‹ Les Quatre Filles du docteur MarschChapitre 11 sur 63 · LE PETIT LAURENTZ · texte numérisé non relu

LE PETIT LAURENTZ

puni- l'inviter et se glissa dans l'embrasure assez profonde d'une fenêtre. Elle se cacha derrière 1rs rideaux avec l'intention de tout regarder de là sans rire vue. Lé ])0stc était bien choisi pour s'amuser en paix du bruit des autres. Malheureusement, une auire prrsonne timide avait déjà choisi le même refuge, et elle se trouva face à face avec le « jeune Laurentz ».

« Mon Dieu ! je ne savais pas qu'il \ eut quelqu'un

dans cette cachet le, » balbutia Jo, se préparant à s'en aller aussi vite qu'elle était venue.

Mais le jeune garçon se mit à rire et dit aimablement, quoiqu'il eût l'air un peu effrayé :

« Ne laites pas du tout attention à moi, mademoiselle, et restez si cela vous fait plaisir.

— Je ne vous gênerai pas ?

— Pas le moins du monde. J'étais venu derrière ce rideau parce que, ne connaissant presque personne ici, je m'y sentais un peu dépaysé dans le premier moment. Vous savez, dit-il en se levant, on éprouve toujours un peu d'embarras.

— C'est pour la même raison que je m'y réfugiais. Ne partez pas, je vous en prie, à moins (pie vous n'en avez envie. »

Le jeune garçon offrit une chaise à Jo, puis se rassit. Cela fait, il regarda ses bottes jusqu'à ce que Jo, essayant d'être polie et aimable, lui dit :

« Je crois que j'ai déjà eu le plaisir de vous voir. Vous habitez tout près de chez nous, n'est-ce pas?

— Oui, dans la maison à coté. »

Et, levant les yeux vers Jo, il se mit à rire, car l'air cérémonieux de la petite demoiselle contrastait d'une manière fort drôle avec la conversation qu'ils avaient eue ensemble, lorsqu'il avait rapporté le chat à son pro priétaire.

Jo se mit aussi à rire et dit, de son air habituât : « Votre cad' m Noël nous a fait bien plaisir.

— C'est grand-père qui vous Ta envoyé.

— Oui, mais c'est vous qui lui en avez donné l'idée.

n est-ce pas ?

— Comment se porte votre chat, miss Marsch ?

demanda le petit Laurie, essayant de prendre un air sérieux, niais ne parvenant pas cependant à cacher la gaieié qui faisait briller ses grands yeux noirs.

- Très bien, je voifs remercie, monsieur Laurent/. Mais je ne suis pas miss Marsch, je suis seulement Jo.

— Je ne suis pas M. Laurentz. je suis seulement Laurie.

— Laurie Laurentz ! Quel drôle de nom !

— Mon nom de baptême esi Théodore, mais il ne nie plaît pas. On a l'un par m'. appeler I aurie, et j'aime mieux cela.

— Moi aussi je d<' teste mon nom, il conviendrait à une personne très douée et très posée, et je ne suis ni l'une ni l'autre. Je voudrais que tout le monde dit Jo. au lieu de Joséphine. Comment avez-vous fait pour obtenir de \<»s camarades de vous appeler Laurie?

— le me suis fâché, je me suis battu avec le plus grand qui s'y refusait, et tout a très bien marché après.

— Je ne peux pas me battre avec tante Marsch ; ainsi je suppose que je dois me résigner, murmura Jo avec un soupir.

N'aimez vous pas la danse, miss Jo? demanda

I aune, on avant i'a'u de penser que le nom lui al'ail

Si, assez, lorsqu'il y a beaucoup de place et que tout lé monde est gai ; mais, dans un petit sa!o:i c®mme celui-ci, ou je suis sûre de tout renverser, de marcher sur les pieds des autres, ou de faire quelque

LE PETIT LAURKXTZ.

•chose de terrible, je mets la danse de côté ci je laisse

Meg {aire la belle pour nous deux. Mais vous dansez, vous?

— Quelquefois. Cependant, comme je suis resté quelque temps en Europe et qur je ne suis pas ici depuis longtemps, j'ai peur de m- pas connaître vos danses. .y.

— En Europe! Oh! racontez-m'en quelque chose.

J'aime beaucoup les récils de vovn«ss. »

Laurie n'axail pas l'air de savoir par on commencer; mais, lui faisant beaucoup dp questions, il lui raconta comme quoi il avait été en pension à Yo\e V , « ii Suisse, un endroit où les petits garçons portent des képis au lieu de chapeaux, ont des bateaux sur le lac de Genève, et, pendant les vacances, vent faire des excursions avec leurs maîtres sur les glaciers.

— Oh! que je voudrais avoir été dans cette pensionlà] s écria Jo. Êtes-vous allé à Paris?

— Nous y avons passé l'hiver dernier.

— Parlez-vous français?

— A Yovey, on ne nous permettait pas d'employer une aul re lamine.

— Ah ! dites-moi quelque chose en français. Je le li<. mais je ne peux pas le prononcer.

— Quel nom a celle jeune demoiselle qui , ht use avec ces jolies bottines? dit en m plaisamment LuHe.

— Oli ! que cest bien. Vous avez dit : « Quelle est

cette jeune tille aux jolies bottines », n'esta» pas?

— Qui, mademoiselle. 1

— Cest ma sœur Marguerite, vous le savez bien. La trouvez-vous jolie ?

~ (>tli - nie rappelle les jeunes tilles de Ceuève;

elle est si fraîche et si calme, et elle danse si bien : .» f" rougit de plaisir en entendant 'es compliments

40 LES OCATHK FTLLES DU DOCTEUR MARSCfl

qu'on faisait de sa soeur, et se promit de ne pas oublier de Je-- lui redire. Mlle était redevenue son joyeux ellemême en ne voyant personne faire al I eut ion à sa robe ou lever les sourcils ;i tout propos. Aussi son air gentleman mit bientôt Laurie à l'aise, et, à force de regarder, de bavarder et de critiquer, ils furent bientôt de vieilles connaissances. Jo aimait de plus en plus son « jeune voisin ». Llle le regarda 1res attentivement plusieurs fois afin de pouvoir le bien décrire à ses sœurs, car, n'ayant pas de frère et très peu de cousins, les petits gai « nus étaient pour elle des créatures presque inconnues.

m Des cheveux noirs bouclés, de grands yeux noirs,

un teiui bmn, un nez aquilin, une jolie bouche, de jolies mains et de petits pieds, très poli pour un garçon, et

<n même temps très gai... Quel âge peut-il avoir? »

Klle allait le lui demander, mais s'arrêta juste à temps, et, avec un tact qui lui était peu habituel, elle essaya d'arriver à le savoir d'une manière plus polie.

« Je suppose que vous irez bientôt à l'Université. Je \ous vois piocher, — non, travailler beaucoup, » dit Jo en rougissant d'avoir laissé échapper le mot « piocher ».

Laurie sourit et n'eut pas l'air choqué, puis répondit

en haussant les épaules :

« l'as avant deux ou trois ans, en tout cas; car je n'irai certainement pas avant d'avoir dix sept ans.

7 - Vavrz-ums donc que quinze ans? demanda Jo, qui trouvait Laurie très grand et qui lui aurait bien donné dix-sept. ans.

— J'aurai quinze ans le mois prochain.

— Que je voudrais donc pouvoir aller à l'Université! Vous ne paraissez pas rire de mon avis?

— Je la déteste. Je ne peux pas souffrir la manière 0 étudier de ce pays-ci.

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