre à Coindet, 10 février 1768.) Forestal. Tous les dits bois, injustement distraits du forestal, sous prétexte d'une vente simulée, appartiennent légitimement à l'acquéreur de la terre.
(Voltaire. Lettre à M. de Ruffey, 30 septembre 176 L)
Tortnne. Il me semble que le maréchal de Richelieu n'a pas été traité bien favorablement par la cour des pairs. J'ai bien peur que les neveux de madame de Saint- Vincent, et Je major, et les autres qui ont été emprisonnés à sa réquisition, et à ses risques, périls et fortune, ne demandent de gros dommages et de grandes réparations.
(Voltaire. Lettre à M. d'Argental, 5 avril 1776.)
Fossé. — Je passerai ce qui me reste de vie à faire de Ja terre lé fossé, et à mettre mes voisins les jésuites dans la voie du salut.
(Voltaire. Lettre à M. Tronchin, o décembre 1760.)
Fraternité. Quand on n'est pas uni avec le corps de TEglise, et avec toute la fraternité.
{Bossuet. Lettre pastorale sur la communion pascale^ IV.)
Frisoir. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de 1723.
Les cheveux frisés et annelés se frisent avec un frisoir.
166 L (Comenius. Janua Unguarum, éd. de Duez.)
Fromental. Ce sera à vous, monsieur, que je devrai des prés artificiels. Je sème du trèfle dans les uns, et du fromental dans les autres.
(Voltaire. Lettre à M. Abeille, octobre 1761.)
Il n'y a point de détérioration dans le changement d'une mauvaise vigne en un pré semé de fromental.
(Voltaire. Lettre à François Tronchin, 4 janvier 1765. Le Go7iseiller Tronchin. page 190.)
Fromentée, adjectif féminin (Littré>. — Fromenté. Néologisme (Hatzfeld).
François de Sales avoit les cheveux fromentez et chas- *ains.
(Cliarles-Auguste de Sales. Histoire du bienheureux Françoia de Sales, livre X, in fine.)
Frontispice. Celte croix de bois se trouvait placée tout juste vis-à-vis le portail de l'église que je fais bâtir, de façon que la tige et les deux bras Toffusquaient entièrement, et qu'un de ces bras, étendu juste vis-à-vis du frontispice de mon château, figurait réellement une potence, comme le disaient les charpentiers.
CV'oltaire. Lettre à M. ArnouU, 6 juillet i76L)
Fugace. Quelle apparence qu'au bout de plusieurs années, je puisse retrouver la trace de cette petite et fugace plante t
(J.-J. Rousseau. Lettre à la duchesse de Portland, 19 juillet 1772.)
Fnrtir. Au mot méprisable^ Hatzfeld dit : xiV s. Se déduit de l'existence de méprisàblement. — De même au mot ori* ginel.
Au mot furtif, il aurait pu dire de même : xiV s. Se déduit de l'existence de furtivement, — Au heu de cela, il ne fait remonter l'existence de furfifqa'k l'année 1549, époque où cet adjectif se rencontre dans le dictionnaire de Robert Estienne.
Galbannm. Hatzfeld : Donner du galbanum à quelqu'un, l'amadouer.
La définition de Littré est meilleure : « Donner du galbanum, donner de fausses espérances. »
Je vous nommerai dix personnes qui ont votre épUre à Horace. Vous m'en parlez, vous me l'offrez, vous n'attendez que mon consentement pour me l'envoyer ; je me hâte de marquer mon empressement; voire réponse se fait attendre mille ans, et finit par être un refus : c'est là comme vous traitez vos amis !... Si vous voulez que je ne vous croie pas un donneur de galbanum, vous m'enverrez, sans tarder un moment, votre épître à Horace.
(M"' du Deffand. Lettre à Voltaire, 28 octobre 1772.}
Gaguer. Halzfeld : gagner pays, prendre de l'avance.
Diderot écrivait à Rousseau : On ne lrouv<>ra sur le chemin de TErmitage que quelques philosophes pédestres, gagnant pays le bâton à la main, mouillés jusqu'aux os et eroLtés jusqu'au dos.
Gffffner pai/s, ïd, signifie : avancer dans son chemin, se hâter d'arriver ; ce n'est pas tout à fait le même sens.
Galoche. Au commencement du règne de Louis XIII, on allait à pied avec des galoches, ou avec des bottines, qu'on laissait dans l'antichambre, quand on rendait quelque visite. J'ai vu, moi enfant, un reste de cet ancien usage.
(L'abbé Gédoyn. Œuvres diverses, page 3o6.)
GalTander. M. Dorât m'a galvaudé deux fois ; je lui ai pardonné deux fois. Gomme je me meurs et que je veux mourir en bon chrétien, s'il me fait une troisième algarade, je lui pardonnerai pour la troisième, parce que je trouve qu'il ^ beaucoup de lalents et de grâces ; mais ne lui en dites
fToltaire. Lettre au comte de la Tourette, 15 sept. 1770.)
Garde-marteau. N'est-ce point un garde-marteau qui ^3evr^it avoir marqué ces bois?
O'oltaire. Lettre à M. de Ruffey, 30 septembre 1761.)
Garu». Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 1757.
Prenez la bouteille de garu chez Geoffroy : c'est votre voisin.
1736. (Voltaire. Lettre à l'abbé Moussinot; Edit. Moland, il*» 08^.)
Gaope. Nous fûmes reçus (che0 Voltaire) par la nièce Denis, qui est la meilleure femme du monde, mais certaineniejiL la plus gaupe.
(M'""' du Deffand. Lettre à Walpole, 22 février 1778.)
Ga7.. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1690.
Premièrement, il n'y a point lieu de douter que la flamme est une fumée allumée; secondement, que la fumée est une vapeur, nommée (d'un nouveau nom) Gas.
(Œuvres de Van Helmont, de la traduction de M. Jean Leconte. Lyon, 1670; page 93.)
Le charbon,... en brûlant... et généralement tous les corps qui immédiatement ne s'en vont pas promptement en eau, jettent un certain esprit sauvage, nommé Gas. Par exemple, soixante-deux livres de charbon, consumées, ne laissent guère plus d'unehvre de cendres. Donc les soixante livres de surplus ne seront qu'esprit. Cet esprit ou ce gas ne peut pas être détenu dans des vaisseaux, ni être réduit en corps visible, que sa vertu séminale ne soit préalablement éteinte.
flbid., page 99.)
Texte latin : Carbo ergo, et universaliter corpora qusecunque non abeunt in aquam, necessario éructant spiritum silvestrem.... Hune spiritum, incognitum hactenus, novo nomine Gas voco.
Gazette. Il y a autant de journaux que de gazettes.
(Voltaire. Lettre à M. Bertrand, 27 décembre 1758.) On se demande ce qui distinguait, aux yeux de Voltaire, un journal d'une gazette.
Génératrlee. Littré : ligne qui, par son mouvement, produit une surface. — Hatzfeld ; triangle générateur^ dont la révolution autour d'un de ses côtés engendre un cône; génératrice, ligne formant l'axe autour duquel a lieu cette révolution.
Ces deux définitions ne sont pas d'accord, et c'est celle de Littré qui me paraît la bonne.
Génial. Littré, dans son Supplément, aux mots génial^
génialement^ génialité, condamne l'emploi de génicU dans le sens : qui est de génie. Il est certain que le latin genialis a un autre sens, et se définit ainsi : perUnens ad Genium^ naiurae et voluptatis Deum.
Exemples : genialis torus;
Ducuntur raptœ, genialis prseda, puellae.
Mais, quel que soit le sens qui est propre au latin genialis^ la langue française a bien le droit de tirer, du substantif génie^ qui lui appartient, l'adjectif ^cmW, qui est formé comme colonial dérivé de colonie^ colossal de colosse, papal de pape, et vertébral de vertèbre,
Oénie. Dans l'usage actuel, ce mot semble ne pouvoir s'employer qu'en parlant de la supériorité d'esprit de quel- <|ues hommes extraordinaires, un Copernic, un Shakespeare, un Napoléon. Autrefois, il emportait une signification moins haute et rare; le génie était à la portée de beaucoup de ^ens.
« Il avait plus de génie que d'étude et de savoir », a dit Pellisson (dans V Histoire de V Académie française) de M. de l'Estoile, auteur de la Belle Esclave, tragi-comédie, de Vintrigue des filous, et de poésies diverses dans les recueils de son temps.
Dans ses Réflexlo7is sur les éloges académiques, d'Alembert -appelle Dumarsais « un grammairien de génie». A^oltaire, à maintes reprises, parle à ses correspondants de leur génie, ou du génie de quelque littérateur contemporain :
Je crois que vous avez fait une très bonne acquisition dans M. Saurin (qui venait d'être nommé membre de l'Académie française). Il est littérateur et homme de génie.
(Voltaire. Lettre à l'abbé d'Olivet, 10 avril 1761.)
Je suis le plus trompé du monde, s'il (Arnmcd) n'est né
avec du génie...
(Voltaire. Lettre à Helvélius, 2 avril 1739.)
Je viens de lire des morceaux admirables dans une tragédie de génie. (Mahomet II, par La Noue.)
(Voltaire. Lettre à Gide ville, 3 avril 1739.)
Il y a de bien beaux vers dans la tragédie de Mahomet IL L'auteur a du génie.
(Voltaire. Lettre à Le Franc, 14 avril 1739.)
La Coque(te,[comédie de madame Denis] me tourne la tête. Les choses charmantes dont elle est pleine me remplissent d'admiration. Je suis tout glorieux d'avoir une nièce qui soit un génie.
(Voltaire. Lettre au marquis de Thibouville, 15 juillet 1752.)
Cette ode {VOde sur la guerre, de Borde) me parait d'un homme de génie; mais il y a trop de fautes contre la langue.
(Voltaire. Lettre à M. Pierre Rousseau, 16 septembre 1701.)
Vous me paraissez faire trop peu de cas du génie aimable
avec lequel vous êtes né. Vous joignez à ce génie un goût
fin et cultivé, qui est presque aussi rare que le génie même.
(Voltaire. Lettre au cardinal de Bernis, 26 mai 1762.)
Je lui sais bon gré (à DeVosge, qui dessinait des estampes pour les tragédies de Corneille) de mettre du génie dans ses dessins.
(Voltaire. Lettre à M. Fyot de la Marche, 25 août 1762.)
Vous avez la noble sincérité qui appartient au génie.
(Voltaire, Lettre à La Harpe, 25 mai 1764.)
Gentry. La noblesse dont cette Chambre (des Communes) est composée, semble être ce qu'il y a au monde de plus heureux : j'entends cette espèce de noblesse qu'ils appellent
Gentry, Ce sont des gens riches, que leur naissance n'oblige i\ aucun scrupule incommode, et qui peuvent gagner du bien par le négoce, lorsqu'ils en manquent.
(Murait. Lettres sur les Anglais^ I.)
Oéologpie. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1779.
Dans VExpUcation du système des connaissances humaines, qui fait suite au Discours préliminaire de l'Encyclopédie (1751), Diderot indique la « Géologie, ou science des continens ^ comme une des quatre parties de la cosmologie.
Je n'entends ici par cosmologie que la connaissance de la Terro, et non celle de l'Univers. Dans ce sens, géologie eût été le mot propre; mais je n'ose m'en servir, parce qu'il n'est [)as usité.
(J.-A. De Luc. Lettres, publiées en 1778, sur quelques parties de la Suisse, page vni.)
Ce mot géologie ne vient pas du grec, comme le dit Hatzfeld, mais du latin moderne geologia. Je ne sais pas si ce mot y été employé avant le livre d'Erasme Warren: Geologia: or, a Discourse concerning the Earth before the Déluge. Londres, 1690.
Clermanisme. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1752.
.» Ce joli mot de germanisme, dont il (Voltaire) fait depuis douze ans son épée de chevet pour combattre tous mes écrits, passés, présents et à venir.
(Lettre de Jean-Baptiste Rousseau, 22 mai 1736; citée par Desnoiresterres. Voltaire, I, 244.)
La première édition du livre de Mauvillon : Remarques sur les germanismes, a été publiée en 1747.
Oestatoire. Littré : Etym. Lat. gestare^ porter.
Il faut plutôt dire : du lat. gestatorius, adjectif employé par Suétone, qui dit de Néron : Gestatoria sella delaius in theairum^ ...
Girandole. La Girandole est un grand bassin rempli de dragons, qui jettent quantité d'eau avec une impétuosilt> étrange et un bruit extraordinaire.
(Description de la belle cascade de Tivoli, dans les Lettrc-'i choisies de Messieurs de V Académie française, Paris. 1710.)
Girouette. Hatzfeld: en vers, -rrou -et. — Et cependant Voltaire a compté -rouet pour une seule syllabe dans ces vers:
Les girouettes ne tournent plus Lorsque la rouille les arrête.
(Lettre à M, de Gideville, 19 septembre 1755.) Glacier. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1757. Une autre assiette, étreinte de gelée :
Ceus du pais glacier l'ont appel lée.
1572. (Peletier. du Mans. La Savoie. I, 164-)
Golllle. Pour Alvarès et son fils (personnages d'kLZiKY^) le mieux serait l'ancien habit à l'espagnole, la veste courte et serrée, la golille, le manteau noir doublé de satin couleur de feu, les bas couleur de feu, le plumet de même . . . Yoilii, madame, tout ce que votre tailleur peut dire.
(A'oltaire. Lettre à la duchesse de Saxe-Gotha, 15 janviej' 1760.)
Gondole. Le maréchalde Saxe, dangereusement malade^ était posé dans une gondole d'osier, quand ses douleurs et sa faiblesse l'empêchaient de se tenir à cheval.
(Voltaire. Notes du Poème de Fonteno^.)
Je débarrasse encore ma protectrice du logement des histrions. Je prie seulement l'intrépide et exact Gauchet de m'envoyer lundi, à une heure précise, une gondole, et un carrosse à quatre, qui amèneront et ramèneront conjurés ei consuls.
(Voltaire. Lettre à la duchesse du Maine, ce samedi .... juin 1753.)
iO
Oolliiqne. Halzfeld. Ex. le plus ancien, de 1556. ... le latin barbare, . . . sentant encore les vieux siècles de la barbarie gothique.
1554. (Buttet, Apologie pour la Savoie,)
De Bèze, ce n'est pas une terre gothique, m une région tartare ni Scylhique, ....
Si Gédéon avait commis vos brigandages.
Vos meurtres, vos larcins, vos gothiques pillages...
(Ronsard, Continuation du discours des misères de ce temps.)
Connaissez- vous rarchitecture de nos vieilles églises, q\i\m nonuiie gothique?. . . Cette architecture qu'on appelle gothique, nous est venue des Arabes.
(Fénelon. Dialogues sur Véloquence, IL)
Si l'on excepte Milan et Naples, l'Italie ne renferme pas un seul monument considérable qu'on puisse appeler ^o^^ei;iue; et ce nom même, dans la pensée de l'Italie, est synonyme de barbare.
Je ne doute pas que l'origine tant cherchée du nom de gothique ne soit italienne. Dans le souvenir de Tltalie, tous les barbares destructeurs de l'empire romain s'appelaient indistinctement Goti; gotico devint ainsi synonyme de barbdir; kj^ temps gothiques senties temps barbares, el voilà pourquoi la Kenaissance, dans son dédain pour les édifices du moyen-âge, les appela gotid,
(Henan. Article pubUé en 1857, et recueilli dans ses Nouvelles études d'histoire religieuse, page 403.)
Ctraudelet.. Comme dit le pape Grégoire, ceux-là errent grandement, qui estiment que les enfants grandelets ne sauraient faillir : ce que la Glose entend de ceux qui ont atteint ràf[e de sept ans.
(Simon d'Olive. Actions forenses, III, 7.)
Grangper. LiUré cile une phrase des Confessions de Rousseau (dans le récit de la promenade à Thônes, au 4* livre) : « Elles baisaient de temps en temps les mains de la grangère. » Non pas les mains, mais les enfants de la grangève.
Oricliard. Ma mère tourmente Charles, elle le querelle Je dis quelquefois à Charles : Mon ami, quand nous
serons vieux et infirmes, nous serons peut-être aussi gri- €hards que ma mère.
(M"' de Lespinasse. Suite du Voyage sentimental, chap. 46-.)
Griffon. Littré : 11 porte d'or au griffon d'argent.
L'exemple n'est pas bien choisi : ces armoiries ne seraient pas correctes.
Il eût été mieux de copier littéralement le dictionnaire de l'Académie : Il porte d'or au griffon de sable, ou de dire, par exemple : Les armes des princes de Wenden sont d'azur au griffon d'or, lampassé de gueules.
Oriffonnement.. Je les ai lues (les lettres de Balzac). . . on prendrait les unes pour des grotesques, ou des griffonnements de vitrier, et d'autres pour des originaux de Tempesta.
(Le père Garasse. Réponse du sieur Hydaspe au sieur de Balmc, Œuvres de Théophile, éd. Alleaume, I, ccvj.)
Grimanderie. S'il venait à parler de quel(|ues grimau- <leries, de quelques déclinaisons de noms, ou bien de quelque owo, amas ....
(Butlet. Apologie pour la Savoie, page 117 de la réimpression faite par M. Mugnier).
Grimeliner. Cet épineux d'Ëspagnac. . . devrait bien
plutôt songer à tirer le pays de Gex. de la misère, qu'à grimeliner des lods et ventes.
(Voltaire. Lettre au marquis de Chauvelin, 11 décembre 1759.)
Orisse. Je leur donnerais pour jouer de petits bâtons de^ pain dur, ou de biscuit semblable au pain de Piémont, qu'on appelle dans le pays : des grisses.
(Rousseau, Emile, I.)
Cp. le Glossaire genevois de Humbert, au mot glisse.
Grivoise. On raisonne toujours sur les vices, et rarement sur les vertus. Les enjouées de Languedoc, les coquettes de Paris et de Touraine, et les grivoises de Flandre, sont plus souvent sur le tapis que les simples de Picardie.
(FureUeriana, 1696.}
Ornyère* Hatzfeld : Etym. Nom propre : Gruyère, ville de Suisse.
C'est tout le pays de Gruyère — l'ancien comté de ce nom, qui comprend toute la haute vallée de la Sarine, — plutôt que la très petite ville de Gruyère, qui a donné soa nom au fromage de Gruyère.
Gnerdon.
Autrefois, de ta félonie Thémis te donna le guerdon.
(Voltaire. Temple du goût^ variantes. C'est à Jean-Baptiste Rousseau que ces vers s'adressent.)
Gnéret. L'agriculture n'est point un sujet riant pour des Parisiens. Ils ne savent pas la différence d'un sillon à un guéret.
(Voltaire. Lettre à l'abbé d'Olivet, 25 avril 1764.)
Même remarque que pour gazette.
Gnillemet. Plût à Dieu qu'elle {V Encyclopédie) fût en «ITet un recueil de tout ce que les autres livres renferment d'excellent, et qu'il ne lui manquât que des guillemets 1
(D'Alembert. Préface du 3^ volume de V Encyclopédie,)
Badji. . . avec plus d'ardeur que les adjes ne soupirent ^près la vue de la pierre noire de la Caaba.
(Voltaire. Lettre à l'abbé Auhillon, ocf 1742.)
Héréticité. L'héréticité du texte d'un livre n'est pas plus un fait, que celle du texte des propositions.
(Fénelon. Lettre au père Lami, 22 mai 1704.)
Hétérodoxie. Hatzfeld. Ëx. le plus ancien, de 1740.
Quel que soit le temps où dans la foi on dise autre chose que ce qu'on disait le jour d'auparavant, c'est toujours l'hétérodoxie : c'est-à-dire une autre doctrine, qu'on oppose à l'orthodoxie.
(Bossuet. Instruction pastorale sur les pro7nesses de V Eglise, I, 28.)
Hippogpriffe. Littré et Hatzfeld s'accordent à dire que <:et animal fabuleux est moitié griffon, moitié cheval: — le griffon lui-même, autre animal fabuleux, étant selon les mêmes : moitié aigle et moitié lion.
Cette définition de l'hippogriffe implique l'idée qu'il a quelque chose du lion : ce qui n'est pas. Arioste (IV, 18) a décrit en effet le cheval ailé qu'il a imaginé, en ces termes :
....il destrier....
Ch' una giumenta generô d'un grifo :
Simile al padre avea la piuma e l'aie, Li piedi anteriori, il capo e il grlfo; In tulte l'altre membra parea quale Era la madré, e chiamasi Ipogrifo.
Ainsi pour le plumage, les ailes, les pieds de devant, la
tête et le bec, Thippogriffe est semblable au griffon; mai^ pour tout cela, le griffon lui-même est semblable à l'aigle.
Le train de derrière du griffon est d'un lion; celui de l'hippogriffe, d'un cheval.
L'hippogriffe n'a donc rien d'un lion; et il faut le définir : animal fabuleux, moitié aigle et moitié cheval, né d'un griffon et d'une jument.
Historiquement. Je le dis historiquement, et vous devez le prendre à la lettre.
(Balzac. Lettre à M. de Lionne, 4 août 1650.)
Hngpnenot. . . que Mons*^ le duc mist tel ordre en ses pays, que ceulx de Genève ne fussent point oultragés, leurs disant traytres ayguenots: lequel oultrage et injure ne pourroient endurer.
(Journal du syndic Jean Balard, avril 1526. Mémoires de la Société d'histoire de Genève, X. 60.)
Bumonr. Halzfeld : Néologisme.
Ils (les Anglais) ont ce qu'ils appellent /«//woî^r,- qu'ils prétendent leur être singulier Cette hummir est à peu près
ce que fait le diseur de bons mots chez les Français.
1725. (Murait. Lettres sur les Anglais^ II.)
Les Anglais ont un terme pour signifier cette plaisanterie, ce vrai comique, celte gaîté, ces saillies qui échappent à un homme sans qu'il s'en doute: et ils rendent celte idée par le moihîimeur, humour, qu'ils prononcent ^2«mor: ils croient qu'ils ont seuls cette humeur; que les autres nations n'ont point de terme pour exprimer ce caractère d'esprit. Cependant c'est un ancien mot de noire langue, employé en ce sens dans plusieurs comédies de Corneille.
(Voltaire. Lettre à d'Olivet, 20 août 1761.)
A vrai dire, le Lexique de Corneille (édition des Grands
écrivains) ne cite qu'un seul exemple de humeur, au ver^ï 815 de la Suite du Menteur,
Barlnberln. Je soupai hier chez madame de Forcalquier; il y avait la duchesse de Yilleroi, avec qui j'ai lié ccuinaissance. C'est une hurluberlue, un drôle de corps.
(M"' du Deffand. Lettre à Walpole, 18 janvier 1767.)
M"' du Deffand dictait ses lettres, et son secrétaire Wiari, qui a mis hurluberlu au féminin, ne saurait passer pour uuo autorité; mais c'est pourtant un témoin de la bonne prononciation.
Bassard. Je n'ai point dit qu'il (G^-imm) eût été houzard chez M. le comte de Friesen, qui, lui trouvant quelque esprit, l'avait fait étudier et en avait fait son secrétaire.
(Lettre de Fréron à M. de Malesherbes, 29 mars [1734] citée dans la Correspondance littéraire de Grimm, éd. Tourneux, XVI, 257.)
Boudard est pris là dans un sens que n'indiquent ni Littré, ni Hatzfeld.
Bydropliobe. Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 1702. Le chien. . . enragé. . . par sa morsure rend la personne hydrophobe.
166L (Comenius. Janua Unguarum, éd. de Duez, page 84.)
Bypercrltique. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1703,
A nos seigneurs académiques, Nos seigneurs les hypercritiques,...
(Ménage. Requête des diction nair es.)
Iconoclaste. Luther et les luthériens ont condamné les brise-images.
(Bossuet. Réflexions sur V écrit de M., Molamis. 111, ^.)
Idiome. Je m'accoutumais à réfléchir sur rélocuti(Hi,
— loO —
sur les constructions élégantes; je m'exerçais à discerner le français pur de mes idiomes provinciaux.
(J.-J. Rousseau. Confessions, III.) Igpnorer. Le sens de l'allemand ignoriren : faire comme si on ignorait, est-il étranger au verbe français?
Ces actes ne sont point ecclésiastiques ; l'Eglise n'a pas
besoin de les connaître : Rome peut les ignorer de loin.
Combien de fois le Saint-Siège en a-t-il toléré de plus forts !
(Fénelon. Lettre au Père Daubenton, 12 avril 1714.)
Illuminisme. M""" de Slaël a employé dans le même sens la forme illumination :
Que serall-ce si je parlais des exemples qu'il reste encore
d'intolérance superstitieuse, de piétisme, d'illumination..?
(De rinfluence des passions, II, 4. De la religion.)
Ilote. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de Montesquieu.
Ce mot se rencontre plusieurs fois dans la traduction qu'Amyot a donnée du traité de Plutarque : Apothiegmes des Lacédémoniens.
Immunité. Par le mot d'immunité, on entend ordinairement le droit d'asile ou de franchise; car le respect de la Religion a fait regarder les lieux saints comme des lieux de sûreté, où il n'était permis d'exercer aucune violence, même
pour arrêter les criminels Voilà en quoi consiste Vim-
mimité que Ton appelle locale. Il y en a encore deux autres espèces : Vimmimiié réelle, qui exempte les biens ecclésiastiques des charges publiques; et V immunité personnelle qui en exempte les clercs et les religieux.
(Fleury. Introduction au Droit ecclésiastique, II, 7.)
Imparfait. La terre était informe et toute nue, les ténèbres couvraient la face de Vabîme, et Vesprit de Dieu était porté sur les eaux. — La terre était, les ténèbres couvraient.
Tespril de Dieu était : ces expressions par l'imparfait du verbe, n'indiquent-elles pas que c'est pendant un long espace de temps que la terre a été informe, et que les ténèbres ont couvert la face de l'abîme?
(Buffon. Epoques de la nature.) Impersonnel. L'Académie dit : « Certains verbes peuvent quelquefois devenir impersonnels », et elle en donne des exemples, soit à ce mot impersonnel, soit aux mots arriver, entrer, résulter, sortir, tomber, venir, etc.
Malgré l'expression: « Certains verbes », les verbes
qui s'emploient ainsi à l'impersonnel ne sont pas en nombre limité. Je ne crois pas que le verbe errer, par exemple, ail été jamais employé ainsi avant M. Sully Prudhomme : La Grande Ourse, archipel de l'Océan sans bords, Scintillait bien avant qu'elle fût regardée, Bien avant qu'il errât des pâtres en Chaldée.
Ces verbes accidentellement impersonnels sont surtout des verbes neutres ou pronominaux; quelquefois aussi, des verbes passifs. Ex. :
Je ne suis point surpris de la conduite de ce malheureux
Jean-Jacques ; mais j'en suis très affligé. Il est affreux qu'il
ait été donné à un pareil coquin de faire le Vicaire savoyard.
(Voltaire. Lettre à d'Argental, 14 juillet 176(5.)
Improbabilité. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1770.
Si la victoire de Lissa est aussi complète que le roi de * Prusse le dit, s'il y a vingt mille prisonniers, comme il s'en
vante, malgré l'improbabilité du nombre
(Voltaire. Lettre à Tronchin, 3 janvier 1758.)
Inabordable. Chénier était un homme à la fois violent et susceptible de frayeur; inabordable au raisonnement, quand on voulait combattre ses passions, qu'il respectait comme ses dieux pénates.
(M"* de Staël. Considérations sur la Bévolution, 111, 2o.)
Incogpttito. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1647.
Et peut-être que je vous apparaîtrai tout d'un coup en voire chambre, et fendrai la nuée. . . avec dessein, de plus, de demeurer quelque temps auprès de vous, mais absolument incognito^ et sans me manifester à qui que ce soit. (Balzac. Lettre à Chapelain, 28 déc. 1641.)
lucommunicable. Je vous chercherais des louanges, , * propres à A'otre Eminence, incommunicables à tout autre qu'Elle.
{lïnlzac. Lettre au cardinal Mazarin, 17 novembre 1647.)
Ineiiiiable. Acad. : « Qui date des premiers temps de rimprimerie. Il se dit substantivement des livres iaiprimés antérieurs à l'an 1500. »
Le mot doit son origine au livre de Beughem, cité par llalzfeld : Incuncièula iypograpliiœ, Amsterdam, 1688; c'est un catalogue des livres imprimés au 15" siècle : ce qui concorde avec la date de 1500, marquée par l'Académie. Mais Tusage courant ne s'arrête pas à cette date : on voit des impressions gothiques du commencement du 16* siècle, qualifiées d'incunables.
Indélicat. Hatzfeld. Ex. le plus ancien, de 1812. Il n'y a rien de plus indélicat que de reprocher les serviœs qu'on a rendus.
1802 (M"^« de Staël. Delphine, II, 31.)
ludéFotion. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1584.
Et quant à la démolition de la dite esglise parrois-
sklej il viendra à grande incommodité et indevotion
des habitants, lesquels, pour la commodité d'icelle, au cœur et milieu de la ville, sont de tant plus ésmus et inclinés à devfïtion.
(Mémoire de la ville de Chambéry, 9 août 1567, dans les Mémoires de la Société savoisienne d'histoire, Ail, 163.)
Indifférentisme. L'esprit de tolérance peut avoir deux principes très différents : un principe d'indifférentisme, et un principe d'équité naturelle.
(Verne t. Lettres critiques d'un voyageur anglais^ éd. de 1766, page 146.)
Individualiser. Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 171ML
JEtes-^ous fils de Dieu ? Etes-vous le fils de Dieu ? Ce sont deux propositions essentiellement différentes, puisque 1g mot fils^ en tant que précédé de l'article, est, dans la seconde, un substantif individualisé : au lieu que dans la première, il n'eet qu'adjectif.
Tels sont ceux (les adjectifs) qui par eux-mêmes indivl* dualisent le nom commun :' ce, mon^ notre, ton, votre, son, leur, . . .
1767. (D'Olivet. Remarques sur la langue française, pagea^ 178 et 179.)
Inexact, inexactitude. Halzfeld. Exemples les plus anciens, de 1701.
Inexact. Ce mot peut avoir sa place aussi bien qw^inexactiiude ; mais il ne faut point d'affectation.
1689. (Andry de Boisregard. lUflexions sur Viisage présmU de la langue française,)
Inexprimable. « On ne doit pas, dit A'augelas, mettre le relatif après un nom sans article. » Règle fausse, que personne ne suit à la rigueur, et qui en bien des occasions, rendrait les plus belles pensées inexprimables, et nous obligerait à chercher defroides et insipides périphrases.
(Desfonlaines. Bacine vengé, p. 121K)
Influenza. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1803.
l'épidémie courante qu'on appelle l'influenza.
(Lettre de madame d'Epinay au conseiller Tronchin, Jii
17 juillet 1782, citée par Perey et Maugras. Dernières années de madmne d'Epinay^ p. 562.)
Infrnctneux. Lorsqu'un arbre est infructueux, on ramène à fruit en enlevant de Técorce à ses branches.
(Bu (Ton, La statique des végétaux, de Haies, trad. de l'anglais. Chap. I\ .)
Innombrablement. Il faut que je vous parle de mon
petit chien : je Taime à la folie; il aboie, il mord, il a innom-
brablement d'ennemis. Je le bats, mais il ne se corrige
point.
(M""' du Deffand. Lettre à Walpole, 28 mai 1777.)
Inoculer. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1752.
Fkakcaleu Voilà ma pièce au diable, et mon théâtre à bas.
Dakiis Comment donc?
Francaleu Trois acteurs, Tamant, l'oncle, le père, Manquant à point nommé, font cette belle affaire. L'un est inoculé; Fautre aux eaux ; l'autre mort.
1738 (Piron. La Métromanie, I, 4.)
Inoffènsif. Pourquoi voudrait-on affliger une créature ^ussi inoffensive que moi ?
(M- de Staël. Delphine, I, 3.) On retenait en exil un colonel anglais, homme d'une bonté et d'une obhgeance parfaites, et suivant l'expression anglaise, tout à fait inoffensif.
(M""" de Staël. Dix années d'exil, II, 8.)
In parlibus. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1762.
Des évêques qu'on nomme in partibus, c'est-à-dire des évoques auxquels Home avait donné des titres tirés des •églises de certains pays où la religion catholique est éteinte.
— lo5 —
C'est ainsi, par exemple, que Je Pape a donné à M. Codde Je litre d'archevêque de Sébaste en Arménie.
(Fénelon. Lettre à M**, 12 juin 170ay
Insolvabilité. Hatzfeld. Ex. le plus ancien, de 1671.
L'insolvabilité d'un homme qui devait une somme d'argent assez considérable à l'intimé, lui ayant fait perdre presque tout ce qu'il avait de bien
1634 (Lemaistre. Plaidoyer pour un mari qui a tué le père de sa femme.)
Intempestif. Yous ne devez pas briser son cœur, en l'immolant tout à coup à des vertus intempestives.
(M"* de Staël. Delphine, l\\ (i.)
InTestigpation. Quand j'ai hasardé le mot investigation^ •j'ai voulu rendre un service à la .langue, en essayant d'y introduire un terme doux, harmonieux, dont le sens est déjà connu, et qui n'a point de synonyme en français.
(J.-J. Rousseau. Lettre sur une nouvelle réfutation de sou Discours par un académicien de Dijon.)
Irrémissiblement. A été employé par Voltaire dans le sens de : sans remettre, sans renvoyer à plus tard ; c'est un sens que l'Académie, Littré et Hatzfeld ne donnent pa< ;
Jç vous demande en grâce de cacheter sur le chain[)
Eriphile, ou de me l'envoyer irrémissiblement par la poste.
(Lettre à M. de Cideville, 9 mai 17:J2.)
Jabotenr, Jabotense. Hatzfeld. Ex. le plus ancien, de
Cette belle-mère est une jaboteuse singulièrement importune.
(M"' du Deffand. Lettre à Walpole, 20 mars 177±)
Jeunesse. Mais c'est assez nous défendre, comme si nous étions coupables d'une jeunesse.
(Patru. Plaidoyer pour un jeune Allemaml.}
JuBiiee. Votre justice (fourches patibulaires) est prête à liimber . . . vous seriez au désespoir que quelque mécréant fût écrasé sous la chute d'un gibet.
(Lettre de Hennin à Voltaire, 29 novembre 1766.) liait. Peut-on dire : manger du lait ? D'un costé le sein de la mère M'offre du lait pour en manger.
(S. François de Sales. Traité de Vamour de Dieu, V. 2,)
Vous, en pareille circonstance, Voici c« que vous auriez fait :
Vous auriez mangé votre lait, Et conservé votre innocence.
(Bouflïers. Aline, reine de Golconde. EpUre liminaire,)
liandgraTiat. Halzfeld a défini margraviat : « Dignité <le margrave. — Principauté d'un margrave »; tandis qu'il fie donne à landgraviat que la définition : « Dignité de landgrave ».
Cette province (V Alsace) est divisée en haute et basse; la haute'est un landgraviat.
(Davity. Les Etats du monde, éd. de 4648.)
Evidemment, landgraviat signifie là : principauté d'un lîiÈidgrave.
liangage. Cercle vicieux du dictionnaire Hatzfeld, qui iiéllnit laîigage : « expression de la pensée par la parole » ; el parole : « expression de la pensée par le langage articulé ».
liaquaifii. « Valet de livrée, destiné principalement à suivre son maître ou sa maîtresse. Grand, petit laquais. Laquais en grande, en petite livrée. Il a trois ou quatre laquais. Il a toujours deux laquais derrière sa voiture,
* Proverbialement et familièrement, mentir comme un lapliais, mentir avec impudence, mentir habituellement.
• Oh dit dans un sens analogue, avoir Vâme à'un luquaia^ avoir l'âme basse. »
L'article qu'on vient de lire est copié dans le dicUonnaire de rAcadémie. Les éditions du 18* siècle ne donnaient que le premier paragraphe de cet article; le second a élé ajouté dans l'édition de 1835; le troisième, dans l'édition de 1877. On voit que le sens de ce mot s'est progressivement noirci et avili.
Le 25 novembre 1600, M. de Bèze, âgé de 82 auH, partit de la \\\\Çi(de Genève) pour aller vers le roi (Henri IV). . . qui le reçut en toute bénignité. . . Se ramenturent récipro^iuement le temps qu'il y avoit de trente et tant d'années {\W\\^ ne s'étoient vus. M. de Bèze lui ayant souhaité tout bien, et qu'il voudroit estre plus jeune de trente ans pour le servir, mesme de laquais, lui recommanda le bien des Eglises.
(Isaïe Colladon. Journal)
Laissons volontier les sureminences aux âmes sïireslevees : nous ne méritons pas un rang si haut au sorvice de Dieu ; trop heureux serons-nous de le servir en sa cuisine, en sa paneterie, d'estre des laquais, portefaix, garçons de chambre.
(S. François de Sales. Introdiiction à la vie dévote. IIJ, 2.)
Bernardin de Saint-Pierre a raconté un entretien qu'il eut un jour avec Rousseau :
Je lui répondis : « Si Fénelon vivait, vous seriez catholique. » Il me répartit, hors de lui et les larmes aux yeux : « Oh, si Fénelon vivait, je chercherais à être son iaquais, pour mériter d'être son valet de chambre. »
(Etudes de la nature, dernière noie.)
Sainte-Beuve, dans les Gausenes du lundi (^* \o\mnej article du 4 novembre 1850), cite ce passage, et ajoute: » On sent le manque de goût jusque dans l'émotion. Housi^eau,
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pendant quelque temps, a été laquais ; on s'en aperçoit. Il ne hait ni le mot ni la chose. •
CellP parole de Sainte-Beuve est sévère, et injuste. Comme Théodt»re de Bèze, comme saint François de Sales, — comme Pascal et madame de Maintenon : voir les citations que donne Liltré, — Rousseau a employé le mot de laquais dans le sens pur el simple de domestique attaché à la personne : ce qui consliliifî une position humble et subalterne, mais non pas vile rL ifi^aoble.
Enfin, et mieux que tout ce qu'on vient de hre, deux lignes d'iHi ji^^rummairien autorisé vont nous montrer combien peu autrefoii*! étaient haïssables, comme le dit Sainte-Beuve, ou înéprisables, et le mot de laquais, et la chose:
On n'est pas dégradé de sa noblesse pour avoir été
laqua Lî^.
(Girard. La justesse de la langue française.)
liAore. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de Saint-Simon.
La première (de deux maisons religieuses) était une laure pour les anachorètes, dont les cellules étaient disposées de rang comme les maisons d'une rue, suivant le sens du mot grec layra, qui signifie vicus,
(Arnauld d'Andilly. L'échelle sainte, de S. Jean Climaque. Juslificalion particulière du 5* degré.)
J'ai beaucoup de tesmoins encores pleins de vie, Qui les formes ont veu de mainte et mainte ortye Dans le salé lescifs de leur cendre escoulé, l^t-scifs qui, par le froid s'estant un jour gelé, Jîans son cristal glacé tellement représente Bucine, fueille, tige et fleur de ceste plante, *Jue rœil discerne tout, la reconoit soudain ! La bouche aussi la nomme...
(Du Chesne de la Violette Le grand miroir du monde, II.)
I/ettre de cacliet. Au mot cachet, Lillré avait donné une excellente définition de la lettre de cachet : « Lettre au cachet du roi, et contenant un ordre de sa part. En particulier, lettre d*exil ou lettre d'emprisonnement. » Au mot lettre, Littré reprend l'expression : lettre de cachet; mais il n'en indique que le dernier sens : « Lettre close spéciale par le moyen de laquelle on envoyait, sans jugement, un particulier dans une prison d'Etal ou en exil. »
De même Hatzfeld, qui dit au mot cachet : « Lettres de cachet, lettres portant le cachet royal, et, spécialement, celles qui contenaient un ordre d'emprisonnement ou d'exil. * — Et au mot lettre : « Lettre de cachet, par laquelle un particulier était envoyé au nom du roi, sans jugement, dans une prison d'Etat. »
Comme exeinple de l'expression : lettre de cachet, dans le sens général de lettre atc cachet du roi et portant im ordre de sa part, on peut voir, dans YHistoire de V Académie française, par Pellisson, le texte d'une lettre de cachet de Louis Xllï, en date du 30 décembre 1635, adressée au Parlement pour le presser de procéder à l'enregistrement des. Lettres patentes qui fondaient l'Académie française.
liéTrier. Je suis aussi lévrier qu'autrefois, toujours impatient, obstiné...
(Voltaire. Lettre au président de la Marche, 18 janvier 1761.)
liCz. Le Dictionnaire (officiel) des postes paraît préférer la graphie les. J'ai relevé une soixantaine de noms où figure cette particule ; dans plus des trois quarts, j'ai trouvé les; les autres se partagent également entre leis et lès.
Si cette particule n'a jamais figuré dans un nom de lieu, celui qui l'emploierait quand même, pourrait s'autoriser de
- iCO —
l'exemple de Voltaire qui, dans une lettre de juin 1770 au marquis de Jaucourt, lui parle de Ferney-lez-Versoix.
liévarde. Halzfeld : Fente qui a Taspect d'un lézard exposé au soleil.
N'est-ce pas plutôt : fejite par laquelle passent les lézards à travers un mur ; et par extension, toute fente semblable ?
liiberté.
Ne dire à tous venans tout cela que l'on pense,... Ke suivre en son parler la liberté de France, Et pour répondre un mot, un quart d'heure y songer,... Voilà, mon cher Morel, dont je rougis de honte, Tout le bien qu'en trois ans, à Rome, j'ay appris.
(Du Bellay. Les Regrets, sonnet 85".)
Il y a une liberté française, et il n'est pas que vous n'ayez entendu prononcer ce mot, qu'on répète, et qu'on fait sonner haut dans les pays étrangers. Cette liberté consiste à oser se dispenser de certaines lois de leur politesse, et à ne pas se gêner plus qu'on ne trouve à propos; à oser se pencher dans son fauteuil quand on est las de s'y tenir droit, à demander à boire et à manger en tous temps chez les personnes que l'on connaît, à dire que le vin n'est pas bon, et en d'autres choses de cette importance.
(Mu l'ait. Lettres sur les Français^ I.)
J'use, mon cher monsieur, de la liberté française, en vous protestant sans cérémonie que vous avez en moi le partisan le plus dévoué, l'admirateur le plus sincère, et déjà le meilleur ami que vous puissiez avoir en France.
(Vollaire. Lettre à Goldoni, 24 septembre 1760.)
liibertin. Il a ce qu'ont commun tous les Libertins, de. se jouer de l'Ecriture sainte, la transfigurant à son plaisir par folles allégories.
(Calvin. Epistre contre un certain cordelier, suppost de la secte des Libertins, 1547. — Opéra Calvini, YII, 346.)
liiberiinage. Je suis toujours reslé le même, craignant Dieu sans peur de l'enfer, raisonnant sur la religion sans libertinage.
(J.-J. Rousseau. Lettre à M. de Bemimont.)
liigne. Les statuts de Bouxières enjoignent aux demoiselles présentées de prouver au Chapitre une filiation noble, tant de quatre lignes paternelles que de quatre lignes maternelles.
(Loyseau de Mauléon. Mémoire pour le chapitre de Bouxières.)
Miéry n'était point mon oncle. Il n'était ni le frère de mon père, ni le frère de ma mère. Le sang qui coulait dans ses veines était étranger au mien. Il n'était même, ni de ma famille palernelle, ni de ma famille maternelle. Jamais il ne porta le nom ni les armes d'aucune de mes lignes.
(Loyseau de Mauléon. Mémoire pour le sieur de Valdahon,)
La langue française est si pauvre en termes généalogiques, qu'il faut soigneusement recueillir ces anciens sens des mots lig^ie, descente, etc.
liiqDoreDx. Hatzfeld. Ex. le plus ancien, de 1619. Prez, champs, vergers, et liquoreux vignoble.
1572 (Peletier, du Mans. La Savoie, II, 14.)
liit. Littré cite une phrase de J.-J. Rousseau, dans le livre IX des Confessions ; le philosophe genevois parle de ses relations avec madame d'Epinay : « Il n'y avait que l'excuse d'être à plat de lit, qui pût me dispenser d'accourir à son premier mot. »
Littré dit que cette locution, à plat de lit, paraît être genevoise. Toujours esl-il qu'on en peut citer d'analogues : à fleur d'eau, à rez de chaussée. Il est vrai que l'absence de l'article a quelque chose d'archaïque. L'ancienne langue disait : à chef de tour; et nous disons : au bout du compte.
liitM. Les premières habitudes innuent même sur les animaux, jusqu'à détruire en eux Tinstincl naturel. Lycurgue en montra un exemple frappant aux Lacédémoniens, dans deux chiens de chasse, pris de la môme litée, dans l'un desquels l'éducation avait tout à fait triomphé de la nature.
(Bernardin de Saint-Pierre. Eludes de la stature, YII.)
liOi. Littré : Il se dit quelquefois d'une religion.
Qu'il plaise à Messieurs de Berne mander aux predicantz de Neufchastel de laisser vivre chacun en sa loy (religion catholique ou religion protestante) sans les villipender ni contraindre.
(Avis du Conseil de la comtesse deNeuchàtel, 1531. Musée ti^ftûMtelois, 1897, page 118.)
Le Roy ne veult que vos predicans viegnent pour prescher h ses subgects autre loy nouvelle que ceste-là qu'ils Liegiient de présent, comme aucuns de vos diclz predicans se sont vantés qu'ils feroient.
(Lettre du président Pellisson aux Syndics et Conseil de Genève, 16 août lo37. Les Archives de Genève, Genève, 1877^ page 171.)
De celte sorte de prochain Nous nous soucions peu ; mais le peuple bramin Le traite en frère;....
... c'est là l'un des points de leur loi.
(La Fontaine. La souris métamorphosée en fille.}
De la loi des chrétiens Tineffable mystère
(Voltaire. Poème sur la loi naturelle.}
Les Juifs. . . sont souvent injuriés et maltraités du peuple, et font paraître un attachement admirable pour leur loi, puisqu'un Juif qui se fait chrétien est fait gentilhomme. (Bernardin de Saint-Pierre. Observations sur la Pologne,}
liord. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de 1762.
Ma négligence va si loin, que je n'ai pas vu la cérémonie du jugement d'un lord, qui s'est rendu depuis que je suis à Londres,
1725 (Murait. Lettres sur les Anglais^ YI.)
Leurs capitaines partagèrent avec eux les terres des vaincus : de là ces margraves, ces lords, ces barons, ces sous-tyrans, qui disputaient souvent avec leurs rois les dépouilles des peuples.
(Voltaire. Lettres sur les Anglais^ IX.)
Quand lord est suivi d'un nom propre, on supprime aujourd'hui l'article : lord Palmerston, lord Salisbury. Au 18* siècle on ne l'omettait pas.
Le suffrage du lord Chesterfîeld a un très grand poids : de tous les Anglais, c'est peut-être celui qui a écrit avec le plus de grâces.
(Voltaire. Lettre au roi de Prusse, 16 août 1774.)
liorsqne. L'autorité des autres saints n'est indubitable que lors, dit ce même père, qu'il est bien constant qu'ils ont parlé comme le reste des orthodoxes.
(Bossuet. Préface sur VInstruction pastorale de M. de Cambrai, GXXV.)
lioustig. Mon frère le capitaine est le loustig du régiment,
(Voltaire. Lettre aux auteurs du Journal encyclopédique, insérée dans len° du 15 juillet 1762. — Elle est antérieure au Dictionnaire philosophique, où ce mot, d'après Hatzfeld, aurait été employé pour la première fois.)
Machine. Il m'a assassiné avec trois grands manuscrits, ou plutôt avec trois grandes machines in-folio.
(Balzac. Lettre à Chapelain, 15 août 1636.)
Mais. Le donateur ajoule enfin : mais demeureront; celle parlicule mais a je ne sais quelle force, je ne sais quelle énergie I
(Palru. Plaidoyer pour la Foyiiaine-Bespres,)
Matire* Ces êlres si minces, si frivoles, si insignifiants, si incommodes, qu'on appelait autrefois petits-mailres...
(M"' d'Epinay. (Conversations d'Emilie, XV. — Elles ont été publiées en 1774).
Mattresse. Littré : 5° fille ou femme recherchée en mariage, ou simplement aimée de quelqu'un. — Hatzfeld : vieilli. Etre la maîtresse de quelqu'un, être aimée de lui.
Littré, qui cite sous le n* 5 une longue série d'exemples, ne les partage pas selon les deux sens distincts qu'il a réunis sous un même chiffre :
a> jeune personne qu'on se propose d'épouser;
h) fille ou femme qui possède le cœur d'un homme.
Et Hatzfeld n'indique que le sens h). Ces deux sens se confondent souvent sans doute. Ex. :
M. votre père vous menace de vous déshériter, si vous épousez la demoiselle dont vous êtes amoureux. Il y a deux partis à prendre : le parti héroïque, qui est de préférer la belle tendresse à tout; et le parti bourgeois, qui est de ne pas vouloir perdre quinze mille livres de rente pour une maîtresse.
(Fontenelle. Lettres du chevalier d'Her'% 44.)
Mais Littré, dans son Supplément, donne du sens a) un exemple très net. Cet ancien sens est encore très bien compris au 18' siècle. Ex. :
Puisque notre jeune gentilhomme, a dit Locke, est prêt à
se marier, il est temps de le laisser auprès de sa maîtresse.
(J.-J. Rousseau. Emile, au commencement du Livre V.)
M. John est promis dans son pays à une jeune demoiselle... Cette lettre est de la mère de sa maîtresse.
(J.-J. Rousseau. Fmile^ à la fin du Livre V.)
Nous devons être heureux de tous les maux qui ne nous arrivent pas, comme la maîtresse de V Avare est riche de ce qu'elle ne dépense point.
(Voltaire. Lettre à madame du Deffand, 3 octobre. 1764.)
Et de même, le sens 6>, il y a cent ans, n'était pas encore sorli de l'usage.
L'amant aimé est à la fois étranger à l'envie, et indifférent
aux injustices des hommes;... sa pensée est à sa maîtresse.
(M"' de Staël. Lettres sur J.-J. Rousseau, IL)
Le soldat français a pour ses drapeaux un sentiment qui tient de la tendresse; ils sont l'objet de son culte, comme un présent reçu des mains d'une maîtresse.
(Napoléon I". ^5* bulleùm de la Grande Armée, daté de Schœnbrunn, 46 novembre iSOo.)
Cette phrase de Napoléon est peut-être le dernier exemple qu'on puisse citer de l'ancien sens du mot 7naî' tresse. Une dizaine d'années plus lard, on voit le sens actuel entièrement établi, quand un des généraux de Napoléon, s'adressant au roi Louis XVIIÏ, lui disait : Vous êtes notre légitime; mais l'Empereur est notre maîtresse !
Plus anciennemenl, ce nom de maîtresse, qui était donné (sens a) à une fiancée, un mari pouvait le donner à sa femme :
N'attendez point de parole de moi en ce triste accident qui, m'ayant ravi ma chère moitié, m'a séparé de moi-même. Dieu m'avait donné une femme selon mon cœur... En ce naufrage, qui a conduit ma maîtresse au port de la félicité,
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et m'a laissé dans la mer des larmes et des douleurs, j'aurai soin...
{Lettres missives^ 21 : à Toulouse, 14 mai 1627, dans les Œuvres du sieur d'Olive du Mesnil.)
]|fauian. On appelait maman la maîtresse de maison, quatid ou était familier avec elle. Voltaire appelait wawan sa nièce madame Denis, qui tenait son ménage aux Délices el à Ferney (lettres à madame de Florian, édition Moland, ïf (j.587; au docteur Tronchin, n* 3.939; au conseiller Tronchin, û* 5.340 ; à Gabriel Cramer, lettre publiée par M. Bengesco (Voltaire, Bibliographie, III, 311); à d'Argental, éd. Moland, r- 5.483, 5.615, etc.; à Hennin, n" 6.539, 7.120, etc.; à Cliab:nj(m, n°' 7.191, 7.197, etc.)
Grinim écrivait dans sa Correspondance littéraire, avril 1758 ; « Maman Denis, malgré sa laideur amère, a toujours élé fort galante. » Il connaissait cette appellation familière de maman, par les lettres de madame d'Epinay, qui avait vu aux Délices Voltaire et madame Denis.
Marie Corneille, qui habitait Ferney en 1763, parlant à madame Denis, l'appelait maman (lettre de Voltaire à d'Argental, 26 janvier 1763).
De mi^me Jean-Jacques Rousseau, quand il vint s'établir chez madame de Warens, dans l'été de 1729 : « Petit fut mon nom, dit-il ; maman fut le sien. »
(Confessions, livre III.)
Mandarin. Hatzfeld : Tuer le ma7idarin, ne pas avoir le SL ru (iule de s'enrichir par la ruine d'une personne inconnue (allusion à un passage d'un écrivain disant que s'il suffisait de pousser un bouton pour faire mourir un vieux mandarin iuconnu au fond de la Chine, et s'enrichir par sa mort, peu d'hommes s'en feraient scrupule).
On a cherché inulilement ce passage dans les œuvres de plusieurs philosophes, J.-J. Rousseau entre autres; en définitive, on n'a rien trouvé de mieux que ces lignes de Chateaubriand, citées par Littré dans son Supplément :
« Je m'interroge, je me fais cette question ; Si tu pouvais, par un seul désir, tuer un homme à la Chine, et hériter de sa fortune en Europe, avec la conviction surnaturelle qu'on n'en saurait jamais rien, consentirais-tu à former ce désir? »
(Génie ckc christianisme, livre VI, chap. 2. JDu remords et de la conscience.)
A ce texte de Chateaubriand, manque le mot essentiel de mandarin; on ne le voit apparaître que plus lard, sous la plume de Balzac et d'Alexandre Dumas :
As-tu lu Rousseau ? Te souviens-tu de ce passage où il
demande à son lecteur ce qu'il ferait, au cas où il pourrait
s'enrichir en tuant par sa seule volonté un vieux mandarin
delà Chine?
(Balzac. Le Père Goriot.)
Le mauvais côté de la pensée humaine sera toujours résumé par ce paradoxe de Rousseau, vous saves : le mandarin qu'on tue à cinq mille lieues, en levant le bout du doigt.
(Dumas. Monte-Cristo, 3" volume, chap. IV. Toxicologie.)
Maraboul;. Dans une lettre datée du samedi 6 décembre 1738, où madame de Grafflgny décrit l'appartement de Voltaire à Cirey, elle mentionne « une pendule soutenue par des marabouts de forme singuhère. »
Que veut dire ici marabout? Littré et Hatzfeld indiquent plusieurs sens ; aucun ne satisfait. J'imagine que les mara-
(*) Voir dans V Intermédiaire des chercheurs et curieux, une quinzaine d'articles sur cette question ; notamment III, 433 ; IX, 561 ; X, 360 et XII, 522.
hoiiU iiui soutenaient cette pendule étaient des statuettes de maures coiffés de turbans.
jUarlTHudage. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, XVIIP- XÏX' siècle.
Û le beau marivaudage que voilà !
(Diderot. Lettre à M"' Volland, 6 novembre 1760.)
MtiriTauder. Hatzfeld : Néologisme.
La belle occasion de marivauder !
(Diderot. Lettre à M"' Yolland, 28 octobre 1760.)
Mnrmot, marinoite. Tout le monde parait occupé profijndément d'une marmotte qui n'est point jolie.
(Voltaire. Lettre à Cideville, o sepL 1739.) H s'agissait de la fille aînée de Louis XY, qui avait ijuinzo ans, et allait épouser un infant d'Espagne.
La lête de ce pauvre homme est renversée; son économie cède à la passion qu'il a pour cette marmotte.
(M-"' du Deffand. Lettre à Walpole, 19 avril 1779.)
Harotique. Une seule lettre de nos Sélectes vaut plus sans comparaison que.... toutes les épîtres marotiques des deu3t amis (Voiture et Costar).
(Balzac. Lettre à Chapelain, 6 nov* 1645.)
Mât. Littré et Hatzfeld omettent inât vénitien : mât portant i\ son sommet des banderoles ou des flammes, et planté à Toccasion d'une fêle dans une rue ou place publique. Ces mâts sont dits vénitiens, parce qu'ils sont imités des trois mâts qu'on voit à Venise sur la place Saint-Marc, et qui portaient autrefois les bannières de Chypre, de Candie et de Morée.
nèclie. « Il n'y a pas mèche. » On peut se demander si dans cette phrase, qui correspond pour le sens à l'italien :
non c'è meszo^ le mol mèche ne dériverait pas de meziso. Le double z italien donne ordinairement en français le son ss (caresse, cuirasse, esquisse, populace.) Mais^/Ma^^o a donné gouache.
Si Ton admet cette étymologie, on expliquera de même l'expression : être de mèche avec quelqu'un.
Médiatiser. Hatzfeld : Médiatiser une principauté germanique, c'est l'affranchir de l'autorité immédiate de l'Empereur.
Cette définition donne une idée fausse : un prince médiatisé n'est ^di^ affranchi; il Q^i déchu du privilège de dépendre immédiatement de l'Empereur.
Meeting. Halzfeld : Néologisme.
En Angleterre, l'église dominante donne le nom d'assemblée, meeting^ aux églises de tous les non-conformistes.
(Voltaire. Questions sur V Encyclopédie, art. assemblée^
Mélodrame. Rousseau... voulait faire adopter en France les mélodrames ; il en donna Pygmalion pour exemple.
(M"* de Staël. Lettres sur J,-J, Rousseau, Y.)
Messe. Ce mot de messe signifie renvoi; parce qu'autrefois, au commencement de l'action du sacrifice, on renvoyait, c'est-à-dire on faisait sortir de l'Egli^îe les catéchumènes et les pénitents.
(Bossuet. Prières ecclésiastiques. La messe.)
Métaphysiquer. Leurs promenades solitaires n'avaient sûrement pas d'autre but que de mélaphysiquer sur la morale, la vertu, l'amour, et tout ce qui s'ensuit.
(Madame d'Epinay. Mémoires, éd. Boileau, II. 307.)
Méthodique. Les médecins méthodiques ont toujours en bouche cette maxime, que « les contraires sont guéris
par leurs contraires * ; et les spagyriques célèbrent unesenlonce opposée à celle-là, disans que « les semblables sont giiéj'is par leurs semblables. »
(S. François de Sales. Traité de Vamour de Dieu, XI, 20.) Cela ne concorde ni avec le sens que Littré et Halzfeld aLlribuent aux mots médecin méthodique, ni avec la définition que Littré donne du mot spagyrique.
Mien. Les miens, les tiens, les siens, les nôtres, les vôtres, les leurs. Quand ces six mots sont employés pronominalement, ils se correspondent parfaitement, et les dictionnaires devraient les qualifier de la même manière. C'est ce qui n'est pas arrivé.
Bictiomiaire de V Académie
JVJieii. Adjectif possessif. Vos affaires sont les miennes.
Tien. Adj. possessif. Voilà mes livres; où sont les tiens?
Sien. Adj. possessif. Mes iyitérêts et les siens sont les mêmes.
Nôtre. Pronom possessif. Vos intérêts sont les nôtres.
^'ôtre. Pronom possessif. Il a pris ses livres et les vôtres.
Leur. Adj. possessif. Leur, précédé de l'article le, la, les, s'emploie pronominalement. Les gens sages conservent leurs mnf'i^, et les fous perdent les leurs.
Dictionnaire de Littré
Mien. Adj. possessif. 3° Avec l'article défini et sans substantif. Cet Achille, l'auteur de tes maux et des miens. Racine. Iphkfénie, II, 1.
Tien. Adj. possessif. 2" Le plus ordinairement, il se construit avec l'article défini et ne se met jamais devant un substantif. Voici mes livres; où sont les tiens?
Sien. Adj. poss. 1* Avec l'article le, la, les. Nos écrits sont manvais ; les siens valent-ils mieux? Boileau, Epîtres, IL
Nôtre. 1** Adj. poss. qui s'emploie sans substantif et avec l'article défini le, la, les. Ses intérêts sont-ils plus sacrés que les nôtres ? Racine, Bérénice, IV, 5.
Tôtre (le, la) Adj. possessif sans son substantif. Rome a ses droits, Seigneur; n'avez-vous pas les vôtres? Racine, Bérénice, IV, 5.
Leur. Adj. poss. 4' Leur précédé de l'article le, la, les^ s'emploie pronominalement. Les gens sages conservent leurs amis, et les fous perdent les leurs.
Dictionnaire de Hatzfeld
Mien. Adj. 2" Absolument (le substantif sous-entenduj. L'auteur de tes maux et des miens. Racine. Iphigénie, II, 1.
Tien. Adj. poss. 3* Absolument. Le substantif étant sousentendu. Ce livre est le tien.
Sien. Adj. 3' Absolument. Le substantif étant sous-entendu. Nos écrits sont mauvais ; les siens valent-ils mieux? Boileau,. Epitres, 2.
Nôtre. Adj. poss. En sous-entendant le substantif déjà exprimé. Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les^ nôtres. La Fontaine. Fables, II, 6.
Vôtre. Adj. poss. En sous-entendant le substantif déjà exprimé. J'ai mon Dieu que je sers, vous servirez le vôtre. Racine. Athalie, II, 7.
Leur. Adj. poss. En sous-entendant le nom de la chose. Il n'y avait point de puissance plus inévitable, ni plus tyrannique que la leur. Bossuet. Histoire universelle, II, 3.
MièTreté,... condamné au plus horrible supplice pour une mièvreté.
(Voltaire. Lettre à d'Argontal, 25 mai 1767.)
9IiUâalre. Presque jamais notre sainte mère ne datait ses lettres du milliaire.
(Epitre dédicatoire des Lettres de madame de Chantai, :iO juillet i 644.)
milliou. Halzfeld : Etyaï. Dérivé de mille.
Ce mot ne vient-il pas de l'italien milione ?
MUfird. On employait autrefois ce mot avec l'article : ...sans attendre de voir si la dignité de Protecteur
sérail conservée en la personne de M. le milord Richard
[Cromwell] . . .
Je ferai chercher deux beaux barbes pour les envoyer au
milord Faulconbrige.
(Mazarin. Lettres à M. de Bordeaux, 1658.)
mitigé. Littré : S. M. Les mitigés, se disait, sous la Fronde, de ceux qui avaient des opinions modérées.
Soixante ans après la Fronde, Fénelon employait encore cette expression :
Si les mitigés étaient sincèrement zélés pour la bonne cause,*, .
(Lettre à M'", 20 janvier 1714.)
HoiB. Hatzfeld a donné, pour les mois du calendrier révolutionnaire, des définitions qui ne sont parfaitement exactes que pour un seul des douze mois, celui de messidor. J'énumère'ces mois dans leur ordre.
Vendémiaire. « Premier mois du calendrier républicain, commençant le 22 septembre. » — Le 1" vendémiaire an IV corres^pond au 23 septembre 1795; de même en l'an VIII, en Tan ÏX, en l'an X, en l'an XI; de même en Tan XIII, en Tan XIV. Le 1" vendémiaire an XII correspond au 24 septembre 1803. {Manuel pour la concordance des calendriers
républicain ei grégorien [par Louis Rondonneau]. Paris, 1805; seconde éd., 180G.)
Brumaire. « Deuxième mois du calendrier de la république française, commençant le 23 octobre et finissant le
21 novembre. » — Le 1" brumaire an I correspond au
22 octobre 1792; de même en Tan II, en Tan IJI; de même en l'an V, en Tan YI, en Tan YII.
Frimaire. « Troisième mois du calendrier républicain, du 21 novembre au 20 décembre. » — Le 1" frimaire ^n IV correspond au 22 novembre 1795; de même en l'an YIII, en l'an IX, en l'an X, en l'an XI; de même en l'an XÏÏI, en l'an XIV. Le 1" fiimaire an XII correspond au 23 novembre 1803.
Nivôse. « Quatrième mois du calendrier républicain, du 21 ou 22 décembre au 20 ou 21 janvier. » — Il fallait dire : au 19 ou 20 janvier. — Le 1" nivôse an XII correspond au
23 décembre 1803.
Pluviôse. « Cinquième mois du calendrier républicain, du
20 janvier au 18 février. » — Le 1" pluviôse an IV correspond au 21 janvier 1796; de même en l'an VIÏI, en l'an IX, en l'an X, en l'an XI ; de même en l'an XIII. Le 1" pluviôse an XII correspond au 22 janvier 1804.
Ventôse. « Sixième mois du calendrier républicain, commençant le 20 février. » — Le 1^"" ventôse an I correspond au 19 février 1792; de même en l'an II, en l'an IIÏ, en l'an V, en l'an VI, en l'an VII. Le 1" ventôse an XIÏ correspond au 21 février 1804.
Germinal. « Septième mois du calendrier républicain, du
21 mars au 19 avril. ». — Le 1»' germinal an VIII correspond au 22 mars 1800; de même en l'an IX, etc., jusqu'en l'an XIII.
Floréal. « Huitième mois du calendrier de la république
française, commençant le 20 avril et finissant le 19 mai. » — Le 1" floréal an VIII correspond au 21 avril 1800; de même en Tan IX, etc., jusqu'en l'an XÏII.
Prairial. « Neuvième mois du calendrier républicain, du 20 mai au 18 juin. » — Le 1" prairial an Ylil correspond au 21 mai 1800 ; de même en l'an IX, etc., jusqu'en l'an XIII.
Messidor.
Thermidor. « Onzième mois du calendrier républicain, du 19 juillet au 17 août. » — le 1" thermidor an YIII correspond au 20 juillet 1800; de même en l'an IX, etc., jusqu'e» l'an XIII.
Fructidor. « Douzième mois du calendrier républicain, du 18 août au 16 septembre. » — Le i*' fructidor an VIII correspond au 19 août 1800; de même en l'an IX, etc., jusqu'en l'an XIII. — On sait que le calendrier républicain cessa d'être en usage à compter du 1" janvier 1806.
Moment psycltolos^ique. Hatzfeld a donné de cette expression deux définitions qui ne concordent point. Au mot moment : Fig, Néolog, Circonstance déterminante de la résolution. — Au mot psychologique : Le moment où l'àme est dans l'attente de quelque chose qui doit s'accomplir.
Un de leurs journaux (^), la Gazette de la Oroix, si j'ai bonne mémoire, avait écrit sur ce sujet {le retard du bombardement de Paris) un article où il essayait de calmer l'impatience de ses compatriotes : « Soyez tranquilles, leur disait-il; on les bombardera; mais M. de Bismark sait ce qu'il fait; c'est un malin. Il attend le moment psychologique. »
(*) Celui qui retrouverait le texte allemand de l'article qui fit tant de bruit, et qui rechercherait les commentaires qu'on en fit dans les journaux de Paris, ferait un travail intéressant.
Et récrivaîQ prouvait que le bombardemenl n'ayant d'autre effet que celui d'agir sur l'imagination, il fallait choisir juste l'heure où cette imagination était le plus propre à être ébranlée : il était bon que nous eussions d'abord souffert de la faim, puis de la guerre civile; et qu'alors le bombardement, venant par là-dessus, produirait le résultat qu'on serait en droit d'espérer : ce serait le moment psychologique.
Vous pensez si l'on avait ri chez nous de ce moment psychologique. Le mot était devenu à la mode, et avait passé dans la conversation ordinaire. On disait couramment : « J'ai faim; c'est le moment psychologique de se mettre à table. » (Sarcey. Le Siège de Paris, page 303.)
Dos psychologische Moment ne signifie pas du tout : le moment ou l'instant psychologique ; en effet, moment n'a pas chez les Allemands le même sens qu'en français. Ils s'en servent pour désigner les divers éléments d'un problème : quand on assiège une ville, on ne doit pas, pensentils, négliger l'élément psychologique; nous dirions qu'il faut tenir compte du moral, agir sur le moral des assiégés.
(ColanL Le Courrier littéraire, 25 septembre 1877. Page 635.)
Mon. Le dictionnaire de l'Académie désigne mon, ton, son, comme adjectifs possessifs. Mais il dit au mot soûl : soûl s'emploie comme substantif avec les pronoms possessifs mon, ton, son, pour dire : Autant qu'il suffît, autant qu'on veut.
Itrondainement. N'ayez pas peur que j'augmente mondainement ma dépense.
(Bossuet. Lettre au maréchal de Bellefonds,9 sept. 1672.)
Monde. Les deux mondes, les deux moitiés de la terre habitée, l'ancien et le nouveau continent.
Votre hymen est le nœud qui joindra les deux inondes.
(Voltaire. Akire, scène première.) Les trois mondes^ titre d'un ouvrage de La Popelinière (Paris, 1582.)
Moniiels^near. On serait cité devant rOiïlcial, si parlant d'un évêque, on ne l'appelait monseigneur.
(La Faye. Réplique chrétienne à la réponse de M. F. de Sales, se disant évêque de Genève, 1604, p. 62.)
Je veux, bien néanmoins vous défendre de m'appeler monseigneur; car encore que c'est la coutume de deçà d'appeler ainsi les évoques, ce n'est pas la coutume de delà; et j'aime la simplicité.
(S. François de Sales. Lettre à madame de Chantai, 21 novembre 1604.)
Voici un fidèle recueil de ce que feu monseigneur le cardinal du Perron a faict imprimer de son vivant, et de tout ce qu'il a laissé, qui n'estoit encore mis en lumière, et qui a esté conservé, tant par feu monsieur l'Archevesque de Sens, son frère, que par monsieur du Perron son neveu. . .
{Avis de rimprimeur au lecteur, en tète des Œuvres du cardinal du Perron, 1629.)
Si les évéques sont princes, et si leur dignité est égale ou supérieure à celle des rois, ferons-nous difficulté d'appeler un prélat monseigneur; et l'estimerons-nous moins qu'un grand d'Espagne, ou qu'un comte d'Angleterre?
(Balzac. Lettres, VL 58. A M. Girard. — Dans le même recueil, on trouve cependant des lettres adressées à monsieur révoque d'Angoulême, à monsieur Coeffeteau, évêque de Marseifie, à monsieur l'évoque de Nantes.)
Dans un discours adressé à M. Colbert, membre de l'Académie, M. Charpentier avait débuté de la sorte ; Monsieur (car vous nous avez ordonné de vous parler ainsi) ; paren-
thèse d'autant plus remarquable, qu'elle montre le prix que ce ministre attachait à l'égalité académique. Ce trait de modestie ne fut pas imité par un prélat académicien; il trouva bon et peut-être il exigea que, dans un discours que M. Charpentier jugea à propos de lui adresser dan&un jour d'assemblée publique, cet académicien l'appelât monseigneur. Le harangueur n'aurait pas dû ignorer que l'académie n'a jamais donné ce titre aux évéques.
(D'Alembert. Eloge de Charpentier.)
Monsieur. Comme elle apppelait toujours le Roi, Sire, Sa Majesté lui a dit de l'appeler dorénavant Monsieur, ce qui décide le rang et le traitement de duchesse de Bourgogne.
(Bossuet. Lettre à son neveu, 5 novembre 1696.)
Mont. Dans l'expression promettre monts et merveilles, est-ce quQ mont = montagne, comme le dit Hatzfeld? Ne serait-ce pas l'ancienne forme motit de notre mot monde?
Montré. Quand on jouera Cassandre, mon avis est que Clairon ou Dumesnil soit Statira, et quelque jeune actrice bien montrée soit Olympie.
(Voltaire. Lettre à M. d'Argental, 23 novembre 1761.)
Morg^uer.
Trois conseillers et quatre bons bourgeois
Auprès de là criaient à pleine tête.
Et se morguaient d'un air très malhonnête.
(Voltaire. Guerre civile de Genève, chant V.)
MotiTRl. Les conjonctions motivales renferment dans la force de la liaison une idée de motif. Elles sont huit : afin [de ou qice], parce que, puisque, car, d'autant que, comme, aussi, attendu.
(Girard. Les vrais principes de la langue fra^içaise, XII).
JMEonette. Hatzfeld : Oiseau de mer.
Mais nous avons des mouelles au bord du lac Léman.
Meule. Je vous demandai quelques moules de bois de chauffage, et vous me les donnâtes en présence de ma famille.
(Voltaire. Lettre à M. de Brosses, 20 octobre 1761.)
Mousser. Faire mousser : faire valoir une chose audelà de sa valeur (Littré).
Faire mousser une personne : la vanter en l'élevant très haut (Hatzfeld).
On dirait, d'après Littré, que faire mousser ne s'emploie qu'en parlant des choses; d'après Hatzfeld, que faire mousser ne se dit que des personnes.
Moyeu âge. Je résume le compte rendu que M. Kurth a donné {Qu'est-ce que le moyen âr/e ? Bruxelles, 1898, 33 pages) de l'origine de cette locution :
Dans les premières éditions du Dictionnaire de V Académie^ jusqu'à celle de 1798, on lisait : « On appelle auteurs du moyen âge les auteurs qui ont écrit depuis la décadence de l'empire romain jusque vers le dixième siècle^ ou environ.» Moyen âge en effet a signifié d'abord une période de l'histoire du latin, intermédiaire entre la haute époque, l'âge classique, et la basse latinité. Ducange, en 1678, prenait média dans ce sens, quand il a institué son célèbre ouvrage : Glossarium mediœ et inflmœ latinitatis.
C'est Christophe Keller (Cellarius) qui paraît avoir le premier, dans le titre de son livre : Historia medii aevi, a iemporihus Constantini marpii ad Consiantinopolim a Turcis captam, deducta, Jena, 1688, prolongé celte période de l'histoire jusqu'à la limite actuelle.
Myiliologiste. Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de Voltaire.
Le Fantlmim mythicum^ après tous les mythologistes, dit qu'Apollon....
1697. {L'Enterrement du Dictionnaire de V Académie, page 81.)
Naissant. Littré : Tête naissante, tête nouvellement rasée, où les cheveux commencent à repousser.
Misson, dans son Nouveau voyage d'Italie, Lettre XXVI, a fait le portrait de la reine Christine de Suède :
« Elle a.... les cheveux châtain clair, longs comme le travers de la main, poudrés et hérissés, sans coiffure en tête naissante ...»
Si je comprends bien, une coiffure en tête naissante est €elle où la brosse a aplati sur la tête les mèches de cheveux.
STarones. En Tode seconde du premier Uvre, tu trouveras ce mot Naroues, duquel usoient les anciens Gaulois, qui signifie les Parques, mot qui (encores qu'il ne soit plus dès iong tens en usage) toutefois doit eslre r'appellé. . . je l'ai lire d'un vieil romant rymé, en ces vers :
Les Naroues ce malcncontre Lui avoient fillô, si m'aist Dieux.
J'ai encore trouvé Navondes (que nous disons, en écor- €hant le latin, Naïades).
(Claude de 13uttet. Amalthée. L'auteur au lecteur.)
Naturalisme. Le premier exemple qu'on ait trouvé de ce mol est dans les Fables de Lamolte (II, 14) publiées en
Nous autres inventeurs de fables, Nous pouvons, s'il nous plaît, donner pour véritables
Les chimères des temps passés.
Un fait e^t faux? N'importe. On Ta cru : c'est assez. Phénix, Sirènes, S])hinx, sont de notre domaine.
Ce Naturalisme menteur Sied bien dans une fable; et le vrai qu'il amène
N'en perd rien aux yeux du lecteur.
Ce naturalisme menteur. . . peut êlre paraphrasé ainsi : Celte mytiiologie païenne, ces êtres fictifs, éclos dans l'imagioatiuii tiumaine abandonnée à sa pente naturelle.
Les définitions de Littré : « Qualité de ce qui est produit fiar une cause naturelle », et de Halzfeld : « Conformité à la nature *, ne s'accordent pas avec le premier emploi de ce iliqL
Nntaré. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de Condillac.
Apres la description de Nature naluree, je viens bastir ce bas univers sur les quatre piliers des Elemens, que je fonde par les plus fermes arguments des philosophes, m'estendaiit ^\\v ceste maliere bien au long. . .
1*^93, (Du Cliesne de la Violette. Le grand miroir du monde. Préface.]
Nymphes des eaux,....
Gentiles seurs, et foliaires Navondes,
Couvrez vos fronts d'un vert jonc triumphaJ,
Et saillés hors du liquide crysta],
Pour arriver en ces vertes épondes (*).
(Claude de Buttet. Amalthée, 1- éd., XXXIII.)
Noble. La qualité de Nohle n'est point un titre de noblesse, dans la généralité de Lyon.
(Remontrance des médecins de Lyon, en 1696, dans les Mémoirtm de V Académie de Lyon^ tome VI, Lyon, 1901, page 480.)
NoMesse. Halzfeld : La noblesse ancienne reprend ses titres ; la nouvelle conserve les siens. Charte de 1830.
C'est la Charte de 1814 qu'il fallait citer; le mot reprend était déplacé en 1830, et il ne s'explique que parce que l'article a passé tel quel d'une Charte dans l'autre.
(*) HaL Sponda, bord, rive.
Noli me tangere. Expression d'origine biblique : Evangile selon saint Jean, XX, 17.
Nonelialoir. Je crois que le plus grand des malheurs
est de naître faible; il n'y a de remède à cela que le repos
et le nonchaloir : ce mot est gaulois, mais vous l'entendrez.
(M- du Deffand. Lettre à Walpole, 11 déc. 1773.)
Non-sen». La demande est donc précisément ce qu'on appelle en anglais un non sens,
(Joseph de Maistre. Bn Pape. I, 3.)
Ce mot existait en ancien français, comme le montrent les exemples cités par Liltré et Hatzfeld ; mais il me semble qu'en français moderne, il vienne de l'anglais nonsense,
IVouTeau. Hatzfeld définit l'adjectif nouveau: 1° Qui apparaît pour la première fois, ou est apparu depuis peu de temps. Allons voir Ja pièce nouvelle. 2** Qui apparaît après un autre qu'il remplace. Le nouvel an.
De nouveau^ locution adverbiale, ne se rattache aujourd'hui qu'à la seconde signification; et Hatzfeld le définit : Pour la seconde fois, en ajoutant la seconde tentative à la première.
Autrefois, cette loc. adv. se rattachait aussi au premier sens de l'adjectif. Dans le privilège du roi, qui est daté du 16 mars 1616, du Traité de V amour de Dieu, de saint François de Sales, il est dit que l'imprimeur « désire faire imprimer de nouveau ce livre ». Or la permission d'imprimer la première édition est datée du 26 mai 1616, et l'achevé d'imprimer, du dernier jour de juillet 1616.
Il est clair que « de nouveau » dans le privilège, signifie : pour la première fois.
Natation. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1759. D'Alembert a publié en 1749 ses Recherches sur la pré-
cession des équinoxes et sur la mitaiion de Vaoce de la terre, dans le système iiewtonien,
O» Continuez voire retraite, et dites ù en silence, n'y ajoulatU rieiL Hiïorerl ô louer! ô délivrer!. .. ô être ardent! 6 être fidèle I Qu'y a-l-il de moins qu'un ô ? mais qu'y a-l-ii de plus grand que ce simple cri du cœur?
(Bossuet. Lettre à la sœur Cornuau, 15 décembre 1695.)
Oblt. Vendredi, je célébrerai, en attendant mon ohit, ranniversaire démon sacre.
(Oossuet. Lettre à son neveu, 17 septembre 1696.)
OfBce. Haïïfeld omet un sens spécial de ce mot, que LiUré indique sous le n** 4 : Terme de diplomatie. Avis, message, pièce.
SL d'OubrlL . . serait obligé d'écrire à sa cour, si son office était LuLalement dédaigné, ou suivi d'une réponse qui n'offrit aucunesorte d'explication satisfaisante. . . Je pense qu'il ton viendrait de faire d'abord un accusé de réception à a 1\L d'Oubril, lui exprimer le regret de n'avoir pu mettre son oltke sous les yeux de V. M.
{Talleyrand. Lettre à Napoléon, 29 juillet 180i.)
Oïl. Au mol trouvère, l'Académie écrit langue à'oih sans tréma sur VL Est-ce une faute d'impression, ou l'orthoi^raphe oU e^^l-elle admise?
Ombre, Ce mot avait au moyen âge le sens d'Image réftéehk dans l'eau.
Il (Narcissus) musa lant à la fontaine, IJuHl araa son ombre deniaine.
Roman de la Rose, vers 1502.
Il sVst acotés sor le puis Qui Q'estoit que toise et demie Ptu fons; si ne meschoisi mie,
En l'eve qui erk bêle et clerc, L'ombre de la dame qui ère La riens el mont que plus amot.
Le lai de V Ombre, vers 882.
Dans la fable de La Fontaine, le Chien qui lâche sa proie pour V ombre, le mot ombre a encore cet ancien sens. C'est un archaïsme dont la plupart des lecteurs ne se doutent pas : ils prennent le mot ombre dans le sens courant.
Opposition. Un sens particulier de ce mot : le parti opposé au gouvernement, est d'origine anglaise ; comme le montre ce passage d'une lettre de madame du Deffand à Walpole, du 7 janvier 1772 : Il est du bel air acluellemwit d'être dans ce que nous appelons aussi l'opposition.
OppreasiTcmenl. Mon ambition est uniquement concentrée dans le rétablissement de mon commerce et de ma marine; et oppressivement, l'Angleterre s'oppose à l'un et à l'autre.
(Napoléon. Lettre à l'empereur d'Autriche, 3 nov. 1805.)
Or. Or Dieu dit. . . le mot or suppose des choses faites, et
des choses à faire.
(Buffon. Epoques de la nature)
Ord. Ils {les habitants de la Eochelle, lors du siège de 1628) ont mangé pour vivre tout ce qu'on pourrait manger pour mourir; ils se sont nourris de tout ce qu'il y a de plus ord et de plus sale en la nature.
{y^iivw. Plaidoyer poîir le sieur de la Bocheheîie.)
Organisation. Aux deux sens que Hatzfeld indique pour ce mot (1. Etat d'un corps organisé ; 2. Etat d'un ensemble constitué en vue d'une action à accomplir), il y a lieu, je crois, d'en ajouter un troisième : Constitution d'un ensemble capable de durée et d'action.
Je laisse à discuter à ceux qui en savent plus que moi,
si notre âme existe avant, ou après l'organisation de notre
corps.
(Voltaire. Lettres sur les Anglais, XIII.)
Où. Les précautions ne sauraient être excessives, où la
faute est irréparable.
(Massillon. De la vocation à l'état ecclésiastique.)
Outragenx. J'ôterai, si vous voulez, le mot d'outrageuse,
quoiqu'il soit dans Boileau et dans Corneille.
(Voltaire. Lettre au comte d'Argental, septembre 1744.)
Oatreenider. Vous serez bientôt oulrecuidé d'un ménK)ire sur Tourney.
(Voltaire. Lettre à d'Argental, 23 juin 1759.)
Pajoniste. On peut voir ce que Littré a écrit sur ce mot; à sa place j'aurais rédigé l'article ainsi:
Partisan de Pajon, pasteur protestant et professeur de théologie à Saumur, mort en 1685, dont le système sur la grâce fut vivement discuté en son temps.
Un de ces protestants indifférents: Sociniens, Pajonistes,
Arminiens, si l'on veut ; car tous ces noms symbolisent fort . . .
(Bossuet, 6^ Avertissement aux protestants, III, 17.)
Palabre. Les Jésuites introduisaient dans leurs livres et cherchaient à franciser certains mots tirés, de l'espagnol. Palabre, en espagnol palabra (parole) est un de ces mots. 11 se trouve notamment dans un écrit du père Petau contre AntoiueArnauld, c'est-à-dire dans ses Remarques judicieuses sur le livre de la fréquente communion, et dans une Béponse des Jésuites à l'Apologie de V Université,
(Gh. Nisard, préface aux Mémoires de Garasse, p. xxvn.)
Palafltle. Le nom allemand de Pfahlbauten (construction sur 'pilotis) proposé par M. Ferdinand Keller, et au-
jourd'hui très populaire en Allemagne et en Suisse, a été adopté par les archéologues italiens sous la forme de palafUta. C'est cette appellation de palafiUe que nous proposons d'introduire dans notre langue.
(Desor. Les palafUtes ou construcimis lacustres, 1865.)
Paraboliqnement. L'Ecriture ne s'explique que paraboliquement sur l'état des âmes séparées des corps.
(Marie Huber. Sentiments différents de qtielques théologiènSy sur Vétat des âmes séparées des corps, lettre VIII.)
Parenthèse. 11 y avait autrefois deux caractères, qu'on nommait parew</iè5e5, faites en ligne courbe comme des espèces de croissants. On les plaçait de façon qu'ils répondaient l'un à l'autre par leur côté concave, pour enfermer ce qu'on insérait dans le milieu d'un discours comme un horsd'œuvre, et par là le détacher de ce qui le précédait et le suivait. Aujourd'hui ils né sont plus en usage, parce que la virgule suffît pour les courtes parenthèses, et que les longues ne sont plus souffertes dans le stylQ.
(L'abbé Girard. Les vrais Principes de la langue française, XV (1747.)
Voilà un bel exemple de ce qu'a dit Horace : Multa renasceniur gtiae jam cecidere.
Parpaillot. Hatzfeld : Mot provençal, signifiant proprement « papillon », appliqué d'abord €omme terme d'injure aux sectateurs de Calvin.
N'y a-t-il pas eu là plutôt, au temps où les protestants mouraient sur le bûcher, une allusion cruelle aux papillons qui viennent se brûler à la flamme des chandelles?
Celte idée se retrouve dans un des écrits de Sagon contre
Marot :
Dieu gard Marot : car, s'il est infidèle, Il se viendra brûler à la chandelle!
Parllr. Hatzfeld : (Blason.) Partager en parties égales. Ecîi parti; et elliptiquement : Il porte parti. d'or et de gueules,
Hatzfeld avait bien défini Técu coupé: (Blason) Ecu coupé, écu divisé en deux parties par une ligne horizontale.
Il fallait dire que Vécu parti est partagé en parties égales par une ligne verlicale.
Pasquinade. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1680. Si j'entreprenais les Italiens, je les battrais en ruine, avec leurs faibles et misérables pasquinades.
(Balzac. Lettre à Conrart, 2 janvier 1651.)
Passion. Le père (Garasse) qui n'entend pas le français, ne sait pas qu'avoir de la passion pour quelque chose, se prend ordinairement pour le simple mouvement d'une légère affection, qui nous fait plaire à quel(|ue objet agréable, comme on dit : J'aime cette couleur avec passion, ou cette senteur.
(Théophile. Œuvres, éd. Alleaume, H, 272.)
Patard. Le blé avait enchéri à ïournay, avant mon départ, de dix patards sur la rasière.
(Fénelon. Lettre à l'abbé de Beaumont, 16 mai 1702.)
Patchouli. C'était le parfum que Lavinia préférait : c'était une espèce d'herbe aromatique qui croît dans l'Inde, et dont elle avait coutume jadis d'imprégner ses vêtements et ses meubles. Le parfum de patchouli, c'était tout un monde de souvenirs, toute une vie d'amour; c'était une émanation de la première femme que Lionel avait aimée.
(Georges Sand. Lavinia,)
Patraque. Les plaisirs de Paris n'ont pas été dérangés un instant {par les événements du 30 prairial an VII), On
s'est dit, à Tivoli, qu'on allait être pis que jamais. On appelle la pairie, la patraque.
(La Fayelle. Lettre à madame de Tessé, 14 juillet 1799.)
Paire. Despréaux, admirateur passionné des bergers de Théocrite et do Virgile, quelquefois plus patres que bergers...
(D'Alembert. Elof/e de Segrais,}
Pécli^ur. Dieu fie veut pas la mort du pécheur. C'est une parole d'origine biblique : « Je ne veux point la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur : retournez à moi, et vivez ! >► Ezéchiel,XYIIÏ, 32.
Peine. C'est parmi les gens de peine que l'on trouveencore quelques vertus.
(Bernardin de Saint-Pierre. Voyage à Vile de France^ III.}
Pensionnaire. La déOnilion de Litlré : « élève à demeure dans une maison d'éducation », et celle de Hatzfeld : « élève qui est en pension », laissent échapper un sens essentiel de ce mot : jeune fille qui est encore dans Tàge ingrat, ou qui en est à peine sortie, et qui en a les manières ; c'est l'allemand hackfisch :
.... des grimaces, des moqueries ; des haussements d'épaules : enfin de petites vengeances de pensionnaire.
(M"' du Deffand. Lettre à Walpole, 2 novembre 1769.)
Cette jeune femme, en face de ces passions qu'elle excitait, avait des imprudences, des confiances^ des curiosités presque d'une enfant ou d'une pensionnaire.
(Sainte-Beuve. M'^* Eécamier,)
Perfectibilité. Le premier ex. de ce mot, d'après Hatzfeld, se trouverait au XVIIP siècle, dans les Mémoires de Trévoux, cités par le Dictionnaire de Trévoux, édition de i77i. Mais ouvrez ce Dictionnaire: vous y voyez que la cita-
lion des Mémoires est empruntée à un compte-rendu du Discours sur rmégalité, de Jean-Jacques Rousseau. Vous êtes donc renvoyé à ce Discours, qui a paru en 1758, et où on lit en effet : « L'homme reperdant par la vieillesse ou d'autres accidents, tout ce que sa perfectihilHé lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la bêle même. »
Perfidie. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de 1635. « Perfidie, pcrfldia, malitia, sceleraiesza, • •
(Tesoro de las trcs hnguas. Genève, 1609.) Perfidie a peut-être été emprunté à l'italien.
Perlurballf. Sa Majesté sera suppliée de le faire supprimer (lin ouvrage de M. Cailly, instituîé Durand commenté) comme pernicieux, et perturbalif de la tranquillité de l'Eglise et du royaume.
(Bossuet. Lettre à Tévéque de Bayeux, 9 février 1701.)
Pesaui. Tout ce qu'il dit me paraît pesant sans avoir de poids.
(M"' du Deffand. Lettre à VValpole, 15 novembre 1771.)
Péter. Halzfeld cite une phrase d'une comédie de Regnard : Nous plaiderons^ morbleu, nous plaiderons ; la gueule du juge en pétera; et il en interprète les derniers mots en ces termes : « nous lui romprons la tête. »
Je les comprends autrement, et je crois qu'il faut les traduire: « La bouche du juge crachera un jugement. »
Petit-g^endre. Le Chabrillan, petit-gendre de madame d'Aiguillon, a perdu, au trente et quarante, 73,000 francs.
(M- du Deffand. Lettre à Walpole, 3 avril 1768. Le marquis de Chabrillan avait épousé en 1766 la petite-fille de la duchesse douairière d'Aiguillon.)
Au inoment où la fiévoltrtion de 89 a l'air d« faire trêve, il [Chateaubriand] part pour l'Amérique du Nord, muni des
instruclions de M. de Malesherbes, dont son frère aîné était
le petit-gendre.
(Sainte-Beuve. Chateaubriand, 3' leçon.)
Ce mot est rarement employé ; mais il est aussi bien formé que petit-fils et petit-neveu ; et la langue française est si pauvre en termes généalogiques, que le lexicographe doit recueillir avec soin tous ceux qui peuvent être employés.
Pétitionner. Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 1792. Littré a donné pour ce verbe une citation de Saint-Evremond.
Pelii-neTeu. Je vous entretiendrai aujourd'hui d'un vieux fou, qui est Pierre Corneille, petit-neveu (à la mode de Bretagne) de Pierre Corneille (du grand Corneille),
(Voltaire. Lettre à d'Argental, 29 mars 1766.)
Pétrissable. Hatzfeld : Néologisme.
Littré a donné pour cet adjectif une citation de Buffon.
Pliilipplque. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1798. J'ai renoncé pour jamais aux philippiques et à toutes les matières querelleuses.
(Balzac. Lettre à Chapelain, 20 décembre 1637.)
Pliilosoplier. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, dans Montaigne.
C'est une "chose de belle apparence, qu'un homme se retire des compagnies communes, pour philosopher en son secret
(Calvin. Opéra, IV, 871.)
Je philosophe en ce lac argentin.
Qu'allons nous donq en vain philosophant?
(Buttel. Œuvres, éd. Scheuring, pages 329 et 332.) Piano. Hatzfeld: Ex. le plus ancien, de 1778.
Cela est assez bon pour un piano-forlé, qui est un instrument de chaudronnier en comparaison du clavecin. (Voltaire. Lettre à madame du Deffand, 8 décembre 1774.)
Pied. Nous ne passons par aucune ville considérable, dont il ne fasse le tour sur les remparts, et cela le plus souvent de son pied mignon : car on ne trouve pas partout des carrosses.
(Le Pays. Relation d'un voyage en Flandre?)
Pierre. Littré dit: « Par exagération. Les pierres mêmes parleront, se dit de quelque fait révoltant qui soulève la conscience publique. » Cette locution est d'origine biblique. A rentrée triomphale de Jésus à Jérusalem, quelques-uns des pharisiens de la foule lui dirent : « Maître, réprimande les disciples !» Et il leur répliqua : « Je vous déclare que si ceux-ci viennent à se taire, les pierres crieront. * Luc. XIX, 40.
Ptéliste. Littré, et l'Académie d'après lui, donnent de ce mot la définition suivante : Membre d'une secte chrétienne {Acad. : d'une secte protestante) qui s'attache à la lettre de l'Evangile.
Cette définition n'est pas bonne. Un piétiste est un protestant qui se détache de l'église nationale de son pays, en aspirant à une piété plus vivante et plus intime. Le mot est venu d'Allemagne, et je ne sais si on en trouverait un exemple plus ancien que celui-ci :
Vous avez sans doute ouï dire qu'il y a dans les cantons suisses protestants une espèce de quiétistes. On les appelle la Société philadelpMque, ou Fraternité piétiste.
(Bayle. Lettre à Janiçon, 8 octobre 1699.)
Plâtreux. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1616.
Cicones Thraciens, ne trouvez pas estrauge Qu'une vostre fontaine en pierre le bois change, Qu'elle emmarbrisse cneor de ses plastreuses eaux, A quiconques en boit, les molasfcres boyaux.
1593. (Du Cliesne de la Yiolelte. Le grand miroir dit monde, livre 6*.)
Pléiade. Hatzfeld : « Figurémenl, la pléiade poétique, groupe de sept poètes, à. Alexandrie; en France, au 16* siècle ».
Ce que c'est que de manquer de littérature, même quand on est un homme de grand talent ! Dans son discours du 15 septembre 4867, à Nantes, M. Rouher, célébrant M. Billault, termine en disant que l'histoire lui assignera sa place « au premier rang de cette Pléiade de grands hommes qui, depuis 1789, ont illustré nos assemblées parlementaires ». Or la Pléiade n'est composée que de sepi étoiles, de sept noms; et depuis 1789, si l'on choisit sept grands orateurs seulement, M. Blllaull ne sera ni au premier rang, ni même l'un des sept. Mais M. Rouher n'a jamais su, littérairement pas plus qu'aslronomiquement, ce que c'est qu'une Pléiade; de là sa faute. Il a cru évidemment que Pléiade signiQe sim« plement une grande quantité.
(Sainte-Beuve. Nouveaux Lundis, XIÏÏ; note de l'article sur Joachim du Bellay.)
M. Rouher avait-il si grand tort? Le mot pléiade, sansmajuscule, ne s'emploie-t-il pas dans le sens de groupe, pluî^ ou moins nombreux, d'hommes de talent ?
Plein. Je vous embrasse de tout mon cœur, et vous souhaite tout plein de bonnes années.
(Voltaire. Lettre à M. Bertrand, 7 janvier 1771.)
Plenratelier. Pour l'intercalation de n, remarquer un
mot de notre parler romand : piome, femme qui se plaint toujours.
Pleutre, poUrou. N'a-t-on pas là deux formes du même mol, au cas sujet et au cas régime, comme gars et garçon, avec mélathèse de la lettre l ?
Ploniceon. A Thistorique de ce mot, Lillré cite des vers de Desporles :
Ores demy lassé je me couche sur l'herbe, Ores plus mesnagcr, j'aide à serrer la gerbe, A faire des plongeons et les bien entasser.
De crainte que le vent les fasse renverser.
Le lecteur ne comprend pas ce que veulent dire les mots ejitasser des plongeons, Littré aurait dû emprunter au dictionnaire de Trévoux la mention qu'il fait d*un sens particulier de ce mot: « On di\)pe\\e plo7igeons, en plusieurs provinces, les gerbes entassées et renversées ».
Poêle ou poile. Ils font des siphons, des aimants, des
lunettes, des pompes, des baromètres, des chambres noires:
leurs tapisseries sont des multitudes d'instruments de toute
espèce: vous prendriez le poêle d'un paysan pour un atelier
de mécanique, et pour un cabinet de physique expiérimen-
tale.
(J.-J. Rousseau. Lettre à d'Alembert.)
Dans cet exemple, comme dans les trois autres que donne Littré, l'emploi du mot poêle, dans le sens de chambre chauffée, est localisé en dehors des frontières de la France.
Polilteleii. Hatzfeld : Dérivé de politique, d'après le type \dX\n poUticus, Ce mot ne vient-il pas de l'anglais poUiician ?
Pompon. Les termes de pompons et de calotins, mots que j'ai vu naître dans notre langue. . .
(Voltaire. Lettre à M. Lacombe, 13 juin 1763.)
Port. Il y a une demy-douzaiiie de villes, pour le luoins^ qui se vantent d'avoir le suaire de la sépulture (de Jésus- Christ) tout entier, comme Nice... item une ville de Lor* raine, assise au port d'Aussoys (iiem^ oppidum quoddam Lotharingiae, Alsatiae vicmum, dit la traduction latine).
(Calvin. Traité des reliques, Opera^ Yl. 4!i4.}
Port a ici le même sens que dans " port d'Espagne « {Chanson de Roland).
Pote. Pardonnez à ma main droite, un peu pote, si je vous ennuie par une main étrangère.
(Voltaire. Lettre à M. de Chauvelin, 14 mars 1759.)
Pouding^. Mntzfeld : Ex. le plus ancien, de 1754.
Plusieurs Français m'ont assuré qu'un certain manger, que les Anglais nomment podding, était un mets exquis ; et je ne puis croire qu'il vaille mieux que nos franchipanes.
1721. (Saint-Hyacinthe. Lettres écrites de la campatpie.)
Pour. Dans les extraits des mémoires de madame d'Epinay, donnés par MM. Lucien Perey et Gaston Maugras (La jeunesse de madame d'Epinay, page 257) je remarque une phrase : « Pardi ! le prétendu se fait bien attendre. Qu'est-ce que c'est que ça pour tm amoureux ? » qui passerait pour un germanisme (Was fur ein....) si on la renconlrait dans les écrits d'un Suisse.
Pourtant. Ce mot a passé de son premier sens : poio^ tout cela, en raison de tout cela, au sens opposé : malgré totd cela.
Les exemples suivants, où pourtant a été pris par l'écrivain dans le premier sens, et pourrait être pris par le lecteur dans le second, peuvent servir à montrer combien la transition a été naturelle et facile :
.... et se, en son corps doflFendant, il avoit occis Chariot, pour tant n'esloit pas digne de mort.
(Bomania, XXIX, 213.) Si quelqu'un ne peut comprendre tout le contenu, il ne faull pas qu'il se désespère pour tant ; mais qu'il marche toujours oultre, espérant qu'un passage lui donnera plus familièrement exposition de l'autre.
(Calvin. Opéra, III, xxm.)
Préadamlte. Un évéque, qui avait de la naissance, en était si lier qu'il ne parlait que de l'antiquité de sa race. Il croyait sa noblesse, pour ainsi dire, préadamite.
(Lesage. Mélange amusant,)
Précédeni;. Lord Byron est encore à Genève ; toute la société a refusé de le voir. Vous voyez que s'il arrive à Florence, il y aura a précèdent, comme disent les Anglais, pour lui faire éprouver quelque mortification.
(Sismondi. Lettre à madame d'Albany, 11 juillet 181(5.)
Prédéeèfi». Halzfeld : Ex. le plus ancien, de 1690.
Si la femme qui, par le second mariage, a perdu la propriété des libéralités de s(m premier mari, la reprend par le prédécès de ses enfants ?
1638. (CEuvres du sieur d'Olive du Mesnil. Questions notables du Droit. III, 20.)
Prédétermtiiaitt. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de 1762.
Les anciens Dominicains, qui ont réfuté les protestants, ne paraissaient pas prédéterminants. On croit que Bannes est le premier qui a développé cette opinion.
(Fénelon. Lettre au père Lami, 16 juillet 1706.)
Préflntlion. L'autre (thèse) se sert de cette doctrine (de Molina) comme tirée de saint Augustin même, dans le
livre de bono perseveraniiae, et propre à établir les préfinitions de Suarez.
(Bossuel. Leltre à son neveu, 30 décembre 169(j*}
Prélilstoriqae. Définition de tous les dictionnaires : Antérieur à l'histoire.
Bien; mais alors il fallait indiquer au mot histoire un sens essentiel : époque sur les événements de laquelle on a clés renseignements écrits. Depuis le commencement de rhisioire, Lliistoire a commencé avec les plus anciens monuments de V Egypte et de la Chaldée.
Préjugée. Un des sens de ce mot a été ainsi défini : Opinion adoptée sans examen. Acad. — Opinion qu'on reçoit» qu'on s'est faite sans examen. Littré, — Opinion qu'on s'est faite sans examen. Hatzfeld.
La définition de Liltré me semble meilleure que celle de Hatzfeld, puisque beaucoup de préjugés sont héréditaires.
Preneur. On nous fait, tant dans ce livre que dans plusieurs autres qui nous viennent de France, une étrange peinture des femmes de Paris. Elles sont devenues, dit-on, grandes buveuses d'eau-de-vie, et grandes preneuses de labac, sans compter les autres excès.
(Bayle. Lettre à Dubos^ 29 octobre 1690.)
Presbytérien. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1718.
Le gouvernement ecclésiastique d'Ecosse est presbytérien ; c'est-à-dire qu'ils se gouvernent par des Consistoires, Colloques, Synodes provinciaux et nationaux . . . Les Episcopaux exercèrent sur les Presbytériens autant de violence que les catholiques aient jamais fait sentir aux protestants.
1715. (Georges-Louis Le Sage. Remarques sur VAnffUterre.)
Prétexter. Halzfeld : Ex. le plus ancien, dans Corneille: (EcUpe^ tragédie représentée pour la première fois le 24 janvier 1659.
Si Ton veut bien parler, on ne dira pas ambitionner^ occasionner, d'ambition et d'occasion, non jphn^quQ prétexter, ^iowr prendre prétexte. Je sais bien qu'ils sont dans la bouche de la plupart du monde, mais non pas dans les écrits des bons nulfMirs.
16'i7. (Vaugelas. Remarques sur la langue française,)
PrêtralUe. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1572.
... ceste infâme prestraillc Lçs a establis ducs et chefs de la bataille.
I3r>5. (Conrad Badius, cité dans les Opéra Caloini, V, .dix.)
Prévôt. Au nombre des sens de ce mot, Littré indique : t Dans quelques églises, cathédrales et collégiales, le béné- Jicier qui était le chef du chapitre » ; tandis que d'après Hatzfeld, le prévôt est seulement « le chef du chapitre d'une église collégiale ».
La Bibliothèque sacrée, ou Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, de Kichard et Giraud, donne raison à rjltré: « En général, dit cet ouvrage, dans les cathédrales et collégiales de Languedoc, Dauphiné et Provence, la dignité de |>révôt était la première, comme celle de doyen dans les autres provinces de France. »
A Genève, comme dans les provinces du midi, le chapitre de Tèglise cathédrale de Saint-Pierre avait à sa tète un prévôt; et il a compté, parmi ses prévôts, saint Anthelme et saint François de Sales.
Primeur. Dans l'historique de ce mot, Littré cite un passïïge d'Olivier de Serres, où primeur a le sens de raffine-
menl. Pris dans ce sens, primeur dérive de l'espagnol primor.
Dans le dictionnaire français-espagnol d'Oudin (1045) on trouve: * Primeur, i?rmor; avec une astérisque indiquant (fue le mot primeur est ancien, ou hors d'usage.
Principipale. Les méchants font parler les sols pour leur servir ensuite d'écho, et mon principicule (sic) est un des meilleurs instruments de ce genre d'opération.
(Benjamin Constant. Lettre à Madame de Nassau, 8 janvier 1794. Journal intime et lettres. Paris, 1895, page 185.)
ProcrasttnaAlon. Elle s'est laissée aller à une sorte de procrastinalion, mêlée de découragement.
(Benjamin Constant. Lettre à Madame de Nassau, du 7 octobre 1809.)
Ce démon de la procrastination, que Benjamin Constant avait déjà nommé, et que lui-môme (Fauriel) connaissait si bien, l'emporta.
(Sainte-Beuve. Portraits coniempoirnns, IV, 24 L)
Tâchez qu'il n'y ail pas d'hésitation et de procrastination. (GuizoL Lettre à M. Vilet, du 19 février 1871.)
Cp. Littré. Additions au sîtpplément, — Le plus ancien exemple que je connaisse de ce mol, est dans une lettre du 10 août 1784, adressée par Georges-Louis Le Sage à Reybaz : « Mes procrastinalions passées vous ont rendu très défiant. » Galiffe. I)'u7i siècle à Vautre, I, 166.
Promesse. Les dictionnaires omettent : Absolument, les promesses : ce que Dieu a promis.
L'Eglise toujours renouvelée suivant les promesses, ne vieilUt jamais.
(Fénelon. Lettre à l'abbé Passionei, 22 novembre 1713.)
Hatzfeld : Théologie catholique. Les enfants de la pro-
messe, les élus. — Mais celte expression est d'origine biblique ; elle est chrétienne par conséquent, et non pas seulement catholique. Saint Paul a dit : Ceux qui sont enfants d'Abraham selon la chair, ne sont pas pour cela enfants de Dieu ; mais ce sont les enfants de la promesse, qui sont réputés être les enfants d'Abraham. Epître aux Bomains,
Pratestant, Papiste et Calvimste sont les deux termes de faction. Huguenot est votre nom de guerre, imposé à vos firemiers pères fortuitement et par le hasard. Ce nom ne lime ni ne blâme : il marque et distingue seulement. Je voudrais bien que protestayU fût aussi usité en France, qu'en Allemagne; et je m'en servirais très volontiers, si le peuple Teulendail.
(Balzac. Lettre à Gonrart, 14 août 1651.)
Provincial. Hatzfeld cite pour ce mot un exemple du Xlll' âiècle. Mais dans le sens de : qui est de la province^ et non pus de Paris, ce mot ne remonte qu'au règne de Louis XIII.
Je confesse que je suis le plus rustique provincial qui soit d'ici à Paris.
(Balzac. Lettre à Chapelain, 20 décembre 1(340.) Je n'ai plus que des pensées provinciales et rustiques. (Balzac. Lettre à xM. de Borstel, Livre VI, lettre 34.)
Pisanme. Halzfeld définit ce mot : cantique rehgieux. SlaiH tous les cantiques sont religieux. Cette définition ne dit pas quels sont les cantiques à qui on donne le nom de psaume. L'Académie et Littré avaient donné une définition à laifuelle il fallait se tenir.
Puisque. Acad. : Conjonction servant à marquer une cause.
lAttré : Conjonction qui marque la cause.
Le génie de la langue, en donnant ce sens à un dérivé de post^ semble être tombé dans le piège du sophisme : post hoc, ergo propier hoc, contre lequel tous les traités de logique nous mettent en garde.
Pulmonaire. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1611.
On voit partout l'odorant pouliot ; Assez y sont en leurs lieux ordinaires Et l'iiépatique, et les deus pulmonaires.
1572. (Peletier, du Mans. La Savoie, IIÏ, 466.)
Puncli. D'après Hatzfeld, ce mot, au 18* siècle, ne se rencontrerait que sous la forme ponche.
... à peu près comme si quelqu'un, pour démontrer la bonté du punch, donnait une liste des gosiers anglais qui en boivent dans les tabagies.
(Toussaint. L'Abeille du Parnasse,^ décembre 1750.)
Puritain. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, dans Bossuet.
Mais MM. Hatzfeld et Darmesteter avaient publié {le Seizième siècle en France, If, 231) un morceau de [Ronsard où se ti'ouve ce mot.
Quaker. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1762.
Ces Koîtacres ou tremhleurs sont ainsi nommés du mot de quaJcen, qui veut dii*e trembler, parce qu'ils affectent de trembler, quand ils prophétisent ou quand ils prient.
1695. (Gatrou. Histoire des Anabaptistes,)
Les Quakers ou irembleurs sont une des curiosités d'Angleterre. L'on les connaît par leurs habits, qui sont d'une simplicité extraordinaire. . . Ils ne tirent jamais le chapeau, etc.
1715. (Georges-Louis Le Sage. Remarques sur r Angleterre.)
J'allai trouver un des plus célèbres quakers d'Angleterre. 1734. (Vollaire. Lettres sur les Anglais.)
Qualifié. Comme exemple de l'emploi de ce mot dans le sens de : qui a des titres de noblesse, Littré cite une phrase de Voltaire, dans VEssai sur les mœurs : t Les Genevois eurent la hardiesse de faire pendre treize officiers qualifiés. »
On permettra à un Genevois de remarquer en passant, à cette occasion, qu'il y a là une erreur de Voltaire, déjà relevée au 18' siècle par le pasteur Jacob Vernet dans les Lettres critiques d'un voyageur anglais. Le nom de quelques-uns des treize pendus suffît à montrer qu'ils n'étaient pas tous qualifiés : hcques Bovier, dit le caporal la Lime, de Seyssel; Pierre Mathieu, d'Uzès, cardeur, etc.
Qualité. Les célèbres avocats peuvent tenir rang parmi les gens de qualité.
(Bouhours. Suite des remarques sur la langue française, article : maison des champs.)
Le Père de la Chaise, . . . (jui était gentilhomme, voulait être homme de qualité.
(Saint-Simon. Mémoires, édition Boislisie, XIV, 103.)
Quartaïeul. L'Almanach de Golha (année 1899, page 42) emploie la forme quadrisaïeul. Quariaîeul vaut mieux ; c'est une forme qui correspond avec celle de quintaïeul.
Quartier, terme de généalogie, est très mal défini par l'Académie, que Littré et Hatzfeld ont copiée : Chaque degré de descendance dans une ligne, soit paternelle, soit maternelle.
On désigne sous le nom de (juartiers, dans un tableau d'ascendants, les quatre aïeuls et aïeules, ou les huit bisaïeuls et bisaïeules, ou les seize trisaïeuls et trisaïeules, ou
les trente-deux quartaïeuls et qnartaïeules, ou les soixantequatre quintaïeuls et qiiintaïeules. etc., jusqu'auxquels on poursuit l'ascendance d'une personne : lesquels aïeuls, bisaïeuls, etc., devaient lous appartenir à la noblesse, pour que la personne qui descendait d'eux pût obtenir certains privilèges: par exemple, l'entrée dans un chapitre noble.
« Il y aurait des dilïlcultés sur certains chapitres, où l'on trouve des évéques de l'Eglise anglicane. Ces quartiers sont bons, et même en honneur, selon les lois et l'usage d'Angleterre. On dit même qu'ils sont reçus sans hésitation dans l'ordre de Malte ; mais ils pourraient surprendre m\ chapitre de chanoinesses, qui n'est pas accoutumé à de telles idées.» (Fénelon. Lettre à M*", 24 septembre 1713.)
Qnatre-Tingis. Hatzfeld cite une phrase de Buiïon : La mort termine, ordinairement à Vâge de quatre-vingt-dix ou cent ans, la vieillesse et la vie.
Mais Buffon a dit: ordinairement avant l'âge de quatrevingt-dix ou cent ans....
Quatuor. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1835. Il n'y a point de vrais quatuor, ou ils ne valent rien. 1767. (J.-J. Rousseau. Dictionnaire de musique , au mot quatuor.)
Quelque. Il y a quelque deux cents ans.
(Voltaire. Lettre à d'Argental, 3 avril 1765.)
Voltaire était contemporain de l'abbé Girard qui prétendait, nous l'avons vu, que quelque n'était plus en usage dans le sens de environ. Voltaire, qui a employé ce mot adverbialement dans l'exemple qui précède, l'avait employé adjectivement dans celui qui suit :
Il vaudrait mieux vous accommoder avec un libraire qui se chargerait des frais et des risques, en vous donnant cinquante
ou soixante pistoles. . . Encore une fois, je crois qu'il vaudrait mieux, pour vous, conclure votre marché à quelque cinquantaine de pistoles, pour vous épargner les embarras et les craintes inséparables de pareilles entreprises.
(Lettre à Thierrot, 20 juillet 1724.)
Qaeue. Ce banc n'a nulles marques de seigneurie : il n'est point à queue, comme on parle en ces matières; il n'y a ni armes peintes ou gravées; il n'y a ni bras, ni clôture: et ne diffère en rien d'un simple banc de paroisse.
(Palru. Facium pour le sieur des jRéanx.)
J'avoue que je ne sais pas ce que c'est qu'un bmi<i a queue,
Qui. Vous verrez que j'ai adouci, dans cette nouvelle copie, une partie des choses que vous craignez qui ne révoltent.
(Voltaire. Lettre à M. de Cideville. Ce samedi.... 1732. Ed. xMoIand, n» 297.)
Le sieur Rey est parti de là pour faire insérer dans la Gasette de Hollaiide un article très indiscret, très choquant, que je crains qui ne vous fasse de la peine, et qui m'en fait encore plus, à divers égards.
(J.-J. Rousseau. Lettre à Duchesne, 6 février 1763.)
Il est des malheurs qu'on croit qui pourraient cesser. (M'"' du Deffand. Lettre à Walpole, 15 novembre 1771.)
Voilà une tournure commode. On serait heureux qu'elle fut autorisée par l'Académie. « D'après les règles actuelles, tin pronom relatif ne peut pas avoir pour antécédent un autre pronom relatif » dit M. Clédat à propos de cette phrase de Joinville : ce que je croi, qui ne plcUst mie à Dieu. {Extraits de la Chronique de Joinville, page 11.)