‹ Les quatre dictionnaires françaisChapitre 7 sur 9 · Ramasser. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de · texte numérisé non relu

Ramasser. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de

La les marrons, quand les neiges tout couvrent, Vous vont guidant, par les chenn'ns qu'ilz ouvrent. Puis, quand faudra par deçà repasser.

Le long (lu val vous viendront ramacer.

1572. (Pelelier, du Mans. La Saooie, II, 581.)

Ramasenle. La musique est, dans la sphère du sentiment, un instrument d'analyse infiniment plus délicat que la langue parlée. Tandis que celle-ci n'a qu'une cinquantaine de mots : rêverie, espérance, tristesse, passion, allégresse, etc., pour rendre les divers états du sentiment, la musique peut exprimer cent, deux cents, mille nuances de chacun de ces états. Le dernier, le plus délié ramuscule du langage,, n'est pour la musique encore qu'une grosse branche informe : elle se charge, c'est son privilège, de l'analyser, de la subdiviser, de la ramifier en tiges, feuilles, nervures, fibrilles,.

indéfiniment.

(Amiel. Grains de mil, page 188.)

Rapporter. Incidemment, en donnant des exemples de l'emploi du mot rapporter, l'Académie formule une règle de syntaxe : On ne doit point sépanr le relatif Qui du substatiiif atiquel il se rapporte.

C'est dans l'édition de 1740 que cette règle a été introduite par l'abbé d'Olivet, et celui-ci Tavait déjà formtilée en 1738 dans ses Remarques sur Racine, à propos de deux vers d'Andromaque :

Phénix même en répond, qui l'a conduit exprès Dans un fort, éloigne du temple et du palais.

« On ne saurait être, disait l'abbé d'Olivet ('), trop ré-

(*) Dans la seconde édition des Remarques sur Racine (1767) les termes de cette remarque ont été légèrement modifiés; c'est ce dernier texte que je reproduis.

serve à foi miiler des règles générales; et cela me regarde plus que personne. Mais pourtant notre syntaxe ne se fera pas toute seule. Vaugelas ne l'a pas épuisée, à beaucoup près. Quant à Ménage et au père Bouhours, ils ne consultent guères que l'usage, et rarement ils remontent aux principes. Il serait donc à souhaiter que chaque particulier, à mesure qu'il croit avoir découvert une règle nouvelle, eût le courage de la proposer, afin qu'elle fût examinée à loisir. J'appelle rè(ile!< nouvelles, celles qui ne se trouvent pas encore dans nos grammairiens.

« Telle est la règle fondamentale, que je propose en ces termes : Quand le pronom relatif Q\\\ est un nominatif il ne saurait être séparé du substantif auquel il se rapporte.

« Je dis : quand c'est un nominatif parce qu'il ne l'est pas toujours; car il est régime quelquefois, mais d'une préposition, comme : la personne pour qui je m'intéresse; la personne de qui Von vous a dit du bien.

« A l'égard des phrases où Qui forme une répétition, par exemple : « Un auteur qui est sensé, qui sait bien sa langue, qui médite bien son sujet, qui travaille à loisir, qui consulte ses amis, est presque sur du succès » : tous ces Qui, par le moyen du premier, touchent immédiatement leur substantif; et par conséquent, il n'y a rien là que de conforme à la règle générale.

« Présentement, on voit en quoi consiste la faute que je reprends dans ce vers :

Phénix lîK^me en répond, qui l'a conduit exprès

« Il y a une séparation totale entre le Qui et son substantif. »

L'abbé Desfonlaines, dans son Racine vetufé, ou Examen des remarques grammaticales de M. Vahhé d'Olivet sur les œuvres de Racine (1739) semble acquiescer à la règle posée

par Tabbé d'Olivel : « En général, dil-il, je crois qui) a raisoiL Mais, en vers, il ne faul pas prescrire des lois si sévères. La censure de M. l'abbé d'Olivet attaque une foule de poètes qui se sont expnmés ainsi. »

Cette règle nouvelle était en effet contraire i\ mi u.sage constant chez les poètes, et chez les prosateurs aussi, comme le montre la série des exemples que j'ai recueillis :

Les j^ens m'ennuyoient qui parloient.

(L'amant rendu cordelierà Vobservanced'amoiu^ versG9â.)

Celuy n'exerce point règne, mais briganderie, qui ne règne point à cette fin : de servir à la gloire de Dieu. Or celuy est abusé qui attend longue prospérité en un règne qui n'est point gouverné par le sceptre de DieUj c'est a dire sa saincte Parole.

(Calvin. Institution chrestienne. Epistre au roy de France. Première édition française, citée par M. Doumergue : Calvin^ Lausanne, 1899, page 510.)

Il est piquant de remarquer que Calvin, dans une édition postérieure, a changé ces deux phrases : comme si, deux siècles avant l'abbé d'Olivet, il eût prévu que ce grammairien poserait la règle que nous avons vue. Calvin a corrigé son texte ainsi :

Celuy qui ne règne point à ceste fin de servir i\ la gloire de Dieu, n'exerce point règne, mais brigandage. Or on s'abuse si on attend longue prospérité, etc.

{Caîvini Opéra, III, 12 et 13. Les éditeurs y ont reproduit l'édition pubhée en 1560 de la traduction française de Vinstitutl&n.)

Mais plus loin, dans cette édition de 1560, on voitd^aulres phrases où se retrouve la hberté de la syntaxe. Ex :

Celuy esloit au nombre des Pères, qui a nié qu'au sacrement de la Cène, sous le pain soit enclos le corps de Christ.

(Calv/ni Opéra, III, 22.)

Celuy seruit bien mal accompaigné de jugement, qui voudroit fonder sur quelque raison, ou tirer en conséquence les verves et caprices d'un poëte melancholique et fantastiq.

(Ronsard. Epître au lecteur. Œuvres, éd. Blanchemain, MI, 144.)

Uu malheur inconnu glisso parmi les hommes.

Qui les rend ennemis du repos où nous sommes.

(Malherbe. Prière pour le roi Henri le Grand, allant en Limousin.)

Mon cœur, La Chenée revint au soir, qui m'apporla de vos nouvelles, non de vos lettres.

(Henri IV. Lettre à Marie de Médicis, 1608. Bévue des autographes, n® 337.)

Force gens ont fait de grandes actions, qui ont commencé leur vie par de grandes fautes.

(Balzac. Lettre à Boisrobert, 4 août 1623.) Cet Italien avait quelque raison,» qui appelait bons anges les diables qui guérissent de la fièvre.

(Balzac. Lettre à son frère, 25 janvier 1624.) Je n'ai jamais recommandé de procès, sans faire une infinité d'incongruités. Pour vous, monsieur, vous n'en seriez pas de même, qui êtes capable de tout.

(Balzac. Lettre à Chapelain, 24 février 1641.) Si donc vous avez quelques raisons pour me consoler, qui ne soient point tirées de Sénèque, . . .

(Voiture. Lettres amoureuses, n" 20.) Leurs lettres en font foi, qu'elle vient de me rendre.

(Corneille. Sertoràes, I.)

N. B. — Voltaire, dans son commentaire sur les tragédies

de Corneille, met en note à ce passage : « Cela n'est pas

français; il faut: Leurs lettres qu'elles viennent de me rendre en font foi. » — A vrai dire, il s'agit ici du pronom qite, et non pas du pronom qui.

Quand le pronom relatif est séparé du démonstratif par un verbe qui est entre deux, alors il faut mettre la particule /à, comme ceux-là se trompent^ qui croient^ etc.

(Vaugelas, Remarques, éd. Chassang, ï, 447.)

On voit qu'en formulant sa règle nouvelle, l'abbé d Olivel se mettait en désaccord avec Vaugelas.

Il est temps que Dieu suscite des disciples intrépides au Docteur de la grâce, qui, ignorant les engagements du siècle, servent Dieu pour Dieu.

(Pascal. Lettres provl)icialeH, XL)

Un homme n'est-il pas fou, qui croit être sage en no s'amusant et ne se divertissant de rien?

(M"' de Sévigné. Lettre à madame de Grignan, 10 février 1672.)

Dieu a fait un ouvrage au milieu de nous, qui détat;lié de toute autre cause et ne tendant qu'à lui seul, remplit tous les temps et tous les lieux, et porte par toute la terre^ avec l'impression de sa main, le caractère de son autorité : c'est Jésus-Christ et son Église.

(Bossu et. Oraison funèbre de la princesse Pahdhie.)

Un roi a été donné à nos jours, que vous nous pouvex figurer en cent emplois glorieux et sous cent titres augustes : grand dans la paix et dans la guerre, au dedans et au deliors, dans le particulier et dans le public; on l'admirf^. on le craint, on Taime.

(Bossuel. Discours de réception à V Académie français^,)

La déesse, en entrant, qui voit la nappe mise, Admire un si l)el ordre, et reconnaît l'Eglise.

(Boileau. Le LtUrift, L)

- 208 ~ Une fillo en sortit, que sa mère a ceU'îC.

(Racine. Iphigé^iie, dernière scène.)

N. B. — Ici encore, comme dans les passages cités de

Corneille el de Bossuel, il s'agit du pronom que; mais il y a

une telle analogie entre les deux pronoms, qu'il n'était pas

à propos d'écarter ces exemples.

Tel soulage les misérables, qui néglige sa famille et laisse son fils dans l'indigence; un autre élève un nouvel édifice, qui n'a pas encore payé les plombs d'une maison qui est achevée depuis dix années.

Ceux-là font bien, ou font ce qu'ils doivent, qui font ce

qu'ils doivent.

(La Bruyère. Des jugements. 80. 81.)

Elle craint que vous n'ayez d'autres choses à demander, qui tirent à conséquence contre madame l'abbesse.

(Fénelon. Lettre à Bossuet, 16 décembre 1694.)

Que celui-là se montre, qui puisse seulement avancer que j'aie jamais applaudi un de ces écrits dont le mérite consiste à flatter la malignité humaine.

(Voltaire. Lettre aux auteurs du Nouvelliste du Parnasse^ juin 1731.)

Celui-là certes a eu raison, qui a dit que Jean-Jacques descendait en droite ligne du barbet de Diogène, accouplé avec une des couleuvres de la Discorde.

(Voltaire. Notes surtme lettre à M. Hume. 1766.)

Un coup d'œil m'atteignit, que je ne cherchais pas.

(Sainte-Beuve. Consolations, IV.)

Ceux-là peuvent comprendre le Christ, qui y ont cru.

(Renan. 1j Avenir de la science, page 291.)

Une voix est en nous, que seules les bonnes et grandes âmes savent entendre, et cette voix nous crie sans cesse :

« La vérité et le bien sont la fin de la vie; sacrifie lonl le.

reste à ce but. »

(Renan. Béponse à M. PastcurJ

On remarquera que les exemples, si nombreux jusqu\^ la fin du XVH"»' siècle, se font rares après Fénelon.

De nos jours, l'ancienne liberté s'est retrouvée; et il serait facile de réunir des phrases empruntées aux meilleurs auteurs vivants, dans lesquelles la règle posée par l'abbé d'Olivet, sanctionnée encore aujourd'hui par l'Académie^ est \iolée sans scrupule.

Rarissime. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de 1798.

Notre langue n'a aucun nom qui soit de lui-même superlatif; car pour ceux d'Illustrissime, Excellentissime, Eminmiissime, Sérénissime, qui sont des formules de titres ; et pour quelques autres que l'usage peut avoir introduits dans la conversation, comme helUssime^ 7'arissime, ce sont des termes qu'elle a empruntés de la langue italienne, et qui n'èlanl point du génie de la nôtre, ne sont ici regardés que comme

étrangers.

\ 706. (Régnier Desmarais, Grammah-e,)

RaTaler. La phrase de Rousseau : Bavaler le vetitre (rnn magot, citée par Littré comme exemple du sens i", ser;jiL mieux placée comme exemple du sens 6*.

Beeez. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1798. Littré a donné pour ce mot une citation de Voltaire.

Réformé. Musset a dit dans la Coupe et les lèvres :

Vous trouverez, mon cher, mes rimes bien mauvaises ;

Quant à ces choses-là, je suis un réformé.

Je n'ai plus de système, et j'aime mieux mes aises.

Je ferai remarquer que pour l'exactitude du sens, il ne faudrait pas dire un réf&rmé ; car les réformés, c'était préci-

sèment ceux qui prétendaient à bien rimer, et à réformer la poésie ; et les réformés en religion, les calvinistes, n'étaient pas non plus des plus coulants. Musset a voulu dire un relâché.

(Sainte-Beuve, Causeries du lundi, tome XI. Notes et pensées, GLXl.)

Il me semble que Musset, en parlant d'un réformé, entendait non pas un chrétien réformé, mais un officier réformé, qui n'est plus an service, qui est à son aise et fait ce qui lui plail, n'obéit plus à la consigne et n'est plus soumis à la discipline militaire.

Réformer. Hatzfeld : « ÏII. Retirer du service (ce qui y est devenu impropre). Réformer un officier. ■ — Mais un militaire peut avoir été réformé, simplement par raison d'économie.

des Français réformés par la paix, et qui, faute de

mieux, allaient faire le métier de brigands en Pologne.

(Lettre du roi de Prusse à Voltaire, datée du 1" novembre 1772 dans l'édition de Kehl, et dans celle de Moland, du 2 du même mois.)

Régleur. Un sens que l'Académie, Liltré et Hatzfeld ont laissé de côté, est celui-ci ; ouvrier qui règle la marche des montres.

La Société des Arts, à Genève, donne des diplômes de régleur à ceux qui s'entendent le mieux en cette partie.

Rehanssement. Une peinture faite à plaisir avec les couleurs et les rehaussements de la poésie.

(Théophile. EpUre d'Actéon à Diane.)

Rellgioii. Quant à la fin de votre Institut, il ne la faut pas chercher en l'intention des trois premières sœurs qui commencèrent, non plus que celle des Jésuites au premier des-

sein qu'eut saint Ignace : car il ne pensait à rien moins qu'à faire ce qu'il a fait par après, comme de même saint François, saint Dominique, et les autres qui ont commencé des religions.

(S. François de Sales. J^itretiens spirituels, Xlll. (Euvj^gs, éd. de dom Mackey, VI, 227.)

Reliquaire. Je vous conjure de me faire faire à Paris un fort petit reliquaire d'or d'une très belle façon, et de jiie l'apporter quand vous reviendrez. J'y veux mettre un petit morceau de la mâchoire de saint Louis.

(Fénelon. Lettre à l'abbé de Langeron, 12 mai 1709,)

Remarque. J'ai trouvé plusieurs plantes de remarque, dans des lieux où elles ne sont point indiquées.

(J.-J. Rousseau. Lettre à Malesherbes, sans date.)

Remarquer. Je vous ai, Messieurs, tantôt remarqué

que

(Patru. Plaidoyer pour le prince de Co/ttiJ

Remuable. Manuel était un homme remuable, enlrainé par ses passions, mais capable de mouvements honnêto.s. (M"* de Staël. Considérations sur la Bévolution, 111, 10.)

Rendre. Littré, sous le chiffre 28, cite un passage dVine lettre de J.-J. Rousseau à madame d'Epinay : « Elle [Thérèse] est sa maîtresse absolue, va, vient, sans compte rendre. 13 déc. 176(1 »

Cette lettre est de l'année 1756. Rousseau y parle de la mère Le Yasseur, et non pas de Thérèse.

Répondre. Il y a bien de la difTérence, comme totil le

monde sait, entre répondre une requête, et répondre à une

requête.

(Desfontaines. Racine vengé, page 123.J

— 2li —

Respeetneax. Le langage politique el ofliciel aime employer aujourd'hui cet adjectif avec un régime qui lui est joint par la préposition de : particularité que Litlré et Halzfeld n'indiquent pas.

Ce qu'il a été ici, vous le savez tous : administrateur scrupuleux et vigilant; respectueux des prérogatives de vos mandataires élus, mais gardien jaloux des droits qui lui appartenaient comme représentant du pouvoir central.

(Discours de M. Laffon aux obsèques de M. Barréme, préfet de l'Eure, 18 janvier 1886.)

Rester. « C'est une faute, remarque Littré, de se servir de rester au lieu de loger ou demeurer. » Beaumarchais a employé le mot rester en ce sens-là dans le Barbnr de SévUle, 11,2.

FiGABo. Figurez-vous la plus jolie petite mignonne, douce, tendre, accorte et fraîche, agaçant l'appétit; pied furtif, taille adroite, élancée, bras dodus, bouche rosée, et des mains, des joues, des dents, des yeux. . . Rosine. Qui reste en cette ville? FiGARO. En ce quartier.

Révolter. Se révolter, dans le sens de passer au catholicisme, était une expression courante chez les protestants du 17' siècle.

Vous savez que Papin s'est révolté.... Papin eut beau chercher du pain en Allemagne, en Hollande et en Angleterre, il y trouva partout la porte fermée. Ainsi la faim le fit retourner en France, où il a remis à M. l'évoque de Meaux les lettres, etc.

(Bayle. Lettre à Minutoli, 11 novembre 1G92.)

Revue. Quand je vous écrivis que vous rendissiez compte de temps en temps à votre ancien confesseur, je ne voulais

pas dire que vous fissiez des revues ; car il suffît que ce soiL d'année en année, à celui que vous voudrez.

(S. François de Sales. Lettre du i4 août 1618, à iint^ religieuse.)

Rider. Halzfeld cite à ce mot les vers de Corneille : Le temps.... saura faner vos roses, Comme il a ridé mon front.

qui sont, dit-il, dans les Stances à îine marquise. Lisez : dans les Stances à Marquise, Marquise était le nom de ba[^L(^me d'tme actrice, la Duparc, à qui ces vers sont adressés. Marquise, dit M. Bleton (^), était un prénom assez répandu h Lyon. Brouchoud le relève un bon nombre de fois, sur les seuls registres de la paroisse, Sainl-Nizier, pendant la période correspondante [au séjour de Molière à Lyon].

Rien. Les quatre mots du grand apôtre nous doiveiH servir d'épithème : Opportune, importune, in omni paUmiUa vt doctrina : il met la patience la première, comme plus nécessaire, et sans laquelle la doctrine ne sert pas de rien.

(S. François de Sales. Lettre à un évêque, sans date.) Cp. les Femmes savantes, acte II, & scène :

Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.

Rognement. Il répond au roi, plus roguemenL ([ue jamais, que c'était trop presser un homme de bien.

(Matthieu. Histoire de Henri IV, Livre Y^ 3. § \).)

Roi. Les trois Rois, les mages venus pour rendre hommage à l'enfant Jésus.

Quant à l'imposition des noms qui se fait au saint bapLème, afin d'en exclure toutes profanations, avons ordonné de défendre que nul n'ait à imposer le nom de Claude, ou les

(*) Molière à Lyon,dans le Livre d'or du deuxième centciiaini de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon.

noms de ceux qu'on a appelés les trois Rois (BaUhasar, Gaspard, Melchior) d'autant qu'ils ont été appliqués à l'idolâtrie en ce pays, et à quelque manière de sorcellerie.

(Ordonnances ecclésiastiques de V église de Genève. 1609. article 41.)

Roide... Aliénation de quelques lies, bois et rives de la rivière de TAllondon, en faveur des habitants de Dardagny, afin de leur servir de communes pour y faire pâturer leur bétail, et y couper le bois nécessaire pour leur affouage. . . acte de cession des lies, que l'on prétend avoir été fait déjà en l'an 1321, par Valerius de Dardagny, aux conditions que chacun de ceux qui tiendraient des bétes pour la charrue, en feraient annuellement trois corvées ou journées, et chacun des autres, trois roides ou journées d'homme . . .

(Document déjà cité au mot Corvée,)

Romancer. Toutes les histoires de l'Astrée ont un fondement véritable; mais l'auteur les a toutes romancées, si j'ose user de ce mot : je veux dire que pour les rendre plus agréables, il les a toutes mêlées de fictions, qui quelquefois sont des fictions toutes pures, mais le plus souvent ce ne sont que voiles, d'un ouvrage exquis, dont il couvre de petites vérités.

(Patru. Eclaircissement sur V histoire de VAstrée,)

Romand. Aussi s'estendoit la domination du dict royaume {le second royaume de Bourgogne) sur trois langues principalles et différenles l'une de l'autre, c'est assçavoir \ germanique, romande ou walonne, et italienne.

(Bonivard. Chroniques de Genève, 1, 14.)

On appelle le Pays roman celte partie du canton de Berne on l'on parle français. On l'appelle aussi le Pays de Vaud,

(Mémoires pour servir à l'histoire des troubles arrivés en Suisse à Voccasion ei?^ Consensus. 1726, p. 44.)

Il y a dans mon petit pays roman — car c'est son nom — l»eaiicoup d'esprit, beaucoup de raison, point de cabales, point d'intrigues.

(Voltaire. Lettre à madame de Fontaine, datée de Monrion près Lausanne, 6 mars 1757.J

Vous me parlez, monsieur, d'un voyage philosophique vers mon petit pays roman. Vos lettres inspirent le désir de voir celui qui les écrit. Ma retraite serait très honorée, et je serais charmé.

(Voltaire. Lettre à Sénac de Meilhan, datée des Délices près Genève, 4 juillet 1760.)

Romantique. Dérivé de roman, dit Hatzfeld. — Emprunté de l'anglais romaniic, à ce qu'il semble.

Plusieurs Anglais tâchent de donner aux leurs {à leurs jardins) un air qu'ils appellent en leur langue romantiôi c'est-à-dire à peu près : pittoresque.

1745. (L'abbé Le Blanc. Lettres sur les Anglais, 52.)

Dans un article intitulé : Classisch und romantisch (Studien ujid Wandertage, Frauenfeld, 1890, page 243) Breitinger a remarqué que le mot anglais romantick est signalé comme un néologisme dans le Neio world of words de PhilippSj Londres, 1706; et comme le dictionnaire de Johnson donne de ce mot des exemples tirés des œuvres d'Addison et de Thomson, il se demande si ce ne sont pas les traducteurs de ces écrivains anglais qui ont introduit en français le mol romantique.

On prend quelquefois le mot classique comme synonyme de perfection. Je m'en sers ici dans une autre acception, en considérant la poésie classique comme celle des anciens, et -la poésie romantique comme celle qui tient de quelque manière aux traditions chevaleresques. Cette division se rap* porte également aux deux ères du monde : celle qui a pré-

cédé rétablissement du christianisme, el celle qui l'a suivi. (M- de Staël. De V Allemagne. II, H.) Le mot rommitiqice se disait des caractères et des paysages qui rappelaient les romans, et il s'employait comme synonyme de romanesque. Wieland, par analogie, s'en servit, en allemand, pour désigner le pays où fleurit l'ancienne littérature romane. Le premier traducteur français qui rencontra le mot dans celte acception, le commenta : « le pays des fées * ; \\n autre traduisit : « le pays des romans » ; un troisième mit tout simplement : « les régions romantiques » ; et le mol, que l'on trouva commode parce qu'il éfait indéterminé, entra par un contresens dans l'usage de la

littérature.

(Sorel. M"* de Staël, page 171.)

Rompre. Rompre avec quelqu'un, rompre en visière à quelqu'un : voilà des expressions autorisées, que donnent tous les dictionnaires. Quelques écrivains disent ; rompre en visière avec quelqu'un ; et je me demande si cette expression est correcte. Mais nous n'avons plus aujourd'hui ce qu'on avait au XVII' siècle, des hommes de goùl, de bons grammairiens, pour discuter de pareilles questions.

Il {M. Renan) a rompu en visière avec ce pédantisme de la critique qui. . .

(Gabriel Monod. Benan, Taine, Michelet, Préface, xui.)

Ronds. Si on trouve peu de diamants parangons et peu

de perles bien rondes, on trouve assurément encore moins

d'amis parfaits et bien purs. Quelque autre, pour faire la

pointe, dirait : « et bien ronds » ; car nous disons cela de

ceux qui sont francs, et avec qui on peut traiter amitié sans

crainte.

(D'Ablancourt. Seconde lettre à Paint.)

Roudeau... es rondeaux et assemblées des mondains.

(S* François de Sales. Estendart de la sainte Croix, II, 6. — Voir le dictionnaire Godefroy, au mol randel.)

Rosaire. Hatzfeld: Etyni.; Emprunté du ialindu moyen âge rosariimi.

Ce mol pourrait être venu de l'italien rosario. '

Rose. Cercle vicieux dans le dictionnaire Hatzfeld, qui définit rose : « fleur du rosier » — rosier : « arbuste de la famille des rosacées » — et rosacées: « famille de plantes dont la rose est le type. »

Rosean. Sainte-Beuve a critiqué une expression employée par Fénelon: « Hélas, madame, qu'attendiez- vous des hommes ? Vous ne les connaissiez donc pas? Ils sont faibles, inconstants, aveugles ; les uns ne veulent pas ce qu'ils peuvent, les autres ne peuvent pas ce qu'ils veulent. La créature est un roseau cassé : si on veut s'appuyer dessus, le roseau plie, ne peut vous soutenir, et vous perce la main. * Ce sont, dit Sainte-Beuve, les louches énergiques chez Fénelon. L'expression toutefois est-elle aussi ferme et aussi exacte de tout point que l'aurait eue en pareil cas Pascal ou Bossuet ? Ce roseau cassé, ce roseau résistant et sec, qui perce la main quand on s'y appuie, est-il bien de la même nature que le roseau qui plie, et qui, par conséquent, se dérobe ? Fénelon n'a-t-il pas associé dans une même image deux roseaux d'espèce différente ? Je rougis presque de hasarder ce doute littéraire, à propos d'une belle pensée morale.

(Sainte-Beuve. Causeries du lundi, article du 27 mars 1854, sur Fénelon.)

Mais ce n'est pas Fénelon qui a imaginé celle expression ; le roseau cassé qui perce la main. Elle est biblique : Livres des Bois, livre II (ou IV, selon une autre numérotation), chapitre xvm, V. 21 ; et Isaïe, ch. xxxvi, v. 6.

Roter. Verbe neutre, disent tous les dictionnaires. Calvin remploie comme verbe actif:

Et ce vilain gueux de l'iiostière, en routtanl le vin qu'il a heu, cuide persuader que vessies sont nuées.

(Opéra Calvim, IX. 134).

C'est ce que les éditeurs de Calvin appellent avec trop d'indulgence ; Stili gallid îepkla jocositas.

Rouiller. Ce philosophe de nos amis, duquel vous vous êtes ressouvenue si à propos, qu'il fait quelquefois les petits yeux, a rouillé les yeux en la tête, quand je lui ai lu cet endroit de votre lettre.

(Voiture. Lettre LYIII, à M"' de Rambouillet. — Voir le dictionnaire Godefroy, au mot roeiller.)

Sable. Emilie: N'est-il pas joli de jaser comme cela, d'un lit à l'autre, jusqu'à ce que l'homme au sable s'empare des yeux ? — La mère : Voilà, par exemple, une expression un peu triviale !

(Mme d'Epinay. Les conversations d'Emilie^ XX.)

Sacriste. On dit que le pape a quelque envie secrète de se défaire de son sacriste, et que celui-ci voudrait fort aller mourir en son pays qui est celui dont il est question {Liège.)

(Fénelon. Mémoire adressé au père Le Tellier^ 1710.)

Sagacité. Comme il arrive que l'œil, destiné à voir tout ce qui est hors de lui, ne se voit point néanmoins luimême, ainsi l'esprit de l'homme est-il pénétrant, subtil, plein (si j'ose employer ce terme) de sagacité pour tout le reste, hors pour la conscience qui est son œil, et par où il doit se connaître.

(Bourdaloue. Sermon de la parfaite observation de la loi,)

Sain. Samorpars, au moyen âge, était une formule usi* lée, dont Técho se retrouve parfois chez les écrivains français.

Voici donc comment on définit le bon usage : c'est la façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d'écrire de la plus saine partie des auteurs^ du temps.

(Vaugelas. Remarques sur la langue française^ préface.}

Il s'agit de l'intérêt de toute la saine partie du genre

humain.

(Voltaire. Lettre au roi de Prusse, octobre 1757.)

La bourgeoisie de Genève est la plus saine partie de la République, la seule qu'on soit assuré ne pouvoir dans sa conduite se proposer d'autre objet que le bien de tous.

(Rousseau. Lettres écrites de la montagne, IX.)

Convaincus que la partie saine de la nation française abhorre les excès d'une faction qui la subjugue, et que le plus grand nombre des habitants attend avec impatience le moment du secours, pour se déclarer ouvertement contre les entreprises odieuses de leurs oppresseurs, S. M. l'Empereur et S. M. le Roi de Prusse les appellent, e( les invitent à retourner sans délai aux voies de la raison et de la justice,, de l'ordre et de la paix.

(Déclaration de S. A. 8. le dm de Brunswick, 25 juillet 1 792.)

Ce malheureux manifeste est un des derniers écrits où Ton ait employé l'expression : sai?ie partie. Elle est antipathique au génie démocratique, qui veut croire que tout est sain dans le peuple; elle serait tellement impopulaire qu'on se compromettrait en l'employant : on l'abandonne.

SaToir. Dans les Entretiens d'Ariste et d'Eugène, du père Bouhours, qui parurent en 1671, le cinquième entretien roule sur le Je ne sais quoi, « Les Italiens, remarque un des interlocuteurs, emploient en toutes rencontres leur non

su che; on lie voit rien de plus comaïun dans leurs poêles. . . Les Espagnols ont aussi leur ;m) seque, dont ils usent a toute heure. »

Il semble que remploi de celte expression soit en français un emprunt fait aux langues du Midi.

Scltellioff. Notre bourse se vide furieusement; car les chelins s'en vont ici dru et menu. On ne ferait pas faire un pas à im Anglais, si le chelin ne marche pas le premier. Pour moi, je n'entends point leur langue : mais il m'est avis qu'ils ne disent autre chose que chelin, cheliv, et chelin, éternellemenl.

(Le Pays. Amitiés, Amours et Amowefles. Relation d'un voyage d'Angleterre.)

Senrrililé. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1546.

. . . une jaserie dissolue, laquelle en latin se nomme scurrilité, en nostre langage plaisanterie,

1544. (Calvin. Préface des Disputations chresiiennes en manière de devis, par Virel. Calvini Opéra, IX. 863.)

Septuor, fSextnor. L'Académie, en 1877, a admis ces deux mots dans son dictionnaire.

On sait que quatuor, au pluriel, ne prend point d's. On se demande en conséquence ce qui en est de sextuor et de septuor : s'il faut leur faire suivre la règle générale des substantifs, ou régler leur pluriel sur l'analogie de quatuor.

C'était à l'Académie à prononcer. Elle a passé outre sans rien dire.

Serioer. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1812.

Mon livre, embellis-toy du beau et doux ramage Qu'entonnent les oiseaux qui vivent en servage; J'oy ja parmi mes vers le serin seriner.

1593. (Ou Chesne de la Violette. Le grand miroir du monde, 0* livre.)

Serpent. Nous appelons serpents ces séries d'arlicles à surprise qui se glissenl dans un journal contre sa ligne, les opinions et le sentiment de ses rédacteurs habituels.

(Louis Yeuillol, dans V Univers du 12 avril 1875.)

Sièele. Ives de Chartres, qui a vécu jusqu'au commencement du onzième siècle. . . — Il est mort en 1116,

Il y en a qui, destendant vers la fin du dixième siècle, donnent cette gloire au cardinal Damien. — Le cardinal iJamien est mort en 1072.

Le cardinal Bellarmin ne met l'origine des chanoines réguliers qu'en l'an onze cent neuf ou dix. Je le répète : il ne met leur origine qu'au commencement du onzième siècle.

Leur nom même, en l'an mille, était inconnu dans toute l'Eglise; on ne le trouve nulle part que vers la fin du dixième siècle.

Innocent second, qui vivait vers le milieu du onzième siècle. . . — Le pape Linocent II a régné de 1130 à 1143,

(Patru. Plaidoyer pour le prince de Co7iti.)

On voit que Patru appelait dixième siècle celui que nous appelons onxième; et onzième siècle^ celui qui est pour nous le douvième.

Signer. Quant à la formule que vous avez voulu m'éviler en ne vous signant pas, c'était un soin superflu, car je n'écris rien que je ne veuille avouer hautement, et je n'emploie jamais de formule.

(Rousseau. Lettre à M. Daniel de Pury, 30 décembre 1762.)

Pour le nom du destinataire de la lettre, voir le Musée neucMtelois, année 1872, pages 53 et suivantes, 109 et suivantes.

Cp. Humbert. Glossaire genevois, II, 184.

Style. Mon père était trop naturel pour donner aux lettres le genre d'attention qu'il faut pour qu'il y ait proment du style, c'est-à-dire quelque chose de soutenu et de soigné.

(M-« de Staël. Du caractère de M, Necker. (En vres, XYII, 81 .)

Subodorer. Hatzfeld : Emprunté du latin subodorari.

Ce mot ne vient-il pas de l'italien subodorare ?

Snbsiantlalité. Hatzfeld : Néologisme.

Tousjours queraas substancialité. . .

(Bourdigné. Pierre Faifeu, vers 213.)

SuflTragant. Le projet de mandement commun aurait beaucoup plus de force qu'un modèle qui ne viendrait que de quatre suffraganls de Paris : ceux-ci paraîtraient ligués par politique contre leur métropolitain.

(Fénelon. Mémoires sur les formes avec lesquelles il convient de recevoir la Bulle, septembre 17i3.)

Snrcomposé. Acad. : « Terme de grammaire. Il se dit des temps des verbes dans la conjugaison desquels on redouble l'auxiliaire avoir ». — Mais il y a des temps surcomposés où c'est le verbe être qui est l'auxiliaire. Au mot partir, en effet, Acad. donne l'exemple suivant : Yous n'avez pas été plus tôt parti qu'il est arrivé.

Ces temps surcomposés sont employés rarement, et quelquefois l'usage en a été blâmé. Ainsi l'éditeur des Mémoires sur Voltaire, de Wagnière (Paris, 1826), après avoir dit dan5> sa préface que le style de Wagnière « n'est pas exempt de quelques expressions et tournures qui se ressentent un peu du territoire suisse, son pays natal (}), met en note, à la page 31 du tome premier :

(*) On sait que Wagnière était né en 1739 à Riieyres au pays de Vaud. 11 était fils du régent du village.

« Wagnière écrit ici : lea secours qu'Us ont eu reçus. Cet emploi inusité du verbe auxiliaire avoir est une de ces expressions étrangères dont nous avons parlé dans la Préface. Elle revient assez souvent. . . Nous nous sommes permis d'ôter partout cette répétition de l'auxiliaire, pour le moins inutile, et très choquante pour l'oreille. »

De même, un auteur français qui a passé à Genève les dernières années de sa vie, Poulain de la Barre, dans son Esstfi des remarques particulières sur la langue française pour la ville de Genève (Genève, 1691, page 27) condamne absolument remploi des temps surcomposés.

Mais r Académie en autorise l'usage; son dictionnaire en donne des exemples aux mots après, avoir, peupler ; quelques grammairiens, Meigret au 16' siècle, Buffler au 18% les mentionnent comme pouvant être employés; et les meilieureï;; plumes s'en .sont servies :

Combien que je n'eusse point occasion de me desplaire âii travail que j'y avoye pris (à son livre de VlnstitiUion de ht religion chrétienne) toutefois je confesse que jamais je ne m& suis contenté moy-mesme, jusques à ce que je l'ay eu digéré en Tordre que vous y verrez maintenant.

(Calvini Opéra. III, 6.)

Je crains beaucoup que ma négociation ne soit guère utile, nonobstant beaucoup de faveur que je reçois de presque tous les grans, et mesme du Roy, despuis que j'ay eu presché devant Sa Majesté.

(S. François de Sales. Lettre à M. de Quœx, 21 mai 1602.)

J'ai fait une folie, étant jeune; et le bonhomme Heinsius l'a publiée vingt-cinq ans après que je l'ai eu faite.

(Balzac. Lettre à Chapelain, 15 octobre 1637.)

Après qu'on a eu parlé ce matin à une (enfant du village) pendant une heure, voilà tout ce qu'elle avait retenu : « Qu'est-ce que Dieu ? * Réponse : « Oui ».

(M"' d'Aumale, secrétaire de madame de Mainlenon, Bévue des deux mondes^ 15 décembre 1901, page 757.)

Ils se sonl mis à travailler dès que je les ai eu logés. (Voltaire. Lettre au cardinal de Bernis, 11 mai 1770.)

Après que l'aveugle a eu dicté cette lettre, on lui a dit que...

(Voltaire. Lettre à M. de la Verpillière, 27 avril 1771.)

Hélas I disait Tabbé de Dangeau, à peine ai-je eu prouvé à cet étourdi l'existence de Dieu, que je l'ai vu tout prêt à croire au baptême des cloches.

(D'AlemberL Eloge de Vabhé de Dangeau.)

Quand madame de Vernon a été partie, je me suis retrouvée plus mal qu'avant son arrivée.

(W de Staël, Delphine, III, 3.)

. . . quand vous avez eu assez pleuré, vous vous êtes. retiré à Palmos avec votre aigle, . .

(Sainte-Beuve. Les Consolations, préface adressée à Victor Hugo.)

Quand la France a eu réalisé son programme révolutionnaire, elle a découvert à la Révolution toute espèce de

défauts.

(Renan. Histoire du peuple d'Israël, IV, 186.)

Dans tous ces exemples, le verbe est au passé de l'indicatif. L'Académie, au mot avoir, autorise aussi l'emploi de cette forme au passé du conditionnel: Sans lui, f aurais eu dîné de meilleure heure.

Tabagie. L'auteur (des Observations critiques sur VHistoire de France de Mézeray, Paris, 1700 : c'était le sieur de Lesconvel) s'est servi du mot tabagie, que je n'ai trouvé dans aucun dictionnaire. Il est aisé de deviner qu'on appelle ainsi les lieux où Ton va fumer du tabac.

(Bayle. Lettre à Marais, 16 janvier 1702.)

Tableau. Ce mol a eu le sens de porlraiL Souffrez que l'Académie française se plai^oe de sa furtuiie. Elle n'a rien tant souhaité que de contempler cette divine Princesse... mais, bon Dieu! que d'amertume parmi cette joie, quand elle pense que dans un moment elle va perdre, et peut-être pour jamais, votre adorable présence.... Cependant, madame, votre tableau nous consolera, .^i nen nous peut consoler dans notre infortune. Votre image en votre absence sera le plus cher objet de nos yeux; nous lui rendrons nos hommages, nos respects; nous lui ferons nos sa*

orifices.

(Patru. Harangue à la reine Christine J

J'ai fait les diligences qu'il fallait, pour vous procurer les tableaux des princes.

(Bossuet. Lettre à son neveu, 7 juin J696,)

Tant.» Ce passage m'a fait lire la harangue d'Ausone tout entière : sans cela je ne me fusse jamais avisé d*y met- Ire le nez. Et tant que je sache tous les bons auteurs par cœur, je ne lirais pas une ligne de ces autres-là.

(Voiture. Lettre à M. Costar, CXXV.)

Tant qtie. . . a dans cette phrase le sens de jusqu'à ce que, . .

Tante. La lettre initiale du mot tante est venue ati commencement de ce mot par redoublement, coumie cela a lieu dans quelques noms de baptême: ainsi Nanon et Nanelte, dérivés de Anne : — et surtout plusieurs noms où ce redoublement est combiné avec l'aphérèse de la première î^yllabe ou des premières syllabes; ainsi Babet pour ElisabellK Toton pour Margoton, Pimpetle pour Olympe, Ninique pour Véronique; en italien Pippo dérivé de Filippo; Nanui, de Giovanni ; Peppo, de Giuseppe ; Gigi, de Luigî ; etc. ; en an-

glais, Bob, de Robert ; et en français, de même : fanfun, d& enfant.

Teiotnrier. Figurément : Celui qui élabore, corrige, refond les œuvres auxquelles un autre met son nom. (Litlré.)

Cet emploi figuré du mot teinturier date de la comédie de V avocat Patelin^ par Brueys et Palaprat (1706).

M. Patelin: Parbleu! la couleur de ce drap fait plaisir à la vue. — M. Guillaume : Je le crois ; c'est couleur de marron. — M. Patelin : De marron ? Que cela est beau l Gage, monsieur Guillaume, que vous avez imaginé cette couleur-là. — M. Guillaume : Oui, oui, avec mon teinturier. — M. Pateun : Je l'ai toujours dit : il y a plus d'esprit dans cette léle-là que dans toutes celles du village.

(Acte I, Scène 6.)

Elle (madame du Châtelet) s'est brouillée avec un géomètre allemand qu'elle avait à ses gages. M. Guillaume, dans Vavocat Patelin, invente des couleurs pour ses draps, avec son teinturier. La susdite savante dame a, dit-on, fait de même.

Lettre de Tabbé Le Blanc au président Bouhier, citée par Desnoiresterres. ( Fo^^a/re, II, 319.)

Temps. Je me souviens que la czarine me fit des reproches, dans le temps, d'avoir laissé imprimer la lettre qu'elle m'avait adressée.

(D'Alembert. Lettre à Voltaire, 12 août 1770.)

Tentateur. Celui qui tente : c'est la définition de l'Académie et de Littré. Elle est trop générale, puisque tentateur ne se dit pas de celui qui fait une tentative.

Halzfeld a voulu parer à cette objection en définissant toitateur : celui qui cherche à tenter. Mais on peut chercher à faire une tentative, et l'objection reparaît. Le mieux ne

serail-il pas de déflnir tentateur ; celui qui induit, ou cherche é induire en tentation ?

Tente. 2. Le cardinal Carpegne était malade; son chirurgien lui enfonçait de petites tentes de linon. . .

(Voltaire. Sottise des deux parts.)

Tiret. J'ose supplier Votre Majesté de jeter un coup d'œil sur les lignes, marquées par un tiret, de celte lettre de M. de Chauvelin.

(Voltaire. Lettres au roi de Prusse, éd. Moland, 2284.)

Est-ce que tiret désigne ici im trait vertical placé à la marge de la lettre ? Ou bien un trait horizontal, qui en souligne tout un passage? — Toujours est-il que le mot tiret, dans la phrase de Voltaire, a un sens qu'on ne retrouve pas dans les dictionnaires.

Toile. J'ai été à une représentation de cette pièce {les PMosophes)\ j'ai dit très naturellement que je n'en étais pas contente, et qu'à la place des philosophes, j'aurais beaucoup plus de mépris que d'indignation contre un tel ouvrage; si cela ne paraît pas suffisant, et s'il faut crier toile contre leurs ennemis, j'avoue que je n'ai point pris ce parti.

(M- du Deffand. Lettre à Voltaire, 23 juillet 1760.)

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